‹ Œuvres complètes de Bordeu, précédées d'une notice sur sa vie et sur ses ouvrages. Tome premierChapitre 15 sur 75 · SUR LES ARTICULATIONS DES OS DE LA FACE · texte numérisé non relu

SUR LES ARTICULATIONS DES OS DE LA FACE

Le nombre des os de la face est assez connu , mais on n’a pas fait ce me semble , l’attention qu’il faut à la façon dont ces os sont articulés , et à l’utilité dë leurs coupés et de leurs engrenures.

Les réflexions que j’ai l’honneur de communiquer à l’Académie , pourront , je crois , faire entrevoir la régularité êt la nécessité même de ces différentes articulations , entre des pièces qui représentent , au premier coup d’œil , un ouvrage de sculpture trèscomposé.

I. Les os maxillaires sont les principaux de la face $ ils ont été faits pour former une portion du nez et du palais , et surtout pour porter les dents et résister à l’effort de la mâchoire inférieure dans les difîérens mouvemens auxquels elle est exposée. Cette seule réflexion suffit pour donner quelque raison de leur conformation , si difficile à développer lorsqu’il s’agit de faire sur ces os des démonstrations suivies , dans lesquelles les plus grands maîtres n’ont pu trouver un ordre bien fixe.

II. L’usage principal que je viens de donner aux os maxillaires exige qu’ils soient aussi fixes qu’il se peut : aussi leur éminence nasale monte-t-elle presque directement ; elle va s’appuyer contre l’oscoronal , et son bord supérieur est dentelé, pour s’enchâsser plus solidement } il est même coupé en biseau , pour qu’une plus grande surface appuie , et cette surface est hérissée de petites pointes qui en raffermissent la position.

Ce prolongement nasal étoit donc nécessaire ; s’il venoit à manquer , les os maxillaires n’auroient presque plus de force. Il n’est pas inutile de remarquer que les prolongemens des deux os voisins ont été placés de façon que leurs extrémités supérieures sont plus près l’une de l’autre que les inférieures , sans doute pour que l’effort des os maxillaires aille aboutir comme à un point. Cette disposition paroît augmenter leur force , quoiqu’il semble que leur écartement paroisse à craindre j mais il y a des raisons qui empêchent cet écartement , comme je le dirai plus bas.

J’ajoute par rapport à cette éminence , qu’elle ne pouvoit pas être plus large j elle devoit être échancrée dans son bord antérieur inférieur , pour favoriser la situation des cartilages du nez -f elle ne pouvoit appuyer que sur le côté de l’éminence nasale du frontal , qui est l’endroit où cet os résiste le plus ; mais elle est renforcée par la façon dont elle s’engrène , comme je l’ai dit plus haut , et parce qu’elle est assez épaisse , et quelquefois repliée sur elle-même.

III. Les os de la pommette raffermissent les os maxillaires ; leur

jj0Vd antérieur ou maxillaire est enchâssé grossièrement avec l’éminçnce malaire des maxillaires : ces deux parties s’emboîtent réciproquement , et l’éminence malaire s’élargit pour appuyer d’autant plus solidement.

Il faut même remarquer qu’il y a dans cet endroit une coupe singulière , et disposée , pour l’ordinaire , de façon que la face articulaire de l’éminence malaire est tournée en partie en avant , et en partie en arrière , de même que la face correspondante de pos de la pomette.

Je remarque aussi que l’endroit par lequel ces deux os se touchent , est égal en longueur à peu près à la moitié du bord alvéolaire du maxillaire , et il répond à sa partie mitoyenne. J’aurai lieu dans la suite de faire voir l’usage de ces remarques.

Ici , je considère simplement que l’os maxillaire est appuyé contre celui de la pommette ; de sorte que si celui-ci est fixé comme il faut , certainement le maxillaire sera très-raffermi.

