‹ Œuvres complètes de Bordeu, précédées d'une notice sur sa vie et sur ses ouvrages. Tome premierChapitre 18 sur 75 · SUR LA POSITION DES GLANDES , ET SUR LEUR ACTION · texte numérisé non relu

SUR LA POSITION DES GLANDES , ET SUR LEUR ACTION

g. I. De la définition des Glandes , et de leur structure .

Xout le inonde connoît assez les glandes j les remarques de ]VI. Heister , quelles qu’elles soient , dispensent peut-être , autant qu’elles dégoûtent , d’en donner une définition ; elles ne serviroient , comme tant d’autres , qu’à rebuter ceux qui n’ont jamais vu des glandes', et elles n’ajouteroient rien à l’idée de ceux à qui l’on a appris à distinguer une glande des autres parties par la simple inspection.

Peu de gens ignorent les disputes qui ont divisé les anatomistes de ce siècle sur la structure de ces organes j il faudroit nécessairement , pour traiter cette matière , répéter ce qu’en ont dit Malpighi, Ruisch, Heister, Morgagni et quelques autres auteurs j ils ont porté cette question aussi loin qu’il étoit possible.

L’ouvrage que Boerhaave a «fait sur la structure des glandes , et quipourroit faire honneur à un anatomiste , mérite sans doute d’être consulté , quoiqu’on n’ait pas décidé si un des reproches de Ruisch , qui le regardoit comme fort diffus , est bien ou mal fondé.

11 y auroit bien des choses à dire pour comparer les sentimens des auteurs , qui ne sont peut-être pas aussi différens sur cet article qu’on pourroit le penser.

Il suffit d’avertir pour le présent ,. qu’il paroît que l’opinion des Malpighiens , bien entendue , pourroit être adoptée par préférence à celle de Ruisch , à laquelle M. Winslow ne s’est pas rendu ; ce qui lui a mérité , de la part de Morgagni , des éloges qu’un partisan de Ruisch auroit lieu de prendre pour suspects dans cette occasion.

Disons-le en passant : ne, seroit-il pas à craindre , en traitant cette question, de s’égarer et de donner tête baissée dans les sectes et les systèmes, comme cela est peut-être arrivé à bien des auteurs? Pourquoi forcer , pour ainsi dire , les suffrages sur des matières problématiques , et prétendre qu’on doit être Malpighien ou Ruischien sans aucune modification ?

Ne peut-on pas avancer que le vrai moyen d’arrêter les discussions des Malpighiens et des Ruischiens , qui , comme dans toutes les autres sectes , roulent continuellement sur les mêmes argumens expliqués, retournés et commentés avec les lieux communs des disputes, seroit de leur dire qu’ils sont les uns et les autres dans l’erreur sur la structure des glandes?

Bien des gens ont pensé à réunir les deux systèmes. N’est-ce pas un moyen de les détruire tous deux ?

D’ailleurs les raisons qu’on croit avoir eues de réduire la question de la structure des glandes ) à savoir si elles sont vasculeuses ou composées de follécules , sont-elles si convaincantes , qu’on ne puisse pas soupçonner que les glandes peuvent être spongieuses , ou parenchymateuses, suivant l’expression des anciens?

Mais , encore un coup , ce n’est pas ici le lieu d’entrer dans des

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détails sur la nature des glandes ) on se contentera de comparer systèmes de Descartes et de Newton à ceux de Ruisch et de Maf- V. pighi; les Ruischiens peuvent être regardés comme les Cartésiens ' de l’anatomie , quoiqu’ils soient venus plus tard que les Malpi ghiensj ils expliquent tous les phénomènes avec vivacité, et d’une manière assez séduisante et à la portée de tout le monde ; les Malpighiens paraissent moins clairs, et ne pas tant donner à l’imagination.

Les disputes des Newtoniens et des Cartésiens sont bientôt finies avec un sectateur de Leibnitz j il en est peut-être à peu près de même en anatomie- il peut y avoir plusieurs systèmes, et il faut ' avouer qu’il seroit utile , pour les progrès de l’art , qu’on n’accôutumât pas les jeunes gens à prendre parti entre Ruisch et Malpighi uniquement.

Les doutes qu’on ose montrer sur cette matière ont des fondemens dont l’examen appartient à un ouvrage d’une autre nature que celui-ci -, le seul embarras des auteurs qui ont parlé de la structure des glandes , n’est-il pas suffisant pour les établir?

§. II. Plan de cÿt Ouvrage.

Quoi qu’il en soit dè toutes ces discussions , on examinera dans ce Traité l’action des glandes , surtout de celles qu’on sait évidemment être destinées à séparer quelque humeur particulière , et à s’en décharger ensuite suivant l’occasion.

Il s’agit de développer le mécanisme de la sécrétion et de l’ex- Crétion. On croit devoir commencer par l’excrétion, qui paroît être beaucoup plus du ressort de l’anatomie , et dont les auteurs n’ont parlé qu’én passant , quoiqu’elle doive être regardée comme une des fonctions des plus intéressantes de l’économie animale ; ce qui sera démontré évidemment par la suite de cet ouvrage.

Du reste, la question principale du mécanisme des excrétions nous conduira , par une voie nouvelle , à nous former , comme par corollaires, des idées sur les sécrétions, dont le mécanisme ne paroît pas assez connu , quelques recherches qu’on ffit faites sur cette matière.

Tel est le plan de cet ouvrage : on sera conduit à bien des examens et bien3 des remarques qui seront peut-être utiles , et qu’on ne fera qu’après avoir averti , une fois pour toutes , qu’il ne faut pas confondre ce qu’on avancera sur la position des parties , avec ce qui échappera sur le jeu et les usages de ces mêmes parties.

Un anatomiste doit bien distinguer ce qu’il voit d’avec ce qu’il soupçonne, quelque fondés que lui paroissènt ses raisonnemensj mais faut-il qu’il renonce absolument à ce que l’esprit découvre dans une partie sur ce qui concerne ses usages? Pourquoi ne s’attacheroit-il qu’à des peintures sèches et stériles ? Si les spéculations peuvent être vaines , les détails qui ne sont que des descriptions circonstanciées avec trop de scrupule , peuvent être aussi inutiles qu’ils sont ennuyeux : il y a deux écueils également dangereux à éviter.

§. III. L’excrétion des humeurs que les Glandes contiennent.

Comment se vident les glandes qu’on nomme conglomérées ? Quelle est la force qui fait sortir la sabye des parotides et des autres

glandes pendant la mastication ? c’est , dira-t-on , la compression des parties voisines , l’effort qu’elles font sur le corps glanduleux en le resserrant et en l’exprimant.

Les physiologistes ordinaires enseignent tous cette doctrine ; tel est le langage de Boerhaave et de ses disciples , qqe tout le monde peut aisément consulter j leur sentiment est en ceci , comme en Lien d’autres choses, peu différent de celui de Bergerus , de Bohnius , et des autres .auteurs qui les ont précédés.

Les physiologistes français , ceux de l’école de Montpellier , MM. Lazerne et Fisses , ont suivi la même opinion • Heister s’est mis fort en colère contre Stahl , qui disoit que l’âme avoit soin d’envoyer la salive à la bouche , suivant que cela étoit nécessaire.

Les glandes salivaires ne sont pas les seules qu’on ait crn être comprimées ; on a dit que la lacrymale étoit exprimée par l’action du globe de l’œil lui-même , ou par celle de ses muscles ; ce sentiment se trouve partout , et il est contenu en termes exprès dans les Mémoires de l’Académie des Sciences.

Enfin on a cru que le pancréas et tous les autres organes sécrétoires se vidoiènt à proportion qu’ils étoient comprimés.

Il seroit inutile de détailler les endroits dans lesquels les modernes s’expliquent là-dessus ) quoiqu’on puisse dire qu’ils se sont copiés sur cette opinion sans l’avoir trop bien examinée , ils l’appuient par quelques raisons , par l’inspection des parties , et par quelques expériences dont nous aurons lieu de parler!

Il est vrai qu’il y a bien des auteurs qui ont parlé de l’irritation des glandes , pour expliquer le mécanisme de l’écoulement des sucs qu’elles contiennent ; mais il paroît qu’on n’a regardé cette cause, que comme subsidiaire.

D’ailleurs l’irritation n’est qu’un terme assez vague qu’on a employé sans en déterminer comme il faut la valeur j en un mot, il semble qu’on se soit arrêté trop tôt sur cette matière , comme on le prouvera dans la suite.

Ainsi nous devons , pour suivre notre plan , examiner avec attention ce qui concerne la compression des glandes , et ce qu’on a appelé leur irritation. Commençons par la compression , et entrons tout de suite dans le détail.

§• IV. Les Parotides , ou les Glandes salivaires latérales externes.

Les parotides sont de grosses glandes , situées chacune vers les parties postérieures des joues , immédiatement devant l’oreille , par-dessus le musclé masseter , sur lequel elles s’étendent , entre l’angle dé la mâchoire inférieure et l’éminence transversale de

l’os des tempes.

La surface externe de ces glandes , qui est bosselée et sillonnée , est recouverte des tégumens , sous lesquels il y a quelques fibres du muscle peaucier, qui vont se perdre sur le tissu filamenteux et aponévrotique , qui sert d’enveloppe à ces corps glanduleux.

Le tiers supérieur du bord antérieur de la glande, s’étend vers le devant et accompagne le conduit excrétoire découvert par

Stenon en 1672 ce conduit est plus ou moins gros dans les différeras sujets ) il est ordinairement dans les adultes comme une trèspetite plume à écrire : il est comme tendineux ou ligamenteux: il s’avance sur la portion presque tendineuse du masseter , à peu près à la hauteur de l’arc alvéolaire supérieur , et il se replie pour percer le buccinateur vers la seconde ou la troisième dent molaire supérieure et postérieure , où il finit comme en bec d’aiguière.

Ce conduit est lâche , ou beaucoup plus long que ne le seroit une ligne droite tirée entre ses deux extrémités.

Il faut ajouter à ce que l’on vient de dire , qu’il y a une portion irrégulière de la glande qui s’enfonce dans un creux formé derrière les éminences condyloïdes de la mâchoire inférieure vers les éminences styloïde et mastoïde, dont il n’est pas possible de se former une idée , à moins qu’on ne l’examine bien attentivement.

On a même trouvé la glande faisant le tour et embrassant , pour ainsi dire, l’éminence qui porte les condyles de la mâchoire inférieure ) elle a souvent une portion qui s’étend en arrière et en bas , sur les muscles sternomastoïdien et digastrique 5 elle est aussi quelquefois unie par sa portion inférieure aux glandes maxillaires , dont il sera question plus bas.

Yoilà , autant qu’on peut l’exprimer , la position exacte de la glande qu’on avoit décrite , sans dire tout ce qu’il étoit fort aisé d’apercevoir sur sa position , et dont Haller a fort bien parlé.

Nous n’avons point de figure qui représente exactement cette position , et ce qui concerne le corps glanduleux et les parties qui l’environnent.

Valsalva a mal fait de déplacer la glande pour la faire dessiner ; il faut mettre la figure qu’il en donne au rang des figures inutiles } elle donne une fausse idée , surtout de la position du conduit excrétoire. Les glandes lymphatiques qu’il a placées sur le corps glanduleux ont fait dire à Boerhaave , par rapport à la parotide , cùnglohatam sinu complexa ; ce qui est une remarque fort inutile et qui embarrasse les commençans.

Boerhaave auroit-il prétendu parler d’une espèce d’appendice de la parotide , dont Santorini a fait très-inutilement une glande à part? C’est ce que son commentateur n’a pas décidé ; mais il paroît que Boerhaave ne songeoit qu’aux glandes de Valsalva , puisqu’il cite cet auteur j et on sait qu’il a avancé qu’une certaine quantité de lymphe se mêloit avec la salive ) il a même déterminé l’usage de ce mélange , avant de savoir s’il étoit bien démontré.

Quoi qu’il en soit , la prétendue glande de Santorini n’est qu’un petit lobe qui appartient à la parotide , comme Haller l’a fort bien remarqué. Se trouve-t-elle toujours? c’est là ce dont on croit avoir lieu de douter.

Les deux glandes lymphatiques que Valsalva a fait dessiner n’ont rien de remarquable ) il en auroit pu faire représenter plusieurs qui environnent la parotide , comme il y en a sur toutes les glandes conglomérées , et que M. Winslow indique sous le

nom de parotides lymphatiques. Voyez ce que dit là-dessus M. Monroo , Mémoires d’Édimbourg.

Au reste, le nombre prodigieux de nerfs -et de vaisseaux que les parotides reçoivent est assez connu j cette glande est traversée nar des nerfs et des vaisseaux auxquels elle donne, pour ainsi dire , un passage. La nature a apparemment eu des vues dans cette disposition particulière -, mais il est fort difficile de les découvrir ) lés anatomistes n’ont pas même soupçonné qu’elle dût avoir bien des usages à l’examen desquels on ne croit pas devoir s’arrêter.

Mais on ne peut s’empêcher d’admirer l’adresse et le courage de Heister , qui dit avoir emporté toute cette glande. Seroit-il prudent de vouloir Limiter.?, Seroit-il permis de l’entreprendre ? Que pensera-t-on du traducteur de Boerhaave qui dit que la crainte d’ouvrir le conduit de la parotide ne l’a jamais arrêté ? L’a-t-il fait ouvrir de propos délibéré?

§. V. Si la Parotide est bien placée pour être comprimée.

N’est-il pas naturel dè penser , vu cette position , que la mâchoire ne sauroit se mouvoir et ses muscles se contracter , que la glande ne soit comprimée , exprimée et vidée ?

Ne doit-on pas admirer la sagesse du Créateur , qui a placé ces glandes^de façon qu’elles fournissent les sucs qu’elles contiennent , précisément lorsque ces sucs sont le plus nécessaires , et s’arrêter à faire des exclamations, comme Haller même vient de le faire dans sa nouvelle Physiologie ?

Venons à l’examen de l’opinion de la compression prétendue : où sont les preuves de ce système ? on ose l’avancer , il n’en est point qui doivent satisfaire 5 les anatomistes n’ont pas travaillé làdessus j ils se sont contentés des idées que le ^premier coup d’œil fait naître. L’exposition des raisons qu’on va détailler , démontrera combien les fondemens de cette opinion sont peu solides.

La parotide sera comprimée et exprimée en partie , ou dans sa totalité , pendant que la mâchoire sera abaissée , ou lorsqu’elle se fermera. Ceux qui suivent l’opinion commune ne sauroient s’empêcher d’accorder cette proposition ; personne ne l’a examinée. Nous tâcherons de faire cet examen, en prouvant que la compression de la parotide est impossible dans tous les cas , et on fera en sorte de ne rien laisser qui puisse servir de ressource à un homme qui, étantdéterminé pour l’opinion ordinaire, trouveroît des moyens pour la soutenir , si on n’examinoit pas jusqu’à la moindre portion de la glande.

S- VI. Façon de démontrer que la Parotide ne sauroit être comprimée.

^ Ov peut , pour faire la démonstration de ces parties , découvrir d’abord la parotide , et la diviser en deux portions principales ; et pour faire cette division , on placera le scalpel sur l’angle osseux de la mâchoire inférieure , pour le diriger ensuite ver? le zygoma

en emportant toute la partie de la glande qu’on peut appeler externe, qui est précisément celle qui s’étend sur le masseter, et qu’on laissera attachée au conduit , dans l’opération ou la préparation dont il est question.

La partie qui est enchâssée dans la cavité dont on a parlé plus haut (§. iv ), reste dans sa position, c’est-à-dire dans un creux horné par des os.

Cette dernière portion est précisément celle qui paroît placée le plus favorablement pour être exprimée par la mâchoire inférieure j c’est du moins ce que des connoisseurs , devant lesquels nous faisions ces démonstrations, ont prétendu, et il y en avoit qui le faisoient avec cette vivacité qui suppose qu’on est déjà déterminé , et qui est si dangereuse , lorsqu’on prétend faire des progrès.

Examinons donc ce qui arrive à cette portion de glande lorsque la mâchoire se meut ; que doit-il arriver lorsqu’elle est portée en en-bas , lorsque la bouche s’ouvre ? La glande , disent les partisans de l’opinion que nous combattons , est dans une cavité bornée par des os ; cette cavité diminue , puisque la mâchoire est portée vers la base du crâne , la glande est dans un pressoir presque totalement osseux ; il est donc nécessaire qu’elle soit exprimée : en faut-il davantage pour soutenir l’opinion ordinaire?

Demandons en passant à un lecteur attentif, s’il est bien persuadé de la validité de la preuve qu’on vient de rapporter ; s’il lie renoncera pas à l’opinion des compressions, et s’il n’abandonnera pas l’autre portion de la glande , lorsqu’on lui aura fait voir qu’il se trompe sur celle-ci.

Nous avons trouvé de bons esprits qui croyoient en effet que l’opinion ordinaire ne pouvoit subsister si on détruisoit cette preuve j il y en avoit d’autres avec lesquels la dispute n’étoit pas sitôt vidée ; ils vouloient avoir des ressources pour la faire durer. Voici ce que nous avons souvent dit aux uns et aux autres :

Faites mouvoir la mâchoire inférieure , ouvrez la bouche y qu’arrive-t-il ? L’espace formé par les branches montantes de la mâchoire inférieure et par la base du crâne , augmente bien loin de diminuer; la glande qui est nichée dans cet espace ou dans cette fosse , n’est donc pas dans un pressoir.

Mais l’espace dont il est question augmente-t-il en effet? Chacun peut le voir sur le cadavre , surtout après avoir enlevé la parotide ; on voit évidemment augmenter , pendant l’abaissement de ïa mâchoire , le creux dans lequel la glande étoit contenue ; et , pour n’avoir rien à désirer là-dessus , il faut placer le doigt dans ce creux ; on sentira qu’il est beaucoup plus à son aise lorsqu’on abaisse la mâchoire , que lorsqu’on l’élève.

Chacun peut encore sentir sur soi-même, en portant les doigts vers le derrière des joues, que les éminences condyloïdes de la mâchoire se portent vers le devant quand on ouvre la bouche ; elles passent de la cavité glénoïdale , ou articulaire , sur la tubérosité qui est à la base de l’éminence zygomatique.

Cela est évident , et sans doute bien concluant ; un coup d’œil

eufffit pour se convaincre de ce qu’on avance, et il esfraisé d’en tirer les conséquences qui se présentent d’elles-mêmes contre les prétentions de ceux qui ont cru que la parotide étoit dans une sorte de pressoir. On a trouvé bien des gens qui ont abandonné l’opinion commune à la simple inspection de ce mouvement.

g. VII. Remarques sur V articulation de la mâchoire et sur son mouvement.

* Il n’est peut-être pas inutile d’avertir que nous avions fait insérer la remarque suivante dans une thèse imprimée à Montpellier en 1742-

Maxilla inferior dum adducitur versus pectus , primo quidem intuitu parotidem premere videtur , verum, attendenti patet , processum condyloideum a cavitate% glenoidea ad tuherculum articularem dictum transire , dum os aperitur, atque adeo adau'getur , spatium inter cranii hasim et apophysim condyloideam , quomodo ergo premere tur glandula? Vid. Chilijicationis Historiam D. de Disse , apud Rochard , Monspel. 1742.

M. Monroo a fait , sur cette articulation , quelques remarques qui ont du rapport avec ce que nous avions avancé , et qui étoit déjà répandu avant l’impression de la thèse dont il s’agit , puisqu’on avoit fait là-dessuS des expériences en public. On trouvera ce que M. Monroo a dit dans les Mémoires d’Édimbourg , et on verra que , quoique l’auteur ait fait à peu près les mêmes remarques que nous avons faites , il n’en a pas conclu ce que nous en concluons contre la prétendue compression de la parotide.

Ceux qui voudront se donner les peines nécessaires , trouveront quelque chose d’approchant à ce que nous avons dit sur le passage des condyles de la mâchoire, de la cavité glénoïdale sur la tubérosité zygomatique , dans ceux qui ont tant disputé sur l’endroit de l’articulation, ou sur celui où il falloit placer les condyles de la mâchoire inférieure dans les squelettes; mais il s’en faut de beaucoup que cela soit assez clair et assez exact.

Enfin , on trouve dans les Mémoires de l’Académie des Sciences , qui ont paru en l’année 1748 , au sujet des mouvemens des condyles de la mâchoire inférieure , ce que nous avions avancé en 1 742 , et que nous regarderons désormais comme confirmé , puisqu’un anatomiste de réputation l’a découvert de son côté. Les vérités sont toujours mieux reçues lorsqu’elles sont rendues publiques par de grands maîtres.

Ajoutons qu’en parlant des usages du digastrique , par rapport à la mâchoire inférieure , j’ai avancé , en démontrant l’anatomie à Montpellier en 1746, que ce muscle pouvoit, lorsque l’os hyoïde est fixé , ouvrir la bouche , et en abaissant la mâchoire inférieure et en portant en arrière tout le reste de la tête , ou bien en élevant la mâchoire supérieure; nous avons considéré les deux mâchoires comme les deux branches d’une tenaille qui sont mobiles l’une et l’autre , etc.

Il y a eu à ce sujet bien des disputes dont on pourrait citer des témoins Respectables. M. Ferrein a proposé la même action du digas-

trique ; cm trouve cela imprimé dans les Mémoires de 1 744 de l’Académie royale des Sciences , et il faut convenir qu’en suivant l’ordre des temps auxquels on lit les Mémoires et ceux auxquels on les imprime, M. Ferrein avoit donné son Mémoire avant qu’on eût pensé , à Montpellier , à l’action du digastrique dont il est question -, mais , assurément , nous n’avions pas appris que cela eût été avancé à Paris : quoi qu’il en soit, la découverte appartient à M. Ferrein j on n’a rapporté , en deux mots , ce qui s’est passé a\ Montpellier , que pour la confirmer.

Les différens auteurs étoient fort indéterminés sur les mouye-, mens de la mâchoire , avant que M. Ferrein eût examiné cette matière j ce que ce savant anatomiste a remarqué sur ses mouvemens , et notamment sur le mouvement latéral , prouve que la parotide ne sauroit être comprimée pendant ce mouvement, comme, on l’auroit pu croire, en imaginant que, lorsque la mâchoire se porte d’un côté , l’éminence condyloïde de ce même côté sort de sa cavité , et se jette vers le dehors.

M. Ferrein a démontré que tout le mouvement se fait précisément par le condyle opposé , qui ne change de position que, comme il le fait , lorsque la mâchoire s’abaisse.

Ainsi , ceux qui avoient recours aux prétendus mouvemens latéraux , ou de rotation, de condyles de la mâchoire pour faire comprimer la glande , n’ avoient aucune sorte de preuve à apporter.

§. VIII. Suite de l’exameri de la première portion de la Parotide.

N’abandonnons point la portion, de la parotide enchâssée dans la cavité dont il a été question (§. ivetvi); on ne sauroit disconvenir qu’elle ne soit bien à l’abri de la compression lorsque la mâchoire est abaissée , puisque l’espace qui la contient augmente dans ce temps-là.

Il n’y a pas apparence qu’on voulût avancer qu’elle est comprimée , lorsque la mâchoire inférieure est élevée ou appliquée à la mâchoire supérieure 5 car alors il arrivera seulement que la tglande remplira exactement sa cavité , et qu’elle sera dans son état naturel ; et , dans tous les cas , elle sera bien libre , et on ne pourra assigner aucune cause qui puisse opérer une véritable expression.

Il est vrai , dira-t-on , que la portion supérieure et même la plus considérable de cette partie de la glande , n’est pas comprimée dans les mouvemens de la mâchoire j mais sa portion inférieure, celle qui répond à l’angle dé la mâchoire et à l’éminence mastoïde, doit l’être certainement, et l’est en effet, comme il paroît par l’inspection qui démontre que l’angle de la mâchoire s’approche de l’éminence mastoïde lorsqu’on ouvre la bouche.

Il est évident qu’il faut bien manquer de preuves pour en chercher de pareilles. Quelle est la portion de la glande qui répond à l’angle de la mâchoire et à l’éminence mastoïde? Ce peut être à peu près la huitième ou tout au plus la sixième -, or , quand même il seroit vrai que cette petite portion de la glande fût comprimée , pourroit-on pour cela suivre le sentiment eommunémeàt reçu?

ANATOMIQUES. 5 j

Mais on doit tien remarquer que , pour rapprocher l’angle de ja mâchoire et l’éminence mastoide autant qu’il est nécessaire pour serrer la partie de la glande qui se trouve entre deux , il faut ouvrir la bouche beaucoup plus qu’on ne le fait dans les attitudes

naturelles.

D’ailleurs , cette partie de la glande ne sauroit être saisie dans cet espace ; elle fait une espèce de bascule ; elle se porte en haut , où elle trouve moins de résistance : la mâchoire inférieure favorise ce mouvement ; car, à proportion que ses condyles sont portés en avant lorsqu’on ouvre la bouche , ils sont aussi portés en bas , puisqu’ils descendent à l’extrémité de ce qu’on nomme éminence articulaire ; l’angle de la mâchoire descend aussi , et il favorise dans la glande l’espèce de mouvement ou de contour dont il est question , et que l’on concevra aisément en faisant attention à la disposition des parties.

