Conte de La Fontaine tiré de l’Arioste
5. François Corbucil-Viilon naquit à Paris en 143t. Accusé et, à ce qu’il parott, convaincu de friponnerie , il fut condamné à être pendu : la peine ayant été commuée en bannissement, il retomba dans de nouveaux désordres qui lui attirèrent une seconde sentence pareille à la première; mais Louis XI lui fil grâce du supplice. On ne sait pas bien en quel lieu et en quel temps il mourut. Rabelais dit qu’il se relira en Angleterre et y devint le favori d’Édouard IV.
fl. Mellin do Saint-Gelais naquit, en 1491, à Angoulèmc, fils naturel de l’évêquo de celte ville, Octavien de Saint-Gelais; il laissa des poésies diverses , entre lesquelles on distingue la Déploration du bel Adonis , une imitation de trois clmnts de l’Ariostc, etc.
SATIRE X
Arioste' , Marot’, Boccace3, Rabelais',
Et tous ces vieux recueils de satires naïves',
Des malices du sexe immortelles archives.
Mais , tout bien balancé , j’ai pourtant reconnu Que de ces contes vains le monde retenu N’en a pas de l’hymen moins vu fleurir l’usage;
Que sous ce joug moqué tout à la fin s'engage ;
Qu’à ce commun filet les railleurs mêmes pris Ont été très-souvent de commodes maris ;
Et que , pour être heureux sous ce joug salutaire ,
Tout dépend, en un mot, du bon choix qu’on sait faire. Enfin , il faut ici parler de bonne foi :
Je vieillis, et ne puis regarder sans effroi Ces neveux affamés dont l’importun visage De mon bien à mes yeux fait déjà le partage.
Je crois déjà les voir, au moment annoncé Qu’à la fin sans retour leur cher oncle est passé ,
Sur quelques pleurs forcés qu’ils auront soin qu’on voie , Se faire consoler du sujet de leur joie.
Je me fais un plaisir, à ne vous rien celer,
De pouvoir , moi vivant , dans peu les désoler ,
4 . L' Arioste , né à Reggio (près de Modène), en '474, est un des plus célèbres poètes italiens. Son grand ouvrage , X Orlando furioso , parut en 15)6.
2. Clément Marot étoit de Cabors, où il naquit, en 4 495, d’un père qui lui-mèmc étoit poète, mais qui a été surpassé par son fils. Conduit à la cour de François I", il célébra les belles et les princes , suivit le roi à la bataille de Pavie et y reçut une blessure. Ayant embrassé la religion réformée , il se réfugia à Gènes , puis à Turin , où fi mourut dans l’indigence en )544.
3. De tous les ouvrages de Boccace, le plus connu est son Décaméron , recueil de contes oii La Fontaine a puisé les sujets de la plupart des siens. Il naquit, en 4 34 3 , à Paris, où son père, né à Ccrtaldo, en Toscane, avoit été attiré par des affaires de commerce, et fut bientôt conduit à Florence, où il fit ses premières éludes. Son père , qui le destinoit au négoce , le renvoya , vers ) 323 , à Paris , d'où il ne revint qu’en 4 329. 11 a été l’ami de Pétrarque. Après avoir habité Naples et Florence, fi vint mourir à Certaldo le 21 décembre 4 375.
t. François Rabelais naquit à Cbinon en 4 483. Il se fit cordelier à Fontenai-le-Comte , puis bénédictin à Maillezais, ensuite médecin à Montpellier. Après avoir accompagné le cardinal du Bellay à Rome, il revint en France, habita Lyon et Paris, obtint une prébende dans la collégiale de Saint-Maur des Fossés, et enfin la cure de Meudon; il mourut, è Paris probablement, en 4 553.
5. Les Contes de la reine de Navarre, etc. (B.) — Marguerite de Valois, sœur de François 1", étoit née à Angouléme en 4 492; elle épousa le duc d'Alençon, puis Henri d’Albret, roi de Navarre, et fut mère de Jeanne d’Albret, qui a donné le jour i Henri IV. Marguerite mourut en 4 549
SATIRE X
Et, trompant un espoir pour eux si plein de charmes, Arracher de leurs yeux de véritables larmes.
Vous dirai-je encor plus? Soit foiblesse ou raison.
Je suis las de me voir le soir en ma maison Seul avec des valets , souvent voleurs et traîtres ,
Et toujours, à coup sûr, ennemis de leurs maîtres.
Je ne me couche point qu’aussitôt dans mon lit Un souvenir fâcheux n’apporte à mon esprit Ces histoires de morts lamentables, tragiques,
Dont Paris tous les ans peut grossir ses chroniques1 2. Dépouillons-nous ici d’une vaine fierté :
Nous naissons , nous vivons pour la société.
A nous-mêmes livrés dans une solitude ,
Notre bonheur bientôt fait notre inquiétude;
Et, si durant un jour notre premier aïeul,
Plus riche d’une côte , avoit vécu tout seul ,
Je doute , en sa demeure alors si fortunée ,
S’il n’eût point prié Dieu d’abréger la journée.
N’allons donc point ici réformer l’univers,
Ni , par de vains discours et de frivoles vers ,
Etalant au public notre misanthropie ,
Censurer le lien le plus doux de la vie.
Laissons là, croyez-moi, le monde tel qu’il est.
L’hyménée est un joug, et c’est ce qui m’en plaît : L’homme en ses passions toujours errant sans guide A besoin qu’on lui mette et le mors et la bride *
Son pouvoir malheureux ne sert qu’à le gêner;
Et, pour le rendre libre, il le faut enchaîner.
C’est ainsi que souvent la main de Dieu l’assiste.
Ha ! bon ! voilà parler en docte janséniste ,
Alcippe ; et , sur ce point si savamment touché ,
Desmâres’ dans Saint-Roch* n’auroit pas mieux prêché. Mais c’est trop t’insulter; quittons la raillerie;
Parlons sans hyperbole et sans plaisanterie.
Tu viens de mettre ici l’hymen en son beau jour :
Entends donc ; et permets que je prêche à mon tour.
L’épouse que tu prends , sans tache en sa conduite ,
Aux vertus, m’a-t-on dit, dans Port-Royal instruite,
Aux lois de son devoir règle tous ses désirs.
Mais qui peut t’assurer qu’invincible aux plaisirs,
Chez toi , dans une vie ouverte à la licence ,
Elle conservera sa première innocence ?
Par toi-même bientôt conduite à l’Opéra ,
De quel air penses-tu que ta sainte verra
1 . Blandin et du (Je) Rosset ont composé ces histoires. (B.)