I.KTTRE D’ARNAULD A CHAULES PERRAULT
logie des femmes me jeta dans un grand embarras, et me fît trouver cette réponse plus difficile que je ne pensois. En voici la raison.
Tout le monde sait que M. Despréaux est de mes meilleurs amis, et qu’il m’a rendu des témoignages d’estime et d’amitié en toutes sortes de temps. Un de mes amis m’avoit envoyé sa dernière satire. Je témoignai à cet ami la satisfaction que j*en avois eue , et lui marquai en particulier que ce que j’en estimois le plus , par rapport à la morale , c’étoit la manière si ingénieuse et si vive dont il avoit représenté les mauvais effets que pouvoient produire dans les jeunes personnes les opéras et les romans. Mais comme je ne puis m’empêcher de parler à cœur ouvert à mes amis, je ne lui dissimulai pas que j’aurois souhaité qu’il n’y eût point parlé de l'auteur de Saint Paulin'. Cela a été écrit avant que j’eusse rien su Je l’apologie des femmes , que je n’ai reçue qu’un mois après. J'ai fort approuvé ce que vous y dites en faveur des pères et mères qui portent leurs enfans à embrasser l'état du mariage par des motifs honnêtes et chrétiens; et j’y ai trouvé beaucoup de douceur et d’agrément dans les vers.
Mais ayant rencontré dans la préface diverses choses que je ne pouvois approuver sans blesser ma conscience , cela me jeta dans l’inquiétude de ce que j’avois à faire. Enfin je me suis déterminé à vous marquer à vous-même quatre ou cinq points qui m’y ont fait le plus de peine , dans l’espérance que vous ne trouverez pas mauvais que j’agisse à votre égard avec cette naïve et cordiale sincérité que les chrétiens doivent pratiquer envers leurs amis.
La première chose que je n’ai pu approuver, c’est que vous ayez attribué à votre adversaire cette proposition générale : » que l'on ne peut manquer en suivant l’exemple des anciens » , et que vous ayez conclu a que parce qu’Horace et Juvénal ont déclamé contre les femmes d’une manière scandaleuse, il avoit pensé qu'il étoiten droit de faire la même chose.» Vous l’accusez donc d’avoir déclamé contre les femmes d’une manière scandaleuse, et en des termes qui blessent la pudeur, et de s’être cru en droit de le faire à l’exemple d’Horace et de Juvénal; mais bien loin de cela, il déclare positivement le contraire : car après avoir dit dans sa préface o qu’il n’appréhende pas que les femmes s'offensent de sa satire », il ajoute « qu’une chose au moins dont il est certain qu’elles le loueront , c’est d’avoir trouvé moyen , dans une matière aussi délicate que celle qu’il y traitoit, de ne pas laisser échapper un seul mot qui pût blesser le moins du monde la pudeur. » C’est ce que vous-même , monsieur , avez rapporté de lui dans votre préface, et ce que vous prétendez avoir réfuté par ces paroles: