J u vénal, ait. I, vers
LETTRES DE BOILEAU
davantage pour cette fois. Du reste, croyez qu’on ne peut être plus sincèrement et plus fortement que je le suis, etc.
Pardon pour mes ratures.
Paris, 2 août <70#.
Deux jours après que j’eus reçu votre lettre , monsieur, datée du 24 juin , je tombai malade d’une fluxion sur la poitrine et d’une fièvre continue assez violente, qui m’a tenu au lit tout le mois de juillet , et dont je ne suis relevé que depuis trois jours. Voilà ce qui m’a empêché de répondre à vos obligeantes lettres , et non point le peu de cas que j’aie fait de vos vers, qui m’ont paru trèsbeaux, et où je n’ai trouvé à redire que l’excès des louanges que vous m’y donnez. Dès que je serai un peu rétabli , je ne manquerai pas de vous faire une ample réponse et un très-exact remercîment ; mais en attendant , je vous prie de vous contenter de ce mot de lettre , que je vous écris malgré l’extrême défense de mon médecin, et de croire que je sens comme je dois toutes vos excessives bontés. Je suis avec une extrême reconnoissance....
Paris, 6 octobre <709.
Il faut , monsieur , que vous n’ayez pas reçu une lettre que je me suis donné l’honneur de vous écrire , il y a environ deux mois, où je vous mandois que je sortois d’une très-longue et trèsfâcheuse maladie , qui m’avoit tenu au lit plus de trois semaines , et dont il m’étoit resté des incommodités qui me mettoient hors d’état de répondre à vos précédentes lettres. Depuis ce temps-là , j’en ai encore reçu deux de votre part qui ne marquent pas même que vous ayez su que je fusse indisposé. Ainsi je vois bien qu’il y a du malentendu dans notre commerce. Mon valet m’assure pourtant très-fortement qu’il a porté ma lettre à la poste. Ce qui me fâche le plus de cette méprise, c’est que dans ma lettre je vous parlois , comme je dois , des vers que vous avez faits en mon honneur, et sur lesquels vous devez être content, puisque je les ai trouvés fort obligeans et très-spirituels. La lettre dont je vous parle étoit fort courte, et vous trouverez bon que celle-ci le soit aussi , parce que je ne suis pas si bien guéri qu’il ne me reste encore des pesanteurs et des tournoiemens de tête qui ne me permettent pas de faire des efforts d’esprit. 0 la triste chose que soixante et douze ans I A la première renaissance de santé qui, me viendra , je ne manquerai pas pourtant de répondre à toutes vos curieuses questions, et peut-être sera-ce dès le premier ordinaire; mais pour cette fois trouvez bon que j’obéisse aux ordonnances de mon médecin et que je me contente de vous assu rer, par ce petit mot de lettre, que je suis autant que jamais....
A BROSSETTE
Paris, \ 4 juin 4710.
Quelque coupable, monsieur, que je vous puisse paroître d’avoir été si longtemps sans répondre à vos fréquentes et obligeantes lettres , je n’aurois que trop de raisons à vous dire pour me disculper , si je voulois vous réciter le nombre infini d’infirmités et de maladies qui me sont venu accabler depuis quelque temps.
Quorum si nomina quxras ,
Promptius expediam quot amaverit Hippia machos ' ,
Mais je me suis aperçu , dans une de vos lettres , que vous n’aimez point à entendre parler de maladies ; et moi je sens bien , par l’abattement et par l’affliction où cela me jette , que je ne saurais parler d’autre chose ; et , pour vous montrer que cela est très-véritable , je vous dirai que je ne marche plus que soutenu par deux valets ; qu’en me promenant , même dans ma chambre , je suis quelquefois au hasard de tomber par des étourdissemens qui me prennent; que je ne saurais m’appliquer le moins du monde à quelque chose d’important , qu’il ne me prenne un mal de cœur tirant à défaillance. Cependant je n’ai pas laissé de lire tout au long l’églogue que vous m’avez envoyée de votre excellent pèreBimet1; et je l’ai trouvée très-virgilienne. Ainsi quand je serais le personnage affreux qu’il s’est figuré de moi , vous pouvez l’assurer qu’il n’a rien à craindre de moi qui ai toujours honoré les gens de mérite comme lui , et qui ai été et suis encore aujourd’hui ami de tant d’hommes illustres de sa société. En voilà assez, monsieur, et je sens déjà que le mal de cœur me veut reprendre. Permettez donc que je me hâte de vous dire que je suis , plus violemment que jamais , etc.