‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 439 sur 492 · LI. — Racine a Boileau · texte numérisé non relu

LI. — Racine a Boileau

Fontainebleau, 8 octobre <697.

Je vous demande pardon si j’ai été si long-temps sans vous faire réponse: mais j’ai voulu avant toutes choses prendre un temps favorable pour recommander M. Manchon’ à M. de Barbe • zieux3. Je l’ai fait : et il m’a fort assuré qu’il feroit son possible pour me témoigner la considération qu’il avoit pour vous et pour moi. Il m'a paru que le nom de M. Manchon lui étoit assez in-

< . Mont-Louis , aujourd’hui le cimetière du père Lachaise.

2 Beau-frère de Boileau.

3. Louis-François-Marie Le Tellier, marquis de Barbezieux, avoit, à l’Age de vingt trois ans , succédé à son père , le marquis de Louvoie , ministre de la guerre.

connu , et je me suis rappelé alors qu’il avoit un autre nom dont je ne me souvenois point du tout. J’ai eu recours à M. de La Chapelle 1 2 3 , qui m’a fait un mémoire que je présenterai à M. de Barbezieux dès que je le verrai. Je lui ai dit que M. l’abbé de Louvois’ voudroit bien joindre ses prières aux nôtres, et je crois qu’il n’y aura point de mal qu’il lui en écrive un mot.

Je suis bien aise que vous ayez donné votre épltre* à M. de Meaux* et que M. de Paris* soit disposé à vous donner une approbation authentique. Vous serez surpris quand je vous dirai que je n’ai point encore rencontré M. de Meaux, quoiqu’il soit ici : mais je ne vais guère aux heures où il va chez le roi , c’està-dire au lever et au coucher : d’ailleurs la pluie presque continuelle empêche qu'on ne se promène dans les cours et dans les jardins , qui sont les endroits où l’on a coutume de se rencontrer. Je sais seulement qu’il a présenté au roi l’ordonnance de M. l’archevêque de Reims ' contre les jésuites : elle m’a paru trèsforte , et il y explique très-nettement la doctrine de Molina avant de la condamner. Voilà, ce me semble, un rude coup pour les jésuites. 11 y a bien des gens qui commencent à croire que leur crédit est fort baissé , puisqu’on les attaque si ouvertement. Au lieu que c’étoit à eux qu’on donnoit autrefois les privilèges pour écrire tout ce qu’ils vouloient, ils sont maintenant réduits à ne se défendre que par de petits libelles anonymes , pendant que les censures des évêques pleuvent de tous côtés sur eux. Votre épltre ne contribuera pas à les consoler ; et il me semble que vous n'avez rien perdu pour attendre, et qu’elle paroltra fort à propos.

On a eu nouvelle aujourd’hui que M. le prince de Conti ’ étoit arrivé en Pologne ; mais on n’én sait pas davantage , n’y ayant point encore de courrier qui soit venu de sa part. M. l’abbé Renaudot vous en dira plus que je ne saurois vous en écrire.

Je n’ai pas fort avancé le mémoire dont vous me parlez. Je crains même d'être entré dans des détails qui l’allongeront bien plus que je ne croyois. D'ailleurs vous savez la dissipation de ce pays-ci.

Pour m’achever , j’ai ma seconde fille à Melun , qui prendra l’habit dans huit jours. J’ai fait deux voyages pour essayer de la détourner de cette résolution, ou du moins pour obtenir d’elle qu’elle différât encore six mois ; mais je l’ai trouvée inébranlable. Je souhaite qu’elle se trouve aussi heureuse dans ce nouvel état qu’elle a eu d’empressement pour y entrer. M. l’archevêque de

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