Or , i °. l’éminence angulaire supérieure de l’os de la pommette est réglée vers l’angle externe du frontal j elle s’engrène avec cet angle, qui est fort solide , et cette engrenure est entre des surfaces taillées de façon que la facette articulaire dans l’os frontal est tournée un peu en dehors , au lieu que celle de l’os de la pommette l’est en dedans. Cette coupe a un usage , comme je le dirai dans la suite de ce mémoire j

2 . L’éminence zigomatîque des os de la pommette va se joindre à l’éminence du même nom des os temporaux: celle-ci est presque transversale, et son extrémité, qui touche l’os de la pommette, a sa fossette articulaire tournée en devant , et surtout en bas , tandis que celle de la pommette est en arrière et en haut , pour une raison que je tâcherai de rendre sensible j mais elles s’enchâssent l’une dans l’autre par des dentelures apparentes.

Voilà donc l’os de la pommette bien fixé : il est disposé à soutenir l'effort des os maxillaires lorsqu’ils agissent directement en haut ) cela est évident.

IV. On peut considérer plus précisément ce que je n’ai exposé jusqu’ici que comme en général.

L’éminence nasale des maxillaires répond à quatre ou cinq lignes de leur bord alvéolaire , elle en soutient cette portion.

Et le bord interne de Pos de la pommette , à cause de sa longueur, que j’ai indiquée plus haut (ni), en soutient environ la moitié dans la partie mitoyenne.

De sorte que les trois quarts , à peu près , du bord alvéolaire sont bien soutenus j ce qui reste répond aux dents molaires postérieures , et aux incisives. Je vais examiner s’il n’y a pas’ quelque chose qui soutienne ces portions.

V. Les os du palais, qui paraissent si irréguliers , sont ceux qui soutiennent les os maxillaires dans les parties postérieures. Il n’est pas aisé d’exposer la façon dont leur portion postérieure s’enchâsse dans l’échancrure ou la fourche qui se trouve formée par la séparation de ce qu’on appelle les ailes des éminences ptérigoïdes -, il

suffit de dire qu’elle y tient en manière de coin : elle se joint aussi à la tubérosité maxillaire , qu’elle reçoit dans une espèce de courbure singulière ; elle s’engrène même avec le prolongement palatin des maxillaires , qu’elle soutient par une suture écailleuse ; de sorte qu’en supposant l’os sphénoïde fixé , on conçoit aisément que la portion postérieure du maxillaire doit l’être aussi. Reste à savoir quel est le moyen par lequel la partie alvéolaire qui répond aux dents incisives est soutenue. 11 n’y a qu’à faire attention à la façon dont les éminences nasales des maxillaires s’approchent supérieurement l’une de l’autre , comme je l’ai remarqué ailleurs (u) , on s’apercevra que par là elles soutiennent cette portion antérieure. Il n’en reste qu’une trèsrpetite partie dont la force est augmentée, parce que l’os est renforcé en formant dans cet endroit une espèce de crête ; et parce que les os maxillaires se joignent étroitement l’un avec l’autre ; ils s’engrènent par des portions de leurs bords alvéolaires , et par leurs prolongemens qui forment la voûte du palais.

YI. On peut connoître , par ce que je viens de détailler , quelle est la mécanique par laquelle la série des dents ou des alvéoles supérieures soutient l’effort de la mâchoire inférieure , lorsque celle-ci agit directement en haut.

On peut aussi déterminer quels sont les endroits du cercle alvéolaire qui résistent le plus. La portion qui porte les dents incisives est la plus faible; elle répond à la portion de la mâchoire infé-, rieure qui est la partie du levier la plus éloignée du point d’ap^ pui ; elle est aussi celle qui a le moins d’efforts à faire.

La portion du cercle alvéolaire qui porte les molaires posté-, rieur.es , ne me paroît pas résister autant , au moins par la disposition osseuse , que la mitoyenne : c’est peut-être une des raisons pour lesquelles on ne fait jamais un certain effort avec la partie la plus profonde de la bouche , quoique d’un côté elle réponde à une partie de la mâchoire inférieure qui est le plus près du point d’appui , etquel’espècë de levier change aussi dans cet endroit , puisque, par rapport aux fibres antérieures du masseter , la résistance se trouve , dans cétte partie , entre le point d’appui et la puissance.;

Des trois portions , je crois que la- mieux soutenue , celle qui résiste le plus , au moins par rapport à la structure osseuse, c’est la latérale , qui est soutenue par l’os de la pommette , celle vers laquelle on porte naturellement ce qu’on tient à la bouche , lors-, qu’on veut faire un effort que la position des résistances et des puissances dans le levier , la conformation des os et la disposition des parties favorisent de concert; de manière qu’il paroît que dans cet endroit tout est ménagé pour une même fin.

