Roman de Clclie, et autres romans du même auteur. (B
&. Une infâme, dont le nom étoit alors connu de tout le monde.
SATIRE X
De Phèdre dédaignant la pudeur enfantine.
Suivre à front découvert Z.... et Messaline:
Compter pour grands exploits vingt hommes ruinés. Blessés , battus pour elle , et quatre assassinés :
Trop heureux si, toujours femme désordonnée,
Sans mesure et sans règle au vice abandonnée ,
Par cent traits d’impudence aisés à ramasser Elle t’acquiert au moins un droit pour la chasser !
Mais que deviendras-tu si, folle en son caprice. N’aimant que le scandale et l’éclat dans le vice .
Bien moins pour son plaisir que pour t’inquiéter.
Au fond peu vicieuse, elle aime à coqueterv Entre nous, verras-tu d’un esprit bien tranquille Chez ta femme aborder et la cour et la ville?
Hormis toi , tout chez toi rencontre un doux accueil : L’un est payé d’un mot, et l’autre d’un coup d’œil.
Ce n’est que pour toi seul qu’elle est fière et chagrine : Aux autres elle est douce, agréable, badine;
C’est pour eux qu’elle étale et l’or et le brocart ,
Que chez toi se prodigue et le rouge et le fard ,
Et qu’une main savante, avec tant d’artifice,
Bâtit de ses cheveux le galant édifice.
Dans sa chambre , crois-moi , n’entre point tout le jour. Si tu veux posséder ta Lucrèce à ton tour.
Attends, discret mari, que la belle en cornelte Le soir ait étalé son teint sur la toilette,
Et dans quatre mouchoirs, de sa beauté salis.
Envoie au blanchisseur ses roses et ses lis.
Alors tu peux entrer; mais, sage en sa présence,
Ne va pas murmurer de sa folle dépense.
D’abord, l’argent en main, paye et vite et comptant. Mais non, fais mine un peu d’en être mécontent.
Pour la voir aussitôt, de douleur oppressée,
Déplorer sa vertu si mal récompensée.
Un mari ne veut pas fournir à ses besoins?
Jamais femme, après tout, a-t-elle coûté moins?
A cinq cents louis d’or tout au plus, chaque année.
Sa dépense en habits n’est- elle pas bornée?
Que répondre ? Je vois qu’à de si justes cris.
Toi-même convaincu, déjà tu t’attendris,
Tout prêt à la laisser, pourvu qu’elle s’apaise,
Dans ton coffre, à pleins sacs, puiser tout à son aise.
A quoi bon en effet t’alarmer de si peu ?
Eh ! que seroit-ce donc si , le démon du jeu Versant dans son esprit sa ruineuse rage ,
Tous les jours, mis par elle à deux doigts du naufrage, Tu voyois tous tes biens, au sort abandonnés,
82 SATIRE X
Devenir le butin d’un pique1 ou d’un sonnez* T Le doux charnje pour toi de voir, chaque journée, De nobles champions ta femme environnée,
Sur une table longue et façonnée exprès.
D’un tournoi de bassette ordonner les apprêts !
Ou , si par un arrêt la grossière police D’un jeu si nécessaire interdit l’exercice,
Ouvrir sur cette table un champ au lansquenet,
Ou promener trois dés chassés de son cornet!
Puis sur une autre table , avec un air plus sombre , S’en aller méditer une vole au jeu d’hombre :
S’écrier sur un as mal à propos jeté ;
Se plaindre d’un gâno3 qu’on n’a point écouté!
Ou , querellant tout bas le ciel qu’elle regarde ,
A la bête gémir d’un roi venu sans garde !
Chez elle, en ces emplois, l’aube du lendemain Souvent la trouve encor les cartes à la main : - Alors , pour se coucher les quittant , non sans peine . Elle plaint le malheur de la nature humaine.
Qui veut qu’en un sommeil où tout s’ensevelit Tant d’heures sans jouer se consument au lit. Toutefois en partant la troupe la console ,
Et d’un prochain retour chacun donne parole.
C’est ainsi qu’une femme en doux amusemens
Sait du temps qui s’envole employer les mSraens ;
C'est ainsi que souvent par une forcenée
Une triste famille à l’hôpital traînée
Voit ses biens en décret sur tous les murs écrits
De sa déroute illustre effrayer tout Paris.
Mais que plutôt son jeu mille fois te ruine , - Que si , la famélfque et honteuse lésine Venant mal à propos la saisir au collet ,
Elle te réduisoit à vivre sans valet ,
Comme ce magistrat 1 de hideuse mémoire Dont je veux bien ici te crayonner l’histoire.
Dans la robe on vantoit son illustre maison :
Il étoit plein d’esprit , de sens et de raison ; Seulement pour l’argent un peu trop de foiblesse De ces vertus en lui ravaloit la noblesse.
Sa table toutefois , sans superfluité ,
N'avoit rien que d’honnête en sa frugalité.
Chez lui deux bons chevaux, de pareille encolure,
* . Terme du jeu de piquet. (B.) — 2. Terme du jeu de trictrac. çB.)