Montagne où sont les mines d’argent. (B
ÊP1TRE V.
Mais, sans cesse ignorans de nos propres besoins,
Nous demandons au ciel ce qu’il nous faut le moins.
<t Oh ! que si cet hiver un rhume salutaire,
Guérissant de tous maux mon avare beau-père,
Pouvoit, bien confessé, l’étendre en un cercueil,
Et remplir sa maison d’un agréable deuil !
Que mon âme, en ce jour de joie et d'opulence,
D’un superbe convoi plaindrait peu la dépense 1 »
Disoit le mois passé , doux , honnête et soumis ,
L’héritier affamé de ce riche commis Qui , pour lui préparer cette douce journée ,
Tourmenta quarante ans sa vie infortunée.
La mort vient de saisir le vieillard catarrheux :
Voilà son gendre riche; en est-il plus heureux?
Tout fier du faux éclat de sa vaine richesse ,
Déjà nouveau seigneur il vante sa noblesse.
Quoique fils de meunier , encor blanc du moulin ,
Il est prêt à fournir ses titres en vélin.
En mille vains projets à toute heure il s’égare ;
Le voilà fou , superbe , impertinent , bizarre ,
Rêveur, sombre, inquiet, à soi-même ennuyeux.
Il vivrait plus content, si, comme ses aïeux,
Dans un habit conforme à sa vraie origine,
Sur le mulet encore il chargeoit la farine.
Mais ce discours n’est pas pour le peuple ignorant,
Que le faste éblouit d’un bonheur apparent.
L’argent , l’argent , dit-on ; sans lui tout est stérile :
La vertu sans l’argent n’est qu’un meuble inutile.
L’argent en honnête homme érige un scélérat;
L’argent seul au palais peut faire un magistrat.
Qu’importe qu’en tous lieux on me traite d'infàme.
Dit ce fourbe sans foi , sans honneur et sans âme ;
Dans mon coffre tout plein de rares qualités,
J’ai cent mille vertus en louis bien comptés.
Est-il quelque talent que l’argent ne me donne ?
C’est ainsi qu’en son cœur ce financier raisonne.
Mais pour moi, que l’éclat ne saurait décevoir,
Qui mets au rang des biens l’esprit et le savoir,
J’estime autant Patru ' , même dans l’indigence ,
Qu’un commis engraissé des malheurs de la France.
Non que je sois du goût de ce sage insensé1 Qui, d'un argent commode esclave embarrassé,
Jeta tout dans la mer pour crier : « Je suis libre. »
De la droite raison je sens mieux l’équilibre;
4 . Fameux avocat et le meilleur grammairien de son siècle. (B.)