Avocat de Lyon
2. « Votre Majesté auroit pris vingt villes, plus tôt que de me persuader cela. »
LETTRES DE BOILEAU
celui de grand : « Je ne sais pas, lui dis-je, comment ces messieurs l’entendent; mais il me semble pourtant qu’il y a bien de la différence entre Louis le Gros et Louis le Grand. » Cela fit assez agréablement ma cour, aussi bien que les deux autres mots, qui furent dits dans un temps qui leur convenoit, je veux dire, dans le temps de nos triomphes, et qui ne seroient pas si bons aujourd’hui, où à mon sens on n’a que trop appris à nous résister. Vous voilà, monsieur, assez bien éclairci , je crois, sur vos deux questions, et je vous satisferois aussi sur celles qu’il me semble que vous m’avez faites dans vos deux autres lettres précédentes, si je les avois ici: mais franchement, je les ai laissées à Auteuil. Ainsi il faut attendre que je les aie rapportées pour vous donner pleine satisfaction. J’y ferai pour cela bientôt un tour; car l’hiver ni les pluies n’empêchent pas qu’on n’y puisse aller comme en plein été. Cependant je vous prie de croire qu’on ne peut être avec plus de sincérité et de reconnoissance que je le suis 1 , etc.
Dans le temps que j’allois fermer cette lettre, je me suis ressouvenu que vous seriez peut-être bien aise de savoir le sujet de la dispute que j’eus avec Sa Majesté. Je vous dirai donc que c’étoit à propos du mot de rebrousser chemin , que le roi prétendoit mauvais , et que je maintenois bon , par l’autorité de tous nos meilleurs auteurs qui s’en étoient servis, et entre autres Vaugelas et d’Ablancourt. Tous les courtisans qui étoient là m’abandonnèrent , et M. Racine tout le premier. Cependant je demeure encore dans mon sentiment , et je le soutiendrai encore hardiment contre vous, qui avez la mine de n’être pas de mon avis, et de m’abandonner comme tous les autres.
Paris, 20 janvier 1707.
Il y a, monsieur, aujourd’hui près de deux mois que je fis sur mon propre escalier une chute que je puis appeler heureuse , puisque je suis en vie. Cela n’a pas empêché néanmoins que je n’aie été sur le grabat plus de six semaines , à cause d’une très-douloureuse entorse jointe à plusieurs autres maux qu’elle m’avoit causée J.
Je ne commence encore qu’à en revenir , et c’est même malgré l'ordre des chirurgiens que je vous écris ce mot de lettre, pour vous remercier de la bonté que vous avez pour moi et pour mon infortuné et très-sottement marié valet de chambre. Je vous en écrirai davantage quand je serai un peu fortifié. Cependant je
t . Ici se trouve, dans les autographes de Boileau, ce post-scriptum, répété dans presque toutes les lettres suivantes ; < Mes recommandations à tous nos illustres amis de Lyon, b
i. Boileau a écrit ainsi au lieu de causés qu’il faudroil mettre aujourd’hui.
A BROSSETTE. 655
vous prie de croire que je suis plus passionnément que jamais, votre, etc,
Paris, 42 mars 4707.
11 n'y a point, monsieur, d’amitié plus commode que la vôtre. Dans le temps que je ne saurois trouver aucune bonne excuse d’avoir été si longtemps à répondre à vos obligeantes lettres , c’est vous qui me demandez pardon d’avoir manqué quelques ordinaires & m’écrire, et qui me mettez endroit de vous faire des reproches. Je ne vou3 en ferai pourtant point, et je me contenterai de vous dire, avec la même confiance que si je n’avois point tort, qu’on ne peut être plus touché que je le suis de la constance que vous témoignez à aimer un homme si peu digne de toutes vos bontés que moi ; et que , s’il y a quelque chose qui me puisse faire corriger de mes négligences, c’est votre facilité à me les pardonner. Cela étant, je vous dirai, sans m’étendre en de plus longs complimens , que si l’ouvrage dont vous me parlez , qui a été fait à l’occasion de mon démêlé avec MM. de Trévoux est celui qu’on m’a montré , et où l’on met en jeu mon frère avec moi, c’est bien le plus sot, le plus impertinent et le plus ridicule ouvrage qui ait jamais été fait, et qu’il ne sauroit sortir que de la main de quelque misérable cuistre de collège qui ne nous connoît ni l’un ni l’autre. Le misérable m’y attribue une satire où il me fait rimer épargner avec dernier. 11 nous donne à l’un et à l’autre pour confident un M. Marcouville, qui ne nous a pas seulement vus, je crois, passer dans les rues. En un mot, le diable y est.
Pour ce qui est de l’épigramme contre M. et Mme Dacier, je ne sais ce que c’est , et ils sont tous deux mes amis. Peut-être estce une épigramme où l’on veut faire entendre que Mme Dacier est celle qui porte le grand chapeau dans les ouvrages qu’ils font ensemble, et qui y a la principale part. Supposé que cela soit , je vous dirai que je l’ai vue , et qu’elle m’a paru très-abominable. On l’attribue pourtant à M. l’abbé Tallemant.
Pour ce qui est de l’épigramme faite à l’occasion du petit de Beauchâteau, j’étois à peine sorti du collège, quand elle fut composée par un frère aîné que j’avois 1 , et qui a été de l’Académie françoise. Elle passa pour fort jolie, parce que c’étoit une raillerie assez ingénieuse de la mauvaise manière de réciter de Beauchâteau le père , qui étoit un exécrable comédien , et qui passoit pour tel. Il fut pourtant assez sot pour la faire imprimer dans le prétendu recueil des ouvrages de son fils , qui n’étoit qu’un amas de misérables madrigaux qu’on attribuoit à ce fils, et que de fades auteurs qui fréquentoient le père avoient composés. Tout ce que je puis vous dire de la destinée de ce célèbre