VII. Jusqu’ici je n’ai considéré que ce qui soutient l’effort que fait la mâchoire inférieure , lorsqu’elle est poussée directement en haut ; mais cette mâchoire est sujette à des mouvemens obliques en avant , en arrière , et vers les côtés : elle glisse , pour ainsi dire, quelquefois sur l’arc alvéolaire supérieur, en le comprimant ; et pour la perfection de la machine , il falloit que ces

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pressions obliques étant nécessaires , il y eût aussi de quoi leur résister.

Revenant à l’examen des os de la- pommette , je trouve que leur éminence , qui concourt à former la paroi de l’orbite, et qu’il faut pour cette raison appeler orbitaire, appuie sur le bord antérieur de l’éminence du sphénoïde , qu’on nomme aussi orbitaire ; et par ce moyen la résistance à la pression directe vers les parties supérieures est augmentée , et le maxillaire se trouve soutenu lorsqu’il est poussé obliquement vers le dehors; ce qui paroît évidemment , si l’on articule l’osde la mâchoire et l’os de la pommette avec lé frontal , car il est aisé d’apercevoir qu’au moindre mouvement latéral tout tombéroit : il falloit de toute nécessité l’os sphénoïde.

Les différentes coupes en biseau , dont j’ai parlé dans plusieurs endroits de ce mémoire , doivent revenir ici ^ je crois qu’elles ont été faites pour s’opposer aux mouvemens obliques de la mâchoire inférieure. L’examen de chacune en particulier prouvera ce que j’avance.

La facette articulaire de l’éminence nasale des maxillaires étant tournée en arrière , s’oppose un peu aux mouvemens- en dehors , puisqu’elle est tournée obliquement en arrière , et qu’en appuyant • sur le frontal , elle empêche que l’éminence elle-même ne soit portée en arrière , ce qui auroit fait faire à l’extrémité inférieure de l’os une espèce de bascule en devant.

La facette.de l’apophyse malaire des maxillaires est comme à deux fins elle est principalement faite pour bien' enchâsser et assurer l’os de la pommette en résistant aussi aux mouvemens en avant, et un peu à ceux qui peuvent sé faire en arrière) ce qui paroît en faisant attention à ses différentes parties , et à' sa courbure en haut , qu’il ne faut pâs oublier.

La facette de Féminence zigomatique des os de la pommette s’oppose au mouvement en avant , étant un peu tournée vers les parties postérieures.

Enfin , celle de l’éminence angulaire du même os s’oppose au mouvement en dehors , puisqu’elle est tournée obliquement en dedans.

Toutes empêchent l’écartement des deux os maxillaires si l’on demande pourquoi, en détaillant les mouvemens obliques , je ne parle pas de celui que l’os maxillaire peut faire eU dedans , je réponds que ce Cas revient à un de ceux que jë viens d’examiner ; les deux os maxillaires étant unis, comme ils doivent l’être, un d’eux ne sauroit être poussé en dedans que l’autre né lé soit en dehors, et celui-ci, dans ce cas , supporteroît l’effort : l’un est fait pour soutenir l’autre dans toutes sortes de mouvemens ; et il ne faut pas oublier que les os de la face doivent être disposés de façon qu’ils puissent résister aux efforts dès causes extérieures ) aux coups et aux chutes , etc.

1 'Ie Pu*s conclure qu’avec un peu d’attention , il est aisé

ce connoître la jonction de tous les os dont je viens de parler; on ne doit plus être surpris de leurs figures et de leurs coupes , qui

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semblent si irrégulières , puisque ces. irrégularités font la perfection d’une machine qui doit faire l’office d’enclume , contre laquelle la mâchoire inférieure va faire effort.

Cette enclume porte sur trois piliers principaux de chaque côté , l’antérieur, l’externe et le1 postérieur ; le reste de l’os maxillaire ne fait point d’effort ; la voûte du palais ne devoit presque point en faire ; la fente sphéno-maxillaire étoit nécessaire pour le jrassage des vaisseaux , des nerfs et des membranes : les fosses nasales et orbitaires dévoient être à l’abri de la pression ; toutes ces parties ont été ménagées de façon à nous faire admirer l’arrangement de cette machine.