Enfin , il ne faut pas oublie*- que , quoique la glande fût un peu pressée d’un côté et relâchée de l’autre , il n’y auroit pas lieu de soutenir qu’elle fût comprimée , en prenant le terme de compression , comme on l’entend communément dans cette question.

§. IX. Première expérience en notre faveur.,

Après tout, voici une expérience qui paroît concluante; il y a déjà huit ans que nous l’avons faite à Montpellier devant tout le monde :

Prenez une portion d’éponge de la grosseur et de la figure de la partie de la glande renfermée dans la cavité qui est derrière les éminences condyloïdes de la mâchoire; imbibez-la d’eau ; mettezla à la place de la glande que vous aurez enlevée; enfoncez-la bien dans. le creux et faites mouvoir la mâchoire : il paroît que l’éponge doit se vider si elle est comprimée; il devroit au moins sortir quelques gouttes d’eau. Mais qu’arrive-t-il dansl’expérience ? i’éponge ne se vide pas ; on a beau mouvoir la mâchoire inférieure , pourvu qu’on le fasse en suivant de bonne foi les directions naturelles du mouvement de cette partie , l’épônge ne se vide pas ; elle n’est donc pas comprimée : pourquoi la glande le seroit-elle ?

On peut , ce me semble , conclure , après ce détail , que la portion de la glande que nous avons laissée derrière les éminences montantes de la mâchoire , en faisant l’incision dont on a parlé (§• vi) , n’est point pressée et gênée , en un mot , exprimée , comme on l’auroit cru , par la mâchoire inférieure.

Or , si on se donne la peine de mesurer et de peser cette partie de la glande , on verra qu’elle est au moins les deux tiers du total; le sentiment communément reçu peut-il enfin» subsister apres tant de preuves qui le détruisent ?

§• X. Examen de V autre portion de la Parotide.

Il faut , pour ne rien négliger , examiner la portion de la glande que nous avons enlevée par notre incision (§. vi).

Quelles seroient les forces qui pourroient la comprimer? Les muscles , dirait-on , le sterno-mastoïdien , le masseter , et même le

digastrique } d’ailleurs la peau serre la glande suivant qu’elle est plus ou moins tendue dans les différens mouvemens de la mâchoire -, il semble qu’on peut négliger quelques petites fibres du muscle peaucier.

Mais si la peau est toujours lâche sur la glande , qu’a-t-on à répondre? Pourra-t-on dire qu’elle est collée sur le corps glanduleux et qu’elle le serre? Qu’on l’observe, en effet , sur le vivant cette portion de la peau qui recouvre la glande , qu’on ait soin de ne pas la confondre avec celle qui recouvre le masseter , et il sera facile d’apercevoir qu’elle n’est gênée dans aucun des mouvemens de la mâchoire.

Il sera aisé de le prouver en la pinçant et en la fronçant , faisant ensuite mouvoir la mâchoire , qui est très-libre , quoique la peau n’ait pas son étendue naturelle ; preuve évidente que la peau n’est jamais assez tendue pour comprimer la glande dans aucun des mouvemens de la mâchoire.

Il est toujours question' de la peau qui recouvre le corps de la parotide j elle ne la gêne jamais, non plus que la simple peau du bras ne gêne les muscles ni les veines dans les différens mouvemens.

Supposé encore que la glande fût portée en dehors dans les mouvemens de la mâchoire, la peau ne céderoit -elle point, ne seroit-elle pas jetée en dehors sans faire la moindre résistance , comme 'elle l’est en effet dans les mouvemens des muscles des extrémités? Que diroit-on si nous avancions que le masseter est comprimé par la peau qui le recouvre ?

§. XI. Examen de V action des muscles sur la Parotide.

Peu de réflexions suffisent pour détruire ce qu’on pourroit dire au sujet des musclés j la glande n’atteint pas toujours le muscle sterno-mastoïdien , celui-ci est ordinairement relâché quand la glande se vide $ pourquoi donc avanceroit-on que la contraction de ce muscle exprime le corps glanduleux? S’il le faisoit , ce seroit en pure perte , puisque la salive n’est pas plus nécessaire lorsque le muscle sterno-mastoïdien est contracté que lorsqu’il est relâché.

Le digastrique est si grêle , et il touche pour l’ordinaire si peu à la glande , qu’il ne mérite pas attention ; il est aisé de prouver que , supposé que son corps postérieur , dont il est question ici , se contracte lorsque la mâchoire s’abaisse , il agira précisément alors beaucoup moins sur la glande ) car il s’en éloigne en changeant un peu de direction, et devenant moins transversal.

D’ailleurs il suffiroit de remarquer que, quoiqu’on puisse dire, le tissu des muscles n’est pas plus dur que celui de la glande , dans quelque état qu’ils se trouvent } il seroit pourtant nécessaire qu’il le fût , pour que la pression eût l’effet qu’on demande : cette preuve est sans répliqué , surtout par rapport à la plupart des muscles qui sont dans le voisinage des glandes.

Le masseter mérite une attention toute particulière, non point par rapport à la glande , qui ne porte pas sur ce muscle autant qu’on pourroit le croire , mais par rapport au canal excrétoire.

ANATOMIQUES. 5q

Nous avons élit (§. iv) que ce conduit rampoit sur le masseter, ctnous observions qu’il étoit lâche. Morgagni avoit fait la même remarque , et il ajoutoit qu’il étoit disposé de cette façon pour n’être pas rétréci par l’action du masseter.

Il falloit qu’il cédât aux mouvemens du muscle qui l’étendent , qui le redressent, et qui font que la salive coule plus aisément dans la contraction du muscle que dans le relâchement, par la mécanique que nous exposerons dans la suite.

Ajoutons ici qu’il faut raisonner sur la portion de la glande qui s’étend sur la partie postérieure du masseter , comme sur le canal excrétoire; le muscle allonge un peu cette portion de la glande, il la secoue, il la fait remuer, et il en résulte des effets que nous examinerons ailleurs.

Remarquons aussi , par rapport à ceux qui croient que la peau est très-tendue et très-serrée par l’action du masseter , qu’elle est concentrique avec le conduit , et qu’elle est portion d’une plus grande circonférence ; de sorte que , si le conduit n’est pas tiraillé etpressé autant qu’il le faudroit pour perdre sa cavité , il ne paroît pas que la peau puisse l’être autant qu’il le faut pour faire effort sur la glande.

§. XII. Deuxieme , troisième et quatrième expériences en notre faveur. '

Voici une expérience qui éclaircira peut-être la question. Qu’on emporte tout le corps de la glande , après avoir fait une incision cruciale à la peau et relevé les lambeaux ; qu’on mette à la place du corps glanduleux une éponge de même figure et de même volume, qu’on aura eu soin de remplir d’eau , sans la trop charger cependant; qu’on replie les lambeaux pour les coudre ensemble , sans comprimer l’éponge; enfin qu’àn remue la mâchoire inférieure, et l’éponge ne se videra point; la plus légère compression suffit pourtant pour exprimer plus ou moins d’eau d’une éponge qui en est imbibée.

Mais cette expérience , qui ressemble beaucoup à la première que nous avons rapportée ( §. ix) , est plus difficile et plus compliquée qu’on ne le croiroit d’abord ; on peut trop imbiber l’éponge, ou ne pas l’imbiber assez , etc. En voici une autre qui est plus concluante; nous l’avons faite en 1742.

Injiciebat amicus aquam per salivatem ductum in glandu ifm, eamque replebat summe , molaque de in maxilla inferiori fortiter , ne guttula quidem. effiuebat aquœ. Chilific. Hist. §. vu.

Cherchez vers le buccinateur le conduit excrétoire de la parotme ; percez-le , et injectez de l’eau dans la glande avec une seringue convenable ; elle grossit , et elle est beaucoup plus pleine que dans aucun état naturel avec moins d’une once d’eau ; faites ensuite mouvoir fortement la mâchoire inférieure , et vous verrez qu il ne sort pas une goutte d’eau par le conduit excrétoire.

Cependant on a fait l’ouverture vers la partie moyenne du conduit , ce qui devroit favoriser l’écoulement de l’eau , qui trou— veroit beaucoup plus de résistance s’il falloit qu’elle sortît par

6o RECHERCHES

l’orifice qui aboutit dans la bouche , à cause des replis du canal.

On fera dans la suite quelques remarques sur cette expérience , qui doit paroître bien extraordinaire aux partisans de la compression , et d’où nous concluons seulement que les mouvemens de la mâchoire ne sont pas la principale cause de l’excrétion : nous avouons qu’elle ne prouve pas évidemment que la glandé n’est pas comprimée.

On ne manquera pas de dire que toutes ces expériences étant faites sur le cadavre , où les parties sont affaissées , et où les muscles n’ont point de mouvement , elles ne prouvent rien : aii moins prouvent-elles que l’espace que la glande occupe ne doit jamais augmenter ni diminuer, puisqu’une éponge pleine d’eau ne se vide point dans les mouvemens de la mâchoire.

D’ailleurs on a coutume de conclure que les muscles du basventre concourent , par leur action , à l’excrétion des matières fécales et de l’urine , de ce qu’en comprimant ces musclés sur le cadavre , les matières fécales sortent par le rectum , et l’urine par l’urètre ; n’est-ce pas là conclure de ce qu’on trouve Sur le cadavre pour ce qui doit être sur le vivant? Le- raisonnement qu?on fait sur cette question n’indique-t-il pas que, si les matières ne sortoient pas dans le cadavre par la compression des muscles , on en pourroit conclure que cés muscles n’entrent pour rien dans l’excrétion des sujets vivans ?

Après tout, voici des expériences sur le vivant. Un homme avoit sur la peau qui recouvré la parotide , une tumeur qui la tendoit extrêmement , et qui comprimait certainement la glande $ cependant il avoit la bouche sèche du côté de la- tumeur 3 pourquoi , si la compression favorisoit l’excrétion?

Nous priâmes un malade qui salivoit , d’appuyer sa tête sur sa main , après avoir placé son coude sur une table 5 la main portoit sur le corps de la parotide , et nous l’avions placée de façon que le conduit ne fût pas comprimé • qu’ar riva-t-il? La salive , loin de sortir avec plus de force , étoit retenue.

Ces expériences, dans lesquelles le corps de la glande étoit certainement comprimé , nous faisoient dire, xn) , plus haut, que quoique la glande bien remplie d’eau ne se vidoit pas par l’action de la mâchoire , il ne s’ensuivoit pas évidemment qu’elle ne fût pas comprimée.

Nous devons avertir que , si l’on se trouve à portée de réitérer les expériences dont nous parlons, il faut, bien prendre garde de confondre la salive que les sujets qu’on examinerait pourroient retenir dans leur bouche sans l’avaler, avec celle qu’on croirait venir de la glande comprimée.

On pourroit nous opposer que , lorsqu’il survient des dépôts à la parotide , à la suite des maladies , et que l’on a fait les ouvertures nécessaires pour donner issue aux matières purulentes , les mouvemens de la mâchoire expriment quelquefois le pus , ou le font couler en grande quantité.

Nous convenons de ce qu’on avance ici ; le cas est possible , quoiqu’il ne soit pas ordinaire ; mais il est essentiel de remarquer que

ANATOMIQUES. 6t

„ matières purulentes ne viennent point précisément des vais- 69 ux de la parotide ; le pus s’est creusé une cavité que les secousses j^la mâchoire vident : il n’en est pas ainsi de la salive , comme on le verra dans la suite.

Au reste , il ne se fait jamais de dépôt vers ces parties , qu’elles n’occupent beaucoup plus d’espace que dans l’état naturel , ce qui f it que la mâchoire ne peut se mouvoir, que les parties n’en souffrent et ne soient tiraillées extraordinairement. On trouvera dans le § suivant d’autres réponses à cette objection.

§. XIII. Autres remarques contre l’opinion ordinaire.

Ce que nous avons dit des expériences dans lesquelles la parotide étoit certainement comprimée , nous conduit à de nouvelles réflexions contre l'opinion ordinaire -f nous osons avancer que la compression simple , loin d’être favorable à l’excrétion , l’empêcheroit au contraire.

En effet , elle agiroit aussi efficacemerft sur le conduit sécrétoire que sur l’excrétoire ; elle fronceroit également tous les petits vaisseaux artériels et veineux. Qu’on prenne une portion de glande , qu’on la serre dans sa main j on s’apercevra aisément qu’on ride , qu’on plie et qu’on fronce tous les petits vaisseaux , dont les sucs devroient être arrêtés , s’il arrivoit que la glande pût être quelquefois dans un pareil état sur le vivant.

Il n’en est pas d’une glande comme de la vessie , par exemple , qui peut se vider par la compression extérieure ) cette expérience pourroit en imposer, on en concluroit tout en faveur du système que nous combattons ; mais voici la différence qui fait que l’on se trompe dans l’application de l’expévience.

La vessie est un réservoir qu’on presse avec la main ou autrement ; cette compression n’agit pas sur le conduit excrétoire qui reste ouvert, et par leqùel la" liqueur peut se vider j mais qu’on applique la vessie sous un poids qui agisse sur le canal excrétoire , comme sur le réservoir , et celui-ci ne se videra certainement pas.

On peut considérer, si l’on veut, la parotide comme un compose de petites vésicules , qui ne contiennent qu’une très-petite quantité de liqueurs j elles ont chacune leur petit tuyau excrétoire qui va aboutir au canal commun y ces petits canaux ne peuvent pas résister à la compression extérieure ) ils sont repliés et pressés , comme nous le disions tout à l’heure , de sorte que tout est suspendu , tout souffre dans une glande qu’on comprime , et elle .Hese videra jamais tandis qu’elle sera gênée.

La parotide dans laquelle le pus s’est creusé une cavité devient une sorte de réservoir, qui peut fort bien être vidé , comme la vessie , lorsqu’on en comprime le corps ) mais le pus qui sort de la parotide , sort-il par ses tuyaux excrétoires? suit-il les routes de la salive? la différence de ces deux excrétions saute aux yeux.

Ajoutez à tout ce que nous venons de dire que l’excrétion des glandes , telles que la parotide , n’est pas , à proprement parler ,

une simple e'vacuation , comme celle de l’urine contenue dans la vessie. Il faudra éclaircir cette proposition dans la suite.

§. XIV. Objection.

Ov dira que ce que nous venons de rapporter prouve qu’une pression forte et continuelle ne pourroit , en effet , que gêner ]e cours des humeurs dans une partie , et s’opposer à la sécrétion autant qii’à l’excrétion ; mais une compression par intervalles ne peut qu’être très-favorable à l’évacuation d’une glande ) elle videra les cellules qui se rempliront à l’instant du relâchement* elle n’agira que sur les petites artères qui sont plus fortes que les racines du conduit excrétoire } de sorte que la sécrétion ne sera jamais totalement interceptée.

Et ceci , ajoutera-t-on , est fondé sur la disposition des parties -, tous les vaisseaux de notre corps étant comprimés, les humeurs coulent avec plus de force dans leur cavité ) les différens résérvoirs , l’estomac , les intestins , la vésicule du fiel et la vessie urinaire , se vident par l’action des causes extérieures ) il en est de même de toutes les glandes.

La mâchoire comprime la parotide , dans laquelle la sécrétion se fait comme par parties, par exemple, dans une certaine portion de la glande , lorsque la mâchoire s’abaisse , et dans une autre lorsqu’elle est élevée , et ainsi réciproquement ) de sorte qu’il y a toujours une portion de la glande exprimée et une autre qui ne l’est pas ) une qui se vide, et une autre qui se remplit j: ce qui fait un écoulement continuel tandis que l’on mange ou§ que l’on parle.

Cette objection mérite quelque attention j c’est beaucoup d’abord , q'ue l’on soit forcé d’avouer qu’une compression presque continuelle empêcheroit l’excrétion , en arrêtant la sécrétion j ce sera désormais quelque chose d’éclairci.

On prétend que les glandes souffrent une compression assez forte pour causer l’excrétion ou l’évacuation des petits réservoirs excrétoires , sans qu’elle porte sur les vaisseaux qui font la sécrétion j ne seroit-ce pas par esprit de système qu’on avanceroit une pareille proposition ?

Car enfin n’y a-t-il pas apparence que les artères pulpeuses qui font la sécrétion , sont aussi mollasses que les vaisseaux excrétoires j et la compression , quelle qu’elle soit , ne gênera-t-elle pas , en rapprochant les parties l’une de l’autre , les capillaires qui sont les racines du conduit excrétoire ?

Si le petit canal excrétoire part d’un follécule auquel le sécrétoire vienne aboutir ; ce follécule resserré ne recevra pas les sucs du vaisseau sécrétoire ; cela paroît évident, et quelque combinaison qu’on puisse imaginer , la compression tendra autant à faire refluer les humeurs vers les artères, et surtout vers les veines, que vers les conduits excrétoires.

D’ailleurs , qu’entend-on par cette pression et ce relâchement qu’on imagine succéder réciproquement aux différentes parties de la glande? Cette idée, qui n’est qu’ingénieuse et qui n’a aucun

fondement , appartient à un homme d’esprit avec lequel nous raisonnions sur cétte question 3 il avoua que son idée n’e'toit que

spécieuse.

1 ji tâchoit pourtant de prouver au moins la possibilité de son opinion , en prenant dans les physiologistes des exemples de quelles propositions aussi subtiles , ou plutôt aussi frivoles , et qui n’avoient pas plus de fondement 3 il rappela l’idée de Boerhaave sur les mouvemens du cœur et sur les compressions alternatives de Ses nerfs , et d’autres opinions.

On sent de quelle façon ces exemples prouvoient les compressions alternatives des parotides , et il est fâcheux qu’il faille attendre que le temps vienne à désabuser tout le monde de plusieurs systèmes singuliers , qui n’ont d’autre fondement que l’autorité que leurs auteurs ont su s’acquérir.

S’il étoit permis de raisonner ainsi sur de pures suppositions , on n’auroit qu’à dire que les glandes sont spongieuses et cellulaires y qu’une de leurs portions communique avec l’autre , et qu’ainsi la salive poussée par la compression , et déplacée d’une portion de la glande , iroit dans une autre qui ne seroit pas comprimée dans cet instant , et ainsi de suite 3 mais c’est trop s’arrêter à de simples imaginations.

Enfin il n’est pas possible de répondre , pour le présent , à tous les points de l’objection qu’on yient de faire 3 nous y répondrons à proportion que l’occasion s’en présentera. Elle ne doit êtfe regardée , après tout ce que nous avons dit , que comme une pétition de principe ; on y avance bien que toutes les glandes du corps sont comprimées 3 mais on ne le prouve point , et nous prenons la liberté de le nier , fondé sur les remarques que mous avons faites jusqu’ici. Il ne faudra pas manqmer de dire quelque chose de la vessie et de l’estomao.

§. XV. Conclusion qu’on peut tirer de tout ce qu’on a dit jusqu’ici.

Nous concluons de tout ce qui a été dit qu’on ne peut pas soutenir que la parotide soit comprimée dans les mouvemens de la mâchoire , et que la compression pourroit nuire à la sécrétion et à l’excrétion 3 de sorte qu’il faut surtout admirer comment cette glande est placée merveilleusement entre des parties qui paroissent devoir la gêner , sans que cependant elle soit comprimée.

Reste à savoir si nous nions que la glande soit remuée , secouée et agitée dans les mouvemens de la mâchoire. Non sans doute , nous ne le nions pas , et on verra dans la suite comment nous croyons que ces doux mouvemens et ces trémoussemens servent à 1 écoulement de la salive.

Nous ne saurions taire que M. Senac , dans son Commentaire sur Heister , se sert précisément du mot agitées , en parlant de l’impression que reçoivent les glandes par les mouvemens de la mastication 3 mais il s’est mieux expliqué dans l’article du pancréas 3 il a adopte l’opinion de la compression , et il a fait voir qu’il suivoit, 5ur cette matière , les idées des physiologistes ordinaires.

Nous croyons cette remarque ne'cessaire , afin qu’en cherchant certains passages qui ont échappé à quelques auteurs , on ne vienne pas nous opposer que nous les avons copiés. Il s’agit d’examiner si on a proposé un plan pareil à celui que nous donnerons lorsqu’il sera question de la mécanique des excrétions.

Enfin , l’ordre que nous suivons a exigé qu’on transportât en différens endroits les' différentes preuves qu’il a été impossible de rassembler. Il est bon que chacun suspende son jugement, jn^ qu’à ce que nous ayons pu donner toutes nos raisons.

§. XVI. Les Molaires ou les Glandes salivaires latérales internes.

O n convient que les glandes dont il est question furent découvertes par Heister en 172 7. Les anatomistes qui ont écrit depuis lui, se sont contentés de copier l’inventeur sans faire des recherches qui auroient pu éclaircir la découverte.

Nous gavons eu occasion d’examiner des cadavres rares où les glandes sont grosses et bien marquées •, et nous avons observé qu’on ne déterminoit pas bien la situation de ces glandes , en disant qu’elles sont entre le masseter et le buccinateur , puisqu’elles sont beaucoup plus profondes et qu’elles répondent aux condyles de la mâchoire inférieure , comme si elles n’étoient qu’un prolongement des parotides.

Elles ont chacune au moins deux conduits qui rampent dans le tissu du buccinateur , et qui en avançant obliquement , comme if paroît par la position des stylets dans la figure de Heister, viennent aboutir vers l’avant-dernière des dents molaires dans les sujets qui les ont toutes. Ces conduits sont plus gros qu’on ne pour-’ roit le croire d’abord.

Enfin , il faut remarquer que la figure ni la grosseur de ces glandes, ne répondent p’as ordinairement à la figure qu’en a donnée Heister j elles sont souvent deux fois plus grosses , aplaties et irrégulières. On peut donc avancer, par rapport à ces glandes, comme par rapport aux parotides , qu’il n’y en a point de figure bien exacte.

Il ne faut pourtant pas , pour cela , renoncer à la description que donne Heister , qui suffira avec ce qu’en a dit M. Senac ; c’est que ces glandes sont situées derrière la dernière dent molaire , ce qu’on entendra assez bien en se rappelant ce que nous avons remarqué , et en examinant ce qui nous reste à détailler.

Le traducteur de Boerliaave a dit à peu près la même chose j mais il n’est pas bien clair , surtout pour les conïmençans , dans la description qu’il donne de ces glandes., Liv. I , page 220 ; Haller, son guide , lui a manqué. En effet , Haller ne parle des molaires qu’en passant.

On trouve encore que M. Lieutaud , qui ne décrit point ces glandes , insinue qu’elles ne valent pas la peine qu’on leur donne un nom particulier -, elles le méritent cependant presque autant que les sublinguales , et elles ne doivent pas être regardées comme une portion de la membrane ou de la couche glanduleuse qui tapisse le palais , la cavité de la bouche , et toute la langue -, leur

position > celle de leurs conduits , et le suffrage de plusieurs anatomiste, depuis Heister, donnent, ce semble, des preuves suffisantes je l’existence de ces glandes.

Il est vrai qu’on les prendroit dans quelques sujets pour des pe* lotons de graisse ) c’est une remarque de M.Winslow. Il est sûr qu’il est quelquefois difficile de les distinguer du corps graisseux qui se trouve constamment vers ces parties , et qui est mollasse , flottant et très-huileux j de façon qu’il se fond et se déchire trèsfacilement lorsqu’on le manie , ce qu’il est bon d’observer lorsqu’on veut faire la démonstration de ces glandes , dont un coup d’érigne ou une légère secousse dérangent la position , qui peut aussi varier suivant que le corps graisseux , qui a cru plus ou moins , a aussi repoussé plus ou moins le corps glanduleux , qu’on peut regarder en quelque manière comme flottant.

§. XVII. Si les molaires peuvent être comprimées ,

Les partisans de la compression trouveroient-ils de quoi exprimer les molaiïes ? Auront-ils recours aux muscles buccinateur et masseter , qui , s’approchant dans leurs mouvemens , doivent par ce moyen exprimer des glandes qui se trouvent entre deux?

Us ne se sont pas trop bien expliqués là-dessus -, à peine a-t-on dit que les glandes molaires essuyassent l’action du masseter. Voyons si cette proposition est bien fondée.

Le masseter et le buccinateur sont disposés de façon qu’ils se touchent presque vers la partie antérieure , au moins lorsque le masseter agit j et dans quelque temps que ce soit , ces deux muscles sont séparés et fort éloignés l’un de l’autre vers leurs bords postérieurs. La figure de la mâchoire qui avance obliquement en avant , et surtout la position du masseter sur la base de l’éminence coronoïde., démontrent cette vérité,, qu’un coup d’œil sur le cadavre fera mieux comprendre que tout ce qu’on pourroit dire.

On trouvera , par l’inspection , qu’il y a entre les deux muscles dont il est question , un espace comme triangulaire , qui étoit nécessaire pour que l’éminence coronoïde pût avancer et reculer, s’abaisser et se relever dans les mouvemens de la mâchoire.

