Gilles Boileau
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LETTRES DE BOILEAU
enfant, c’est qu’il fut un fameux fripon , et que ne pouvant subsister en France, il passa en Angleterre, où il abjura la religion catholique , et où il est mort , il y a plus de vingt ans , ministre de la religion prétendue réformée. Trouvez bon , monsieur, qu’un convalescent , comme je suis encore , ne vous en dise pas davantage pour aujourd’hui, et que je me contente de vous assurer que je suis , etc.
P. S. Mes recommandations à nos chers et communs amis.
Paris, 14 mai 1707.
Je ne vous fais point d’excuses, monsieur, d’avoir été si longtemps sans vous écrire, parce que je suis las de commencer toujours mes lettres par le même compliment, et que d’ailleurs je suis si accoutumé à faillir, qu’il me semble qu’on ne me doit plus demander raison de mes fautes. Il y a pourtant quatre ou cinq jours que je me ressouvins de mon devoir, et que m’en allant à Auteuil pour m’y établir, je portai avec moi votre dissertation sur le tombeau des deux Amandus ou Amans , à dessein d’y faire une exacte réponse; mais le froid m’en chassa dès le lendemain , et le pis est que j’y laissai cette dissertation. Cependant je ne saurois me résoudre à tarder davantage à vous dire au moins en général ce que j’en pense , qui est que j’ai trouvé vos réflexions fort justes. Le monument néanmoins ne me semble pas de fort grand goût, et a une pesanteur, à mon avis, tirant au gothique. Quoiqu’il en soit, messieurs de Lyon sont fort louables du soin qu’ils ont de conserver jusqu’aux médiocres ouvrages de la respectable antiquité. Pour votre inscription , elle est , à mon avis , très-bonne et très-latine ; et je n’y ai trouvé à redire que le mot de reparari , qui ne veut point dire , à mon sens, dans la bonne latinité, être réparé, mais être racheté :
Vina Syra repara ta merce '.
Instaurari , selon moi , sera beaucoup meilleur ; car restaurari ne vaut rien non plus. Ainsi, je mettrois in alium locum transferri et instaurari curaverunt, etc. Je vous écris tout cela de mémoire, et peut-être , quand je serai de retour à Auteuil, et que j’aurai votre papier devant moi, vous manderai-je quelque chose de plus particulier.
Pour ma satire sur l’Équivoque , tout ce que je puis vous en dire maintenant , c’est qu’on va faire une nouvelle édition de mes ouvrages, où, selon toutes les apparences, je l’insérerai, et que, bien que j’y attaque à face ouverte tous les mauvais casuistes , je ne crains point que les jésuites s’en offensent , puisqu’ils y se-