XXVI. — A M. de Lamoignon
A Autcuil, 7 juillet <703.
11 n’y a rien, monsieur, de si obligeant que votre lettre, et vous vous y plaignez d’une manière si agréable des fautes que vous prétendez que j’ai commises à votre égard , que bien loin de me corriger vous me donnez presque envie d’en commettre de nouvelles, afin de m'attirer encore de pareils reproches. Permettez-moi pourtant de vous dire que ces reproches ne sont pas si bien fondés que vous vous imaginez. En effet, monsieur, puisque j’ai envoyé mon édition nouvelle à Mme de Lamoignon, n’est-ce pas en quelque sorte vous l’avoir envoyée à vous-même , et ai-je dû présumer que le livre étant chez vous, la curiosité ne vous feroit pas du moins jeter les yeux sur les nouvelles pièces que j'y ai ajoutées, dont la plupart regardent la querelle que j’avois alors avec M. Perrault, et dans laquelle votre amour pour les anciens vous rendoit si fort intéressé? Vous dites que cette négligence vient de ce que je ne vous ai pas averti qu’il étoit parlé de vous dans ces pièces: mais n’y auroit-il pas eu une espèce d’affectation à moi de vous avertir de si peu de chose, puisque je ne fais proprement que vous y nommer et vous déclarer défenseur du bon goût. La vérité est pourtant, je l’avoue, que dans les règles je devrois vous avoir porté moi-même en personne mon livre accompagné de tous les complimens que l’on a accoutumé de faire en ces rencontres , mais pouvez-vous ignorer depuis combien d’années je me suis , de ma pleine puissance et notoriété poétique , libéré de toutes ces règles et de tous ces devoirs? Avez-vous oublié ces deux vers de l’épître que je me suis autrefois donné l’honneur de vous adresser :
Mais pour moi, de Paris citoyen inhabile,
Qui ne lui puis fournir qu’un rêveur inutile
* et ne pouvois-je pas sur cela dire comme Horace :
Quid. tum profeci, mccum facientia jura7 Si tamen attentas?...
Mais laissons là ce qui me regarde et parlons de ce qui vous est arrivé au sujet de l’Académie. Tout m’en parolt extraordinaire et principalement le zèle immodéré de M. de Toureil1 2 3. Il semble que ce traducteur de Démosthène n'ait pas fait voir en cela toute sa prudence ordinaire; je vous avoue néanmoins que je ne saurois condamner la violente intention qu’il a eue de donner à