La glande est logée dans cet espace , qui n’est jamais aboli , au moins vers ïes parties postérieures : comment seroit-elle donc comprimée ? Quelque effort que le bord postérieur du masseter fasse Vers l’intérieur , il est soutenu par l’éminence coronoïde.

D’ailleurs comment cet espace , si la compression dont on parle avoit lieu, seroit-il rempli d’un corps graisseux ? La graisse résisteroit-elle à la pression plus que la glande ? ou au moins ne soutièitdr oit-elle pas l’effort des parties extérieures qui agiroient sur le corps glanduleux.

Enfin les conduits excrétoires méritent attention par rapport au chemin qu’ils font dans le buccinateur j ils suivent à peu près la direction des fibres de ce muscle j ils vont de derrière en devant , et ils. suivent les mouvemens de ces mêmes fibres j ils doivent donc être plus ou moins allongés , tendus ou ridés , suivant que le buccinateur agit ou n’agit point j ils sont toujours à portée

d’être secoues et tiraillés , de manière qu’ils résistent plus ou moins à l’écoulement du suc qui se sépare dans les glandes molaires. H faudra faire usage de ces réflexions lorsqu’il sera question d’expli., quer la causé de l’excrétion des humeurs que' les glandes séparent.

§. XVIII- Les maxillaires , ouïes glandes salivaires inférieures latérales.

Ces glandes sont deux , une de chaque côté de la mâchoire inférieure vers son angle , à la face interne 3 elles sont moins grosses et plus arrondies que les parotides 3 elles sont recouvertes d’une enveloppe membraneuse assez forte , et voisines des parotides avec lesquelles elles se joignent quelquefois.

Le muscle peaucier les recouvre en passant sur la face externe de la mâchoire 3 elles s’appuient un peu contre le ptérygoïdien interne 3 le digastrique les touche en passant derrière leur portion postérieure 3 elles sont aussi recouvertes par le mylo-hyoïdien , et appuyées sur l’hyo-glosse j enfin elles se terminent vers les parties antérieures par une espèce d’avance qui est comme la pointe de l’ovale qu’elles forment.

De cette pointe > qui est aussi retournée vers le dedans , sort un conduit mince , menu , comme tendineux , qui résulte de l’union de plusieurs autres canaux qui se rencontrent dans le corps de la glande 3 ce conduit s’avance à côté du muscle génio-hyoïdien , en suivant le bord interne des glandes sublinguales auxquelles il se colle souvent , et en touchant le muscle génio-glosse.

Il vient en se repliant , presque directement en haut , aboutir vers la, base du frein de la langue oh il finit en forme de petit sphincter relevé en mamelon , après avoir rampé dans le repli de la membrane qui fait le frein.

Il y a quelquefois un seul orifice pour les deux conduits: communément il y en a deux , et on a dit en avoir trouvé trois ; du reste , ce conduit , quoique beaucoup plus mince que celui de la parotide , a un calibre presque aussi grand.

Quoique les anciens paroissent avoir eu quelque idée de ..ces glandes , il ne s’est point trouvé d’anatomiste qui ait disputé à Warton la découverte du conduit qui porte son nom 3 il est le premier qui l’a trouvé 3 mais la description qu’il en donne , aussi-bien que Nuck , sont bien différentes de ce qu’on voit dans l’homme 3 la figure de Gowper vaut un peu mieux , et il n’y en a point encore qui exprime comme il faut ce qu’on vient de dire sur le conduit et sur la glande , et ce qu’on va remarquer.

Ces glandes sont flottantes , au point qu’il n’est pas aisé dé les laisser dans leur position naturelle pour en faire une démonstration exacte 3 on les tiraille , on les détache du tissu cellulaire qui les environne , et on a ensuite une fort mauvaise idée de leur position.

Le conduit excrétoire est constamment lâche , et plus long qu’il ne devroit être s’il passoit par la voie la plus courte entre ses extré-? mités. Il se recourbe en passant le long des muscles dont nous avons parlé 3 il est surtout lâche vers le frein , plus ou moins porté.vers

les parties postérieures, inférieures, ou antérieures, suivant que ja langue est relevée ou abaissée.

Il n’est donc pas facile de décider quelle est de ces deux extrémités la plus élevée -, il semble évidemment qu’il aille en montant de derrière en avant , dans les démonstrations ordinaires , où l’on dérange la glande pour le trouver 5 mais si l’on y fait attention , on verra qu’il est à peu près horizontal dans presque toute s'a longueur, et un peu replié ou recourbé en haut du côté du frein.

6 II est bon , pour mieux apercevoir cette position du conduit , de le remplir par l’orifice qui est du côté du frein , d’une injection qui le rende un peu solide sans l’étendre beaucoup • on aura lieu d’éprouver que cette opération n’est, pas aussi facile à faire qu’on pourroit le croire -, il n’est pourtant pas possible de raisonner exactement sur cette matière , à moins qu’on ne sache comme il faut la position de ce s parties.

Un lecteur curieux peut aisément juger combien les figures qu’on a données sur cette partie , expriment peu sa véritable position -, il s’en faut de beaucoup qu’elles répondent aux descriptions qu’on en trouve dans les auteurs , quoique celles-ci ne soient pas parfaites.

§. XIX. Si les glandes maxillaires peuvent être comprimées .

Voici des glandes qui sont dans une cavité toute entourée de jnmscles ) il s’agit de savoir si elles sont pour cela dans un pressoir qui les vide.

Les muscles qui expriment cette glande , dit le traducteur de Boerhaave , sont le ptérygoïdien interne, le génio-glosse , le mylohyoïdien, le digastrique , le cérato-glosse et peut-être le peàucier.

Il semble que pour que la glande se trouvât gênée , et peut-être exprimée, pomme on le prétend, il seroit nécessaire que tous les muscles qui l’entourent se contractassent en même temps ,. pour rétrécir , s’il étoit possible , le creux qu’ils forment, j mais on sait que cela n’arrive jamais , de sorte qu’il est aisé d’apercevoir que la cavité dans laquelle la glande est nichée , ne diminue jamais assez pour que le corps qu’elle contient soit comprimé.

Dn pourroit dire , tout au plus , que la glande est portée en différens endroits par l’action des muscles.; elle est secouée , mue et halottée , pour ainsi. dire,, et c’est là ce qué nous nous garderons hien de nier.

Un de ces muscles, quel qu’il soit, agit-il assez efficacement pour comprimer la glande? c’est ce qui ne paroît pas possible , ne fut-ce que parce que la glande est arrondie, dure et ferme , et que les muscles , si , l’on en excepte le ptérygoïdien interne , sont tous minces , mollasses et- foibles ; mais voyons leur action en détail.

Le peaucier , dit-on , exprime peut-être la maxillaire : il semble qu’il y auroit en lieu de n’en pas douter ; mais il paroît évident que ce muscle ne sauro't agir sur le corps glanduleux ; outre qnùl est très-mince et très-délicat dans cet endroit , comme il pas.-e sur la hase de la mâchoire , à laquelle il s’attache un peu , il se redresse

en agissant , il devient parallèle à cette base, et il s’éloigne de la glande , comme on peut s’en convaincre en le faisant agir sur soimême , et se regardant dans un miroir.

Le digastrique, soit qu’il agisse pour abaisser la mâchoire , soit pour relever l’os hyoïde , glisse constamment derrière la glande , et ne la comprime pas , puisqu’il se raccourcit en agissant ; et * comme il est pyramidal , il est évident que plus il se contracte , et moins il agit sur la glande j il recule , pour ainsi dire , pour ne pas gêner la glande , et il faudroit que pour la comprimer il s’avançât comme un coin entre elle et les parties voisines ; encore seroit-il nécessaire que la glande fût fixe et qu’elle n’éludât pas la pression.

Le ’cérato-glosse n’est qu’une portion de l’hyo-glosse ) il s’attache d’une part à l’os hyoïde , et va se perdre dans le côté de la base de la langue qu’il élargit ; l’action de ce plan de fibres est tcès-foible , et quoiqu’il paroisse porter la glande en dehors , son elfort ne sauroit être fort efficace , puisqu’il ne peut tout au plus que la faire remuer.

Le mylo-liyoïdien , s’il agit pour abaisser la mâchoire inférieure , n’agit que lorsque l’os hyoïde est fixé , et dans ce cas , son extrémité , jointe à ce dernier os , est plus reculée que celle qui est attachée à la mâchoire, et alors, loin de faire effort contre ce qui lui est postéi’ieur , il s’è'n écarte , au contraire j l’espace qui se trouve vers sa face postérieure devient plus libre , et la partie de la glande qu’il recouvre , étant dans cet espace , est moins gênée.

S’il agit en élevant l’os hyoïde , il le porte en avant , il soulève la glande , et il relâche les parties musculeuses qui sont au-dessus de lui , ou qu’il soutient.

Nous croyons qu’il agit surtout en manière de sangle, pour soulever ou soutenir tout ce qui répond à la partie antérieure dé la base de la mâchoire ; alors il agit surtout par ses fibres , qui sont presque transversales , et par sa portion moyenne qui n’appuie pas sur la glande , qu’il ne comprime dans aucun temps.

Si le ptérygoïdien interne tonchoit assez la glande , et que lorsqu’il se contracte il y eût entre lui et le corps glanduleux quelque chose qui résistât suffisamment , il pourroit le comprimer ; mais il ne touche presque pas la glande ; celle-ci élude son action èn rentrant , au moindre mouvement du muscle , qui après tout se gonfle très-peu dans l’endroit par lequel il touche la glande , puisqu’il est presque tendineux et qu’il n’est pas bien épais vers cette partie qui est son inférieure.

§. XX. Conclusion tirée de ce que nous avons dit sur les maxillaires.

Ex un mot , qu’on examine bien la position de tous ces muscles-, qu’on fasse attention à leur action , et on se convaincra qu’ils n’expriment pas la glande ; il ne suffit pas de trouver des parties musculeuses qui l’environnent -, il ne faut pas se déterminer si vite et sans examen ; il n’est pas aisé dans ces cas , cela est vrai , et il exige bien des connoissances que l’on néglige communément.

Mais ceux qui ne voudront pas se donner les peines nécessaires , ne doivent pas se décider sans des raisons suffisantes ; ils ne sauroient prendre un parti dans cette dispute : les vrais anatomistes sè donneront. le soin d’examiner les choses avecyattention ; nous attendons des éclaircissemens de leurs lumières j ils feront sûrement de nouvelles découvertes sur l’action de tous ces petits miiscles , et sur les combinaisons et les effets de leurs mouvemens.

Voici une remarque que tout le monde peut faire ; que chacun mette ses doigts , l’index et le pouce , sur les deux glandes maxillaires , tandis que la mâchoire est en mouvement , on verra que les glandes , loin d’être fixées et gênées , sont au contraire mobiles et flottantes , comme on l’a dit ailleurs ( §. xvni ) ; elles son t, portées en haut et en bas, en avant et en arrière , et toujours si libres , qu’elles ne peuvent pas être saisies ou fixées par les doigts , à moins qu’on ne les presse tellement que la mastication et la déglutition soient gênées. Il faut conclure de cette expérience que ces glandes sont balottées et portées deçà et delà ; mais de pareils mouvemens ne donnent nullement l’idée de la compression.

Quelques-uns des muscles dont il a été question , pourroient agir sur le conduit de Ja maxillaire s’il n’étoitpas souple et lâche.

Il faut se rappeler ici ce que nous disions sur le conduit de la parotide , eu égard au masseter (§.. x) , dont les mouvemens rendent le conduit mieux disposé à laisser passer la salive ; il en est de même du conduit de la maxillaire à l’égard dès musclçs qui peuvent le toucher en se contractant , comme de celui de la parotide à l’égard du masseter.

Ajoutons que le muscle génio-glosse , que le traducteur de Boer? haave met au nombre de ceux qui expriment la glande , ne peut que faire changer de direction au conduit; il le plie et le porte suivant ses mouvemens ; mais il n’agit pas sur le corps de la glande, non plus que le génio-hyoïdien.

Enfin , le conduit est aussi vacillant dès qu’il est entré dans la cavité de la bouche vers la glande sublinguale , ou le pli de la membrane qui forme le frein ; on l’a déjà dit plus haut (§. xviii); cette remarque doit entrer pour quelque chose dans le mécanisme de l’excrétion.

S- XXI, Les sublinguales ou lès salivaires inférieure s moyenne s.

Soit que la découverte de ces glandes appartienne à Rivinus , qui la fit sur le veau en 1679 , soit qu’elle puisse aussi être attribuée à Bartholin , qui la fit sur le lion en 1682 , tous les anatomistes qui ont écrit depuis eux s’accordent dans la description <je ces glandes.

Elles sont aplaties, oblongues, à peu près de la figure d’une amande , mais beaucoup plus grosses , situées sous la partie antérieure de la langue à côté du frein , ayant leurs extrémités obliquement en avant et en arrière , suivant la direction de la mâchoire à laquelle elles sont adossées, et leurs bords obliquement cm dehors et en dedans.

Du reste elles sont quelquefois jointes aux maxillaires dont elles

7o RECHERCHES

paroissent une continuation , comme les maxillaires elles-mêmes ou les molaires semblent l’être des parotides dans quelques sujets.

On n’est pas aussi bien d’accord sur le nombre et la position des conduits de cette glande : les deux premiers qui en ont parlé Rivinus et Bartholin , ont commencé la dispute ; le premier parle d’un conduit qui n’a point de rapport avec celui de la maxillaire.

Depuis ces deux anatomistes , les plus célèbres ont été ‘divisés sur cet article : on a opposé Nuck , Cowper et Raw qui paroissent attachés au sentiment de Rivinus , à Stenon , Walter, Heister et M. Winslow qui ont suivi à peu près celui de Bartholin ; Morgagni a examiné cette question dans ses adversaires ; il paroît porté à penser que la sublinguale n’a que des conduits partie culiers.

Il y auroit bien des choses à dire sur la comparaison des opinions des auteurs , et il faudroit entrer là-dessus dans des détails très-ennuyeux j il vaut mieux avancer que tous les anatomistes ont fidèlement décrit ce qu’ils ont observé ; il paroît qu’on peut soutenir que la disposition de ces parties varie , et que tantôt les glandes sublinguales ont des conduits propres , placés plus ou moins parallèlement le long des gencives, sans qu’ils communiquent avec ceux des maxillaires, et que tantôt elles envoient quelqu’un de leurs tuyaux , qui va se joindre au canal de la maxillaire voisine qui s’enchâsse souvent dans1 la. glande sublinguale. '

Ce sentiment n’est-il pas celui de M. Senac , celui des commentateurs de Boerhaave, et dé M, Lieutaud ? Ne paroît-il pas le plus conforme à ce qu’on découvre en examinant plusieurs sujets?

§. XXII. Savoir si les parties voisines de ces glandes peuvent les comprimer.

Sans entrer dans des discussions qui paroissent au fonds peu intéressantes , considérons , pour ce qui nous concerne , quelles sont les parties sur lesquelles ces glandes sont appuyées.

Elles sont séparées l’une de l’autre par les génio-glosses , dont les deux bords supérieurs et internes , qui séparent aussi les conduits des maxillaires , s’adossent vis-à-vis le pli de la membrane <le la bouche qui forme le frein.

Voilà les sublinguales séparées par une cloison musculeuse , sur laquelle cependant elles s’étendent quelquefois pour se joindre , comme nous l’avons vu , en glissant , pour ainsi dire , sur le plan de séparation , qui est plus ou moins oblique , et qui forme une espèce de crête qui favorise le pli de la membrane dont la duplicature fait le frein.

Elles sont posées sur le muscle qu’on nomme mylo-glosse lorsqu’il se rencontre , et à son défaut le mylo-hyoïdien les soutient inférieurement et leur sert comme de plancher -, le stylo-glosse les touche aussi , mais fort peu , vers le côté de la langue.

Ces glandes , ainsi placées , sont recouvertes par une membrane mince, qui est la continuation de celle qui tapisse la langue et la bouche. Il faut observer que cette membrane n’est pas bien

-tendue sur les glandes -, elle est au contraire comme ridée , lâche ,. et elle s’étend aisément de tous les côtés , ce qui étoit nécessaire pour permettre les différens mouvemens à ces parties , que Boerhaave appelle fort obscurément mollia. ■

On voit ces parties changer de figure dans toutes les positions de la langue ) tantôt elles forment une espèce de creux , tantôt elles. sont en relâchement ou en contraction.

On n’a pas parlé des muscles qui expriment la salive de ces glandes à peine Haller a-t-il dit fort succinctement qu’elles sont entre le mylo-hyoïdien et le génio-glosse j cette situation suffiroitelle pour soutenir qu’elles sont dans un pressoir sans lequel on ne sauroit faire du vin , pour suivre les expressions dont le même auteur se sert pour tourner en ridicule le système de Stahl sur l’excrétion de la salive.

On verra , si on se rappelle la véritable position des sublinguales et celle des parties qui sont dans leur voisinage , que ces glandes sont à l’abri de l’expression $ elles Sont , il est vrai , entre le génio-glosse et le mylo-hyoïdien , mais de la façon dont on l’a expliqué ci-dessus, c’est-à-dire qu’elles sont disposées de manière qu’elles peuvent fort bien être portées vers les côtés par le génioglosse, et relevées par le mylo-hyoïdien.

Elles ne sauroient être serrées entre deux 5 elles éviteront toujours leur action en remontant et faisant bosse vers la cavité de la bouche , comme il arrive quelquefois ; la mobilité de ces glandes prouve ce que nous avançons. Il faut remarquer que les deux muscles dont il est question ne se contractent pas ordinairement en même temps : si l’un repousse la glande d’un côté, l’autre ne résiste point du côté opposé.

N’est-il pas évident que , puisque ces glandes font leur excrétion sans être comprimées , on doit conclüre que la compression n’est pas nécessaire pour l’excrétion des sucs que les glandes de la nature de celles-ci séparent? Il est bon de remarquer, par rapport aux conduits de ces glandes, que quelque courts qu’ils soient , ils doivent être considérés comme rampans dans la membrane qui recouvre les glandes j elle est lâche , somme on l’a dit, moins vers les gencives, où les conduits aboutissent, que sous la base de la langue ; mais la membrane qu’ils traversent cède toujours autant qu’il le faut pour que les orifices deviennent plus ou moins obliques par rapport aux conduits dont ils sont les aboutissans. Ges observations auront leur usage comme celles qu on a faites, sur les autres canaux excrétoires.

§• XXIII. La couche glanduleuse de X intérieur de la Bouche.

La membrane qui tapisse l’intérieur de la bouche recouvre wne espèce de couche glanduleuse qui a presque autant d’étendue que la membrane même j elle n’est pas partout de même épaisseur , et l’on diroit qu’elle manque dans certains sujets.

C est là peut-être ce qui a fait dire aux anatomistes qu’il y a dans la bouche des glandes éparses , qu’ils comprennent sous le uom de g]andes buccales.

Il nous est arrivé de disséquer des sujets où l’on apercevoit la couche glanduleuse dans tous les points de la cavité, comme une membrane particulière attachée vers le palais au périoste, et ailleurs au tissu cellulaire des muscles ; on a même trouvé assez souvent qu’elle s’étendoit jusque sur les gencives.

Nous l’appelons couche glanduleuse , et il paroît qu’il ne faut pas la confondre avec les criptes , ou follécules, qui séparent qn suc plus visqueux que la salive.

Cette couche est fort épaisse du côté du voile du palais qu’elle forme en partie en s’étendant vers la luette , de façon que celle-ci n’est , suivant l’expression de quelques anatomistes , qu’un petit corps glanduleux.

La portion de la couche qui recouvre l’intérieur des joues s’étend jusque sur les lèvres, où elle n’est pas aussi épaisse que dans le palais ; elle semble composée d’une infinité de pelotons joints les uns aux autres, comme la membrane graisseuse, qui est plus épaisse et plus compacte dans certaines parties du corps que dans d’autres.

La langue est aussi recouverte de la couche glanduleuse , sur-, tout vers la hase où elle se confond aveç les amygdales ; elle fait une enveloppe particulière , ou une espèce de fourreau que l’ôn trouve quelquefois jusqu’au bout même à la face inférieure de la langue , où on le prendroit pour une expansion des sublinguales.

Il ne faut pas chercher un conduit particulier pour ce corps glanduleux ; il en a une infinité et ils n’ont point de places bien déterminées ; ils peuvent être aperçus à côté de la ligne mitoyenne de la voûte et le long du bord alvéolaire , comme M. Winslow le soupçonne.

On en trouve encore dans le voile du palais , dans l’intérieur des joues et sur les lèvres ; mais ils sont difficiles à apercevoir, soit parce qu’ils sont pour l’ordinaire fort petits , soit parce que la membrane qui couvre le corps glanduleux est mobile et se relâche plus ou moins; ce qu’il faut remarquer.

Du reste , Walter avoit aperçu la couche glanduleuse dont il est question ; il n’y a pas au moins beaucoup de différence entre ce qu’il dit de la langue et ce que nous avançons de toute la cavité de la bouche ; il s’est trompé en donnant un seul conduit à tout le corps glanduleux , et il a été bien critiqué pour cela,

On ne trouve point de muscle disposé pour comprimer cette couche glanduleuse , qui est comme flottante dans bien des parties de la bouche y elle l’est surtout du côté du palais qui contient quelques fibres musculaires assez fortes pour le relever ou l’abaisser, mais trop foibles pour faire impression sur la couche glanduleuse , qui est plus solide que les muscles , et qui cède lorsqu’elle est poussée d’un côté ou d’autre. On dira peut-être que les alimens , en glissant sur ces parties , expriment la salive par leur frottement , comme on vide ces glandes dans le cadavre , même en les comprimant et en raclant le palais.

Il est évident que le bol alimentaire emporte avec lui une liqueur gluante qu’il exprime; mais cette liqueur, qui est celle

j forme un verni que l’on détache aisément dans le cadavre , yjent des cryptes ou des réservoirs semblables à ceux des amygdales , et bien différens des glandes vraiment salivaires , comme nous aurons lieu de le dire ailleurs.

Il s’agit de l’excrétion d’une liqueur fine qui coule du palais; par exemple, lorsqu’on le frotte avec un peu de sel , ou lorsqu’on est dans la salivation mercurielle , celle-là sort immédiatement du ■ corps glanduleux salivaire , et elle est sècernèe ou séparée des autres liqueurs , à proportion qu’elle se vide , cotnme il arrive aux humeurs des autres glandes dont Qn a parlé jusqu’ici.

§. XXIV.’ Le conduit ou trou glanduleux de la langue.

Morgagni trouvoit le trou glanduleux de la langue à peu près dans chaque quatrième sujet , et , depujs lui , on l’a trouvé presque toujours; il est quelquefois caché par de petits tubercules connus sous le nom de mamelons. Il faut souvent séparer ces excroissances irrégulières pour apercevoir l’orifice du conduit ; mais , de quelque façon qu’on s’y prenne , on ne le trouvera pas dans quelques sujets, surtout dans les enfans.

On ne sait pas bien encore à quoi nous devons nous en tenir sur ce conduit , quoique Heister l’ait rencontré s’étendant vers la base de la langue et se séparant en deux portions , dont l’une alloit aboutir vers la petite corne de l’os hyoïde ; ce qu’on a‘eu occasion de confirmer. On n’est pas plus avancé pour cela ; le sentiment de Walter , qui le regardoit comme le conduit excrétoire de l’expansion glanduleuse de la langue, n’a pas été suivi (§. xxiii).

Ne séroit-il , comme on le dit communément , qu’un trou borgne ou un cul-de-sac sans aboutissant? et ne pourroit-on pas le comparer à l’appendice vermiculaire du cæcum , qui n’a apparemment d’autre usage dans l’adulte , que de séparer une liqueur qui acquiert, par le séjour, des qualités particulières?

L’intérieur de ce conduit étant tapissé d’une couche glanduleuse , comme la base de la langue , on pourroit penser qu’il n’a été fait que pour augmenter la surface de cette base , et pour séparer le suc qui doit y souffrir des changemens.

Car enfin l’orifice du conduit est tellement fermé, qu’il arrive souvent qu’il ne paroît pas ; -la liqueur qu’il contient peut cependant se vider, sans doute , et cela arrive dans des cas particuliers : mais quel sera l’usage de cette liqueur ; et pourquoi la nature prend-elle la précaution de la conserver en dépôt?

Enfin , le trou borgne n’a-t-il pas quelque issue que l’on pourra trouver dans les suites? Seroit-il fait pour mettre à l’abri quelques papilles nerveuses , et pour leur conserver leur sensibilité ?

Quoi qu’il en soit, on voit, dans quelques fièvres malignes, la langue , qui paroît comme rôtie et séchée à la fumée , se fendre et se déchirer dans l’endroit du trou borgne , où des malades , d’ailleurs dans le délire , rapportent la douleur ; on diroit que la langue a été déchirée , pour ainsi dire , et qu’elle s’est séparée comme si *lle eut été autrefois collée et cicatrisée dans cet endroit.

