VII. — Racike a Boileau
Paris, 4 août <687.
Je suis ravi des bonnes espérances que Ton continue de vous donner , et du soulagement que vous ressentez déjà à votre poitrine. Je ne doute pas que la difficulté de parler ne soit encore plus aisée à guérir que la difficulté de respirer. Je n’ai point encore vu M. Fagon depuis que j’ai reçu de vos nouvelles; oui bien M. Daquin, qui trouve fort étrange que vous ne vous soyez pas mis entre les mains de M. des Trapières : il est même bien en peine qui peut vous avoir adressé à M. Bourdier. Je jugeai à propos , tant il étoit en colère , de ne lui pas dire un mot de M. Fagon.
J’ai fait le voyage de Maintenon , et je suis fort content des ouvrages que j’y ai vus ; ils sont prodigieux , et dignes en vérité
<• Horace, Art poétique, vers 343.
?. Du chancelier Michel Le Tellier, mort le 31 octobre <685.
de la magnificence du roi. Il y en a encore, dit-on, pour deux ans. Les arcades qui doivent joindre les deux montagnes vis-àvis Maiuteuon sont presque faites : il y en a quarante-huit; elles sont bâties pour l’éternité. Je voudrois qu’on eût autant d’eau à faire passer dessus qu’elles sont capables d’en porter. 11 y a là plus de trente mille hommes qui travaillent, tous gens bien faits, et qui, si la guerre recommence, remueront plus volontiers la terre devant quelque place sur la frontière que dans les plaines de Beauce.
J’eus l’honneur de voir Mme de Maintenon, avec qui je fus une bonne partie d’une après-dînée ; et elle me témoigna même que ce temps-là ne lui avoit point duré. Elle est toujours la même que vous l’avez vue , pleine d’esprit , de raison , de piété , et de beaucoup de bonté pour nous. Elle me demanda des nouvelles de notre travail : je lui dis que votre indisposition et la mienne, mon voyage à Luxembourg, et votre voyage à Bourbon, nous avoient un peu reculés, mais que nous ne perdions cependant pas notre temps.
A propos de Luxembourg, je viens de recevoir un plan et de la place et des attaques, et cela dans la dernière exactitude. Je viens aussi tout à l’heure de recevoir une lettre de Versailles, où l’on me mande une nouvelle fort surprenante et fort affligeante pour vous et pour moi : c’est la mort de notre ami M. de Saint- Laurent1, qui a été em$torté d’un seul accès de colique néphrétique , à quoi il n’avoit jamais été sujet en sa vie. Je ne crois pas qu’excepté Madame , on en soit fort affligé au Palais-Royal : les voilà débarrassés d’un homme de bien.
Je laisse volontiers à la gazette à vous parler de M. l’abbé de Choisi. Il fut reçu sans opposition1; il avoit pris tous les devans qu’il falloit auprès des gens qui auroient pu lui faire de la peine. Il fera, le jour de Saint- Louis, sa harangue, qu’il m’a montrée: il y a quelques endroits d’esprit; je lui ai fait ôter quelques fautes de jugement. M. Bergeret 5 fera la réponse ; je crois qu’il y aura plus de jugement.
Je suis bien aise que vous n’ayez pas conçu la critique de M. l’abbé Tallemant; c’est signe qu’elle ne vaut rien. La critique tomboit sur ces mots : Il en commença les fonctions. Il prétendoit qu’il falloit dire nécessairement : Il commença à en faire les fondions. Le père Bouhours ne le devina point, non plus que vous; et quand je lui dis la difficulté, il s’en moqua. Je donnai l’épitaphe de Mlle de Lamoignon à M. de La Cha-
1. Précepteur du duc de Chartres (depuis le duc d’Orléans, régent). Saint-Laurent fut remplacé par l’ahbé Dubois.