‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 83 sur 492 · Pinchêne étoit neveu de Voiture. (B · texte numérisé non relu

Pinchêne étoit neveu de Voiture. (B

ÊPITIIE V.

Je n’arme point contre eux mes ongles émoussés.

Ainsi que mes beaux jours mes chagrins sont passés •

Je ne sens plus l’aigreur de ma bile première ,

Et laisse aux froids rimeurs une libre carrière.

Ainsi donc, philosophe à la raison soumis,

Mes défauts désormais sont mes seuls ennemis :

C’est l’erreur que je fuis , c’est la vertu que j’aime.

Je songe à me connottre , et me cherche en moi-même : .C’est là l'unique étude où je veux m’attacher.

Que , l’astrolabe en main 1 2 * * , un autre aille chercher Si le soleil est fixe ou tourne sur son axe,

Si Saturne à nos yeux peut faire un parallaxe’;

Que Rohaut 5 vainement sèche pour concevoir Comment, tout étant plein, tout a pu se mouvoir;

Ou que Bernier * compose et le sec et l’humide Des corps ronds et crochus errant parmi le vide :

Pour moi, sur cette mer qu’ici-bas nous courons,

Je songe à me pourvoir d’esquif et d’avirons,

A régler mes désirs, à prévenir l’orage.

Et sauver, s’il se peut, ma raison du naufrage.

C’est au repos d’esprit que nous aspirons tous;

Mais ce repos heureux se doit chercher en nous.

Un fou, rempli d’erreurs, que le trouble accompagne, Et malade à la ville ainsi qu’à la sampagne ,

En vain monte à cheval pour tromper son ennui :

Le chagrin monte en croupe , et galope avec lui.

Que crois-tu qu’ Alexandre, en ravageant la terre, Cherche parmi l’horreur, le tumulte et la guerre? Possédé d’un ennui qu’il ne sauroit dompter,

Il craint d’être à soi-même, et songe à s’éviter.

C’est là ce qui l’emporte aux lieux où naît l’Auroie,

Où le Perse est brûlé de l’astre qu’il adore.

De nos propres malheurs auteurs infortunés,

Nous sommes loin de nous à toute heure entraînés.

A quoi bon ravir l’or au sein du nouveau monde?

Le bonheur tant cherché sur la terre et sur l’onde Est ici comme aux lieux où mûrit le coco,

Et se trouve à Paris de même qu’à Cusco s :

On ne le tire point des veines du Potose6.

Qui vit content de rien possède toute chose.

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