XII. — Racine a Boileau
Paris, 17 août 1687.
J’allai hier au soir à Versailles , et j’y allai tout exprès pour voir M. Fagon, et lui donner la consultation de M. Bourdier. Je la lus auparavant avec M. Félix, et je la trouvai très-savante, dépeignant votre tempérament et votre mal en termes très-énergiques; j’y croyois trouver en quelque page : Numéro Drus impare gaudet'. M. Fagon me dit que du moment qu’il s’agissoit de la vie, et qu’elle pouvoit être en compromis , il s’étonnoit qu’on mît en question si vous prendriez le demi-bain. Il en écrira à M. Bourdier, et cependant il m’a chargé de vous écrire au plus vite de ne point vous baigner, et même, Si les eaux vous ont incommodé, de les quitter entièrement, et de vous en revenir. Je vous avois déjà mandé son avis là-dessus, et il persiste toujours. Tout le monde crie que vous devriez revenir, médecins, chirurgiens, hommes, femmes. Je vous avois mandé qu’il falloit un miracle pour sauver M. Hessein : il est sauvé, et c’est votre bon ami le quinquina qui a fait ce miracle. L'émétique l’avoit mis à la mort : M. Fagon arriva fort à propos, qui, le croyant à demi mort, ordonna au plus vite le quinquina. Il est présentement sans fièvre : je l’ai même tantôt fait rire jusqu’à la convulsion, en lui montrant l'endroit de votre lettre où vous parlez du bachelier, du curé, et du barbier. Vous dites qu’il vous manque une nièce . voudriez-vous qu’on vous envoyât Mlle Despréaux J? Je m’en vais ce soir à Marly. M. Félix a demandé permission au roi pour moi , et j’y demeurerai jusqu’à mercredi prochain.
M. le duc de Charost m’a tantôt demandé de vos nouvelles d’un