‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 434 sur 492 · XLVI. — Racike a Boileau · texte numérisé non relu

XLVI. — Racike a Boileau

Fontainebleau, 28 septembre »694.

Je suppose que vous êtes de retour de votre voyage , afin que vous puissiez bientôt m’envoyer vos avis sur un nouveau cantique1 que j’ai fait depuis que je suis ici, et que je ne crois pas qui soit suivi d’aucun autre. Ceux que Moreau* a mis en musique ont extrêmement plu. Il est ici , et le roi doit les lui entendre chanter au premier jour. Prenez la peine de lire le cinquième chapitre de la Sagesse , d’où ces derniers vers ont été tirés : je ne les donnerai point qu’ils n’aient passé par vos mains; mais vous me ferez plaisir de me les renvoyer le plus tôt que vous pourrez. Je voudrois bien qu’on ne m’eût point engagé dans un embarras de cette nature; mais j’espère m’en tirer en substituant à ma place ce M. Bardou * que vous avez vu à Paris.

Vous savez bien sans doute que les Allemands ont repassé le Rhin , et même avec quelque espèce de honte. On dit 4 qu’on leur a tué ou pris sept à huit cents hommes, et qu’ils ont abandonné trois pièces de canon.

Il est venu une lettre à Madame , par laquelle on lui mande que le Rhin s’étoit débordé tout à coup , et que près de quatre mille Allemands ont été noyés; mais, au moment que je vous écris, le roi n’a point encore reçu de confirmation de cette nouvelle.

On dit que milord Barclay est devant Calais pour le bombarder : M. le maréchal de Villeroi s’est jeté dedans. Voilà toutes les nouvelles de la guerre. Si vous voulez, je vous en dirai d’autres de moindre conséquence.

M. de Tourreil est venu ici présenter le Dictionnaire de l’Académie au roi et à la reine d’Angleterre , à Monseigneur , et aux ministres. Il a partout accompagné son présent d’un compliment, et on m’a assuré qu'il avoit très-bien réussi partout *. Pendant qu’on présentoit ainsi le Dictionnaire de l’Académie, j’ai appris que Léers , libraire d’Amsterdam , avoit aussi présenté au roi et aux ministres une nouvelle édition du Dictionnaire de Furetière, qui a été très-bien reçue. C’est M. de Croissy et M. de Pomponne* qui ont présenté Léers au roi. Cela a paru un assez bizarre contre-

t . Sur le bonheur des justes et le malheur des réprouvés.

2. Jean-Baptiste Moreau, musicien, mort en 1723, auteur de la musique des chœurs d 'Esther et i'Athalie.

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