Fils de l'auteur des Maximes
7. Arnauld , marquis de Pomponne , Dis de Robert Arnauld d’Andilly, et neveu d’Antoine Arnauld, le théologien. Pomponne mourut ministre d’État en 4 600.
ÉPURE VII
Et plût au ciel encor, pour couronner l’ouvrage Que Montausier voulût leur donner son suffrage !
C’est à de tels lecteurs que j’offre mes écrits ; Mais pour un tas grossier de frivoles esprits, Admirateurs zélés de toute œuvre insipide,
Que , non loin de la place où Brioché 1 préside Sans chercher dans les vers ni cadence ni son ,
Il s’en aille admirer le savoir de Pradonl
ÉPITRE VIII
AU ROI
HEMERCÎMF.NT.
Grand roi, cesse de vaincre, ou je cesse d’écrire’
Tu sais bien que mon style est né pour la satire;
Mais mon esprit, contraint de la désavouer,
Sous ton règne étonnant ne veut plus que louer.
Tantôt, dans les ardeurs de ce zèle incommode,
Je songe à mesurer les syllabes d’une ode;
Tantôt d’une Ënéide auteur ambitieux,
Je m’en forme déjà le plan audacieux :
Ainsi, toujours flatté d’une douce manie,
Je sens de jour en jour dépérir mon génie;
Et mes vers , en ce style ennuyeux , sans appas ,
Déshonorent ma plume, et ne t’honorent pas.
Encor si ta valeur , à tout vaincre obstinée ,
Nous laissoit, pour le moins, respirer une année.
Peut-être mon esprit, prompt à ressusciter,
Du temps qu’il a perdu sauroit se racquitter.
Sur ses nombreux défauts, merveilleux à décrire,
Le siècle m’offre encor plus d’un bon mot à dire.
Mais à peine Dinan et Limbourg sont forcés,
Qu’il faut chanter Bouchain et Condé terrassés.
Ton courage, affamé de péril et de gloire,
Court d’exploits en exploits , de victoire en victoire.
Souvent ce qu’un seul jour te voit exécuter Nous laisse pour un an d’actions à compter.
Que si quelquefois , las de forcer des murailles ,
4. Fameux joueur de marionnettes logé proche des comédiens. (B.) 2. Au moment où Boileau alloit publier cette éptlre, Louis XIV n'avoit que trop cessé de vaincre. Le début de cette éptlre auroit semblé ironique. Le poète retarda de quelques mois l'impression de sa pièce.
ÉP1TRE VIII
Le soin de tes sujets te rappelle a Versailles ,
Tu viens m’embarrasser de mille autres vertus :
Te voyant de plus près, je t’admire encor plus.
Dans les nobles douceurs d’un séjour plein de charmes.
Tu n’es pas moins héros qu’au milieu des alarmes :
De ton trône agrandi portant seul tout le faix ,
Tu cultives les arts; tu répands les bienfaits;
Tu sais récompenser jusqu’aux muses critiques.
Ah! crois-moi, c’en est trop. Nous autres satiriques,
Propres à relever les sottises du temps ,
Nous sommes un peu nés pour être mécontens :
Notre muse, souvent paresseuse et stérile,
A besoin, pour marcher, de colère et de bile.
Notre style languit dans un remercîment;
Mais , grand roi , nous savons nous plaindre élégamment.
Ohl que, si je vivois sous les règnes sinistres De ces rois nés valets de leurs propres ministres,
Et qui , jamais en main ne prenant le timon ,
Aux exploits de leur temps ne prêtoient que leur nom ;
Que , sans les fatiguer d’une louange vaine ,
Aisément les bons mots couleroient de ma veine !
Mais toujours sous ton règne il faut se récrier;
Toujours, les yeux au ciel, il faut remercier.
Sans cesse à t’admirer ma critique forcée N’a plus en écrivant de maligne pensée,
Et mes chagrins san3 fiel et presque évanouis ,
Font grâce à tout le siècle en faveur de Louis.
En tous lieux cependant la Pharsale 1 approuvée ,
Sans crainte de mes vers , va la tête levée ;
La licence partout règne dans les écrits :
Déjà le mauvais sens, reprenant ses esprits,
Songe à nous redonner des poèmes épiques1,
S’empare des discours mêmes académiques ;
Perrin a de ses vers obtenu le pardon ,
Et la scène françoise est en proie à Pradon.
Et moi , sur ce sujet loin d’exercer ma plume ,
J’amasse de tes faits le pénible volume ,
Et ma muse , occupée à cet unique emploi ,
Ne regarde , n’entend , ne connoît plus que toi !
Tu le sais bien pourtant , cette ardeur empressée N’est point en moi l’effet d’une âme intéressée.
Avant que tes bienfaits courussent me chercher,