On trouve aussi dans des animaux , comme les poules , les ca-

nards et les oiseaux, un canal très -marqué, qui suit Taxe de Fa langue , et qui paroît tenir lieu de trou borgne. j

Ces remarques indiquent-elles ce que nous avons pensé 2 C’est que le conduit dont il est question n’est formé que par une espèce de pli de la langue ; car , comme cet organe est fait pour former de temps en temps un demi-canal en se pliant sur son axe , son mouvement peut être favorisé par cette espèce de sillon ou d’enfoncement que noiis supposons , et sans lequel il paroît que la pean auroit fait une saillie qui aüroit dérangé l’usage que la langue disposée en demi-canal , devoit avoir.

§. XXV. Les glandes de T arrière-bouche.

L’ arrière-bouche est aussi tapissée d’une couche glanduleuse,, comme la bouche proprement dite ; mais les glandes paroissent ici d’une classe particulière ; elles sont muqueuses , et elles séparent line humeur épaisse et gluante , destinée .à vernir et à lubréfier ces parties ; on diroit que ce sont des glandes comme les amygdales, dont on aura occasion de parler dans la suite.

Lesglandes du pharynx et celles de toute la membrane pituitaire sont de cette espèce ; on sait qu’elles paroissent plus ou moins : on en a trouvé qui étoient comme de vrais trous borgnes , semblables à celui de la langue. Heister a donné une observation particulière là-dessus ; on a déjà souvent dit que ces glandes pouvoient en imposer pour de petits ulcères.

Parlerons- nous ici des conduits nouveaux que Coschwits avoit cru trouver vers les côtés et la base de la langue? L’observation de cet anatomiste méritoit-elle que Walter s’attachât à démontrer fort au long que ces prétendus conduits nouveaux n’étoient que des veines? Il n’est plus question de cette découverte.

Quoi qu’il en soit, les glandes de l’arrière-bouche sont très-différentes de celles dont il a été question jusqu’à présent ; il ne faut pas raisonner des glandes salivaires , comme de ces cryptes sébacées ou muqueuses ; celles-ci font une classe à part ; on aura soin de le dire : il est évident que lorsqu’elles sont comprimées , elles se vident de leur suc comme les amygdales ; il est aisé de s’en con* vaincre sur le cadavre : mais on ne peut tirer de là aucune induction contre ce que nous avons établi , comme on le verra dans la suite.

§. XXVI. V épiglotte:

Nous placerons ici quelques remarques sur l’épiglotte que tous les modernes décrivent comme un cartilage mobile , mince , élastique, prenant bien soin d’éviter la faute des anciens , qui avoient confondu l’épiglotte des animaux avec celle de l’homme , et la comparant, pour la figure, les uns, comme Heister, à une feuille de lierre; et les autres, comme M. Winslow , à une feuille de pourpier.

Ne peut-on pas avancer que cette partie varie dans les différens sujets? Voici ce que nous avons observé dans la plupart, et qu’il semble que les auteurs aient négligé de décrire.

I/epiglotte se prolonge et forme un angle comme une véritable languette, fort apparente dans sa base , qui est la partie par laquelle elle tient au ligament qui la lie au cartilage thyroïde , et qui est beaucoup plus épaisse que l’autre extrémité. Des anatomistes, que Noguez a suivis , avoient parlé de cette portion comme d’une sorte d’épiphyse qu’ôn a fait dessiner. M. Winslow a dit que l’épiglotte étoit étroite et épaisse vers cette partie.

Nous avons pensé que cette languette pouvoit s’enchâsser quelquefois dans l’échancrure qui se trouve sur le bord supérieur du cartilage thyroïde ; le soupçon n’à-t-il pas quelque fondement raisonnable?

Tout le monde connoît l’échancrure dont nous parlons , et qui paroît même sur le vivant ; elle n’est remplie naturellement que par des membranes qui cèdent plus ou moins , et que nous avons vues dilatées dans une femme , de manière à contenir une bonne quantité d’air, qui se nichoit dans cette espèce de cul-de-sac pendant des accès de convulsions vaporeuses.

Pourquoi la languette postérieure de l’épiglotte ne sera-t-elle pas faite pour occuper cette place , au moins dans quelques circonstances? N’y a-t-il pas apparence qu’elle sert à renfoncer ces parties qui forment , du côté qui répond au larynx , une espèce de creux ou de fosse qui a peut-être des usages pour la voix?

On a aussi observé , par rapport au même cartilage , qu’outre qu’il est percé de bien des trous , comme tous les anatomistes en conviennent , il est souvent plein de petites fossettes bornées par de petites élévations; de sorte que l’épiglotte , loin d’être lisse et polie , comme on le pourroit penser tout à coup , est au contraire comme à facettes , qui sont apparemment faites pour loger des. portions du corps glanduleux , dont nous parlerons tout à l’heure , à moins qu’elles n’aient un autre usage , comme on le dira plus bas. M. Winslow avoit dit que l’épiglotte étoit traversée de toutes sortes de petites fissures et interruptions irrégulières , qui sont autant de lacunes entre les deux membranes.

Il semble cp’on ait avancé sans nulle restriction , par rapport aux petits trous de l’épiglotte , qu’il y en a une quantité prodigieuse, comme dans une feuille de millepertuis; mais on auroit pu ajouter : i°. que ces trous se trouvent en plus grande quantité vers la base de l’épiglotte que vers son sommet; i°. qu’ils sont plus nombreux vers la face postérieure que dans l’antérieure , à laquelle ils n’aboutissent pas tous; 3°. que, vers le bord de l’épiglotte, ils la rendent comme dentelée; 4°- que cës trous, quoiqu’ils se trouvent en très-grand nombre à la face postérieure de I épiglotte , laissent pourtant sur son milieu un espace qui forme une partie mitoyenne , qui divise le cartilage et qui est sans trous; ce qui est peut-être l'effet d’une espèce de bride ou de repli de la membrane qui couvre l’épiglotte.

Au reste , ce repli paroît toujours mieux dans les brebis que dans 1 homme , et il répond à un à peu près semblable , qui se trouve vers la face antérieure , où il y a aussi une portion mitoyenne sans

Enfin , les courbures de ce cartilage méritent aussi quelq^ attention ; sa base se porte des parties antérieures vers le derrière, en montant, et le reste de l’épiglotte qui s’évase , se replie vers 16 devant en formant une espèce de bec de grosse aiguière , ou de demi-canal , dont la cavité est obliquement en arrière et en haut • ces courbures singulières devroient être représentées dans des figures j celles qu’on a données n’expriment qu’une partie de l’épiglotte.

Il y a dans l’épiglotte deux parties qui font , l’une avec l’autre , un angle plus ou moins obtus dans la face antérieure du cartilage , qui se plie et replie dans cet angle , de manière que la portion supérieure est souvent la seule qui se meuve en se couchant sur la glotte : cet angle est une espèce de charnière qui n’a d’autre jeu que celui de l’élasticité du cartilage , dont la souplesse est peutêtre augmentée par des impressions ou les replis qui se trouvent dans ses deux facès , et dont nous parlions plus haut.

Il peut arriver que toute l’épiglotte , même la base , soit portée en arrière et en bas ; et c’est apparemment dans ces occasions que la glotte doit être entièrement à l’abri, et tellement bouchée , que l’air ne puisse en sortir ni d’un côté ni de l’autre, comme il semble qu’il puisse le faire lorsque la seule portion de l’épiglotte est abattue:

Tout ce que nous disons ici s’entendra mieux par l’inspection \ d’un larynx entier : on pourra faire faire à l’épiglotte les différent mouvemens que nous indiquons , et que les physiologistes n’ont pas décrits comme il faut.

On verra aussi combien ceuxqui disent, de l’épiglotte simplement, qu’elle est convexe en avant et concave en arrière , se trompent.

Nous ne nous sommes déjà que trop arrêtés sur cette partie ; nous irions trop loin s’il nous falloit faire des réflexions critiques sur ce que les plus modernes ont dit; nous nous sommes contentés d’exposer simplement nos remarques.

§. XXVII. U enveloppe glanduleuse de l’épiglotte .

L’épiglotte est entourée d’une enveloppe glanduleuse > recouverte elle -même par une membrane très -forte et très-tendue;, cette couche glanduleuse, qui est plus ou moins évidente, paroît avoir sa principale origine vers le ligament, qui joint l’angle inférieur de l’épiglotte au thyroïde.

Il y a dans cet endroit un petit amas de graisse qui se joint avec le corps glanduleux , de manière qu’il forme une substance qui a beaucoup de rapport avec celle qu’on trouve dans les articulations , et qui ne paroît , à proprement parler , ni graisseuse ni glanduleuse.

C’est ici le lieu de remarquer qu’il est plus difficile qu’on ne le croit, communément , de déterminer exactement l’usage des trous de l’épiglotte ; il ne seroit pas surprenant que le corps glanduleux sc trouvant entre l’épiglotte et sa membrane , celle-ci fût percée de quelques trous qui seroient les aboutissans des conduits de la glande.

ANATOMIQUES. y7

Mais pourquoi l’épiglotte est -elle percée dans ses deux faces, qui sont recouvertes l’une et l’autre par la couche glanduleuse? pourquoi surtout y a-t-il dans la face postérieure de l’épiglotte des trous qui n’aboutissent pas à l’antérieure? Quel est leur usage? Tiennent-ils lieu de substance diploïque ? Il s’en trouve constamment dans les cartilages , excepté l’épiglotte , qui n’en a que trèspeu vers sa base? ou bien enfin n’auroient-ils pas quelque rapport avec les fissures des cartilages des oreilles , qui ont leur utilité pour ]e son j les trous de l’épiglotte et ses facettes peuvent-ils favoriser les vibrations de l’air? N’oublions pas que la glande de l’épiglotte est de la classe de celles qu’on nomme conglomérées ; elle fait sa fonction comme les salivaires dont nous avons parlé; il n’y a point de muscle .propre à la comprimer; les muscles antérieurs de l’épiglotte , outre qu’ils ne paroissent que très-rarement , ne peuvent que mettre le cartilage en mouvement et le porter én avant, comme les aryténo-épiglottiques le portent en arrière : ces légers mouvemens ne comprimeront jamais une glande souple et graisseuse.

§. XXVIII. Les glandes aryténoïdes.

Morgagni a parlé le premier de ces glandes ; c’est la principale des découvertes qui lui ont fait placer au commencement de son ouvrage cette belle période : Quod. . . . lecturus sum id omne divido in partes très ; in prima res aliquot a nemine adhuc , quod sciam , traditas ; in alia nonnullas res olim quidem litteris proditas , nunc aulem fere obsoletas ; in tertia circa rcsquasdam de quibus aliter ab aliis scriptum est , quod ego observaverim. . . . proponam.

Ileister , et après lui M. Senac , ont dit que ces glandes étoient , pour l’ordinaire , beaucoup moindres qùe ne les représente la figure que Morgagni en a donnée.

M. Winslow a avancé que sur la surface antérieure des aryténoïdes , quoiqu’elle soit convexe en haut, il y a entre la base et cette convexité un petit enfoncement j cet enfoncement est côrrtme effacé par un corps glanduleux , qui couvre la facette antérieure dé chaque aryténoïde jusqu’ en bas , et s’étend en partie depuis la base de ces cartilages , vers le devant , sur V extrémité postérieure de la corde ligamenteuse voisine.

Ces glandes varient dans la plupart des sujets , comme les des^ criptions des grands anatomistes l’indiquent suffisamment; il ne semble pas qu’on puisse assurer qu’elles ont la figure d’une L ; uqus les avons trouvées semi-lunaires ;.leurrcourbure étoit retournée vei’i les parties postérieures.

Elles sont aussi placées quelquefois à une bonne distance de la fossette antérieure du cartilage aryténoïde , qui est elle-même plus ou moins apparente; ceux qui s'attendraient à les trouver constamment dans cette cavité pourraient être surpris.

Edes sont toujours dans l’entre-deux des membranes , qui forment le repli lâche et large qui va de la base de l’épiglotte à la-pointe du cartilage aryténoïde correspondant ; c’est dans cette

7g RECHERCHES

duplicature flottante qu’on est assuré de les trouver , tien difFé, rentes dans les sujets diflerens , comme on vient de le dire.

On les trouve quelquefois étendues jusque vers l’épiglotte. Ne pourroit-on pas , sans en faire des glandes particulières, les regarder comme une portion de la couche glanduleuse qui tapisse toutes ces parties? C’est le parti que M. Lieutaud a pris, comme son silence sur ces glandes le démontre ; il y a apparence qu’il n’a pas jugé que ces glandes méritassent un nom et une description particulière , quoique tous les anatomistes modernes aient parlé de cette découverte de Morgagni , qui , si on venoit à n’en plus faire mention, pourroit fournir dans les suites à quelques anatomistes de quoi faire , comme l’illustre Italien dont il est question un article à part, de rebus olim quidem litteris proditis nunc autem fere obsoletis.

Nous ne parlons de ces glandes que pour qu’on ne dise pas que nous en négligeons quelqu’une , parce qu’elles sont en position d’être exprimées par quelque muscle du voisinage.

Celles-ci sont assurément bien à l’abri ; elles sont flottantes et dans la duplicature d’une membrane lâche, qui peut avoir quelques fibres musculaires propres à la faire un peu mouvoir et à la tendre plus ou moins, mais qui ne sont pas capables d’exprimer le corps glanduleux , non plus que celles qui vont jusqu’à l’extrémité de la luette , comme on le disoit plus haut ( §. xxm) , et pour des raisons qu’on a déjà suffisamment détaillées.

. §. XXIX. Les glandes aryténoïdes dans les brebis.

Les glandes aryténoïdes sont si particulières , et si singulièrement' placées dans les brebis , que nous pensons qu’il convient de les décrire ; ce qu’on en va dire pourra éclaircir la question principale que nous traitons.

Ces glandes sont adossées et collées sur le côté externe de la portion supérieure du cartilage aryténoïde , qui n’est pas toùt-àfait semblable à celui de l’homme j il y a , en effet , sur le bord supérieur et antérieur de celui des brebis , un prolongement cartilagineux beaucoup moins dur que le reste de l'aryténoïde • ce prolongement est semiVlunaire , et rempli , à sa face interne , d7une quantité prodigieuse de petits trous, tout comme l’épiglotte, qui l’est aussi dans les animaux -, la face ordinaire de ce prolongement cartilagineux est recouverte par une portion glanduleuse semi-lunaire , et dont la liqueur s’exprime sans doute à travers les trous dont on vient de parler.

Or ces glandes semi-lunaires ou ovalaires ne sont recouvertes que par une membrane qui n’est pas musculeuse ; elles séparent cependant leur humeur, et la rejettent par des conduits excrétoires , suivant les occasions , et sans l’aide d’une force qui les comprime.

Voilà , dans les brebis , des cartilages aryténoïdes comme entourés de glandes ; si le corps glanduleux n’est pas niché dans l’aryténoïde de l’homme , il en est bien près? et il peut arriver

du’iï vienne à croître tellement , que toutes les parties du voisinage en soient recouvertes.

]Sous l’avons trouve qui s’étendoit jusque dans le sinus de la glotte, ce que M. Winslow avoit déjà observé. Cet anatomiste a aussi remarqué que les glandes aryténoïdes s’étendoient quelquefois sur l’extrémité postérieure des bandes thyro-aryténoïdiennes , c’est-à-dire , les rebords ou les lèvres de la glotte , formées par un repli de la membrane qui recouvre le muscle thyro-aryténoïdien , en en faisant le tour et en s’y collant.

M. Winslow appelle les rebords dont nous parlons , cordes liga menteuses} et M. Ferrein , cordes vocales, dénomination qui, pour le dire en passant , paroît , quelque indéterminée qu’elle soit , moins impropre que celle de M. Winslow.

En effet, il est bien assuré que ces deux bandes servent à la voix , comme les cartilages voisins qu’on pourroit , par la même raison, appeler vocaux, et on ne sait pas si elles sont simplement des cordes ligamenteuses.

Car, comme nous venons de le dire, on trouve quelquefois une couche glanduleuse' sous leur membrane, et cette membrane couvre un muscle et s’y colle ; de sorte qu’il n’est point déterminé s’il faut les comparer aux brides qui attachent les lèvres aux gencives , au frein de la langue et à celui du prépuce , aux expansions membraneuses qui sont à la base des doigts , ou aux lèvres elles-mêmes , aux rebords qui se trouvent aux côtés de l’orifice de l’intestin iléuin , dans Ja cavité du cæcum ; aux rebords de l’orifice externe du vagin , et à ceux de l’anus , etc. .

Tout cela. ne prouve-t-il pas suffisamment qu’il vaut mieux , en attendant de nouveaux éclaircissemens Sur cette matière, sur laquelle des gens qui étoient fort intéressés à l’examiner , ont passé bien légèrement, appeler les bandes. dont il est question, thyroaryténoïdiennes., comme nous l’avons fait ci-dessus ?

On peut abuser du nom de corde ligamenteuse ; ne peut -il pas en effet porter à se déterminer trop légèrement sur l’usage de ces parties? Le public est convaincu que M. Winslow seroit bien mortifié que cela arrivât; les noms mêmes sont importans sur des questions de cette nature ; s’ils ne font rien aux anatomistes:, ils frappent ceux qui ne le sont pas , comme il seroit aisé d’en donner des exemples : on entend dire qu’une partie du corps est comme une corde, qu’elle doit en porter le nom, n’y a-t-il pas de quoi conclure qu’elle doit aussi en avoir les propriétés ?

§• XXX. Observation particulière sur l’ articulation des cartilages aryténoïdes.

Il est bon de placer ici une observation qui pourra peut-être servir à éclaircir le mécanisme de la voix.

Comme les cartilages du larynx ressemblent à ceux des autres parties , ils doivent être sujets aux mèmès maladies ; on a trouvé épiglotte rongée en partie ; les autres cartilages de cette partie ont été trouvés ossifiés, quoi qu’en aient dit devons anatomistes; et s’il est vrai que la trachée l’ait été dans le yoleur dont parle

8o RECHERCHES

Colombus , n’y a-t-il pas apparence que le larynx etoit ossifié dai^

toutes ses parties ?

Les articulations de ces cartilages doivent aussi être sujettes au* maladies ordinaires; on a trouvé le thyroïde ankylosé dans sou articulation avec le crieoïde; pourquoi n’y auroit-il pas des ankv, ; loses dans les articulations de tous les autres cartilages? J I

Il y a apparence que , quoiqu’on n’ait point parlé de luxations à ces parties, elles sont cependant possibles ; comme celles des parties de l'os hyoïde, dontValsalva a parlé. Pourquoi faudroit.il être surpris de trouver des vieillards dont les aryténoïdes fussent immobiles sur le crieoïde? Voici un exemple d’une luxation particulière des cartilages aryténoïdes : c’est l’ observation où nous en voulions venir.

M. Serane père , médecin de Montpellier , a donné à l’assemblée publique de la Société royale , un Mémoire sur une épidémie particulière qui régnoit à Montpellier vers le mois d’octobre de la même année 1746.

C’étoit une angyne érysipélateuse , accompagnée de symptômes

fort singuliers : elle se montra surtout à l’hôpital Saint-Éloy , dont ; ■M. Serane est le médecin; les malades y rendoient des lambeaux de membranes ; il y en eut un qui rendit un petit sac oblong , fait comme un doigt de gant, et qui mourut. On avoit vu quelque chose de semblable à Paris il y a bien des années : un malade avoit | rendu , avant de mourir, la membrane interne de la trachée jusqu’à la bifurcation. M. Petit, chirurgien, conserve cette membrane avec soin.

Un autre sujet fut attaqué à Montpellier de la même maladie; il rendit du pus et de petites pellicules. M. Serane fit d’abord ouvrir ce dernier; on trouva vers la paroi postérieure de la trachée-artère , une tumeur qui avoit l’air d’un polype oblong, qui s’étendoit vers le fond de la trachée, en se prolongeant de la longueur de trois pouces ou environ , et en se terminant par une pointe très-aiguë.

Le cartilage crieoïde étoit rongé, et nageoit dans le pus qui remplissoit toute sa membrane; les cartilages aryténoïdes étoient luxés ; l’abcès s’étoit ouvert entre leurs deux articulations; ils étoient comme flottans , et les bandes tliyro-aryténoïdiennes étoient lâches et affaissées ; elles ne saüroientêtre tendues , surtout vers leurs bords , que lés aryténoïdes fie soient fixes , et certainement ils ne l’étoient pas dans ce cas , puisque le pus avoit rempli les ligamens , au moyen desquels ils sont articulés avec le cricoïde.

On avoit pris la précaution de mettre jour par jour en écrit les symptômes de cette maladie , et on trouva que le malade avoit eu , pendant les trois derniers jours de sa vie , la voix extrêmement rauque et éteinte lorsqu’il parloit sans effort ou à son ordinaire, et très-aiguë lorsqu’il vouloit la forcer.

D’où venoient le ton grave et le ton aigu dans une trachée obstruée par une tumeur qui occupoit au moins plus d’un tiers de son, diamètre, surtout vers la glotte, et dont les bandes étoient

Uehes et affaissées? Voilà un problème qui n’est pas aisé à résoudre*

Le premiéi* sujet dont nous avons parlé , et qui cracha des lambeaux de membranes et le petit sac en forme de doigt de gant , avoit, quelques jours avant sa mort , la respiration extrêmement sonore j il ne pouvoit presque pas parler , il avoit la voix éteinte j nous n’examinâmes pas précisément si les rebords dè la glotte avoient été rongés , mais le reste de la membrane de la trachée l’étoit absolument, et il y a apparence qu’elle étoit au moins relâchée et imbibée dans toute sa longueur. Ce relâchement , qui communiquoit sans doute jusqu’aux bandes thyro-ariténoïdiennes , étoit-il la cause de l’extinction de la voix ? Favorisoit-il la trop grande ouverture de la glotte ?

$. XXXI. Le cerveau . .

Quelque curieuses que soient les découvertes de Maîpighi et de Ruisch sur le cerveau , on ne sauroit disconvenir'que ce qu’ils ont avancé sur la structure de cet organe ne soit sujet à une infinité de difficultés qui sont insurmontables, si on veut raisonner des bonne foi.

La plupart des anatomistes et des physiologistes modernes ont cependant embrassé l’opinion de l’un ou de l’autre de ces deux hommes illustres, qui ont partagé les savans : quelle raison aufoitmn pour approuver ce qu’un anatomiste a inséré , au sujet de ces deux grands maîtres , dans une dissertation qui semble avoir été faite avec tout le feu de l’école , et dont il n’a pas cru devoir priver le public, puisqu’il l’a insérée dans des Essais anatomiques contenant l’histoire exacte de toutes les parties ?

Il a le courage d’avancer que Y opinion du savant Italien n’a

Ças fait fortune : quel est le fondement dé cette assertion ?

a-t-il jamais eu un système plus soutenu et plus analysé que celui de Màlpighi? Que n’auroit pas dit Morgagni sur une pareille proposition , si elle eût échappé à Manget ou à Bianchi !

On a dit, à l’égard de Ruisch, que la nouveauté avoit donné du crédit à celte opinion , mais que les difficultés sans nombre qu’elle soujfroit l arrêtèrent bientôt qu’auroit dit Heister à quelqu’un qui , après avoir lu ou sans avoir lu tout ce qu’on a écrit pour M. Ruisch , auroit avancé une phrase comme celle qu’on vient de citer ,Tui qui ne dédaignoit pas de s’abaisser jusqu’à châtier des gens qui s’oublioient , et qui le faisoit même avec une hauteur qui ne convient peut-être pas à un maître de l’art , quel qu’il soit ?

Prenons garde qu’il ne s’agit ici que de savoir si Ruisch et Maîpighi ont eu bien des sectateurs: ils en ont encore, sans doute j et , comme on le disoit ailleurs ( §. i. ) , il seroit à souhaiter qu’on accoutumât les commençans à ne pas prendre tout de suite parti pour l’un ou pour l’autre de ces deux grands anatomistes.

M. Winslow a paru prendre un milieu entre Maîpighi et Ruisch: s<Vl opinion et ses vues éclaircissent-elles la matière ? Il a dit , eu parlant du cerveau, que Ruisch- a démontré que la substance

g2 RECHERCHES

corticale est principalement composée de vaisseaux , mais que ses injections ne nous découvrent pas encore le mystère , et qu’il faut revenir aux grains glanduleux, pelotons , follécules , etc. de M. Malpighi. Il ajoute que ce n’est que par la combinaison des remarques des deux illustres anatomistes Ruisch et Malpi ghi que l’on peut donner une idée conforme à tout ce qu’on voit j et il dit qu’il faut reconnaître , par les belles injections i de M. Ruisch, que ces petits corps (ou follécules, ou grains glanduleux) sont d’un tissu vasculaire dont nous ne savons pas encore la structure.

