Il faudroit à l’appdt
Boileau 7
ÉPURE VI
Une table au retour, propre et non magnifique,
Nous présente un repas agréable et rustique : •
Là, sans s’assujettir aux dogmes du Broussain1,
Tout ce qu’on boit est bon, tout ce qu’on mange est sain:
La maison le fournit, la fermière l’ordonne;
Et mieux que Bergerat1 l’appétit l’assaisonne.
O fortuné séjour 1 ô champs aimés des cieux !
Que, pour jamais foulant vos prés délicieux,
Ne puis-je ici fixer ma course vagabonde ,
Et connu de vous seuls, oublier tout le monde!
Mais à peine , du sein de vos vallons chéris Arraché malgré moi , je rentre dans Paris ,
Qu’en tous lieux les chagrins m’attendent au passage Un cousin , abusant d’un fâcheux parentage ,
Veut qu’encor tout poudreux, et sans me débotter,
Chez vingt juges pour lui j’aille solliciter :
Il faut voir de ce pas les plus considérables;
L’un demeure au Marais et l’autre aux Incurables.
Je reçois vingt avis qui me glacent d’effroi :
« Hier , dit-on , de vous on parla chez le roi ,
Et d’attentat horrible on traita la satire.
— Et le roi que dit-il î — Le roi se prit à rire.
Contre vos derniers vers on est fort en courroux :
Pradon a mis au jour un livre contre vous3;
Et , chez le chapelier du coin de notre place ,
Autour d’un caudebec* j’en ai lu la préface.
L’autre jour, sur un mot la cour vous condamna;
Le bruit court qu’avant-hier on vous assassina;
Un écrit scandaleux sous votre nom se donne :
D’un pasquin qu’on a fait, au Louvre on vous soupçonne.
— Moi ? — Vous : on nous l’a dit dans le Palais-Royal *. »
Douze ans sont écoulés depuis le jour fatal
Qu’un libraire , imprimant les essais de ma plume ,
Donna, pour mon malheur, un trop heureux volume.
Toujours, depuis ce temps, en proie aux sots discours.
Contre eux la vérité m’est un foible secours.
Vient-il de la province une satire fade,
D’un plaisant du pays insipide boutade;
Pour la faire courir on dit qu’elle est de moi;
4. René Brulart, comte Du Broussin (et non Broussain^, éloil ft rt habile dans l’art de la bonne chère.