‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 88 sur 492 · Il s'agit de la préface de la Phèdre de Pradon · texte numérisé non relu

Il s'agit de la préface de la Phèdre de Pradon

4. Sorte de chapeaux de laine qui se font à Caudebec , en Normandie (B.)

5. Allusion aux nouvellistes qui s’assemblent dans le jardin de ce palais. (B.)

ÉPITRE VI

Ul

Et le sot campagnard le croit de bonne foi.

J’ai beau prendre à témoin et la cour et la ville :

« Non; à d’autres, dit-il; on connoît votre style.

Combien de temps ces vers vous ont-ils bien coûté?

— Ils ne sont point de moi, monsieur, en vérité :

Peut-on m’attribuer ces sottises étranges?

— Ah ! monsieur, vos mépris vous servent de louanges. »

Ainsi de cent chagrins dans Paris accablé ,

Juge si, toujours triste, interrompu, troublé,

Lamoignon , j'ai le temps de courtiser les Muses :

Le monde cependant se rit de mes excuses ,

Croit que, pour m’inspirer sur chaque événement,

Apollon doit venir au premier mandement.

« Un bruit court que le roi va 'tout réduire en poudre Et dans Valencienne est entré comme un foudre;

Que Cambrai, des François l’épouvantable écueil,

A vu tomber enfin ses murs et son orgueil;

Que , devant Saint-Omer , Nassau , par sa défaite ,

De Philippe vainqueur 1 rend la gloire complète.

Dieu sait comme les vers chez vous s’en vont couler ! »

Dit d’abord un ami qui veut me cajoler

Et, dans ce temps guerrier, si fécond en Achilles,

Croit que l’on fait les vers comme l’on prend les villes Mais moi, dont le génie est mort en ce moment,

Je ne sais que répondre à ce vain compliment;

Et , justement confus de mon peu d’abondante ,

Je me fais un chagrin du bonheur de la France.

Qu’heureux est le mortel , qui , du monde ignoré ,

Vit content de soi-même en un coin retiré ;

Que l’amour de ce rien qu’on nomme renommée N’a jamais enivré d’une vaine fumée ;

Qui de sa liberté forme tout son plaisir Et ne rend qu’à lui seul compte de son loisir !

Il n’a point à souffrir d’affronts ni d’injustices,

Et du peuple inconstant il brave les caprices.

Mais nous autres faiseurs de livres et d’écrits ,

Sur les bords du Permesse aux louanges nourris,

Nous ne saurions briser nos fers et nos entraves ,

Du lecteur dédaigneux honorables esclaves.

Du rang où notre esprit une fois s’est fait voir,

Sans un fâcheux éclat nous ne saurions déchoir.

Le public, enrichi du tribut de nos veilles,

Croit qu’on doit ajouter merveilles sur merveilles.

Au comble parvenus il veut que nous croissions :

i . La bataille de Cassel, gagnée par Monsieur, Philippe de France, frère unique du roi, en <667. (B.)

ÉPITRE VI

Il veut en vieillissant que nous rajeunissions. Cependant tout décroît; et moi:mêrae à qui l’âge D’aucune ride encor n’a flétri le visage ,

Déjà moins plein de feu , pour animer ma voix ,

J’ai besoin du silence et de l’ombre des bois :

Ma muse, qui se plaît dans leurs routes perdues,

Ne sauroit plus marcher sur le pavé des rues, i Ce n’est que dans ces bois , propres à m’exciter ,

Qu’ Apollon quelquefois daigne encor m’écouter.

Ne demande donc plus par quelle humeur sauvage Tout l’été, loin de toi, demeurant au village.

J’y passe obstinément les ardeurs du lion ,

Et montre pour Paris si peu de passion.

C’est à toi, Lamoignon, que le rang, la naissance,

Le mérite éclatant et la haute éloquence Appellent dans Paris aux sublimes emplois,

Qu’il sied bien d’y veiller pour le maintien des lois. Tu dois là tous tes soins au bien de ta patrie :

Tu ne t’en peux bannir que l’orphelin ne crie,

Que l’oppresseur ne montre un front audacieux .

Et Thémis pour voir clair a besoin de tes yeux.

Mais pour moi , de Paris citoyen inhabile ,

Qui ne lui puis fournir qu’un rêveur inutile,

Il me faut du repos, des prés et des forêts. Laisse-moi donc ici, sous leurs ombrages frais, Attendre que septembre ait ramené l’automne,

Et que Cérès contente ait fait place à Pomone.

Quand Bacchus comblera de ses nouveaux bienfaits Le vendangeur ravi de ployer sous le faix,

Aussitôt ton ami , redoutant moins la ville ,

T’ira joindre à Paris, pour s’enfuir à Bâville1 Là, dans le seul loisir que Thémis t’a laissé,

Tu me verras souvent à te suivre empressé,

Pour monter à cheval rappelant mon audace , Apprenti cavalier galoper sur ta trace.

Tantôt sur l’herbe assis, au pied de ces coteaux Où Polycrène* épand ses libérales eaux,

Lamoignon , nous irons , libres d’inquiétude ,

Discourir des vertus dont tu fais ton étude ;

Chercher quels sont les biens véritables ou faux,

Si l’honnête homme en soi doit souffrir des défauts; Quel chemin le plus droit à la gloire nous guide,

Ou la vaste science, ou la vertu solide.

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