Ces réflexions , en disant connoître la nécessité et l’utilité de ces figures osseuses , font aussi que l’on peut plus facilement en déterminer un plan , soit pour saisir plus exactement le résultat de ces coupes et de ces figures , soit pour se souvenir de tant de conformations si singulières ; elles fournissent même un ordre plus clair que celui qu’on a suivi jusqu’à présent , pour diviser, par exemple , les os maxillaires , qu’on peut regarder comme une boîte osseuse , dans laquelle il faut considérer trois faces et cinq bords $ ce qui met à portée de détailler exactement la moindre partie avec clarté, et, ce me semble , plus simplement que n’ont fait jusqu’ici les plus grands maîtres , qui n’ont point dans ces démonstrations un ordre assez fixe , comme je l’ai dit au commencement.

IX. Le vomer peut être regardé comme une portion du sphénoïde , ou comme un os particulier qui se joint avec lui en recevant une éminence dans son bord supérieur qui est creusé : il est dans une direction verticale , et il va s’enchâsser par son bord inférieur dans une coulisse faite par l’union des éminences palatines des maxillaires et de celles de même nom des os du palais $ ces dernières recouvrent les premières dans leur bord postérieur , et elles sont assujetties par le vomer, de sorte que la voûte du palais est disposée pour faire quelque résistance : j’ai déjà remarqué qu’elle ne devoit point en foire beaucoup.

L’unguis , les cornets inférieurs , et surtout l’ethmoïde , ont des articulations très-particulières dont je ne prétends pas parler ici : il suffit d’y remarquer qu’ils s’engrènent les uns avec les autres , et qu’ils ont été formés en feuillets minces et comme celluleux : ils sont à l’abri des compressions et des efforts , sans quoi il auroit fallu qu’ils fussent plus solides. L’ethmoïde est enchâssé dans une échancrure du frontal , et disposé de manière qu’il peut an peu résister à l’action de la faux qui s’attache à l’éminence interne et supérieure de l’ethmoïde , éminence connue sous le nom de crista galli.

Nous devons aussi faire attention à la façon dont les cornets inférieurs, qui sont des os particuliers ou des portions de quelquesnns des os voisins , sont appuyés ou adossés sur le bord de l’orifice du sinus maxillaire , dont iis forment en partie la paroi interne. Il ne paroît pas que l’expression dont on se sert dans un Mémoire

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3e l’Académie (i) , en disant, que l’apophyse en forme d’oreilles des cornets est engagée dans le sinus maxillaire, donne une idée bien exacte de cette articulation. M. Winslow l’exprime mieux (2) en disant que leur apophyse en forme d’ongle couvre en partie le sinus maxillaire , et aide à en former l’ouverture.

Il faudra un mémoire exprès pour bien considérer l’intérieur des narines , les orifices des sinus et ceux des autres ouvertures qui y aboutissent , la façon de trouver ces orifices dans le corps vivant , la manière dont les' sinus se forment , pourquoi les enfans en sont privés , etc.

Les os propres du nez sont enchâssés au frontal et engrenés par leur bord supérieur j ils sont taillés en biseau dans le côté par lequel ils se répondent -, ils sont en manière de coin , pour résister d’autant plus à leur enfoncement ) ils sont aussi joints avec les éminences nasales des maxillaires , de façon qu’ils sont retenus dans leur situation lorsqu’ils viennent à faire effort pour s’écarter : la coupe oblique dü bord antérieur de ces éminences a cet usage connu, il est aisé de s’en apercevoir.

Les dents étant exposées à de grands efforts , ont été placées dans un bord élargi , et qui , quoiqu’il paroisse spongieux , résiste pourtant beaucoup ; le nombre des racines des molaires sert à les raffermir et à réparer un peu la mollesse de l’os dans lequel elles sont enchâssées -, on n’a plus recours à la raison ridicule de ceux qui disoient que les dents supérieures avoient souvent plus de racines que les inférieures, à cause de leur gravité j surtout les gencives , qui sont d’un tissu particulier et assez serré , raffermissent beaucoup les dents , au sujet desquelles je ne puis pas placer ici bien des remarques qu’on ne trouve point dans les auteurs , et qui pourroient être la matière d’un Mémoire particulier.