Mais; si les belles injections de M. Ruisch font reconnoître ou démontrent que les' follécules sont d’un tissu vasculaire , ne peut-on pas avancer que leur structure est connue? Pourquoi, du moins , avanceroit-on le contraire? D’ailleurs , si ces follécules sont vasculeux ou d’ini tissu vasculaire ; s’il faut le reconnoître par les injections de Ruisch , la question n’est-elle pas décidée en faveur de cet: anatomiste contre Malpighi? Il s’agit de savoir si, outre les vaisseaux , il y a dans chaque follécule une petite glande , un cul-de-sac; ou unè vésicule; enfin suffit-il , pour bien connoître la structure du cerveau , de donner une idée conforme -à ce que l’on voit ?

On sait qu’il y a eu des physiologistes qui ont essayé de combiner les deux opinions de Malpighi et de Ruisch ; et l’on trouve, dans les Mémoires de F Académie de l’année 1744 ? un essai curieux de l’application de cette combinaison à la structure des reins; il semble même qu’il y a dans ce système quelque chose de particulier , outre la combinaison des idées de Malpighi et de Ruisch.

§. XXXII. S’il n’y a pas un autre système à prendre sur la structure du cerveau.

Les anciens auroient-ils , par hasard , bien rencontré , en supposant le cerveau spongieux , et comme une masse poreuse?

Quoiqu’on aperçoive des fibres dans quelque portion de cet organe , il y a certainement bien des parties où l’on n’en trouve point; il est souvent difficile de distinguer des parties solides dans les cerveaux des poissons.

On ne peut pas nier qu’il n’y ait une grande quantité de vaisseaux , de replis de membranes , et beaucoup de paquets ou de faisceaux comme en pelotons ; mais l’entre-deux de ces corps arrondis , les interstices des vaisseaux et des fibres , de quoi s6nt-ils remplis ?

Il n’y a point de graisse , et il paroît qu’il y a de bonnes raisons pour cela. On prétend en avoir trouvé une ou deux fois ; mais ces observations si rares ne concluent rien : n’y aura-t-il pas quelque matière qui pourra tenir lieu de cette liqueur huileuse?

Un muscle, ou telle autre partie qu’on veuille prendre, a ses vaisseaux et ses fibres particuliers; outre cela, il a son tissu cellulaire ; ses portions solides sont séparées et soutenues par des cellules pleines de sucs huileux , et ces cellules ne sont pas bien

connues ; on ne sait pas si et comment elles communiquent l’une à l’autre , si elles sont comme celles d’une éponge , et enfin si elles ne font pas la principale base de la partie. Pourquoi le cerveau n’auroit-il pas son tissu cellulaire et ses parties spongieuses? Pourquoi ne formeroient-elles pas la principale partie de ce viscère ? Ne peuvent-elles pas être la matière dont il est

composé ? .

Tout cela est sans douté bien obscur; et sans prétendre se livrer avec confiance à une opinion , soit celle de Malpighi, celle de Ruisch ou la mixte, ou à quelque autre enfin que ce puisse . être , il semble qu’on doit s’en tenir aux sages doutes de Stenon , qui sont détaillés dans un discours que M. Winslow a répandu.

Mais il faut bien se garder de tomber dans une espèce de découragement directement opposé aux progrès de l’art : n’est-ce , nas ici un de ces cas où l’on peut dire que les hypothèses tiennent « les anatomistes en haleine ?

§. XXXIII. Examen de V opinion de M. Lieutaud , sur la structure du cerveau.

M. Lieutaud n’a pas été satisfait des opinions dont nous venons de dire quelque chose. Laissons , dit-il, toutes ces opinions qui ne donnent aucun éclaircissement touchant l’usage du cerveau : la nature ne sauroit avoir eu d’ autres vues , en fabriquant le cerveau, que celles , i°. de soutenir la division des vaisseaux sanguins ; 2°. de favoriser la séparation de l’esprit animal f 3°. de préparer à ce liquide un réservoir qui fût capable de le contenir. Une masse poreuse , pulpeuse , ou simplement spongieuse , d’une médiocre solidité , ne remplit-elle pas toutes ces vues ?

Faisons quelques réflexions sur la façon dont cet anatomiste soutient son opinion , dont nous n’examinerons pas le fonds s n’appartient-elle pas aux anciéhs ? Quoi qu’il en soit , remarquons d’abord que , quand même le sentiment de Ruisch et celui de Malpighi ne donneroient aucun éclaircissement touchant l’usage, du cerveau, un anatomiste qui ne cherche qu’à développer le tissu des parties , ne seroit pas en droit de les rejeter.

Si ce principe , qui peut avoir ses applications , étoit admis sans restriction , il suffiroit à un physicien d’imaginer une hypothèse par laquelle il croiroit tout expliquer , et il seroit en droit de faire valoir la prétendue certitude de son opinion.

Qu’on ne dise pas qu’il faut démontrer que les explications que 1 on donne sont véritables et bien fondées : avouons-le après tant d’expériences , les physiciens ne démontrent rien lorsqu’ils raisonnent sur l’usage des parties qu’ils ne connoissent pas comme il faut.

Descartes , Willis , et les anciens eux-mêmes , plus remplis d idées hypothétiques sur le cerveau que les modernes , croyoient tout expliquer en leur faveur : que sont devenues leurs opinions? Si Cependant il falloit les mettre en . parallèle avec celle de

M. Lieutaud , il y a apparence que le sentiment du dernier anatomiste ne seroit pas le plus suivi.

D’ailleurs , n’est-il pas étonnant que M. Lieutaud n’ait regardé le cerveau que comme un organe faii pour soutenir la division des vaisseaux , pour séparer l’esprit animal et pour le contenir ? Peut-on concilier ces idées vagues avéc ce que les ouvertures des cadavres , les plaies et les expériences qu’on peut faire démontrent sur l’usage des différentes parties du cerveau , et sur la liaison intime qu’elles ont avec les opérations de l’âme ?

Ces derniers usages du cerveau ne sont-ils pas les principaux ceux pour lesquels les parties sont fabriquées, comme dit M. Lieutaud, avec tant d’art? En un mot, le cerveau et ses prolongemens doivent être le siège de l’âme : or , quelle est la disposition que doit avoir un organe pour favoriser les fonctions de l’âme et son action sur le reste du corps? Voilà ce qu’il faudrait savoir , et qu’il est impossible de chercher.

Après tout , quelle est la simple glande , quel est le muscle ou l’organe particulier auquel on ne puisse pas appliquer les trois conditions que M. Lieutaud demande pour le cerveau ? Il ne s’agit que de soutenir des vaisseaux, de séparer une liqueur, et de la contenir j on n’a qu’à imaginer à loisir quelle doit être la structure de cet organe , et on se trouvera à la fin bien avancé en anatomie.

Les vaisseaux doivent être soutenus dans le cerveau comme dans toute autre partie , cela est vrai ) mais prétendre déterminer par là les différentes modifications que doit avoir une partie, c’est ne pas raisonner conséquemment j car , enfin , les divisions des vaisseaux ne peuvent-elles pas avoir été faites après la disposition d’une partie , ou bien les vaisseaux ne sont-ils pas arrangés comme la partie à laquelle ils appartiennent le leur aura permis ?

Ainsi , on dira que les vaisseaux du bras , vu la nécessité de la figuré et des dispositions que le bras devoit avoir , ne pouvoient être placés que dans tel ou tel endroit , pour gêner les mouvemens le moins qu’il est possible , et pour être eux-mêmes plus à l’abri de toute compression.

Un homme qui connoîtroit. bien le squelette et la position des muscles et leurs usages , pourrait , en partant du principe qu’oa proposé , trouver la place que les vaisseaux doivent avoir : il y a

Î>ourtant quelque exception par rapport aux viscères et au cerveau ui-même.

M. Lieutaud , après avoir dit à peu près tout ce que nous avons rapporté sur son système , et après avoir fait quelque application , avance que, dans son opinion, la conformation du cerveau, ses divisions, ses productions figurées, ses cavités, etc., qui ont arrêté tous ceux qui ont voulu entreprendre d’en expliquer l’usage, ne présentent aucune difficulté, et il sera ire s-aisé cT en rendre raison.... Voilà, ajoute-t-il, quelle est l’origine de glande pinéale , des tubercules quadrijumeaux , des corps °*l vaires , des pyramidaux ; il ne faut pas être bien versé en

anatomie pour vérifier ce que je dis ; il rïy a quà faire une tr'es~médiocre attention à la marche des vaisseaux.

Pourquoi nous arrêterions-nous à toutes ces propositions, si peu favorables aux lumières de tous les anatomistes qui ont travaillé jusqu’ici sur le cerveau , et qui peuvent mettre fort à leur aise ceux qui , pour connoître cet organe , voudront s’en rapporter à ce que M. Lieutaud dit de son opinion? Devoient-elfes nous empêcher d’avancer ce que nous disions plus haut ( §. xxxn) ?

Mais quand M. Lieutaud ajoute , en nous encourageant , qu’on ne prenne point ce que nous venons de dire pour des conjectures en l’air, ou de simples possibilités ; peut-on ne pas avouer que de pareils propos paroissent au moins bien hasardés , ne fût-ce que parce que , si on croit avoir bien découvert la vérité , on ne fera plus aucun progrès.

On peut , par un aveu modeste d’ignorance , exciter les ana» tnmist.es sans les rebuter, comme nous l’avons insinué (§. xxxn ) j mais faut-il se laisser aller absolument aux écarts de l’imagination ?

§, XXXI Y. S’il est bien démontré que le cerveau soit une glande ou un corps, glanduleux.

Nous ne pénétrerons pas bien avant dans cette question $ un détail sur cette matière nous écarteroit sans doute de notre objet principal ; mais nous dirons en passant , que l’opinion de ceux qui regardent les nerfs comme une sorte de conduits' excrétoires du cerveau ne paroit pas aussi bien établie que bien des gens l’ont avancé.

Haller a dit , après Boerhaave son maître , que l’opinion de ceux qui doutent des esprits étoit somniantis animi crassissi » mus error ; ne faut-il pas être bien convaincu de l’existence des esprits pour avancer de pareils paradoxes , ou pour dire ainsi des injures à des auteurs respectables !

On a soutenu à Montpellier une thèse où l’on examinoit les preuves qu’on donne ordinairement sur l’existence des esprits j il semble qu’on ait établi qu’il n’y a aucune de ces preuves qui ne soit au moins réduite au rang des présomptions ou des conjectures j Thés, de sensu in genere , ann. 1743 , Monspel. Voici un petit extrait de cette thèse.

L’ancienneté de l’opinion sur l’existence des esprits paroit d’abord mériter quelque attention $ les anciens les admettoient, et croyoient en avoir besoin pour que l’âme pût agir sur le corps les esprits étant une substance intermédiaire entre le corps et l’âme • d’habiles modernes ne se sont-ils pas moqués de ces idées frivoles j et ne doit-on pas se méfier d’une opinion établie sur de pareils fondemens?

D’ailleurs les anciens admettoient des esprits de trois sortes j il n’est pas aisé de savoir par quelle fatalité les naturels et les vitaux n’ont pas pu se conserver et ont succombé , tandis que les animaux ont subsisté.

Un homme sans préjugé, et qui se donneroit la peine d’examiner les choses de bien près , ne pourroit-il pas prouver que ces

trois sortes d'esprits , qui furent comme le trépied , ou , si l’on veut , le triumvirat de l’ancienne physiologie , étôient aussi Bien établies l’une que l’autre; il seroit curieux de voir spirituuni naturalium et vitalium quœrelœ et vindiciœ , comme l’illustre M. Fizes en a fait si ingénieusement sur là rate ; peut-être même, s’il falloit faire un parallèle des preuves des trois espèces d’esprits , les vitaux et les naturels paroîtroient-ils mieux prouvés que

les animaux.

On diroit que les vitaux sont formés dans le poumon et le cœur; qu’ils vivifient le sang; qu’ils Sont la plus subtile partie de l’air, sans laquelle les huméurs n’auroient ni les mouvemens ni l’élasticité qu’il leur faut.

L’anatomie raisonnée pourroit établir que le foie , comme on l’a déjà avancé , fournit un reste de bile qui va animer et exciter les parties , ce qui formeroit au besoin des esprits naturels ; en un mot, pourquoi ne seroit-il pas permis de se flatter que les anciennes opinions sur cette matière pourront reparoître un jour?

Quant à la façon dont les modei-nes soutiennent les esprits , il y a d’abord lieu d’être frappé du nombre prodigieux de formes qu’ils leur donnent; les uns disent qu’ils sont de Y air, d’autres du feu, de Y eau, de la limphe ; on les a faits acides, sulfureux, actifs , passifs } on en a fait de deux ou trois espèces qui rouloient dans les mêmes nerfs ; enfin on leur adonné toutes sortes de configurations, jusqu’à en faire de petits tourbillons, ou de petits ballons à ressort , selon l’expression de M. Lieutaud , qui est aussi persuadé de l’existence de ces ballons, qu’il l’est de la structure qu’il suppose au cerveau.

Apres tout , chacun a fait jouer les esprits à sa fantaisie , et on les a toujours supposés démontrés , et c’étoit surtout à prouver leur existence qu’il falloit penser.

Quelques preuves qu’on prétende en donner, la grande quantité de sang qui va au cerveau , là grosseur du cerveau dans les jeunes sujets, les ligatures et les compressions des nerfs , les expériences sur les nerfs diaphragmatiques , car c’ést à cela que se réduit tout ce qu’on a dit en faveur des esprits ; toutes ces preuves, enfin bien pesées , éclaircissent-elles les doutes qu’on peut avoir sur cétte matière ?

Ne peut-on pas dire en deux mots que comme la grande quantité de sang qui va au poumon ne prouve pas qu’il se fasse dans cette partie une sécrétion particulière autre que celle de la transpiration , qui est aussi très-abondante dans le cerveau, de même la quantité de sang qui va à la tête ne prouve point qu’il se fasse dans le cerveau une sécrétion autre que celle des matières vaporeuses destinées à entretenir .les parties de cet organe dans leur souplesse naturelle,

On pourroit ajouter que s’il va beaucoup de sang au cerveau, et plus à proportion que daiA une autre partie , il en revient aussi dans le même rapport.

La grosseur du cerveau dans les jeunes sujets prouve qu’il est une des parties qui se développent ou qui se forment des pfe»

pjières, et qui ont le plus d’usage pour les fonctions, comme pour le mouvement , pour le sentiment et pour la nutrition , et cela est vrai 5 mais comme il n’est pas démontré que le mouvement , le sentiment et la nutrition ne puissent pas se faire sans esprits, ce second argument n’est pas aussi fort qu’on le croit

communément.

Les ligatures des nerfs, et les expériences sur les nerfs diaphragmatiques , dont on sait qu’on pourroit se servir pour démontrer presque que les esprits 11’existent point , ou qu’ils sont inutiles pour le mouvement du diaphragme ; ces expériences prouvent tout au plus qu’un nerf qui va à une partie doit être libre pour exercer ses fonctions , et pour que la partie à laquelle il appartient puisse aussi les etercer, et voilà tout.

Enfin , est-ij permis de demander qu’on se donne la, peine de jeter les yeux sur la thèse dont on vient de parler, et de consulter les adversaires fameux que l’opinion de l’existence des esprits a eus.

Un examen fait sans préjugés fera sentir au moins que le sentiment de ceux qui admettent les esprits n’est pas plus probable que l’opinion de ceux qui les rejettent.

Ajoutons que ceux qui admettent les esprits sont aussi embarrassés pour expliquer les fonctions des nerfs que ceux qui ne les admettent pas. Que n’a-t-on pas été forcé d’avancer sur la prodigieuse vitesse de ces esprits, lorsqu’on a voulu la comparer à celle de la lumière ! combien d’inutiles peines ne s’est-on pas données ! combien de calculs plus inutiles encore n’a-t-on pas faits !

En un mot , en est-on plus avancé lorsqu’on a suivi les détails infinis de Boerhaave et de ses commentateurs sur cette question? ne vaut-il pas mieux l’abandonner pour une bonne fois , et la mettre au rang de; ces questions ennuyeuses par lesquelles les anciens commençoient leurs physiologies? Ne profiterons-nous jamais des bévues de ceux qui nous ont précédés ! La postérité ne sera-t-elle pas étonnée d’apprendre que nos réformateurs de l’art ont donné à de semblables questions un temps qu’ils auroient pu mieux employer sans doute I

Tirons de tout ce que nous venons de dire sur l’existence des esprits une conclusion comme anatomiste , et concluons que ceux qui ont regardé lès nerfs comme des conduits excrétoires du cerveau ne paroissent pas avoir prouvé leur opinion comme il faut.

Et si , comme il est vrai , la prétendue existence du fluide nerveux, et l’idée qu’on a eue que les nerfs étoient de vrais conduits excrétoires servoit de preuve à quelques physiologistes pour croire que le cerveau est une glande ou un corps glanduleux , u est-on pas en droit d’avancer que cette raison ne prouve rien ?

S- XXXV. S’il j- a quelque partie connue qui puisse être regardée comme le conduit, excrétoire du cerveau..

Ce qu’on prend ordinairement pour la première paire des nerfs a été regardé par un moderne comme des conduits excrétoires ; »ais comme cette opinion n’est établie que sur de simples pré-

somptions , elle n’a pas encore eu bien des sectateurs ; elle manque d’observations et d’expériences bien constatées , et comme il n’est pas aisé d’en faire sur cette matière , il y a apparence qu’elle ne sera de long-temps généralement reçue.

Il faut avouer que la mollesse des productions mamillaires et la délicatesse des filamens qui passent par les trous de la lame çribreuse, méritent une attention bien particulière j on ne voit pas pourquoi ces nerfs seroient si différens de tous les autres qu’on connoît , à moins que , comme ils n’ont que peu d’espace à parcourir, ils ne soient tout de suite disposés à former une couche pulpeuse membraneuse, qui est peut-être, comme dans l’œil, l’organe immédiat de la sensation -, d’ailleurs des vaisseaux excrétoires n’auroient pas été si minces et si délicats , le moindre engorgement, la moindre arête eût été cause qu’ils se seroient déchirés.

Ce que de bons anatomistes ont remarqué au sujet de la cavité de ces fibrilles qui traversent l’os cribreux , paroît d’abord bien singulier, et il est naturel de penser que cette cavité ne peut avoir été faite que pour donner passage à quelque liqueur.

Mais outre que cette cavité n’est pas aussi évidemment démon-i trée que bien des gens le pensent , on a dit en avoir trouvé une pareille dans les nerfs optiques que personne ne croit être des conduits , quoiqu’il ait échappé à quelques anciens quelque chose qui pourvoit faire penser qu’ils regardoient les nerfs optiques comme des vaisseaux excrétoires , au moins dans certains cas.

Pourquoi les cavités des prolongemens des procès mamillaires seroient-elles si petites , si toute la matière qui sort quelquefois par le nez devoit j passer? Dira-t-on qu’il falloit que les excrémens du cerveau s’écoulassent peu à peu ; que les conduits excrétoires ne répondent pas toujours à la grosseur de l’organe duquel ils sortent j que, si on s’arrêtoit à la considération de ces petits conduits , on trouveroit que celui qui sort du foie devroit avoir six fois plus de diamètre , vu celui du conduit pancréatique j que le canal colidoque lui-même est plus petit ,' par rapport au foie , que les cavités de toutes les fibrilles qui ti’aversent l’os etmoïde ne le sont par rapport au cerveau?

Ce ne sont là que de très-légères présomptions qui peuvent frapper un homme déjà déterminé à croire que les procès mamillaires sont des conduits excrétoires ; mais elles ne prouvent presque tien lorsqu’on les considère de sang-froid ; elles servent à établir des doutes sur des matières que nous ne connoissons pas beaucoup, et surtout elles conduisent à l’examen du problème suivant. Quel est le rapport des conduits excrétoires à l’organe dont ils partent? et pourquoi en trouve-t-on de beaucoup plus gros les uns que les autres à proportion?

Ajoutons à ce que nous venons de dire , que la cinquième paire des nerfs envoie un récurrent considérable à la membrane pituir taire ; ce récurrent seroit-il l’organe de l’odorat , ou ne serviroit-il qu’à établir un rapport entre le diaphragme et la membrane pituitaire? Ce rapport ou cette communication ne pou-

yoitielle pas se faire aux dépens des fibres de la deuxième portion

la cinquième paire qui vont se répandre vers le palais? Étoit-il nécessaire que ces nerfs récurrens rentrassent dans la cavité du crâne? . .

On auroit des eclaircissemens sur cette question si on pouvoit bien déterminer précisément l’endroit de la membrane pituitaire destinée à l’odorat. Les fibres pulpeuses des procès mamillaires ne peuvent pas apparemment s’étendre bien avant dans la membrane pituitaire; elles s’arrêtent aux sinus de l’etmoïde , ou du moins on ne peut pas les poursuivre plus loin : si la sensation de l’odorat se fait vers les ailes du nez au moyen de quelques papilles qui sont placées dans cet endroit , pourquoi ne pas penser que la cinquième paire , qu’il seroit aisé de poursuivre plus loin que celle qu’on nomme la première , forme ces papilles?

Enfin la cavité des fibrilles des procès mamillaires a peut-être été faite pour que les corpuscules des corps odoriférans puissent pénétrer jusqu’au cerveau; peut-être l’air lui-même enfile-t-il cette route : le temps éclaircira toutes ces matières , sur lesquelles les physiologistes ordinaires ne s’arrêtent pas, parce qu’elles ne s’accordent pas avec les systèmes qu’ils soutiennent.

§. XXXVI. Si ce quon nomme communément l’entonnoir n’est pas le véritable conduit excrétoire du cerveau.

Lks plus anciens anatomistes ont dit à peu près comme M. Winslow , qu’entre la base du pilier antérieur de la voûte , et la partie antérieure de l’union des couches des nerfs optiques , se trouve une cavité ou fossette appelée entonnoir, qui descend vers la base du cerveau, en se rétrécissant à mesure qu’il descend, et se termine tout droit, par un petit canal membraneux, à un corps mollet situé dans la selle sphénoïde, et appelée glande pituitaire.

On sait quels sont les systèmes qu’on a établis sur cette description ; on a fait accumuler et ramasser des humeurs dans les ventricules du cerveau , et on les a fait porter à la glande pituitaire , etc.

M. Lieutaud a commencé par changer le nom de F entonnoir ; il l’a nommé tige pituitaire : il prétend qu elle s’élève de la glande pituitaire ; quelle n’a point de cavité ; que c’est une espece de cylindre de deux ou trois lignes de hauteur, formé par la substance cendrée et recouvert de la pie mère ; on remarque, ajoutet-il , de très-petits vaisseaux qui marchent dans son axe, communiquant avec ceux de la glande qui reçoit cette colonne ou qui la soutient.... Il n est point difficile , continue M. Lieutaud, de démontrer la solidité de cette tige ; j’en donnerai la manière dans l’ administration ; et dans l’endroit où il a renvoyé, il dit que si l’on est bien aise de s’assurer de la solidité de la tige pituitaire , on peut le faire très-commodément en la dégageant, e mieux que l’on pourra , de toutes ses adhérences.... Ceux qu’il n esi pas aisé de convaincre , pourront examiner très-commodément le bout de la tige ; ils en couperont des tranches , et seront Jorcés d avouer qu’on n’y sauroit apercevoir aucune cavi lé .

Ce sentiment mérite sans doute de sérieuses réflexions ; il ne tend

tjo RECHERCHES

pas à moins qu’à renverser des opinions généralement reçues. QUej que anatomiste examinera sans doute, avec attention et de prop0' délibéré , cette importante question ; voici , en passant , quelques réflexions qu’on peut faire :

i°. Le nom de tige pituitaire n’indique-t-il pas que la partie dont il est question vient de la glande dans laquelle elle prend naissance, comme l’auteur pareil l'entendre, lorsqu’il dit c/u’elle s'élève de la glaride pituitaire ? 11 est vrai qu’il dit ensuite , qUe la glaride pituitaire reçoit cette colonne ou la soutient. Ces pro. positions sont bien différentes l’unè.dè l’autre , et on a de la peine à sauver la contradiction entre ces 1 mots , la tige pituitaire qui s’élève de la glande, et Ceux qui suivent , la colonne que la glande Reçoit ou soutient ; cela est au moins bien obscur j et comme la question n’est pas indifférente , il est fâcheux que l’auteur n’ait pas mieux expliqué son sentiment : quoi qu’il en soit, la dénomination de colonne pituitaire paroît convenir mieux que celle de 0ë.

2°. L’auteur, qui promet de donner la méthode de se convaincre de la solidité de la' colonne dont il est question , dit qu’on peut le faire très-commodément, en coupant des tranches du bout, etc. ; mais çette méthode, ne nous a pas réussi ; nous avons éprouvé que, quelques instrument que l’on emploie , il n’est pas possible de couper la partie en tranches , elle est trop délicate ; elle ne sauroit résister à une pareille division j on l’écrase, on la hache, mais on ne la coupe pas assez, nèt pour reeonnoître ou pour examiner sott calibre , qui peut changer suivant que la partie est tendue ou relâchée,

3°. Comme la membrane qui recouvre la colonne pituitaire est très-transparente , oti voit évidemment qu’il y a dans l’intérieur une espèce de substance pulpeuse et rougeâtre 3 on y distingue les vaisseaux dont M. Lieutaüd parle. Sont-ils, comme il dit, communiquons avec ceux de la glande ? C’est ce qu’il n’est pas facile de distinguer.

