Dans l’électoral do Trêves
ÉP1TRE IV
D’y trouver d’Ilion la poétique cendre 1 ;
De juger si les Grecs, qui brisèrent ses tours,
Firent plus en dix ans que Louis en dix jours!
Mais pourquoi sans raison désespérer ma veine?
Est-il dans l’univers de plage si lointaine Où ta valeur, grand roi, ne te puisse porter,
Et ne m’offre bientôt des exploits à chanter ?
Non , non , ne faisons plus de plaintes inutiles : Puisqu’ainsi dans deux mois tu prends quarante villes, Assuré des bons vers dont ton bras me répond ,
Je t’attends dans deux ans aux bords de l’Hellespont.
ÉPITRE V
A M. DE GU1LLERAGUES, SECRÉTAIRE DU CABINET se connoître soi-même.
Esprit né pour la cour et maître en l’art de plaire , Guilleragues , qui sais et parler et te taire 1 ,
Apprends-moi si je dois ou me taire ou parler.
Faut-il dans la satire encor me signaler,
Et, dans ce champ fécond en plaisantes malices,
Faire encore aux auteurs redouter mes caprices?
Jadis , non sans tumulte , on m’y vit éclater ,
Quand mon esprit plus jeune, et prompt à s’irriter,
Aspiroit moins au nom de discret et de sage ;
Que mes cheveux plus noirs ombrageaient mon visage. Maintenant, que le temps a mûri mes désirs,
Que mon âge , amoureux de plus sages plaisirs ,
Bientôt s’en va frapper à son neuvième lustre1,
J’aime mieux mon repos qu’un embarras illustre.
Que d’une égale ardeur mille auteurs animés ,
Aiguisent contre moi leurs traits envenimés ;
Que tout, jusqu’à Pinchêne4, et m’insulte et m’accable Aujourd’hui vieux lion je suis doux et traitable;
4 . Expression qui enrichissoit la langue poétique pour la première fois. (Le Brun.)
2. Premier président de la cour des aides, puis secrétaire de la chambre et du cabinet du roi , ensuite ambassadeur à Constantinople. 11 a laissé une relation de son ambassade.
3. A la quaranle-unième année. (B.) — L'auteur n’avoil réellement que trente-huit ans , lorsqu'il composoit cette épltre.