Quinault n’avoit point encore fait d’opéra en
3. Opéra de Perrin. Ce fut en <669, comme l’a rapporté Voltaire,
DE LA SATIRE IX. 65
continuez, ne demeurez pas court; mais ne vous apercevez-vous pas déjà que leur cabale furieuse ne regardera pas de meilleur œil ces derniers vers que les premiers? Et d’abord, que de poètes courroucés vous attaqueront 1 Fertiles en injures et pauvres en inventions, vous les verrez augmenter contre vous des volumes de remarques. Tel vers sera regardé comme criminel, et tel bon mot comme une hardiesse contre l’Etat. Le roi sera en vain le sujet de vos veilles , son nom assurera inutilement chaque feuillet de vos écrits : d’abord que Cotin est critiqué par quelqu’un , il n’a pas d’amour pour Sa Majesté; et ce téméraire, si l’on en croit Cotin, ne connoît pas son Créateur, ni les lois civiles et humaines.
11 vous est facile de répondre : mais quel embarras nous peut causer Cotin à la cour? que ses criailleries produiront-elles? Prétend-il par là frustrer mes vers des pensions que je n'ai jamais demandées? Non, pour faire l’éloge d’un prince estimé de tout le inonde entier , ma langue désintéressée ne souffrira point que l’argent lui dicte jamais de panégyrique. Tels que sont mes ouvrages, l’intérêt ne leur a point fait voir le jour, et la gloire de louer le prince est le seul prix que je me suis proposé pour récompense. Retenu dans les libertés de ma plume , avec ce même pinceau dont j’ai peint tant de ridicules auteurs et de vicieux, je n’oublierai point l’hommage que doit ma muse à ses rares vertus. Je veux bien vous croire ; cependant on se plaint , les menaces se multiplient. Je me soucie peu, répondrez-vous, de ces souteneurs de muses. Eh! redoutez le fiel d'un poète en fureur, son style glaçant peut vous réduire à un éternel silence....
LE LIBRAIRE AU LECTEUR
Voici le dernier ouvrage qui est sorti de la plume du sieur D***. L’auteur, après avoir écrit contre tous les hommes en général’, a cru qu’il ne pouvoit mieux finir qu’en écrivant contre lui-même , et que c’étoit le plus beau champ de satire qu’il pût trouver. Peut-être que ceux qui ne sont pas fort instruits des démêlés du Parnasse, et qui n’ont pas beaucoup lu les autres satires du même auteur , ne verront pas tout l'agrément de celle-ci , qui n’en est ,
que s’associèrent l’abbé Perrin , le musicien Lambert et un marquis de Sourdéac : ils firent jouer d'abord Pomone, pièce dans laquelle il étoit beaucoup parlé de pommes et d'artichauts. Ainsi cet opéra n'exisloit point en 1687, et même il n’a été représenté qu’en 1671 , scion les dictionnaires et les histoires des théâtres. C’est une nouvelle preuve que cette esquisse a été faussement attribuée à Boileau.
1. Cet avertissement, placé en tête de la satire IX, a été, un peu légèrement peut-être, attribué à Boileau lui-mème.