Quoi qu’il en soit, l’existence de ces vaisseaux ne doit paroître surprenante qu’à ceux qui ont regardé cette partie comme un simple canal membraneux 3 il y a eu ett effet bien des anatomistes qui l’ont regardé de même , ou au moins qui ne se sont pas expliqués comme il faut là-dessus.

Mais Riolan , qui a vu les petits vaisseaux dont il est question , et qui les a pris pour quatre petits canaux pdur le passage de la pituite , auroit-il été surpris si on lui eût dit que la colonne pituitaire contenoit une substance pulpeuse , ou un peu de substance cendrée , selon M. Liéutaud?

Bartholin dit expressément qu’elle est d’une couleur obscure , et que si on l’ouvré, on la trouvera pleine d’une pituite grossière; ainsi, quoiqu’on ait regardé cettè partie comme faisant fonction de canal , il y a eu des anatomistes qui ne l’ont pas regardée comme purement membraneuse ; et comme il y a eu quelque malentendu parmi les différens auteurs , on doit sans doute avoir de l’ obligation à M. Liéutaud , qui n’auroit rien laissé à désirer, s’il avort

oarlé des anatomistes qui semblent avoir suivi le sentiment qu’il a

ginbrâssc* ...

II s’agit de savoir si cette colonne fait fonction d’entonnoir: quoiqu’un entonnoir fût plein d’éponge , il pourroit encore servir 3 il semble même que ceux qui ont parlé de l’usage de cette partie, aient dit qu’elle étoit faite pour laisser suinter les humeurs comme à travers la manche d’ Hippocrate , selon l’expression de Du Eaurens ; s’ensuit-il de là qu’ils ne la regardoient pas comme un simple canal membraneux ?

Nous avons rempli les ventricules du cerveau d’une liqueur colorée qui a pénétré jusqu’à l’extrémité de la colonne pituitaire ; il est vrai qu’il fallut remuer le cerveau pour faire l’expérience : il n’est pas aisé de savoir si on n’avoit pas dérangé une membrane qui se trouve à l’orifice de l’entonnoir qui répond aux ventricules , membrane qui , pour le dire en passant , ne semble pas bien connue.

Nous avons aussi observé que la pie-mère s?étend èn forme d’un pavillon d’entonnoir, qu’elle est très -transparente et à une certaine distance de la glande pituitaire vers la partie, inférieure de la colonne. Que deviennent , dans cet endroit , les. vaisseaux qu’elle contient? se terminent-ils au centre de l’entonnoir en espèce de mamelons, ou bien se joignent-ils à ceux de la glande pituitaire?

La pie-mère étant percée dans cet endroit, on peut introduire un petit tuyau dans son ouverture et souffler ensuite 5 il arrivera quelquefoi^que l’air passera jusque dans les ventricules.

Si ces deux expériences sont confirmées , elles démontreront qu’il y a une communication entre les ventricules et la partie inférieure de la colonne.

11 y a des sujets dans lesquels les ventricules se trouvent pleins d’une lymphe sanguinolente , et alors la colonne pituitaire paroît beaucoup plus rouge qu’elle ne l’est ordinairement.

On a essayé de faire glacer de l’eau dont on avoit rempli les ventricules , pour voir exactement leur figure , et savoir si l’eàu s’étendoit jusqu’à la glande pituitaire; cet essai n’a pas réussi.

Concluons qu’il est très-nécessaire de faire de nouvelles recherches, avant d’assurer que ce qu’on nomme l’entonnoir soit en quelque manière le conduit excrétoire du cerveau. C’est encore" uiie nouvelle question à éclaircir pour les physiologistes des écoles.

$• XXXVII. Quand même le cerveau ne seroit pas une glande ,

il mcriteroit toujours quelque attention , par rapport à la. quesr,

tion que nous traitons.

Que- le cerveau ait des conduits excrétoires ou non , qu’il soit regardé comme une glandé conglomérée ou comme une congîo- "ée , comme un corps ptilpeux ou spongieux , tout cela ne fait rien pour ce dont il est question; il suffit qu’il soit évident que le cerveau est une masse qui communique certaines vertus , des secousses , de la tension et des vibrations aux nerfs auxquels il donne origme , ou qui se joignent à ses différentes parties.

11 doit être considéré comme en l’air, ou posé sur une espèce de

trépied , formé par les artères vertébrales et les carotides ; ces ar. tères, quelque léger que soit leur mouvement , commun iqUeiu* en se remplissant et en se vidant , ou du moins dans les effort qu elles font pendant la sistole et la diastole , des secousses à tome la masse du cerveau -, il pèse à son tour , ou il agit par son poi^ et par sa masse sur ces artères $ peut-être même cette action réciproque entre les artères et la masse du cerveau, concourt-elle beaucoup plus qu’on ne pense à l’entretien des fonctions, comme on le dira ailleurs plus au long. .

Le cerveau est aussi enfermé par la dure-mère , qui le serre plus ou moins $ or , des observations incontestables ont démontré que si la dure-mère vient à comprimer le cerveau , celui-ci ne sauroit exercer ses fonctions , qui sont d’autant plus libres , que le cerveau l’est lui-même jusqu’à un certain point.

Appliquons aux corps glanduleux ce qui arrive au cerveau j s’il est comprimé , ses humeurs s’arrêtent , les esprits ne coulent plus si l’on veut ; de même une glande comprimée ne sauroit séparer sa liqueur , ni la pousser dans ses excrétoires.

Et comme le cerveau a été placé de manière qu’il est ordinan rement en liberté , afin que ses fonctions se fassent comme il faut, de même toute la glande , loin d’être exposée à des compressions qui la gêneroient, doit avoir été placée à l’abri, comme on a vu que le sont celles dont il a été question jusqu’ici , et comme nous nous proposons de le faire voir en parlant de toutes les autres.

§. XXXVIII. Du corps cjuon nomme communément Glande pituitaire.

La fossette ou cavité formée sur la partie moyenne de la portion du sphénoïde qui i-épond à la base du cerveau , est presque remplie par un corps plus ou moins mou , et divisé quelquefois comme en deux ou trois petits lobules.

Ce corps est pulpeux , spongieux , grisâtre , et pour l’ordinaire imbibé ou plein d’un suc comme huileux 5 il est entouré par une production de la dure-mère qui tapisse sa fossette, et par une portion de la pie-mère qui le recouvre dans sa partie supérieure ) il a quelques nerfs qui lui viennent de la sixième paire , et des vaisseaux qui communiquent peut-être avec ceux de la membrane pituitaire.

On l’a toujours traité de corps glanduleux , et Galien lui faisoit l’honneur de l’appeler glande simplement , comme par excellence j cependant il n’en a ni la forme , ni même les usages, si ce que les anciens et les modernes en ont dit se trouve vrai.

Les anciens croyoient qu’il étoit fait , en premier lieu , pour retenir les esprits animaux -7 il sert, disoient - ils , de bouchon à l’entonnoir , et , sans lui , tous les esprits contenus dans les ventricules se dissiperoient bien aisément.

2°. Il pompoit les humidités superflues du cerveau j elles alloient toutes aboutir à l’entonnoir , et la glande pituitaire les recevoit et les dégorgeoit dans la cavité des narines , ou même ailleurs , suivant l’occasion. Il n’étoit pas même le seul organe qui* eût cet

usage , car , selon Hippocrate , les excrémens du cerveau peuvent sortir par les yeux , par les oreilles et par la bouche ; et on dit ensuite que la bile avoitses couloirs propres dans la tête , la mélancolie les siens , et la pituite sa glande pituitaire.

Çe système , plus extraordinaire qu’aucune des hypothèses des modernes , et qu’il est surprenant que les grands sectateurs de l’antiquité n’aient pas voulu faire revivre , s’est soutenu pendant plusieurs siècles j il a été , qui pis est, la base du traitement de maladies : est-il possible de supporter , sur cette matière , la lecture des anciens , de ceux même qu’on regarde comme les pliy; sages et les plus graves , et qu’on ose donner pour des personnages audessus de toutes les hypothèses, quand il s’agit d’insulter les modernes, ce que certaines gens prennent à tâche?

Les récens ont abandonné la partie la plus plaisante du système dont oii vient de parler , celle qui faisoit servir la glande pituitaire de bouchon ; c’est bien dommage assurément î Mais ils ont cru que cette glande étoit réellement faite pour repomper quelques liqueurs superflues.

Voici la différence qu’il y a entre les anciens et les modernes : les premiers disoient que la glande pituitaire vidoit ses humeurs dans les narines , et les autres ont dit qu’elle les envoyoit aux sinus de la selle turcique.

Il n’y a rien ae démontré sur cette question ; il n’est pas aisé de savoir si la glande pituitaire n’a pas quelque conduit excrétoire 5 on trouve souvent à la portion moyenne de la selle sphénoïdale un trou plus ou moins apparent • savoir si ce trou n’est pas fait pour donner passage à quelque conduit particulier ou à un vaisseau sanguin , qui établiroit entre la glande pituitaire et la cavité des narines un commerce de sang dont l’usage est inconnu ?

D’ailleurs cette circulation singulière de l’humeur des ventricules , qui se rend à la glande par l’entonnoir , et qui rentre ensuite dans la masse du sang, pourroit-elle se faire, si ce que M. Lieutaud dit de la solidité de la colonne pituitaire se trduvoit vrai ?

C’est encore ici un de ces endroits où il semble qu’on se soit arrêté trop tôt , en admettant un sentiment sans le bien examiner •, des travaux ultérieurs sur ces parties éclairciront bien des choses.

Reste toujours que ceux qui considèrent la glande pituitaire comme une véritable glande, doivent en faire, une classe à part j elle ne ressemble , au moins au premier coup d’œil , à aucune de celles qu’on connoît , et elle n’est peut-être pas plus une glande que la pinéale, qu’on dit n’être qu’un tubercule semblable aux deux autres sur lequel il est perché.

Enfin cette prétendue glande pituitaire a une fossette dans laquelle elle est serrée , et très à l’abri de toute compression ; il faut donc , pour la faire dégorger des humeurs qu’on veut qu’elle reçoive , avoir recours à un mécanisme particulier.

Les physiologistes ne se sont pas expliqués là-dessus , et il leur

g/t RECHERCHES

seroit difficile de répondre à la preuve qu’on peut tirer , contrt l’opinion des compressions , de ce qui se passe dans ce corps , quqjs regardent la plupart comme glanduleux;.

§. XXXIX. Les Glandes lacrymales.

Ces glandes , qu’on connoissoit aussi sous le titre à’ innommées sont deux , une pour chaque œil } la fossette qui est creusée dans la portion de la voûte orbitaire du frontal et qu’on sent évidemment vers l’angle externe de l’orbite , a été faite pour loger la glande qui se niche dans cette cavité j elle est entourée de graisse entre les muscles supérieur et externe du globe de l’œil , qui la toucheroient , s’il y avoit moins de graisse entre deux.

Cette glande a ses vaisseaux propres et des nerfs qui lui viennent de la troisième et de la cinquième paire -, ses conduits excrétoires qui sont très-délicats et très-nombreux , descendent parallèlement et vont aboutir à la face interne de la paupière vers son cartilage 5 le corps glanduleux est blanc et divisé en petites lobes , et il approche de la grosseur d’une amande. I

Il est naturel de penser, après tout ce que nous ayons dit , que cette glande n’a été nichée dans une cavité osseuse que pour n’être pas exposée aux efforts des parties du voisinage j elle se trouve précisément dans l’intervalle des deux muscles droits , qui ne sauroient la gêner ni la comprimer dans les contractions les plus violentes •, le globe de l’œil ne touche pas toujours le corps glanduleux : et il est moins solide que lui : tout cela est évident.

Cependant cm a prétendu trouver de quoi comprimer cette glande ; l’erreur de ceux qui la soumettoient à l’action des deux muscles droits n’a pas duré j elle étoit insoutenable , vu la position de la glande , et les auteurs qui ont parlé de cette matière en dernier lieu ont fait beaucoup d’attention à l’action du globe de l’œil j on a même parlé de celle de i’orbiculaire des paupières.

On n’a qu’à remarquer que le globe de. l’œil n’a pas la force d’empêcher l’accumulation de la graisse ; pourquoi n’ exprime-t-il pas et ne comprimë-t-il pas le corps graisseux qui sert d’enveloppe à la plus grande portion de la glandé qui après tout se cache dans sa cavité? Quant au muscle des paupières, on verra, si on y fait attention , qu’une membrane musculeuse si mince ne peut que faire mouvoir les paupières , et contenir un peu l’œil sans rien comprimer de ce qui est dans l’orbite.

Comment le feroit-il par rapport à la glande? Il ne l’atteint pas , il s’en faut beaucoup j et le globe de l’œil , supposé qu’il soit repoussé par l’orbiculairc des paupières , au. lieu de se porter vers la glande , sur laquelle il ne feroit point d’impression , rentrera beaucoup plus aisément vers les parties postérieures de l’orbite, où la graisse lui cédera quelque peu d’espace.

En un mot , on croit pouvoir assurer que rien ne comprime la glande lacrymale , et qu’elle a été placée précisément , avec les précautions nécessaires , pour qu’elle ne fût pas comprimée. J? faudra parler ailleurs du mécanisme par lequel elle se. dégorge

Je l’humeur, des larmes qu’on sait qu’elle sépare, et on reviendra aussi sur ses conduits.

§. XL. La glande thyroïde ou les glandes thyroïdes.

Morgagni , Heister et M. Winslow, nous ont donné sur cette elande des descriptions bien différentes de celles des anciens , qui l’avoient regardée comme deux corps glanduleux , et qui ne l’avoient pas bien décrite.

On dit aujourd’hui communément qu’elle est unique , plus où moins grosse , semilunaire ou en croissant , ayant la concavité vers le haut , et la convexité en bas ; on a beaucoup parlé de ses cornes ou des pointes de ses parties latérales.

Sa portion moyenne , qui paroît être la réunion des deux lobes latéraux , est appliquée sur le cricoïde et sur un ou deux des premiers cerceaux cartilagineux de la trachée ) elle donne quelquefois naissance à une espece de prolongement qui monte adossé sur le thyroïde , et sur lequel on a aussi dit bien des choses.

Cette glande reçoit beaucoup de vaisseaux des cartilages et des nerfs en assez bon nombre des récurrens de la huitième paire \ elle est rougeâtre , assez mollasse , moins grenue que lès glandes salivaires, et on la trouve souvent imbibée d’un suc cofnme huileux.

Les anatomistes ont été jusqu’ici fort indéterminés sur les usages de cette glande ) Verselloni , qui l’a regardée comme le lieu de la retraite d’une pépinière de vers qui partent , quand il le faut , pour aller faire la digestion dans l’estomac , n’a eu que le peu de sectateurs qu’une pareille opinion a mérité.

On s’en tient aujourd’hui à des présomptions $ Morgagni, Heister, Saritorini et bien d’autres, sont portés à croire que la thyroïde sépare une liqueur propre à lubréfier l’intérieur de la trachée -, M. Winslow paroît pencher pour l’opinion de ceux qui croient qu’elle envoie ses conduits à l’œsophage.

Il y a eu quelques auteurs qui ont regardé la glande comme lymphatique simplement , mais ils n’ont pas eu bien des sectateurs.

On s’e'st trompé plus d’une fois sur le conduit excrétoire j on peut voir ce qu’en disent les fameux anatomistes dont nous venons de parler ; Morgagni surtout en parle fort au long dans ses lettres sur Valsalvaj il est bon d,’y voir jusqu’à quel point un raisonnement bien fait mène en anatomie , où l’on peut assurer que m raison va quelquefois au-devant de l’expérience. On entendra aisément ce que nous prétendons dire si l’on lit Morgagni après avoir vu ce qu’il nous reste à dire.

§• XLT. Nouvelles observations sur la glande thyroïde-

Uv malade avoit (à l’hôpital de Montpellier, en 1746, vers le ^aois d’octobre) un dépôt à la glande thyroïde ; la suppuration •«ant manifestée , on ouyrit la tumeur extérieurement sans toucher à la trachée ; il sortit du pus et du sang j et les jours suivans e malade , qui ne sentoit point d’oppression de poitrine ni de

difficulté de respirer, mais seulement un tiraillement vis-à-vis fes premiers cerceaux cartilagineux de la trachée , cracha des ma. tières purulentes. j

Cette observation prouve-t-elle qu’il y a un commerce entre l’intérieur de la trachée et la thyroïde? Le malade vint à mourir on ne fit pas ouvrir le cadavre. ’

Un autre malade avoit dans le même temps des gonflemens passagers à tout le col et à la thyroïde ; la fièvre s’allumoit , et les signes de suppuration paroissoient au bout de quelque temps ; le malade crachoit des matières comme purulentes ; cet accident lui est arrivé trois ou quatre fois pendant l’épidémie dont on a parlé ci-dessus (§. xxix ) ; il a dit tres-souvent , et il ne cessoit de dire à ceux qui savoient l’entendre , qu’il sentoit détacher les matières de l’endroit qu’il marquoit , vis-à-vis la thyroïde , qui se dégonfloit à proportion que le malade crachoit. Celui-ci 11e mourut pas ; MM. Serane , père et fils , ont souvent employé bien du temps à l’interroger, et à examiner sa tumeur singulière, que ces sages praticiens conduisirent trois ou quatre fois à suppuration , et qu’ils ne voulurent jamais faire ouvrir depuis qu’ils eurent aperçu la route naturelle que le pus suivoit.

Une dame de condition avoit une grosseur peu dure à la thyroïde j le régime et les douches d’une eau à peine minérale dissipèrent cette tumeur en partie 5 il restoit une espèce de noyau qui étoit la partie de la tumeur la plus dure j IfL dame prenoit des laitages avec des apéritifs. Elle rendit un jour plus- d’un demiverre d’une eau claire , liquide , gluante , et sans goût 5 elle assura qu’elle avoit senti , pour employer son expression , quelque chose qui faisoit un effort vers l’endroit où la thyroïde est placée. La tumeur diminua sensiblement après ces évacuations et quelques autres moins abondantes.

Enfin , il y a bien des personnes qui disent qu’elles sentent quelquefois des crachats gluans qui se détachent de la partie supérieure de la trachée vers la glande.

Ces observations fournissent ai* moins des présomptions en faveur de l’opinion de ceux qui croient que la thyroïde envoie quelque liqueur dans la trachée ) elles prouvent qu’il y a un commerce entre ces deux parties , comme cela est encore prouvé dans les Mémoires de Y Académie des Sciences , où l’on dit avoir vu des femmes dans lesquelles la thyroïde paroissoit se remplir d’air pendant les efforts de l’enfantement.

Mais n’étoit-il pas arrivé dans ce dernier cas aux membranes, des cerceaux de la trachée ce que nous avons vu arriver à celles qui remplissent l’échancrure qui est sur le bord supérieur du cartilage thyroïde (§. xxvi)? et ne dira-t-on pas que dans les cas

3ue nous avons rapportés , les matières purulentes s’étoient frayé es routes qui n’existent pas naturellement ?»

g XLII. Nouvelles observations sur le premier cerceau cartilagineux de la trachée.

Le premier cerceau cartilagineux de la trachée , auquel on n’a pas fait attention jusqu’ici , mérite cependant qu’on le considère avec soin .

Nous l’avons trouve constamment plus gros ou plus large, et plus solide que les suivans , quelquefois collé immédiatement au cricoïde , et souvent au moyen d’une membrane.

Nous avons aussi remarqué qu’il est dans tous les sujets , ou divisé par une fente plus ou moins étendue, et située vers le devant du cartilage , ou percé d’un ou deux , et même de trois trous , bien apparens et placés aussi vers le milieu du cerceau sur le

devant, ou un peu à côté.

Ces trous nous frappèrent la première fois que nous les vîmes ; c’ étoit à Montpellier, en 174.1, en disséquant un larynx auprès du feu; la glande thyroïde, qui étoit extrêmement grosse étant enlevée, nous trouvâmes le premier cerceau presque osseux , mais assez transparent pour laisser apercevoir , au moyen du feu , les deux trous qui n’étoient recouverts que par des membranes lâches qu’on emporta facilement.

Nous nous convainquîmes , à ne pouvoir plus en douter, que les deux trous étoient naturellement dans le cartilage ; ils étaient placés l’un auprès de l’autre , et ils avoient chacun environ une ligne de diamètre, et paroissoient un peu plus longs que larges. M. Lassis, médecin d’Eiàse en Gascogne , étoit présent à ces opérations.

On a toujours trouvé çes trous , ou au moins une fente , depuis ce temps-là ; les deux trous se rencontrent plus ordinairement qup la fente et que trois trous , ou qu’un seul : nous les avons fait voir bien des fois à d>çs amis et à des curieux; il est très -aisé de les trouver dès. qu’on sait qu’ils existent; nous en avions fait, insérer quelque éhpse dans la thèse dont nous avons parlé ailleurs. {Çhil. Hist. §. va et xn).

Cette observation , qu’il est bien aisé de confirmer, fournit une présomption bien forte pour ceux qui soupçonnent que la thy roïde envoie ses conduits excrétoires à la trachée; car enfin quel sérôit l’usage de ces trous dans le premier cerceau seulement , ou qui du moins sont bien différens de quelques petits trous irréguliers qu’on trouve par -ci par -là dans la trachée et dans le cartilagè thyroïde ?

Les trous dont nous parlons sont bien gros et constamment à lâ même place, c’est-à-dire 6ous la portion moyenne de la glandé. N’est-il pas naturel de penser qu’ils donnent un passage aux conduits excrétoires ? •

S XLIII. Nouvelles observations sur les conduits ihyroïdçtrachéaux.

Nous ne nous en sommes pas tenus à la simple observation des trous dont nous venons de parler; il falloit démontrer ce qu’ou avoit tant de raison de soupçonner. Après bien des recherches , ou

RECHEilÜHES

trouva un sujet mort de mort violente j nous examinâmes d’abord , I la face postérieure du cerceau de la trache'e , sans avoir touché à I la thyroïde ; la membrane interne de ce cerceau étoit pleine de petits trous difficiles à apercevoir -, nous introduisîmes des soies dans cinq de ces trous , et en les conduisant légèrement , elles allé, rent se rassembler en deux endroits , trois dans l’un et deux dans l’autre 5 ce$ endroits étoient précisément les deux trous du cartilage 5 ces soies allèrent , en les poussant , se perdre dans la glande. M. Barbuot, médecin de Semur, étoit présent a cette opération.

On a depuis lors fait passer des soies dans bien d’autres trachées devant beaucoup de curieux , entre autres devant M. Lamure médecin de Montpellier, et plusieurs de nos amis qui se sont par. tagés les pièces préparées.

Nous avons tâché de trouver ces conduits plus évidemment, en enlevant la thyroïde , et nous avons souvent trouvé de petits filamens ou des vaisseaux qui sembloient partir de la glande et aller s’assembler dans les trous du cerceau , et les traverser.

Remarquons que des injections bien fines nous ont fait aperce* Voir de petites veines qui passent dans ces trous, et qu’outre qu’il n’est pas aisé d’apercevoir les orifices des conduits thiroïdo-tra~ chéaux dans la face, du premier cerceau , on peut en faire très* facilement dans une membrane si délicate , que les soies les plus fines la percent dans bien des sujets : on pourroit , si on n’y prenoit garde , se frayer des routes , et ne pas s’en apercevoir.

On a aussi fait macérer ces parties et soufflé la thyroïde ; on l’a injectée , et il a été impossible de bien distinguer les petits conduits qui vont à la trachée du tissu cellulaire et des autres vaisseaux.

Le cerceau cartilagineux ayant été dépouillé dè sa membrane postérieurement , ou du côté de la cavité de la trachée , il nous est arrivé deux ou trois fois de gonfler la thyroïde en soufflant visà-vis, les deux trous du cerceau.

Si on demandoit pourquoi une glande si grasse a de si petits conduits , il sèroit aisé de répondre": que les liqueurs destinées à humecter la trachée , doivent tomber , non point à grosses gouttes, ce qui irriteroit un canal si sensible , mais former comme une pluie ou Une rosée douce et imperceptible, comme celle que forment les larmes leur sortie des conduits qui aboutissent à la face postérieure de la pâupière. Une portion du pancréas fournit aussi de très-petits conduits qui vont se dégorger dans l’intérieur de l’intestin.

N’oublions pas que , de tous les auteurs qui ont parlé de cette matière , "Walther est celui qui à le plus approché des observations que nous avons rapportées. On entendra désormais ce qu’il a dit', mieux qu’il ne l’a entendu lui-même. Il a même donné une figure, mais elle n’exprime pas bienuces parties. Walther de Ling . Exercit. Lip. 1742.

Peut-on enfin assurer qu’on connoît les conduits de la thyroïde? C’est là ce que nous ne déciderons pffint , quoique nous soyons bien persuadés qu’on connoît en effet ces conduits -, mais il est si

aisé de se tromper , qu’on risque toujours eu s’avançant trop sur nuelque matière que ce soit; il suffira que nos remarques mettent sur la voie de faire de nouvelles découvertes.

Du reste , on auroit besoin de quelques figures pour exprimer tout ce qu’on vient de détailler; celles qu’on a données sur la thyroïde elle-même et ses vaisseaux , ne sont pas telles cpi’elles devroient etre.

§. XLIV. Observations sur une tumeur particulière de la thyroïde.

Ayant été à même d’observer, le long de la partie occidentale des Pyrénées, des goitres qu’on y trouve communément dans quelques cantons , et qui sont presque tous formés par le gonflement de la thyroïde, nous avons vu bien des cas particuliers, parmi lesquels nous en choisirons deux qui ont quelque rapport avec les questions qu’on examine dans ce traité.

i°. Les femmes sont plus sujettes que les hommes à avoir des goitres ; elles ont même naturellement la glande thyroïde plus grosse à proportion. La plupart de celles qui ont des goitres ont la voix fort rauque;, bien des gens disent qu’ils ne sont pas étonnés de ce phénomène : mais est-il une suite du gonflement de la thyroïde , qui comprime et repousse les cartilages cricoïde et thyroïde , en les éloignant l’un de l’autre sur le devant , et faisant par-là que la glotte s’ouvre beaucoup plus aisément que si ces deux cartilages étoient placés autrement ? ou bien la voix devient-elle rauque , parce que la thyroïde , ne fournissant pas autant de suc qu’il en faut à la trachée , celle-ci perd sa lubricité , qui fait couler l’air plus uniment ,' et qui rend ses vibrations plus distinctes, comme dans une flûte qu’on humecte?

Peut-être ces deux causes, concourent-elles à produire l’effet dont nous parlons.

20. Une femme , qui avoit à la thyroïde deux grosseurs comme les deux poings, une de chaque côté , étoit sujette aux vapeurs , et lorsqu’elle étoit dans l’accès -, elle tomboit comme morte; son visage devenoit prodigieusement rouge; son cou se gonfloit jusqu’à s’élargir autant que la tête ; ét enfin ces deux tumeurs de la thyroïde devenoient énormes.

Ce gonflement extraordinaire ven oit-il de l’air retenu vers ces parties, ou bien du sang qui s’accumuloit? Le tact ne faisait rien apercevoir de distinct.

Quoi qu’il en soit , concluons de cette dernière observation , qu’il est peut-être possible qu’il arrive de pareils gonfléniens , à proportion , dans d’autres parties , comme dans la matrice , qui , dans la femme dont il est question , se gonfloit ou se bouffissait extrêmement.

On n’a pas encore donné de bonnes raisons de ces gonflemens comme spasmodiques et passagers , dont on trouve pourtant fréquemment des exemples; les praticiens qui les rencontrent ne sont occupés qu’à les dissiper , et les théoriciens scolastiques les ignorent ; mais la manière dont on les combat ne deviendroit-elle

I00 recherches

pas plus efficace , si on connoissoit la cause qui les produit et ]a façon dont elles se forment ?

§. XLY. Les thyroïdes de quelques animaux.

Il étoit naturel de penser qu’on pouvoit éclaircir quelqUes ' doutes sur les thyroïdes dus animaux ; nous avons éprouvé, après quelques anatomistes, que celles des bœufs , des brebis et des c biens , sont beaucoup plus petites que celles de l’homme, et si grêles quelquefois , qu’il est fort difficile de les distinguer : ainsi ! l'anatomie comparée n’a rien enseigné sur cette partie.

Nous avons cherché d’où vient ia prodigieuse différence des j thyroïdes des animaux à celles des hommes; il y a long-temps qu’on a proposé ce problème , sur lequel il n’y a rien de sàtis- • fâisant; les animaux ne faisant que des inspirations et "des expirations égales et réglées , n’avoient peut-etre pas besoin d’une aussi grande quantité de liqueur, pour humecter la trachée que l’homme , qui est exposé à y faire entrer l’air plus souvent, plus ï irrégulièrement, et avec beaucoup de rapidité.

Il faut remarquer, à l’occasion des thyroïdes des animaux, qui , comme on l’a avoué , paraissent évidemment doubles , que si on vouîoit s’arrêter à de petites disputes, on pourrait soutenir, contre la plupart des modernes , que les thyroïdes sont dans l’homme , comme dans les brutes , deux glandes , et non point j une seule.

En effet, Haller a dit avoir vu deux glandes thyroïdes; on les trouve quelquefois fort distinctes et elles ne se joignent que par un prolongement qui va de l’une à l’autre ; et si on fait attention aux trous du premier cerceau , on en trouve deux ordinairement, un pour chaqué glande ou pour ses conduits.

Si on trouvoîtles deux sublinguales unies dans quelque sujèt, en feroit-on moins deux glandes.? Les amygdales ne paraissent-elles pas se joindre en passant sur la base de la langue? Nous avons vu deux reins s’être collés Tun à l’autre en passant par-dessuï l’épine , et avoir conservé leurs vaisseaux et leurs conduits excrétoires ; Bartholin a voit fait Ig même observation ; on la trouve dans l’ouvrage d’un chirurgien espagnol qui paraît depuis quelques années, et qui semble l’avoir cru nouvelle; un chirurgien de Montpellier l’avoit faite il y a long-temps , etc. : auroit-on pu avancer que tous ces sujets n’avoient qu’un rein chacun?

Mais enfin, que la thyroïde soit une glande à deux lobes, ou que les deux thyroïdes se joignent , n’importe , cela revient presqu’au même ; on peut mettre cette question au rang de celles qui sont parfaitement indifférentes.

^ §. XLVI. Si la thyroïde peut être comprimée.

Eette glande est comprimée latéralement , disent les commentateurs de Boerhaave , non-seulement par le pannicule charnu, mais parles muscles sterno-hyoïdiens et les sterno-thyroïdiens , et même par un autre qui vient clé Vos hyoïde.

Le pannicule charnu, qui est ici mie portion du peaucier, ne

paroît pas devoir comprimer la glande , puisqu’il est rare, qu’il la couvre ; car les deux peauciers sont séparés l’un de l’autre vers leurs parties inférieures , et ils ne se joignent qu’auprès du menton.

D’ailleurs ce muscle est si mince et si foible , que son effort ne doit pas être compté , pour ne pas dire que lorsqu’il se contracte il tend à se redresser entre la clavicule et la base de la mâchoire. Il s’écarte de la glande, comme on peut le conclure de ce que nous avons dit ailleurs. ( §. xix. )

Les muscles sterno et thyro-hyoïdiens qui sont aplatis et minces , ne peuvent que tirer l’os hyoïde et le larynx en bas, ou les empêcher de remonter. Dans les deux temps , c’est-à-dire , lorsque le larynx monte ou qu’il descend , les muscles glissent sur une portion de la thyroïde , et pour la comprimer il faudroit qu’ils pussent se porter en dedans ou du côté de la glande ) au lieu que dans l’état ordinaire , ils sont toujours dans la même position.

Il en est de ces muscles comme des droits du bas-ventre , que les anatomistes regardent comme incapables de , comprimer les viscères. Il faudroit, en effet, qu’ils pussent faire bosse vers le dedans ; et lorsqu’ils sont pliés du côte de la cavité , ils ne sont point en contraction j de même pour que les sterno-hyoïdiens comprimasserft la thyroïde, ils devroient se porter vers cette glande , la suivre et la rencoigner, pour ainsi direj et c’est ce qu’ils ne peuvent pas faire. Résistent-ils à la moindre grosseur qui survient à la glande ?

La thyroïde n’élude-t-elle pas aussi Faction des muscles? Elle peut se porter en arrière et vers les côtés : le larynx n’est jamais fixe , d’une certaine façon j d’ailleurs les muscles ne touchent la glande qu’en partie , ils n’en comprimeroient donc qu’une partie , et l’autre resteroit libre ; or la partie exposée à l’action des muscles est évidemmen t la moindre ; elle ne contient pas la sixième partie du suc contenu dans le corps glanduleux.

On doit observer encore , que la glande est placée dans un angle formé par les muscles dont il est question , et par la trachée. Si les muscles se contractent, et que le larynx s’abaisse , cet angle s’agrandit , et la glande est portée plus bas vers le sternum , où il y a une assez bonne distance entre les muscles et la trachée.

Enfin la glande devient plus apparente , elle s’arrondit , pour ainsi dire , dans bien des gens lorsqu’ils parlent ) au lieu d’être plus affaissée que dans l’état naturel , comme cela devroit être si les muscles la comprimoient , elle devient plus libre , ou plus visible.

Quant à ce petit muscle qui va quelquefois de l’os hyoïde à la glande , muscle représenté dans les tables d’Eustache , et dont Heisler avoit dit quelque chose , avant que M. Win slow en eût ait le muscle adéno-pharyngien ; il subit de remarquer qu’il . ne paroît pas toujours , qu’il est très-mince , et qu’il ne tient qu’à une des extrémités de la glande ; de façon qu’il paroîtroit , tout au plus , pouvoir la soutenir ou l’empêcher d’être trop flottante, j ,®n trouvera toujours des membranes et des muscles , qui modéreront la pente qu’ont les glandes à se gonfler , comme toutes Cil autres parties du corps j mais ce n’est pas à dire qu’il doive en

I0a RECHERCHES 1

résulter une compression ou une expression , comme on l'entend communément.

Ces remarques suffisent pour faire’ sentir que l’on a avancé , sur un très-léger fondement , que la thyroïde est exprimée , parce qu’elle est portée en haut et en bas en suivant les mouvemens du larynx.

Le lecteur doit se rappeler ici toutes les raisons générales qu’on a détaillées ailleurs ; de fréquentes, répétitions deviendroient sans doute ennuyeuses : il faut prendre et examiner un système en gros , sans trop attendre d’une seule raison , qui n’est souvent " qu’une présomption , mais qui, jointe à bien d’autres dont on ne doit pas la séparer , fait une démonstration.

§. XLYII. Le thymus. .

Il seroit fort difficile de donner une description exacte du thymus ; il varie dans la plupart des sujets. On peut rappeler simplement ce que tous les anatomistes en ont déjà dit ; c’est qu’il est situé derrière la partie supérieure du sternum , dans un espace rempli de tissu cellulaire et formé par les deux plèvres.

Le thymus ainsi logé est appuyé sur les gros vaisseaux qui se trouvent dans cette partie , il s’étend quelquefois plus haut que le sternum. Heister l’a trouvé prolongé jusqu’à la glande thyroïde. Il est toujours beaucoup plus gros dans le fœtus que dans les adultes j il diminue à proportion qu’on avance en âge , et il devient quel- i quefois imperceptible dans les vieillards , ou du moins il n’est pas aisé de le distinguer du corps graisseux ; il est divisé en plusieurs lobes irrégulièrement ; il est plus ou moins pâle ou cendré , etc.

On ne sauroit encore déterminer bien exactement quelle est sà I structure ; la plupart* des anatomistes veulent qu’il soit glanduleux , comme Heister qui dit qu’il est une vraie glande conglomérée. M. Winslow a aussi avancé qü’il est glanduleux. M. Lieutaud dit en propres termes quil n’a rien de glanduleux , et qu’il est spongieux et mollasse. Il paroît quelquefois semblable au poumon • on diroit qu’il est , comme lui, cellulaire. Comment concilier toutes ces opinions? Ce n’est pas ici le lieu de l’entreprendre, j On voit qu’il est essentiel d’entrer dans des discussions qui ne nous regardent pas pqur le présent.

Heister a trouvé le thymus squirrheux et fort gros dans un sujet de treize ans. Nous avons fait la même observation en 1748 , sur un enfant de sept ou huit ans. Le thymus occupoit toute la partie supérieure de la poitrine; les poumons eux -mêmes paroissoient avoir été gênés ; et ce qu’il y avoit de plus particulier , c’est que ce corps squirreux étoit adossé contre un des troncs descendans de ïa huitième paire , qu’il avoit élargi et aplati , comme un ruban de près d’une ligne d’épaisseur et de deux de largeur ; le nerf étoit devenu comme calleux.

On trouvera dans Morgagni quelque chose de semblable , au sujet d’une tumeur qui avoit aplati les nerfs brachiaux , sans qu’fl y eût rien de dérangé dans les fonctions du bras. Celles du cœur étoiejjt-elles dérangées dans le sujet dont nous yenons de parler-

ANATOMIQUES. io3

Oui en auroit soupçonné la cause * supposé qu’elles fussent dépendantes de la mauvaise disposition du nerf?

§• XLVIII. Des usages du thymus.

On ne sait pas bien encore le véritable usage du thymus j il y a des auteurs qui le regardent comme une glande lymphatique > pour préparer une humeur propre à délayer lé chyle" dans le canal thorachique. D’autres ont cru qu’il séparoit quelque liqueur particulière , mais on n’a pas trouvé le conduit excrétoire 5 on ne sait pas de quelle espèce étoit le vaisseau que Ruisch a conduit du thymus vers la mamelle dans un jeune animal.

‘M Pestre , docteur de Montpellier , nous a dit , en 1746 , avoir trouvé un conduit qui partoit du thymus , et qui montoit vers la partie supérieure de la trachée* Il assura avoir montré ce conduit à M. Fizes , et il fit part de sa remarque à la Société royale. Il y a apparence que ce médecin poursuivra ses recherches sdr cette partie , et il faudra voir si le conduit dont il a parlé se trouve constamment.

Il pourroit être un de ceux que Murault prétend avoir trouvés , et qui alloient au médiastin , au péricarde et vers les amygdales. L’observation de M.Pestre confirme , en quelque façon , celle de cet anatomiste , et il paroît qu’il n’est pas encore possible de se déterminer sur cette matière.

§. XLIX. S’il est vraisemblable que le thymus sépare quelque liqueur.

Il y a quelques raisons qui font penser que le thyttius ne sépare aucune humeur particulière. Il ne s’agit pas de celles qù’on pourroit tirer de la structure singulière de cet organe , peut-être ne diffère-t-il des autres glandes que du plus au moins.

Mais pourquoi diminue-t-il à proportion qu’on avance en âge ? Pourquoi devient-il imperceptible dans les vieillards ? S’il séparoit quelque liqueur , ce ne pourroit être vraisemblablement que pour lubréjier la trachée-artère , pour augmenter la quantité de la salive , ou pour fournir l’humeur péricardine. Un vieillard a besoin d’avoir sa trachée et son œsophage humectés tout comme les jeunes gens, la liqueur péricardine lui est aussi nécessaire } pourquoi donc en seroit-il privé ?

Le thymus auroit-il, quelque usage particulier seulement pour un temps , comme les mamelles, par exemple , qui sont fort inutiles dans les jeunes Rlles , et qui se flétrissent dans lès vieilles?

§. L. De l’usage du thymus le plus communément reçu.

La grosseur constante du thymus dans le fœtus , semble déterminer qu’il ne sert en effet que dans les jeunes sujets.

Sépareroit-il quelque liqueur pour la nutrition de l’enfant dans la matrice ? On l’a bien avancé , mais on n’a fourni aucune preuve.

On s’en tient ordinairement à dire qu’il tient dans le fœtus la place du poumon , qui est fort petit et replié sur lui-meme j mais le poumon venant à grossir dès que l’enfant respire ; et s étendant

de plus èn plus , il resserre le thymus et le rapetisse à c’est là le sentiment le plus généralémertt reçu.

On auroit pu dire , en faveur de cette opinion , que la capacité de la poitrine étant entourée de pièces osseuses , il avoit fallu qu’elles se trouvassent assez étendues à la naissance de l’enfant puisqu’elles n’auroient jamais pu céder, et s’étendre aussi aisél ment que des parties charnues.

Il étoit donc nécessaire qu’elles se moulassent , pour ainsi dire sur un corps un peu étendu ; de cette façon , le poumon n’a pas autant de peine à vaincre la résistance que lui opposent des parties mollasses et faciles à affaisser.

Il s’étend en peu de temps avec aisance ; il trouve sa cavité toute faite ; il n’a qu’à se dilater, et tout va lui céder ; il est surtout nécessaire que le lliymus , la plus molle des parties , soit celle qui se ressente le plus de cette compression du poumon.

§. LI. Si ce sentiment, quoique le plus commun, est plus vraisemblable que le précédent.

Quoique cette dernière opinion soit , comme on l’a dit , la plus généralement reçue, ét quoiqu’il y ait des anatomistes qui la croient bien sûre, il semble qu’il y a quelques raisons qui patoissent la combattre , et voici cès raisens.

i°. On suppose que le thymus , qui est fort gros dans les jeunes sujets , ne, devient si petit que parce qu’il est comprimé par le poumon;' une réflexion bien simple suffit pour faire sentir le foible de cette assertion : le thymus diminue-t-il en tout temps parce qu’il est comprimé , comme ôn dit ? Si l’on répond que céla est ainsi , demandons pourquoi ôn trouve dans les sujets avancés en âge un espace Vide qui est beaucoup plus grand que le thymus qui l’occupe , et qui ést rempli de tissu cellulaire qui entouré lé thymus?

Cet espacé est comme Vide entre leS parties Supérieures des déùx plèvres et le sternum; jamais le pOumôn ne se gonfle autant qu’il le faudroit pour le remplir exactement; cependant il étoit occupé par le thymus , qui a abandonné sa place sans en être chassé par lé poumon qui n’à pas la forcé de contenir le tissu cellulaire, tandis qu’on lui donne celle de vaincre le thymus.

Si on répond qu’il est un temps où le thymus sè flétrit ou se sèche dè lui-même , pourquoi a-t-il fallu que le poumon s’en mêlât au commencement?

2°. Pourquoi le thymus , s’il est comprimé ét chassé par le poumon, ne s’échappe-t-il pas en s’étendant vers la partie supérieure de la trachée, où rien ne le gêneroit? On l’a en effet trouvé quelquefois dans ces parties.

3°. Les cas où l’on trouve le thymus gonflé et squirreux, prouvent que, pour peu qu’il résiste , il n’est pa.s vaincu par lè poumon ; pourquoi ne pas chercher dans le thymus lui-même la cause de son rapetissement?

Il est privé de sang à proportion que le poumon vient à en recevoir davantage ; l’aorte ne recevant presque plus de sang de

son tour j I

l'artère pulmonaire clans un enfant nouveau-né , les artères du thymus , qui sont des premières qui sortent de l’aorte , doivent je ressentir de cette diminution.

le sang est aussi forcé de se frayer de nouvelles routes dans jeS artères intercostales qrji s’étendent de plus en plus , et qui reçoivent du sang aux dépens du \hymus.

Ainsi cet organe ne doit pas être regardé précisément comme tenant la place du poumon dans la cavité de la poitrine , mais comme recevant dans le fœtus une certaine quantité de sang, dont il vient à être privé lorsque l’enfant respire ; il se rapetisse , non point parce qu’il est comprimé , mais parce que ne recevant point la même quantité d’humeurs , il ne peut pas faire l’équilibre nécessaire et résister aux parties du voisinage , etc.

4°. On dit que le thymus occupe la place du poumon dans le fœtus j n’est-il pas certain que les côtes et leurs cartilages viennent à s’étendre ou à se redresser, et le sternum à se relever par les inspirations et les expirations réitérées que fait un enfant nouveau-né? Pourquoi a-t-il fallu que les côtes fussent précisément au point d’être moulées sur le thymus? Si elles eussent été plus petites , elles se seroient relevées ni plus ni moins.

D’ailleurs, s’il est vrai que le poumon ne se dilate qu’à proportion que les côtes cèdent, elles auroient toujours cédé autant qu’il l’auroit fallu pour permettre quelque petit agrandissement du poumon ; pourquoi la présence du thymus étoit-elle nécessaire?

ïl faudroit que l’air , en tombant dans les poumons libres par l’élévation des côtes, les remplît et repoussât le thymus; si cela étoit, les expirations seroient-elles bien proportionnées aux inspirations? Ne faudroit-il pas reconnoître dans le poumon une force bien différente de celle qu’on lui attribue? et alors on seroit conduit à penser que les -idées ordinaires sur la respiration ne sont pas aussi vraies qu’on le croit communément.

La question où cette dernière raison nous a conduit pou rr oit mener trop loin ; c’est assez qu’on ait prouvé qu’il y a bien dés choses à dire contre l’opinion de ceux qui croient que le thymus n’est fait que pour remplir la poitrine dans le fœtus , et pour y occuper la place que le poumon doit reprendre un jour.

Il pourroit être dangereux de donner ce sentiment pour vrai; on viendroit à le croire et âne plus chercher au thymus un autre usage , qu’on parviendra peut-être à trouver un jour.

§• LII. Autres remarques sur la prétendue compression du thymus.

Abandonnons pour, un moment ce qu’on vient de dire contre la compression du thymus , et supposons qu’elle soit réelle ; elle nouS conduit à quelques remarques qui ont du rajiport à la question principale.

On veut que le thymus soit comprimé et rétréci par l’action du poumon ; mais peut-on dire , en suivant les idées ordinaires , que la compression du poumon doit nuire au thymus ? Cette compression n’eet pas continue ; des relâchemens succèdent à de lé-

gères compressions , et celles-ci sont faites pour que le thy^ puisse se vider des humeurs que l’on peut supposer qu’il sëpare. il se remplit dans l’affaissement du poumon , et il se vide l0rs’ que ce viscère se remplit d’air.

Le thymus n’a rien qui puisse le faire vider que cette action du poumon -, il n’y a aucun muscle placé dans le voisinage ; jj n’y a rien qui puisse faire les compressions qu’on croit né ces- I saires pour vider toutes les autres glandes ; il ne sauroit pour, tant se vider sans quelque effort dé la part des parties extérieuresles gros vaisseaux ne peuvent que le secouer sans le comprimeril faut absolument avoir recours au poumon.

Il semble que nous raisonnons jd’une manière très-conforme au système ordinaire , et on doit avouer, ou que les choses se passent comme nous le disons , ou qu’il n’y a rien qui puisse comprimer Je thymus ) d’où nous conclurons que , s’il est vrai que cet organe sépare une humeur particulière , et qu’il n’est pas comprimé pour j se vider , toutes les autres glandes pourront se passer de compres* sions comme le thymus , qui paroît en effet placé pour en être à l’abri.

Si on avoue que le thymus est comprimé par le poumon, et qu’on veuille qu’il devienne par les compressions réitérées aussi petit qu’il l’est , nous remarquerons que voilà un exemple qui devroit désabuser tous les partisans de la compression des glandes.

En effet , voici une glande qui .n’est comprimée que par un corps mou , comme le poumon , et elle est affaissée j que n’auroit-oh pas à craindre de l’action d’un muscle? On le voit évidemment j la compression a rétréci les vaisseaux du thymus j ils n’ont pu résister aux efforts du poumon : les compressions sur les autres glandes produiroiënt le même effet à proportion.

Qu’on ne dise pas que les parties qui agissent contre les glandes ordinaires ne sont pas à même de se gonfler et de grossir comme le poumon, et qu’ainsi les glandes ne doivent pas être affaissées; il est évident que si elles ne s’affaissoient pas , elles deviendroient calleuses et inutiles , ce qui reviendroit presqu’au même.

On prouvera que les glandes deviendroient calleuses , parce que leurs couloirs seroient rétrécis et s’engorgeroient : qu’est-ce qu’il arrive à une partie molle qu’on frotte et qu’on gêne dans certains mouvemens 7 Elle devient roide et plus solide , comme on le voit surtout par l’exemple des travailleurs qui racornissent la peau de leurs mains : cette peau ne se rétrécit ou ne s’amincit cependant pas ; mais étant souvent comprimée , elle se racornit et perd sa souplesse ; et cela arriveroit sans doute aux glandes , comme on voit que cela arrive au thymus.

§. LUI. La glande œsophagienne ou dorsale.

Les anciens ont décrit avec soin une espèce de corps glanduleux qui se trouve à la face postérieure de l’œsophage , à la hauteur de la cinquième vertèbre du dos à peu près ; il en ont donné des figures où ce corps est divisé en deux ou plusieurs lobes.

Il y a des modernes qui ne font presque pas attention à cette

ANATOMIQUES. toy

glande ; M. Winslow n’en parle qu’en passant , et M. Lieutaud n’en dit pas un mot ; ne l’auroit-il pas rencontrée dans plus de douze cents cadavres , qu’il dit lui-même avoir disséqués?

Il est pourtant certain qu’on trouve cette glande dans la plupart des sujets ; elle est de différentes grosseurs , et quelquefois si petite qu’il n’est pas aisé de l’apercevoir 5 elle paroît quelquefois double , et sa figure est irrégulière ; Heister et Morgagni en ont parlé , et même assez au long ; ce qu’ils en ont dit mérite sans doute quelque attention.