Il paroît que tous les os de la face sont plus solidement liés et collés les uns aux autres par les membranes , les vaisseaux , les filamens qui vont de l’un à l’autre ; les sucs qui les pénètrent les rendent d’autant plus souples et moins cassans/ Cette machiné est faite de plusieurs pièces , pour pouvoir un peu céder en résistant ) si elle n’étoit que d’une seule pièce, elle auroit couru risque de succomber aux différens coups de la mâchoire inférieure.

X. Les os de la face , par rapport à leur nombre , leurs figures et leurs jonctions , sont dans les jeunes sujets presque semblables à ceux des adultes : il nous manque des observations exactes pour bien savoir les différens degrés d’accroissement de ces os ; mais s’ils sont à peu près semblables dans tous les âges , ce n’est pas tant pour l’agrément de la face , comme l’explique au long un auteur (3)j mais parce que dans les plus jeunes sujets l’œil devoit etre à l’abri , le nez devoit être ouvert , et la bouche devoit faire une certaine résistance , comme le même auteur l’insinue sans insister assez sur cette raison. Cette résistance ou cette force dé- (t) An ij3o , p. 56o;

(a) Traité des os secs, n° 441.

(3) Eysson , apud Mang, Biblioth, anat. t. II, p. 489.

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pend de ce que j’ai détaillé ; et en s’en rapportant pour le pré, sent à Kerkringins (i), on verra que les os commencent à se durcir précisément dans les endroits où ils doivent faire le plus d’efforts.

Mais comment les dentelures ont-elles été formées dans les os?

Il y en a , il en paroît partout, cela est presque constant j ce qui paroît détruire la prétendue harmonie de quelques anciens : les os se joignent par des espèces de sutures , ou par des engrenures plus ou moins apparentes ; leurs joints sont à découvert ou cachés , comme s’expriment les menuisiers.

On trouve dans le Mémoire de l’Académie déjà cité une expli, cation qui fait sentir pourquoi les dents de la lame externe dès os du crâne paroissent évidemment, tandis que celles de la lame interne ne paroissent pas autant ; et avec un peu d’attention l’on pourroit rapporter nette mécanique aux os de la face.

Mais comment les dentelures sont-elles formées originairement? Dans l’enfance , selon le Mémoire de l’Académie , le coronal , les pariétaux , l’occipital (je puis ajouter et les os de la face) , commencent peu à peu à s’ajuster ensemble par le moyen des dents et des échancrures qui se trouvent à leurs bords. Pourquoi ces dents et ces échancrures existent-elles? Pourquoi se rencontrentelles? Quelle est la cause qui fait pousser l’os dans certains endroits pour former les dents , et qui le retient dans d’autres pour faire des échancrures? Yoilà ma demande.

Peut-être en supposant que l’ossification commence à un point, et qu’elle s’étend en rayons comme, écailleux j et concevant d’ailleurs que l’os croît continuellement , on pourroit supposer què les rayons des deux os correspondans doivent s’étendre vers l’endroit où ils ti’ouvent moins de résistance : or ils en trouvent moins dans les espaces que laissent les rayons de l’os voisin , c’est aussi vers cet endroit qu’ils s’allongeront , et cet allongement sera réciproque -, ce qui formera une vraie suture bien apparente sur la lame externe du crâne , parce que dans des portions d’une grande circonférence les rayons osseux sont plus éloignés l’un de l’autre vers les bords de l’os , que dans une plus petite circonférence , comme dans la lame interne du crâne , ou dans les os de la face , etc.

XI. J’ai supposé en deux endroits (V et vu) que l’os sphénoïde était fixe j et pour en savoir la raison , il faut consulter le Mémoire de lWcadémie que j’ai cité. M. Ilunauld y fait voir que les coupes des pariétaux , celle des grandes ailes du sphénoïde „ celle du frontal et de la portion supérieure des temporaux, étoient nécessaires pour raffermir la position de toutes ces parties.

Je ne crois pas m’écarter de mon sujet si je place ici quelques remarques qui ajouteront, ce me semble, quelque chose à ce qu’a dit. M. Ilunauld : par exemple , son Mémoire donne les raisons pour lesquelles le frontal , les pariétaux et la portion écaii-'

(i) Kerkcring. Ostéog m. npud Mang. Bibliotk. anatom. t. II , p. /ta3.

