‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 47 sur 492 · Poète latin satirique. (B.) — 3. Consul romain. (B · texte numérisé non relu

Poète latin satirique. (B.) — 3. Consul romain. (B

Boll. SA U 4

SATIRE IX

Je le déclare donc : Quinault est un Virgile;

Pradon comme un soleil en nos ans a paru ;

Pelletier écrit mieux qu’Ablancourt 1 ni Patru ;

Cotin, à ses sermons traînant toute la terre,

Fend les flots d’auditeurs pour aller à sa chaire;

Saufal 5 est le phénix des esprits relevés ;

Perrin5.... Bon, mon esprit! courage! poursuivez.

Mais ne voyez-vous pas que leur troupe en furie Va prendre encor ces vers pour une raillerie?

Et Dieu sait aussitôt que d’auteurs en courroux,

Que de rimeurs blessés s’en vont fondre sur vous !

Vous les verrez bientôt, féconds en impostures,

Amasser contre vous des volumes d'injures.

Traiter en vos écrits chaque vers d’attentat ,

Et d’un mot innocent faire un crime d’État *.

Vous aurez beau vanter le roi dans vos ouvrages.

Et de ce nom sacré sanctifier vos pages ;

Qui méprise Cotin n’estime point son roi,

Et n’a, selon Cotin, ni Dieu, ni foi, ni loi.

Mais quoi I répondrez-vous , Cotin nous peut-il nuire ?

Et par ses cris enfin que sauroit-il produire?

Interdire à mes vers , dont peut-être il fait cas ,

L’entrée aux pensions où je ne prétends pas?

Non , pour louer un roi que tout l’univers loue ,

Ma langue n’attend point que l’argent la dénoue;

Et , sans espérer rien de mes foibles écrits ,

L’honneur de le louer m’est un trop digne prix :

On me verra toujours , sage dans mes caprices ,

De ce même pinceau dont j’ai noirci les vices Et peint du nom d’auteur tant de sots revêtus,

Lui marquer mon respect , et tracer ses vertus.

Je vous crois ; mais pourtant on crie , on vous menace.

Je crains peu, direz-vous, les braves du Parnasse.

Hé ! mon Dieu , craignez tout d’un auteur en courroux ,

Qui peut....— Quoi?— Je m’entends.— Mais encor? — Taisez-vous.

t. Nicolas Perrot d’Ablancourt , de l’Académie françoise, avoit traduit Thucydide , Xènoyhon , Lucien , Arrien , César, Tacite, Frontin , etc. On appeloit ses traductions les belles Infidèles.

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