‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 424 sur 492 · XXXVIII. — Boileau a Racine, a l’armée · texte numérisé non relu

XXXVIII. — Boileau a Racine, a l’armée

Paris, ce 4 juin 4683

Je vous écrivis hier au soir une assez longue lettre, et qui étoit toute remplie du chagrin que j’avois alors causé par un tempérament sombre qui me dominoit, et par un reste de maladie; mais je vous en écris une aujourd’hui toute pleine de la joie que m’a causée l’agréable nouvelle que j’ai reçue. Je ne saurois vous exprimer l’allégresse qu’elle a excitée dans toute notre famille, elle a fait changer de caractère à tout le monde. M.Dongois le greffier est présentement un homme jovial et folâtre, M. l’abbé Dongois , un bouffon et un badin. Enfin il n’y a personne qui ne se signale par des témoignages extraordinaires de plaisir et de satisfaction, et par des louanges et des exclamations sans fin sur votre bonté , votre générosité , votre amitié , etc. A mon sens néanmoins, celui qui doit être le plus satisfait, c’est vous; et le contentement que vous devez avoir en vous-même d’avoir obligé si efficacement dans cette affaire tant de personnes qui vous estiment et qui vous honorent depuis si longtemps, est un plaisir d’autant plus agréable qu’il ne procède que de la vertu , et que les âmes du commun ne sauraient ni se l’attirer ni le sentir. Tout ce que j’ai à vous prier maintenant , c’est de me mander les démarches que vous croyez qu’il faut que je fasse à l’égard du roi et du père de La Chaise ; et non-seulement s’il faut , mais à peu près ce qu’il faut que je leur écrive. M. le doyen de Sens ne sait encore rien de ce qu’on a fait pour lui. Jugez de sa surprise , quand il apprendra tout d'un coup le bien imprévu et excessif que vous lui avez fait. Ce que j’admire le plus, c’est la félicité de la circonstance , qui a fait que , demandant pour lui la moindre de toutes les chanoinies de la Sainte-Chapelle , nous lui avons obtenu la meilleure après celle de M. l’abbé d’Ense1. O factum bene! Vous pouvez compter que vous aurez désormais en lui un homme qui disputera avec moi de zèle et d’amitié.

J’avois résolu de ne vous envoyer la suite de mon Ode sur Namur que quand je l’aurois mise en état de n’avoir plus besoin que de vos corrections. Mais en vérité vous m’avez fait trop de plaisir , pour ne pas satisfaire sur-le-champ la curiosité que vous avez peut-être conçue de la voir. Ce que je vous prie, c’est de ne la montrer à personne, et de ne la point épargner. J’y ai hasardé des choses fort neuves, jusqu’à parler de la plume blanche que le roi a sur son chapeau. Mais, à mon avis, pour trouver des expressions nouvelles en vers , il faut parler de choses qui n’aient point été dites en vers. Vous en jugerez, sauf à tout changer, si cela vous déplaît. L’ode sera de dix-huit stances’ : cela fait cent

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