]euse vers la région des tempes ; les temporaux ( par leur portion écailleuse) font la fonction de véritables murs boutans qui retiennent et assujettissent les pariétaux.

Mais les temporaux n’ont-ils pas besoin eux-mêmes d’être fijés et soutenus, et ne le sont-ils pas réellement? Voilà ce que. le Mémoire n’apprend pas bien particulièrement , et qu’on peut exposer assez clairement par les considérations suivantes.

L’angle postérieur inférieur du pariétal est dentelé grossièrement , et même coupé obliquement , en présentant sa face vers les parties internes j il s’articule avec une portion de l’angle Iambdoïde du temporal , qui par-là est un peu fixé j il Lest bien mieux encore , parce que la plus grande portion du bord inférieur de ce même angle Iambdoïde appuie sur l’os occipital, dont le bord articulaire dans cet endroit est un peu tourné en haut j et même l’angle postérieur de la pyramide du rocher se soutient sur le bord de la grande éminence basilaire dé l’occipital -, de sorte que ce dernier os paroît supporter tout l'effort; il est comme une base sur laquelle tout pèse.

Je dois , avant d’aller plus loin , placer ici la raison pour laquelle je crois que la facette articulaire de l’extrémité de l’éminence zigomatique de l’os temporal est tournée en bas , tandis que celle de l’os de la pommette est tournée en haut : il paroît que cette dernière soutient la première , qui , étant assez mince et donnant attache à une partie du massèter qui est très-vigoureux , devoit être soutenue pour qu’elle ne cassât pas par les efforts de ce muscle ; peut-être même est-ce ici une des raisons pour lesquelles l’angle Iambdoïde du temporal est enchâssé et retenu par le pariétal , comme je l’ai exposé plus haut (x). Tout l’effort que fait l’éminence zigomatique , lorsqu’elle1’ est poussée en bas , va aboutir à cet angle Iambdoïde , qui paroît être l’extrémité du levier et son point d’appui , comme on peut s’en convaincre par l’inspection.

XII. Il s’agit d’examiner à présent de quelle manière l’os sphénoïde est fixé : les bords supérieurs de ses grandes ailes sont placés contre les pariétaux , qu’elles soutiennent , et dont elles sont soutenues -, leurs éminences épineuses et le bord qui se trouve entre elles et l’extrémité des grandes ailes , sont appuyés dans une échancrure du temporal formée par le bord antérieur inférieur de sa partie écailleuse , et par l’angle antérieur de la pyramide du rocher. L’os sphénoïde soutient , et il est soutenu 5 son corps est uni dans les adultes avec le bord antérieur de l’éminence basilaire de l’occipital ; avant le temps de l’union ou de l’ossificahon parfaite, il y* a des espèces de crochets, dont parle M. Winslow, qui sont disposés quelquefois comme pour tenir et lier l’os sphénoïde avec l’occipital 5 en un mot, les différentes coupes des os du crâne et de ceux de la face rendent leur union plus ferme et plus solide ; elles semblent n’être faites que pour ceja.

M. Hunauld l’a prouvé pour ce qui concerne le crâne , je viens de le prouver pour ce qui concerne la face; les petites variations

qu’on pourroit trouver dans les coupes des os et dans leurs deiK telures ne suffiroient point pour détruire notre opinion , qui pa„ roît établie sur des principes simples et à la portée de tout le inonde.

XIII. Je finis en supposant un homme qui ait un grand poids sur la tête, et qui serre en même temps quelque chose violemment entre ses dents; il est évident que les principaux os de la tête font effort : quel est celui qui en fait le plus? quel est celui qui soutient toute la machine? ne pourroit-on pas le trouver? et ne pourroit-on pas examiner aussi si les coupes données à ces pièces sont les plus propres qui soient possibles, les plus convenables , celles qui épargnent le plus la matière , et ménagent le mieux l’espace?

Je laisse ce problème à résoudre à des personnes plus éclairées que moi , me réservant de pousser mes recherches sur les considérations anatomiques de ces parties , si cet essai ne déplaît pas, à l’Académie.

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