‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 55 sur 492 · Auteur qui a donné un dictionnaire françois. (B · texte numérisé non relu

Auteur qui a donné un dictionnaire françois. (B

3. Célèbre maison près de Versailles, où on élève un gr ind nombre de jeunes demoiselles. (B.)

4. C’est un nœud de rubans que les femmes mettent sur le devant de la tète pour attacher leur coiffure. (B.)

SATIRE X

T’offrir non pas d ’lsis la tranquille Euménide',

Mais la vraie Alecto3, peinte dans YÉnéide,

Un tisofi à la main, chez le roi Latinus,

Soufflant sa rage au sein d’Amate et de Tumus3.

Mais quoi ! je chausse ici le cothurne tragique !

Reprenons au plus tôt le brodequin comique,

Et d’objets moins affreux songeons à te parler.

Dis-moi donc , laissant là cette folle hurler ,

T’accommodes-tu mieux de ces douces Ménades * ,

Qui, dans leurs vains chagrins, sans mal toujours malades.

Se font des mois entiers, sur un lit effronté,

Traiter d’une visible et parfaite santé;

Et douze fois par jour , dans leur molle indolence ,

Aux yeux de leurs maris tombent en défaillance?

Quel sujet , dira l’un , peut donc si fréquemment Mettre ainsi cette belle aux bords du monument?

La Parque , ravissant ou son fils ou sa fille ,

A-t-elle moissonné l’espoir de sa famille?

Non : il est question de réduire un mari A chasser un valet dans la maison chéri ,

Et qui, parce qu’il plaît, a trop su lui déplaire;

Ou de rompre un voyage utile et nécessaire ,

Mais qui la priveroit huit jours de ses plaisirs,

Et qui, loin d’un galant, objet de ses désirs....

Oh! que pour la punir de cette comédie Ne lui vois-je une vraie et triste maladie !

Mais ne nous fâchons point. Peut-être avant deux jours,

Courtois et Denyau3, mandés à son secours,

Digne ouvrage de l'art dont Hippocrate traite ,

Lui sauront bien ôter cette santé d’athlète ;

Pour consumer l’humeur qui fait son embonpoint,

Lui donner sagement le mal qu’elle n’a point;

Et , fuyant de Fagon* les maximes énormes ,

Au tombeau mérité la mettre dans les formes.

Dieu veuille avoir son âme , et nous délivrer d’eux !

Pour moi , grand ennemi de leur art hasardeux ,

Je ne puis cette fois que je ne les excuse.

Mais à quels vains discours est-ce que je m’amuse?

Il faut sur des sujets plus grands, plus curieux,

1. Furie, dans l’opéra d’Isii, qui demeure presque toujours à ne rien faire. (B.)

2. Une des Furies. ^B.) — 3. Voyez le livre Vil de YÉnéide. (B.)

4. Bacchantes. (B.) — 5. Deux médecins de la Facullé de Paris. (B.) 6. Premier médecin du roi. (B.) — Fagon, né en < 638, mort en 1718, membre de l'Académie des sciences, auteur des livres intitulés: l^s qualités du Quinquina , Hortus regius , etc., a été l'un des médecins de Boileau.

SATIRE X

Attacher de ce pas ton esprit et tes yeux.

Oui s’offrira d’abord? Bon, c’est cette savante Qu’estime Roberval, et que Sauveur fréquente1 *.

D’où vient qu’elle a l’œil trouble et le teint si terni ?

C’est que sur le calcul , dit-on , de Cassini 3 * * * 7 8 ,

Un astrolabe en main, elle a, dans sa gouttière,

A suivre Jupiter3 passé la nuit entière.

Gardons de la troubler. Sa science , j'e croi ,

Aura pour s’occuper ce jour plus d’un emploi :

D’un nouveau microscope on doit, en sa présence,

Tantôt chez Delancé* faire l’expérience.

Puis d’une femme morte avec son embryon Il faut chez du Verney* voir la dissection.

Rien n’échappe aux regards de notre curieuse*.

Mais qui vient sur ses pas? c’est une précieuse’,

Reste de ces esprits jadis si renommés Que d’un coup de son art Molière a diffamés*.

De tous leurs sentimens cette noble héritière Maintient encore ici leur secte façonnière.

C’est chez elle toujours que les fades auteurs S’en vont se consoler du mépris des lecteurs.

Elle y reçoit leur plainte; et sa docte demeure Aux Perrins, aux Coras, est ouverte à toute heure.

Là , du faux bel esprit se tiennent les bureaux :

Là, tous les vers sont bons pourvu qu’ils soient nouveaux.

Au mauvais goût public la belle y fait la guerre ;

Plaint Pradon opprimé des sifflets du parterre;

Rit des vains amateurs du grec et du latin;

Dans la balance met Aristote et Cotin;

Puis, d’une main encor plus fine et plus habile,

Pèse sans passion Chapelain et Virgile;

Remarque en ce dernier beaucoup de pauvretés.

Mais pourtant confessant qu’il a quelques beautés :

Ne trouve en Chapelain, quoi qu’ait dit la satire,

Autre défaut, sinon qu'on ne le sauroit lire;

Et, pour faire goûter son livre à l’univers,

Croit qu’il faudroit en prose y mettre tous les vers.

1 . Illustres mathématiciens. (B.) — 2. Fameux astronome. (B.)

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