‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 391 sur 492 · XIII. — Boileau a Racine · texte numérisé non relu

XIII. — Boileau a Racine

Bourbon, ce <9 août 4887.

Vous pouvez juger, monsieur, combien j'ai été frappé de la funeste nouvelle que vous m’avez mandée de notre pauvre ami'. En quelque état pitoyable néanmoins que vous l’ayez laissé, je ne saurais m’empêcher d’avoir toujours quelque rayon d’espérance tant que vous ne m’aurez point écrit, il est mort; et je me flatte même qu’au premier ordinaire j'apprendrai qu’il est hors de danger. A dire le vrai , j'ai bon besoin de me flatter ainsi , surtout aujourd’hui que j’ai pris une médecine qui m’a fait tomber quatre fois en foiblesse, et qui m’a jeté dans un abattement dont même les plus agréables nouvelles ne seroient pas capables de me relever. Je vous avoue pourtant que, si quelque chose pouvoit me rendre la santé et la joie , ce serait la bonté qu’a Sa Majesté de s’enquérir de moi toutes les fois que vous vous présentez devant lui. Il ne saurait guère rien arriver de plus glorieux , je ne dis pas à un misérable comme moi , mais à tout ce qu’il y a de gens plus considérables à la cour; et je gage qu’il y en a plus de vingt d’entre eux qui, à l’heure qu’il est, envient ma bonne fortune, et qui voudraient avoir perdu la voix , et même la parole , à ce prix. Je ne manquerai pas, avant qu’il soit peu, de profiter du bon avis qu’un si grand prince me donne, sauf à désobliger M. Bourdier, mon médecin, et M. Baudière, mon apothicaire, qui prétendent maintenir contre lui que les eaux de Bourbon sont admirables pour rendre la voix: mais je m’imagine qu’ils réussiront dans cette entreprise à peu près comme toutes les puissances de l’Europe ont réussi à lui empêcher de prendre Luxembourg, et tant d’autres villes. Pour moi je suis persuadé qu’il fait bon suivre ses ordonnances, en fait même de médecine. J’accepte l’augure

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