XXIX. — AU COMTE DE GRAM0NT
A Paris, ce 13 octobre 1704.
Je ne sais pas, monseigneur, comme vous l’entendez; mais il me semble que c’est le poète qui doit écrire de belles lettres au duc et pair, et non point le duc et pair au poëte. D’où vient donc que vous avez songé à m’en écrire une? Est-ce que vous vouliez m’apprendre mon métier, et que vous pensez savoir mieux que moi où il faut placer les belles figures et les comparaisons du soleil? La vérité est cependant que votre plume a mieux fait que vous, et non-seulement ne s’est point guindée pour me dire de belles choses, mais en me disant des choses très-badines, m’a autorisé à vous en dire de pareilles; c’est de quoi je m’accommode fort , et dont je saurai très-bien user. Oserai-je néanmoins vous dire que votre lettre, en me réjouissant fort, m’a pourtant chagriné, puisque je vous croyois entièrement guéri , et que c’est par elle que j’ai appris que vous étiez encore sous la conduite d’Esculape? Oh! le fâcheux dieul II ne parle jamais que de sobriété et d’abstinences; et nous autres beaux esprits , quoique ses frères en Apollon , nous ne le pouvons plus souffrir, surtout depuis qu’il n’a plus voulu entreprendre de guérir messieurs de.... de la folie de juger des ouvrages. Je le tiens de la Faculté; je lui pardonne pourtant volontiers la défense qu’il vous a faite de m’écrire de belles lettres ; mais non pas de m’écrire, comme vous faites, tout ce qui vient au bout de la plume, et surtout de m’assurer que Mme de N.... et Mme de Q.... me font l’honneur de se souvenir de moi. Cela ne s’appelle point
t. Virgile, égloguel, v. 7t. »