Siatii Thcb.t lir. XII, vers
LETTRES DE BOILEAU
de faire imprimer, dans cette dernière édition, la lettre que l’illustre M. Amauld vous a écrite au sujet de ma dixième satire.
Car, outre que cette lettre a déjà été rendue publique dans deux recueils des ouvrages de ce grand homme, je vous prie, monsieur, de faire réflexion que dans la préface de votre Apologie des femmes, contre laquelle cet ouvrage me défend, vous ne me reprochez pas seulement des fautes de raisonnement et de grammaire ; mais que vous m’accusez d’avoir mis des mots sales, d’avoir glissé beaucoup d’impuretés, et d’avoir fait des médisances. Je vous supplie, dis-je, de considérer que ces reproches regardant l’honneur, ce seroit en quelque sorte reconnoître qu’ils sont vrais que de les passer sous silence; qu’ainsi je ne pouvois pas honnêtement me dispenser de m’en disculper moi-même dans ma nouvelle édition , ou d’y insérer une lettre qui m’en disculpe si honorablement. Ajoutez que cette lettre est écrite avec tant d’honnêteté et d’égards pour celui même contre qui elle est écrite , qu’un honnête homme , à mon avis , ne sauroit s'en offenser. J’ose donc me flatter , je le répète , que vous la verrez sans chagrin . et que , comme j’avoue franchement que le dépit de me voir critiqué dans vos dialogues 1 m'a fait dire des choses qu’il seroit mieux de n’avoir point dites, vous confesserez aussi que le déplaisir d’être attaqué dans ma dixième satire >, vous y a fait voir des médisances et des saletés qui n’y sont point. Du reste , je vous prie de croire que je vous estime comme je dois , et que je ne vous regarde pas simplement comme un très-bel esprit, mais comme un des hommes de France qui a le plus de probité et d’honneur. Je suis, etc.