XXXIII. — Racine a Boileau
Fontainebleau, 6 octobre (1692).
J’ai parlé à M. de Pontchartrain , le conseiller, du garçon qui vous a servi : et M. le comte de Fiesque. à ma prière, lui en a parlé aussi. Il m’a dit qu’il feroit son possible pour le placer; mais qu’il prétendoit que vous lui en écrivissiez vous-même, au lieu de lui faire écrire par un autre. Ainsi je vous conseille de forcer un peu votre paresse, et de m’envoyer une lettre pour lui, ou bien de lui écrire par la poste.
J’ai fait naître à Mme de Maintenon une grande envie de voir de quelle manière vous parlez de Saint-Cyr. Elle a paru fort touchée de ce que vous aviez eu même la pensée d’en parler; et cela lui donna occasion de dire mille biens de vous.
Pour moi, j’ai une extrême impatience de voir ce que vous me dites que vous m’envoyerez. Je n’en ferai part qu’à ceux que vous voudrez , à personne même si vous le souhaitez. Je crois pourtant qu’il sera très-bon que Mme de Maintenon voie ce que vous avez imaginé pour sa maison. Ne vous mettez pas en peine, je le lirai du ton qu’il faut, et je ne ferai point de tort à vos vers.
Je n’ai point vu M Félix depuis que j'ai reçu votre lettre. Au
cas que vous ne trouviez point les 5000 francs, ce que je crois trèsdifficile , je vous conseille de louer votre maison ; mais il faudra pour cela que je vous trouve des gens qui prennent soin de vous trouver des locataires : car je doute que ceux qui y logent soient bien propres à vous trouver des marchands , leur intérêt étant de demeurer seuls dans cette maison , et d’empêcher qu’on ne les en vienne déposséder.
Il n’y a ici aucune nouvelle. L’armée de M. de Luxembourg commence à se séparer, et la cavalerie entre dans des quartiers de fourrages. Quelques gens vouloient hier que le duc de Savoie pensât à assiéger Nice à l’aide des galères d’Espagne; mais le comte d'Estrées ne tardera guère à donner la chasse aux galères et aux vaisseaux espagnols, et doit arriver incessamment vers les côtes d’Italie. Le roi grossit de quarante bataillons son armée de Piémont pour Tannée prochaine, et je ne doute pas qu’il ne tire une rude vengeance des pays de M. de Savoie.
Mon fils m’a écrit une assez jolie lettre sur le plaisir qu'il a eu de vous aller voir, et sur une conversation qu’il a eue avec vous. Je vous suis plus obligé que vous ne le sauriez dire de vouloir bien vous amuser avec lui. Le plaisir qu'il prend d’être avec vous me donne assez bonne opinion de lui ; et s’il est jamais assez heureux pour vous entendre parler de temps en temps, je suis persuadé qu'avec l’admiration dont il est prévenu , cela lui fera le plus grand bien du monde. J’espère que cet hiver vous voudrez bien faire chez moi de petits dîners dont je prétends tirer tant d’avantages. M. île Cavoie vous fait ses complimens. J’appris hier la mort du pauvre abbé de Saint-Réal1.