Armand Gaston de Rohan-Soubise
i. Epttre VI, vers 4 51 et 4 52. — 3. A M. Le Verrier.
grâce à l’indiscrétion, ou plutôt à l’envie de me faire valoir, de notre illustre ami , elles sont maintenant dans les mains de tout le monde. D’ailleurs, on n’y fait plus actuellement que des critiques que je ne sens point , et qui sont par conséquent mauvaises; car à quoi je reconnois une bonne critique, c'est quand je la sens, et qu’elle m’attaque par l’endroit dont je me- défiois. C’est alors que je songe tout de bon à corriger , regardant celui qui me la fait comme un excellent connoisseur , et tel que le censeur que je propose dans mon Art poétique 1 en ces termes :
Faites choix d’un censeur solide et salutaire,
Que la raison conduise, et le savoir éclaire;
Et dont le crayon sûr d’abord aille chercher L’endroit que l’on sent foible, et qu’on se veut cacher.
Du reste, je m’inquiète peu de toutes ces frivoles objections qui se font contre les bons ouvrages naissans. Cela ne dure guère , et l’on est tout étonné souvent que l’endroit que l’on comlamnoit devient le plus estimé. Cela est arrivé sur ces deux vers de ma satire des femmes :
Et tous ces lieux communs de morale lubrique Que Lulli réchauffa des sons de sa musique ’....
contre lesquels on se déchaîna d'abord , et qui passent aujourd’hui pour les meilleurs de la pièce. Il en arrivera de même, croyezmoi, du mot lubricité dans mon épigramme sur le livre des Flagellons; car je ne crois pas avoir jamais fait quatre vers plus sonores que ceux-ci :
Et ne sauroit souffrir la fausse piété,
Qui, sous couleur d’éteindre en nous la volupté,
Par l’austérité même et par la pénitence ,
Sait allumer le feu de la lubricité’.
Cependant M. de Termes ne s’accommode pas , dites-vous, du mot de lubricité. Eh bien ! qn’il en cherche un autre. Mais moi , pourquoi ôterois-je un mot qui est dans tous les dictionnaires au rang des mots les plus usités î Où en seroit-on , si l’on vouloit contenter tout le monde?
Quid dem? Quid non dein? Renuis tu quodjubet aller4.
Tout le monde juge , et personne ne sait juger. Il en est de même que de la manière de lire. Il n’y a personne qui ne croie lire admirablement , et il n’y a presque point de bons lecteurs. Je suis votre très-humble , etc.
«. Chant IV, vers 71-74. — 2. Sat. X, vers «41-4 *2.