‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 433 sur 492 · Ministre des affaires étrangères · texte numérisé non relu

Ministre des affaires étrangères

2. Boileau venoit de composer sa neuvième Réflexion sur Longin.

CORRESPONDANCE

ployé un seul mot bas. C’est à vous de voir si cette remarque de Denys d’Halicarnasse n’est point contraire à la vôtre, et s’il n’est point à craindre qu’on ne vienne vous chicaner là-dessus. Prenez la peine de lire toute la réflexion de Denys d’Halicarnasse , qui m’a paru très-belle et merveilleusement exprimée : c’est dans son traité Hepi ovvOéattoç évop-ituv 1 , à la troisième page.

J’ai fait réflexion aussi qu’au lieu de dire que le mot d’dne est en grec un mot très-noble , vous pourriez vous contenter de dire que c’est un mot qui n’a rien de bas, et qui est comme celui de cerf, de cheval , de brebis , etc. : ce très-noble me paroît un peu trop fort.

Tout ce traité de Denys d’Halicarnasse , dont je viens de vous parler , et que je relus hier tout entier avec un grand plaisir , me fit souvenir de l’extrême impertinence de M. Perrault, qui avance que le tour des paroles ne fait rien pour l’éloquence, et qu’on ne doit regarder qu’au sens; et c’est pourquoi il prétend qu’on peut mieux juger d’un auteur par son traducteur, quelque mauvais qu’il soit, que par la lecture de l’auteur même. Je ne me souviens point que vous ayez relevé cette extravagance, qui vous donneroit pourtant beau jeu pour le tourner en ridicule.

Pour le mot de |M<ryeï<r9ai , qui signifie quelquefois coucher avec une femme ou avec un homme , et souvent converser simplement, voici des exemples tirés de l’Écriture. Dieu dit à Jérusalem dans Ëzéchiel : Congregàbo tibi amatores tuos cum quibus commista es’, etc. : iitepXynï. Dans Ie prophète Daniel, les deux vieillards, racontant comme ils ont surpris Suzanne en adultère, disent, parlant d’elle et du jeune homme qu’ils prétendent qui étoit avec elle : Vidimus eos pariter eommisceri3. Ils disent aussi à Suzanne : Âssentire nobis et commiscere nobiscum 4. Voilà eommiseeri dans le premier sens. Voici des exemples du second sens. Saint Paul dit aux Corinthiens : Ne commisceamini fornicariis. « N’ayez point de commerce avec les fomicateurs. » Et, expliquant ce qu’il a voulu dire par là , il dit qu’il n’entend point parler des fomicateurs qui sont parmi les gentils ; autrement , ajoute-t-il, il faudroit renoncer à vivre avec les hommes : maie, quand je vous ai mandé de n’avoir point de commerce avec les fomicateurs, non eommisceri, j’ai entendu parler de ceux qui se pourroient trouver parmi les fidèles ; et non-seulement avec les fomicateurs, mais encore avec les avares et les usurpateurs du bien d’autrui, etc. Il en est de même du mot cognostere, qui se trouve dans ces deux sens en mille endroits de l’Ecriture.

Encore un coup, je me passerois de la fausse érudition de Tussanus', qui est trop clairement démentie par l’endroit des ser-

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