‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 355 sur 492 · Charles Le Brun, né à Paris en 1819, mort en · texte numérisé non relu

Charles Le Brun, né à Paris en 1819, mort en

que je ne serois pas fort embarrassé à montrer que l’Auguste des Latins ne l’emporte pas sur l’Auguste des François.

Par tout ce que je viens de dire , vous voyez , monsieur , qu’à proprement parler, nous ne sommes point d’avis différent sur l'estime qu’on doit faire de notre nation et de notre siècle ; mais que nous sommes différemment de même avis. Aussi n’est-ce point votre sentiment que j’ai attaqué dans vos Parallèles, mais la manière hautaine et méprisante dont votre abbé et votre chevalier y traitent des écrivains pour qui, même en les blâmant, on ne sauroit , à mon avis , marquer trop d'estime , de respect et d’admiration. 11 ne reste donc plus maintenant, pour assurer notre accord et pour étouffer en nous toute semence de dispute, que de nous guérir l’un et l’autre : vous , d’un penchant un peu trop fort à rabaisser les bons écrivains de l’antiquité; et moi, d’une inclination un peu trop violente à blâmer les méchans et même les médiocres auteurs de notre siècle. C’est à quoi nous devons sérieusement nous appliquer ; mais quand nous n’en pourrions venir à bout, je vous réponds que de mon côté cela ne troublera point notre réconciliation , et que , pourvu que vous ne me forciez point à lire le Clovis ni la Pucelle, je vous laisserai tout à votre aise critiquer l’Iliade et VÉnéide, me contentant de les admirer, sans vous demander pour elles cette espèce de culte tendant à l’adoration que vous vous plaignez en quelqu’un de vos poèmes qu’on veut exiger de vous , et que Stace semble en effet avoir eu pour YÊnéxde , quand il se dit à lui-même :

Nec tu divinam Æneida tenta;

Sed longe sequere, et vestigia senxpcr adora'.

Voilà , monsieur , ce que je suis bien aise que le public sache ; et c’est pour l’en instruire à fond que je me donne l’honneur de vous écrire aujourd’hui cette lettre , que j’aurai soin de faire imprimer dans la nouvelle édition qu’on fait en grand et en petit de mes ouvrages. J’aurois bien voulu pouvoir adoucir en cette nouvelle édition quelques railleries un peu fortes, qui me sont échappées dans mes Réflexions sur Longin ; mais il m’a paru que cela seroit inutile à cause des deux éditions qui l’ont précédée, auxquelles on ne manqueroit pas de recourir , aussi bien qu’aux fausses éditions qu’on en pourra faire dans les pays étrangers, où il y a de l’apparence qu’on prendra soin de mettre les choses en l’état qu'elles étoient d’abord. J’ai cru donc que le meilleur moyen d’en corriger la petite malignité , c’étoit de vous marquer ici, comme je viens de le faire, mes vrais sentimens pour vous. J’espère que vous serez content de mon procédé , et que vous ne vous choquerez pas même de la liberté que je me suis donnée

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