Satire V11L
à bien parler, qu’une suite; mais je ne doute point que les gens de lettres, et ceux surtout qui ont le goût délicat, ne lui donnent le prix , comme à celle où il y a le plus d’art , d’invention et de finesse d’esprit. 11 y a déjà du temps qu’elle est faite; l’auteur s'étoit en quelque sorte résolu de ne la jamais publier. Il vouloit bien épargner ce chagrin aux auteurs qui s’en pourront choquer. Quelques libelles diffamatoires que l’abbé Hautain' et plusieurs autres 5 eussent fait imprimer contre lui , il s’en tenoit assez vengé par le mépris que tout le monde a fait de ces ouvrages, qui n’ont été lus de personne , et que l’impression même n’a pu rendre publics ; mais une copie de cette satire étant tombée , par une fatalité inévitable , entre les mains des libraires , ils ont réduit l’auteur à recevoir encore la loi d’eux. C’est donc à moi qu’il a confié l’original de sa pièce, et il l’a accompagnée d’un petit discours en prose1, où il justifie, par l’autorité des poètes anciens et modernes, la liberté qu'il s’est donnée dans ses satires. Je ne douté donc point que le lecteur ne soit bien aise du présent que je lui en fais.
SATIRE IX
COMPOSEE EN 1607, rCBUEE EN <668.
k SON ESPRIT*.
C'est à vous , mon esprit , à qui je veux parler.
Vous avez des défauts que je ne puis celer :
Assez et trop longtemps ma lâche complaisance De vos jeux criminels a nourri l’insolence ;
Mais , puisque vous poussez ma patience à bout ,
Une fois en ma vie il faut vous dire tout.
On croiroit à vous voir dans vos libres caprices Discourir en Caton des vertus et des vices,
Décider du mérite et du prix des auteurs ,
Et faire impunément la leçon aux docteurs,
Qu’étant seul à couvert des traits de la satire Vous avez tout pouvoir de parler et d’écrire.
Mais moi, qui dans le fond sais bien ce que j’en crois,