‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 39 sur 492 · Jurisconsultes. — 5. Juvénal · texte numérisé non relu

Jurisconsultes. — 5. Juvénal

6. La satire X de Boileau Contre les femmes n'est que de 1693, et l’esquisse en prose de la satire IX auroit été rédigée en 4867.

ESQUISSE EN PROSE

noît en sa personne. Vous attirerez-vous tous les jours de nouvelles querelles ? ne verrai-je que poètes se courroucer ? vos transports ne s’adouciront- ils point? Composons ensemble, ma Minerve. Trêve de plaisanterie; parlez.... Mais, répondrez-vous, d’où vient vous emportez-vous si fort? Où sont les défenses qui ont été faites de charger les versificateurs arides et froids? Eh ! qui , regardant un célèbre ennuyeux vanter ses productions que le raisonnement désavoue à chaque feuillet, ne doive dire au même moment : L'auteur extravagant ! L’écrivain assommant ! Le maudit traducteur ! Ces épithètes qui ne forment qu'un sens vague , de quoi décident-elles ?

L’ironie ou la vérité se distribuent-elles ainsi dans le public ? ne le pensez pas. On prend un ton plus doux lorsque l’on médit de quelqu’un. Veut-on savoir par quel miracle Alidor a dépensé partie de ses richesses à élever un couvent ; Alidor! répond un menteur , je ne connois autre. Avant que d’avoir son emploi , on l'a vu laquais. Sa probité n’est pas moins exemplaire que sa dévotion , et il veut rendre A Dieu l’or qu’il vole à tout Paris.

Un génie non fardé , qui hait la flatterie , évite ce raffinement si naturel à la satire. Mais de critiquer une poésie languissante, de berner un savant qui berne le raisonnement , de piquer un fade rieur qui ne nous plaît pas , c’est là le pouvoir que se donne tout homme qui achète un livre.

Un marquis ridicule dit tous les jours à la cour son sentiment avec une prévention impertinente, préfère sans aucun goût le style énervé de Théophile au style nerveux de Malherbe et de Racan , et le clinquant de la Jérusalem aux richesses solides de l’ Énéide

Pour quinze sous un clerc de procureur , sans redouter l’insulte , va sur le parterre de la comédie siffler le roi des Huns, et, parce qu’ Attila ne chatouille pas ses oreilles , tous les vers de Corneille lui paroissent des Visigoths.

On ne voit à Paris ni copiste ni valet d’auteur à qui toutes sortes d’écrits ne soient sujets pour l’examen. Un poète n’est pas plus tôt imprimé qu’il est réduit à l’esclavage par celui qui en fait l’emplette. Il en passe par où l’on veut ; ses vers seuls entreprennent sa défense.

Dans un respectueux avis un poète agenouillé adoucit en vain ses lecteurs par des excuses ennuyeuses ; ces critiques chagrins , bien loin de l’écouter , le condamnent sans ressource.

Je serois donc le seul qui garderois le silence? Un impertinent me sera visible , et je ne pourrai le barbouiller ? Ma satire a-t-elle rien enfanté d’assez outrageant pour déchaîner contre elle des libelles sanglans? Bien loin de mal parler de ces auteurs, j’ai été le premier à les introduire dans le monde : car , sans ces traits dont je les ai désignés , leurs occupations seraient encore inconnues. Quelqu’un sait- il d’autre que de moi , que Cotin a monté

DE LA SATIRE IX

dans la chaire? Rien n’illustre davantage un fat que la satire-, les jours différens qu’elle ajoute à son portrait éclaircissent son tableau. Enfin , en chargeant ces auteurs , j’en ai parlé comme ils me sont connus ; et d’autres qui me blâment n’en disent pas moins.

[I n’a pas raison , dit l’un. A-l-il droit d'écrire les noms ? Rire de Chapelain! Eh! c’est le bonhomme du siècle. L'illustre épistolier , le célèbre Balxac l’a rendu le héros de ses lettres galantes. A la vérité s’il eût suivi mon avis , t'I n’eût jamais composé de poème; il fait des vers trop durs, il devroit écrire en prose. C’est là comme on en parle ; en parlé-je autrement ? En raillant ses productions, ma plume a-t-elle répandu sur ses actions une encre maligne? Mon Apollon, en l’entreprenant, ami de sa probité, a jugé bien différemment du faiseur de vers , et de la droiture qu'il a dans le monde. Que l’on flatte sa bonne foi et sa candeur-, que l’on mette à prix sa douceur , sa complaisance , sa sincérité , et sa promptitude à obliger ses amis: le veut-on? je m’y soumets, et je me résous à garder le silence. Mais que ses écrits servent de modèle , et qu’il passe pour le plus riche poète du Parnasse ; que , pareil à Corneille , on lui cède le sceptre de la poésie : pour lors mon inspiration éclate , et je meurs d’impatience de la satisfaire ; et si la prudence ne me permet pas d’écrire , semblable au barbier , je creuserai la terre, et rendant par les roseaux mes oracles, je leur ferai répéter : Le roi Midas a des oreilles d’dne.

Enfin , quel chagrin cela lui produit-il ? Mes vers ont-ils causé la dureté de sa muse et pétrifié son génie? Lorsqu’un livre s’étale au Palais, que le premier venu a droit de le censurer, que le libraire en orne son deuxième pilier, le peu de goût du critique le fera-t-il tomber? Un ministre célèbre cabale inutilement contre le Cid : le peuple entier a pour Chimène les yeux de son amant. Les sentimens de l’Académie censurent vainement l’irrégularité de l’intrigue et la poésie de cette pièce : tout Paris demeure constant à son admiration. Cependant , aussitôt que le père de la Pucelle met quelque nouvel écrit au jour , ses lecteurs lui sont aussi à charge que Linière1. En vain a-t-il été flatté par mille éloges, son volume ne parolt pas plus tôt qu’il efface l’encens qu’il a reçu. De cette manière, au lieu de me condamner, lorsque la ville entière le siffle , qu’il en accuse cette influence rebutante de ses vers allemands en françois. Mais oublions son poème, et n’en disons plus rien.

On a dit il y a longtemps que la médisance traîne des suites fort périlleuses après elle, qu’elle divertit force personnes, et qu’elle ne plaît pas à beaucoup d’autres. Son venin est dangereux. Dans ses témérités, la crainte a fort souvent excité du trouble à Regnier. Abandonnez ces divertissemens inutiles dont l’éclat surprend. A des occupations plus amies employez votre lyre, et

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