Épltre V, vers
2. Les Titres du droit eivil et du droit canonique, rapportés sous tes noms françois , etc.
LETTRES DE BOILEAU
la raison qu’on y cultivoit n’étoit point la raison humaine et celle qu’on appelle le bon sens , mais une raison particulière , fondée sur une multitude de lois qui se contredisent les unes les autres , et où l’on se remplit la mémoire sans se perfectionner l’esprit. Je me souviens même que dans ce temps-là , je fis sur ce sujet des vers latins , qui commençoient par
O mille nexibus non desinentium Fcecunda rixarum parens!
Quid intricalis juribus jura impedis?
J’ai oublié le reste. Il m’est pourtant encore demeuré dans la mémoire, que j’y comparois les lois du Digeste aux dents de dragon que sema Cadmus et dont il naissoit des gens armés qui se tuoient les uns les autres. La lecture du livre de M. Domat' m’a fait changer d’avis , et m’a fait voir dans cette science une raison que je n’y avois point vue jusque-là. C’étoit un homme admirable. Je ne suis donc point surpris qu’il vous ait si bien distingué, tout jeune que vous étiez. Vous me faites grand honneur de me comparer à lui , et de mettre en parallèle un misérable faiseur de satires avec le restaurateur de la raison dans la jurisprudence. On m’a dit qu’on le cite déjà tout haut dans les plaidoiries, comme Balde1 et Cujas1; et on a raison; car, à mon sens, il vaux mieux qu’eux. Je vous en dirois davantage , mais permettez, dans le chagrin où je suis, que je me hâte de vous assurer que je suis, etc.
Paris, <3 décembre <704.
Je suis si coupable , monsieur , à votre égard , que je sens bien que si je voulois faire mon apologie, il me faudrait plus d’une fois relire mon Aristote et mon Quintilien , et y chercher des figures propres à bien mettre en jour un procès et une maladie que j’ai eus . et qui m’ont empêché de répondre aux lettres obligeantes et judicieuses que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire; mais, comme je suis sûr de mon pardon , je crois que je ferai mieux de ne me point amuser à ces vains artifices, et de vous dire, comme si de rien n’étoit, après avoir avoué ma faute, que je suis confus des bontés que vous me marquez dans votre dernière lettre. J’admire la délicatesse de votre conscience, et le soin que vous prenez de m’y fournir des armes contre vous-même , au sujet de la critique que vous m’avez faite sur la piqûre de la guêpe. Je
1 . Les Lois civiles dans leur ordre naturel. Domat, né à Clermont en Auvergne, mourut à Paris en <695, âgé de soixante-dix ans.