Il s’agiroit de savoir si , comme quelques-uns l’ont soupçonné , cette glande sépare un suc pour l’envoyer à l’œsophage; on a trouvé des conduits de cette glande dans les chiens $ on a aussi observé qu’elle est , dans ces animaux , pleine de petits vers qui peuvent peut-être sortir de la glande et tomber dans l’œsophage. Verselloni auroit mieux fait de cantonner ses troupes de vers dans cette glande que dans la thyroïde ; ils auroient été aux aguets au passage des alimens.

On ne peut rien avancer de positif sur cette glande 5 M. Winslow l’a mise au nombre des lymphatiques , et il faut avouer qu’elle ne paroît pas différente des autres conglobées dans la plupart des sujets.

§. LIV. Observation qui a peut-être du rapport à cette glande .

Heister a vu un sujet qui ne pouvoit plus avaler vers la fin de ses jours , et qui sentoit un obstacle dans la poitrine ; il mourut , et on trouva sa glande dorsale de la grosseur d’un œuf de poule , et qui comprimoit l’œsophage. Cet anatomiste a aussi soupçonné la même maladie dans un autre sujet.

Nous avons vu une dame très-bien constituée , et qui ne se plaignoit que d’une incommodité bien singulière ; elle faisoit bien ses fonctions pendant la journée , elle dormoit comme il faut pendant la nuit , et en se réveillant chaque matin elle sentoit vis-àvis la portion moyenne du sternum, et dans le dos, disoit-elle, une douleur comme un obstacle ou un bouchon qui la génoit, pour employer son expression 1

Elle a trouvé le remède à son incommodité ; elle prend chaque matin , en s’éveillant , une croûte de pain jet un coup à boire ; elle fait , dit-elle , ainsi descendre son bouclion , et elle ne sent plus de gêne ni de douleur lorsqu’elle l’a avalé , ce qu’elle fait avec quelque effort, mais sans douleur; si elle ne fait pas son remède , sa douleur ne manque pas de se faire sentir avec des tiraillemens et un malaise qui la mettent dans un état cruel.

N’y a-t-il pas apparence que cette gêne , qui semble être dans l’œsophage , vient de la glande dorsale ? Peut-être qu’elle s’engorge tellement pendant la nuit , et qu’elle est si pleine de sucs gluans et épais le matin , qu’il faut qu’un morceau d’aliment aille glisser dans l’œsophage pour emporter les sucs accumulés.

Les parois de l’œsophage se colleroient-ils l’un à l’autre dans quelques points , à peu près comme les deux paupières ; et faudroit-il les séparer chaque matin ; ou , enfin , seroit-ce ici quel-

l08 RECHERCHES

qu’une de ces convulsions , de celles qu’on nomme vaporeuses } I Quoi qu’il en soit , le retour périodique de cet embarras n’est pas I aisé à expliquer. I

§. LV. Les glandes bronchiques.

La. trachée-artère est entourée , dans l’endroit de sa bifurcation d’une grande quantité de glandes qui paroissent plus vers la partie postérieure que vers l’antérieure ; elles sont plus ou moins nom. breuses , et de différentes grosseurs ) elles sont noirâtres et quelque, fois rouges , dans les enfans comme dans les adultes. Nous avons observé que cette noirceur , dont nous parlons , commence au centre de la glande , d’où elle se communique à la circonférence.

Elles sont plus ou moins sèches , et comme friables 5 elles s’étendent jusqu’au péricarde et l’œsophage , et elles suivent les divisions des bronches , devenant plus petites à proportion que les bronches le deviennent. Nous ne pensons pas qu’il faille distinguer les inférieures des supérieures.

Ces glandes sont connues de tous les modernes , depuis Malpighi. M. Winslow les met , avec quelques autres auteurs , au nombre des lymphatiques j il les appelle en général thorachiques.

On n’est pas d’accord sur leur usage ; on a d’abord cru qu’elles sépàroient une liqueur propre à humecter la trachée. Leursituation favorise cette opinion , car comme la trachée a besoin d’être humectée vers sa bifurcation , il y a lieu de penser qu’elle l’est au moyen de ces glandes % qui sont pour les parties inferieures de la trachée ce que les thyroïdes sont à la partie supérieure.

Les crachats noirâtres qu’on observe souvent , et les liqueurs noires dont on a trouvé des trachées remplies , surtout dans les enfans nouveau - nés, ont semblé confirmer l’opinion' dont il est question. N’est-il pas naturel de penser que des glandes noires doivent séparer des liqueurs noirâtres : d’où viendroient-elles , si ces glandes ne les fournissoient pas?

Il semble que cette preuve ait paru convaincante à M. Senac , dans ses Commentaires sur Heister. Nous n’avons que deux remarques à faire sur ce sentiment : i°. Nous avons souvent trouvé la plupart des glandes qu’on nomme lymphatiques , aussi noires que celles qui sont dans la bifurcation de la trachée : falloit-il dire alors que toutes les .lymphatiques sépàroient une humeur noire ?

. 20. Il nous est arrivé , en soufflant dans l’azygos de quelques jeunes. sujets , de faire sortir une liqueur noirâtre de leur trachée. Ne semble-t-il pas que cette humeur ait eu quelque rapport avec le sang qui étoit dans l’azygos ? Àuroit-il été versé par cette veine dans la trachée , ou cette veine ne communiqueroit-elle avec la trachée d’ un enfant que pour repomper l’humeur noirâtre qu’elle contient? On sait que Lancisi a parlé le premier de la communication de l’azygos avec la trachée. Ce sentiment se confirmera-t-il dans la suite.

Quoi qu’il en soit , nous avons vu un homme extrêmement enroué , qui ne crachait presque point , et qui respiroit difficilement , etc. Il mourut ; le cadavre fut ouvert ; on trouva les glande*

bronchiques squirrheuses. Cette observation fait-elle quelque chose t)oiir le sentiment dont il est question?

* Il y a deux opinions opposées à celle dont on vient de parler : la première est celle des auteurs qui pensent que les glandes bronchiques envoient leur suc ailleurs que dans la trachée ; la seconde , celle des auteurs qui croient qu’elles sont lymphatiques ou conglobées. ,

Versellom a cru qu elles separoient une liqueur pour la verser dans l’œsophage par de très-petits tuyaux -, Heister a trouvé des fibres assez apparentes , qui alloient de cette glande à l’œsophage ; mais ces fibres étoient sans cavité , et n’admettoient point une soie de cochon ) d’où il conclut que la chose a encore besoin d’être examinée.

Lancisi a dit avoir démontré qu’elles séparent l’humeur péricardine ; il a fait dessiner les conduits excréteurs , qu’il dit avoi r trouvés. 11 n’y a eu personne encore qui ait soutenu son opinioft depuis lui. On commence à être convaincu que l’humeur péricardine , comme celle des ventricules du cerveau , celle qu’on trouve quelquèfois dans les cavités de la poitrine , du bas-ventre , dans celle de la tunique vaginale des, testicules , dans les articulations et les interstices des muscles , n’est qu’un amas de cette vapeur qui baigne continuellement le corps, les viscères et les autres parties dont elle conserve la liberté , en les séparant et en les humectant.

Après cela , l’examen des glandes bronchiques n’ est pas aussi aisé à faire qu’on le croiroit bien , en voyant la figure imaginaire de Lancisi. Avouons cependant que , sans être prévenus pour cette opinion , nous avons cru entrevoir dans le bœuf les petits conduits de ces glandes , qui alloient du côté du péricarde. Étoit-ce des vaisseaux lymphatiques , qui se perdoient des glandes au péricarde? Ce qu’il y a d’assuré , c’est que ces vaisseaux n’étoient point noueux. Ceux qui sont exercés à examiner les parties par euxmêtnes , éprouvent combien il est difficile de savoir à quoi s’en tenir sur des parties si délicates.

Enfin , les commentateurs de Boerhaave , M. Winslow et bien d’autres , assurent que ces glandes sont lymphatiques , et certainement si on fait attention à leur nombre, à.leur distribution et à leur structure , qui est assez conforme à celle des autres lymphatiques , qui changent de couleur connue celle-ci ) si surtout on remarque que les lymphatiques , qui sont très-abondantes partout ailleurs , manqueroient dans la poitrine ; si celles-ci sont conglomérées , il faudra se rendre à l’opinion de ceux qui croient que les glandes bronchiques sont lymphatiques , à moins qu’on ne sache bien pourquoi la poitrine en auroit moins que les autres parties.

Quelle que soit la nature de ces glandes , et quel que soit leur usage, elles sont placées de manière qu’elles sont à l’abri de la compression. L’inspection exacte des parties convaincra de la vérité de cette remarque.

§. LVI. Les glandes propres du cœur dans l'éléphant, Sel0n Duvernoy .

M. Duvernoy a dit avoir trouvé dans le cœur d’un élépRant des glandes rougeâtres , qu’il a cru être destinées à séparer une humeur rouge , qui est du sang véritable , cruor.

Les partisans de la fermentation , Descartes , Sylvius et Yieus. sens , auroient été charmés de trouver dans ces glandes un réduit pour leur ferment.

L’observation de Duvernoy n’a pas été confirmée ; on ne trouve des glandes ni dans le cœur de l’homme , ni dans celui des animaux que nous disséquons ordinairement.

On aperçoit quelquefois , dans la base du cœur du bœuf, de ' petits pelotons graisseux ; il y en a de pareils le long des gros intestins qui ont été enflammés. Le sang accumulé dans un endroit battu et échauffé , peut-il transuder et communiquer sa couleur aux parties du voisinage , comme la bile ? Le péricarde et l’humeur qu’il contient sont beaucoup plus rouges dans les sujets qui meurent de maladie inflammatoire que dans d’autres , etc.

Nous avons trouvé que les glandes bronchiques s’étendoient quelquefois vers la base du cœur dans l’homme j savoir si Duvernoy n’aura pas trouvé quelques-unes de ces glandes bronchiques, ou j bien de petits pelotons de substance cellulaire , ôu de petits nœuds, ■ ou des glandes , comme on en trouve quelquefois , non-seulement | dans le tissu du cœur , mais encore dans les musclés des cochons qui ont certaines maladies. Peut-être l’éléphant que Duvernoy a disséqué avoit-il quelque maladie. Du reste , il ne faut pas s’en > rapporter à l’observation de cet anatomiste , jusqu’à ce qu’on l’ait J examinée de plus près.

Mais on ne doit pas conclure que ces glandes du cœur se trouvent dans l’homme , ou dans quelque autre animal que l’éléphant.

Quanta l’opinion de Duvernoy , sur la sécrétion d’une humeur rouge et vraiment sanguine , qu’il croit se faire dans les glandes du cœur , on ne s’arrêteroit pas même à en parler , si ôn n’avoit vu des gens qui soutenoient cette opinion , et qui prétendoient trouver dans le suc , séparé dans ces glandes , un corps propre à donner au sang sa teinture rouge.

C’est ainsi que les hypothèses prennent naissance sur une simple présomption ! On dira que tout ce qu’on a écrit jusqu’à présent sur la sanguification ne suffit pas ; il faut trouver une teinture pour le sang $ elle se' forme dans les glàndes de Duvernoy j elle se trouve à portée , et fort à propos.

Mais pourquoi des glandes pareilles à celles dont il est question ne se trouvent-elles pas dans l’homme , dans le bœuf et les autres animaux? Comment se fabrique leur sang ? Supposé qu’elles dussent être beaucoup plus petites , on les découvriroit toujours ; on aperçoit des objets bien moindres que ne devroient être ces glandes , eu égard à la grosseur du bœuf et à celle de l’éléphant-

Dire qu’on doit attendre que cette découverte se fera , c’est s’engager dans des discussions au moins prématurées. C’est à la re-

ANATOMIQUES. m

cherche de ces glandes que vous devez vous occuper , et non point à en déterminer les usages.

D’ailleurs d’où viendroit cette teinture particulière dans ces glandes? S’y forme-t-elle ? Pourquoi n’a-t-elle pas besoin d’être teinte comme le sang ? pourquoi ne se forme-t-elle pas ailleurs ? Se sépare-t-elle dans ces glandes? Où étoit-elle auparavant? Faut-il qu’elle souffre des élaborations, comme la bile , la semence , et quelque autre humeur? On peut l’avancer, mais lorsqu’il s’agira de le prouver , on se trouvera arrêté si on est de bonne foi , à moins qu’on ne veuille que soutenir une opinion , comme dans les écoles.

Rappellera-t-on à l’occasion de cette prétendue humeur rouge , le pigmentum nigrum de l’œil dont on ne connoît pas l’origine , non plus que celle de quelques humeurs particulières qui se séparent dans certains poissons? Ce seroit là expliquer obscurumper obscurius , et tout ce qu’on diroit ne serviroit tout au plus qu’à chagriner lés physiologistes ordinaires , qui sont fort à leur aise avec leurs systèmes qu’ils ne veulent pas qu’on ébranle.

. Le traducteur de Boerhaave et de Haller demande , au sujet de l’opinion de Duvernoy, comment dans l’espace d’une 7200e partie d’heure, il pourroit se séparer du sang même une liqueur d’une nature si différente de la sienne ?

Ne pourroit-on pas répondre que , quoique le cœur soit perpétuellement en mouvement , les humeurs ne vont pas extrêmement vite dans les petits vaisseaux de la glande ? Mais remarquons, seulement qu’il semble que le traducteur de Boerhaave ait été embarrassé des mouvemens violens du cœur qui lui paroissent devoir détruire les fonctions d’une glande.

Avoueroit-on que ces compressions et ces secousses , ailleurs si nécessaires et si utiles, seroient nuisibles dans les glandes du cœur? C’est ainsi que la vérité échappe et sé fait jour !

§• LVII. Le pancréas, ou la glande salivaire abdominale,

Le pancréas répond à peu près à la dernière vertèbre du dos , et à un pouce ou un pouce et demi au-dessus du nombril , ou environ • il est beaucoup plus près de l’épine que des parois antérieures du bas-ventre ; il est logé entre les lames qui forment le mésocolon , entouré d’umf substance cellulaire , qui est souvent très-graisseuse dans la concavité de la courbure du duodénum , auquel il est adossé ; il est derrière la portion moyenne du ventricule qu’il ne touche pas ordinairement , derrière la veine-porte , comme suspendu ou couché sur la branche splénique de la céliaque qu’il suit jusqu’à la rate ; du l'este , il est assez près du foie du côté droit.

Il est glanduleux , grenu , d’un rouge fort pâle , irrégulièrement triangulaire , plus ou moins gros et étendu dans les différens sujets. On l’a trouvé de trois , de quatre et de cinq onces , et quelquefois extrêmement gros.

Son conduit, découvert par Hoffmann dans le coq-d’inde , et par Virsungius dans l’homme , et qu’on a trouvé double , suit à, peu Près l’axe de la glande } il est mince , transparent , forme par

I12 recherches

raille petits conduits qui viennent de tous les côtés , et qui rendent le principal beaucoup plus gros du côté droit que du gauche, ç conduit avance toujours dans le pancréas en serpentant , et j6 petits , qui sont comme des rameaux , vont en serpentant eux* mêmes ; de manière qu’un conduit pancréatique injecté, f0rn^ une espèce de tige tortueuse , dont les rameaux qui partent à des distances presque égales , sont eux-mêmes plus ou moins t0r, tueux.

Le conduit principal entre ordinairement dans le duodénum avec le conduit cholédoque , c’est-à-dire vers le côté gauche de sa première courbure ; il rampe ensuite dans les membranes de l’in„ testin , et va aboutir à l’intérieur , où il finit en manière de bourrelet plus ou moins arrondi.

Il arrive quelquefois que le conduit pancréatique fait sa route dans l’intestin sans s’unir au cholédoque ; on a trouvé de petits excrétoires qui s’échappoient de la grosse portion du pancréas dont M. Winslow a voulu faire un pancréas particulier , et qui alloient aboutir à l’intestin , sans se réunir au conduit principal.

L’artère splénique fournit principalement au pancréas , et ses teines vont aboutir à la grosse ramification de la veine-porte, qu’on nomme aussi splénique ; les autres ramifications de lacœ- | liaque et la mésentérique supérieure, donnent aussi au pancréas quelques petites ramifications , et il a des veines qui correspondent à ces artérioles. Cette glande a beaucoup de vaisseaux sanguins, ! comme toutes les autres ; les nerfs l’entourent de toutes parts ; elle en reçoit des spléniques, des mésentériques, des hépatiques, et de toutes les expansions nerveuses qui rampent le long de la cœliaque et des autres artères de ces parties.

§. LVIÏI. Si le pancréas doit être comprimé pour se vider des humeurs quil contient.

Les anciens ont regardé le pancréas comme une espèce de chair fongueuse, faite exprès pour servir de coussin à l’estomac; ils croyoient que ce viscère , exposé à des extensions violentes , avoit besoin de porter sur quelque partie qui le soutînt sans le gêner, et il leur paroissoit que le pancréas avoit toutes les qualités nécessaires pour faire l’office d’un matelas.

La découverte du conduit pancréatique a fait évanouir cett* ridicule opinion ; on a pourtant cru que l’estomac comprimoit 1« pancréas , et les modernes ont avancé que cette compression servoit à exprimer l’humeur pancréatique.

Il n’est point de glande qui ait échappé à cette compression ; îf a bien fallu trouver quelque chose qui agît sur le pancréas; le*derniers auteurs qui ont écrit sur cette matière se sont , pour ainsi dire copiés, quoiqu’ils ne soient pas tout-à-fait d’accord lorsqu’il s’agit de déterminer précisément la cause qui comprime.

Voici à quoi on peut réduire ce que Boerhaave , ses commentateurs, M. Senac et quelques autres ont avancé : Le mouvement) la chaleur, l’action du. cœur , qui n’est pas éloigné du pancréas,

et surtout la pression du ventricule , qui se gonfle dans la di -

ANATOMIQUES. ii3

gestion, les secousses du diaphragme , celles des muscles du bas-ventre, et celles des vaisseaux , sont les causes qui expriment le suc pancréatique.

§. LIX. Examen des raisons quon donne en faveur de la compression du Pancréas.

Commençons par la compression qu’on attend de la part du ventricule j il sufhroit de remarquer que, pour détruire cette opinion, on n’a qu’a réfléchir : i°. que le ventricule qui n’agiroit , comme on l’avoue , sur le pancréas que lorsqu’il est plein , feroit séparer le suc pancréatique inutilement et en pure perte ; il y a apparence que ce suc ne coule , au moins en quantité , qu’avec la hile qui se dégorge dans le duodénum , surtout lorsque cet intestin est plein , ou lorsque l’estomac se vide ; c’est donc précisément lorsque le ventricule agit moins sur le pancréas , que celui-ci fait une sécrétion abondante.

2°. Le ventricule , dans quelque étal qu’il se trouve , est-il assez solide pour comprimer une glande aussi compacte que le pan- créas, qui est plus dur que l’estomac , quelque plein qu’on le sup-" pose ? Si ces deux viscères venoient à être portés l’un contre l’autre, le ventricule, quoique plein de pâte alimentaire, s’affaisseroit et céderoit à la force ou à la dureté du pancréas.

Examinons cette question un peu plus anatomiquement. Est-il vrai que le ventricule appuie sur le pancréas? Cela ne paroît pas possible ,en premier lieu , parce que la lame supérieure du mésocolon doit soutenir le fond dè l’estomac , et l’empêcher de se jeter vers l’épine du dos.

3°. Plus le ventricule se remplit , et plus il s’éloigne du pancréas; cette proposition paroît paradoxe , mais elle est fondée sur une observation de M. Winslow , que chacun peut confirmer ; l’estomac , en se remplissant , se contourne ; sa courbure , qu’on appelle inférieure , devient presque antérieure , et sa petite courbure , qu*on appelle supérieure , se tourne vers les parties postérieures; elle s’abaisse et répond au pancréas, d’autant plus directement que le ventricule est plus plein ; or cette courbure est une espèce d échancrure qui doit laisser la liberté au pancréas; en un mot , le Ventricule s’éloigne des vertèbres , lorsqu’il se remplit ; il ne va donc pas presser le pancréas.

Voici une expérience bien facile à faire : ouvrez les muscles abdominaux vers leur partie inférieure ; passez la main dans l’ouverture , et cherchez le pancréas en déchirant le mésocolon : qu’on souffle ensuite dans l’œsophage , ou qu’on y injecte de l’eau ; plus on en injecte, plus on remplit l’estomac, et plus il s’éloigne des doigts avec lesquels on touche le pancréas , qui reste d’autant plus libre.

Il faut au moins conclure de cette expérience , que le ventricule T1 agit pas plus sur le pancréas lorsqu’il est plein que lorsqu’il est vide. "

Si on dit que l’estomac ne se retourne pas autant sur le vivant que sur un cadavre , que les muscles abdominaux ne cèdent pas

n4 rechercher

aussi aisément lorsqu’ils ont toute leur force , on répondra qy cela peut être vrai , mais qu’on doit avouer , d’autre part, qUg j6 ventricule ne se remplit jamais autant sur le vivant que lorsqu’0a le souille avec force sur un cadavre ; il n’occupe donc jamais au, tant d’espace , et il se jette constamment vers le devant, commë nous venons de le dire.

L’estomac ne pèse vers l’épine , tout au plus , que lorsqu’on est couché sur le dos; mais alors il est retenu par le mésocolon, qu; l’empêche de s’affaisser, et qui est placé de manière qu’en pré* servant le duodénum des compressions du voisinage i il en pré, serve aussi le pancréas.

Voici une autre raison qui prouve que le ventricule ne com, prime pas le pancréas ; c’est que , dans tous les cas qu’on voinfra prendre , le pancréas sera porté vers l’épine ; il éludera la près* sion : l’artère sur laquelle il est perché peut bien le secouer , et le faire tremblotter continuellement , mais elle ne lé soutiendra J pas autant qu’il le faudroit pour qu’il fût comprimé ; elle seroit plutôt affaissée elle-même.

Voilà le pancréas bien à l’abri de toute compression de la part du ventricule; s’il avoit été placé dans tout autre partie du, basventre , il auroit risqué quelque chose ; mais le duodénum , qui a toujours la liberté qu’il lui faut pour s’étendre , et qui succomberoit à la pression bien plus aisément que le panci'éas , l’enferme, pour ainsi dire , et l’entoure ; le ventricule s’éloigne de lui , précisément dans le temps où il pourroit lui faire craindre quelque chose; cette glande avoit besoin de toute sa liberté pour pouvoir séparer la grande quantité de suc qu’elle doit fournir. Dira-t-on que le diaphragme et les muscles abdominaux secouent le pancréas , comme tous les autres viscères , lorsqu’ils se contractent? j nous ne nierons point que tous les viscères ne soient en effet secoués et agités. Ce n’est pas ici le lieu de donner l’usage de ces mouvemens ; mais sont-ce là des compressions dans le sens que les physiologistes ont donné à ce mot ? On a dit que les glandes salivaires son): dans un pressoir : voilà l’opinion ordinaire bien énoncée ; il s’agit de trouver quel est le pressoir du pancréas.

S’il est permis de raisonner sur ce qu’on dit à l’égard de la parotide qu’on fait exprimer par des muscles forts et vigoureux , et en la faisant presser entre deux parties osseuses, il y a lieu d’être surpris que le pancréas , qui est plus gros que la parotide , et qui cependant sépare une grande quantité de liqueur , soit sujet à de si petites compressions , que celles du ventricule ', etc.

Il est bien surprenant que cette réflexion n’ait pas frappé l«s physiologistes; car enfin dés secousses ou des mouvemens de transport d’une partie à l’autre , et dont une glande flottante et mobile élude l’effet , en cédant , peuvent-ils être comparés aux compressions qu’on croit que la parotide souffre?

On a confondu deux choses bien différentes, en prenant 1«5 secousses pour des compressions ; mais une fort légère attention suffit pour en faire sentir la différence à des gens qui ne seront p»s prévenus.

ANATOMIQUES. n5

Ajoutons qu’il ne faut pas oublier que le diaphragme et les muscles abdominaux n’agissent sur le pancréas qu’en serrant les viscères les uns contre les autres ; or la plupart sont plus mous que les glandes ; et il est rare que le diaphragme et les muscles de l’abdomen agissent ensemble : enfin on s’apercevra , si on le remarque avec soin , que tous les mouvemens des viscères , lorsqu’ils sont pressés les uns contre les autres, ne vont pas aboutira l’endroit qui contient le pancréas.

Cette place est souvent pleine de gi'aisse et très-libre , apparemment pour que le pancréas ne soit point gêné , et pour que les nerfs, la veine-porte , et les autres viscères qui sont dans cette espèce de creux ou de recoin , ne soient pas sujets à des compressions qui les auroient dérangés.

La proximité du cœur , dont parle Boerhaave , n’a pas paru à ses commentateurs mériter une attention particulière ; en effet, les glandes salivaires, et les autres du cou, sont aussi près ou même plus , et cette proximité prouve seulement que le sang a peut-être beaucoup ,de vitesse dans les vaisseaux principaux de ces organes ; mais tout dépend , au fond , du diamètre plus ou moins gros des vaisseaux de ces viscères , dont la structure serrée peut fort bien arrêter le sang , et rendre ses efforts inutiles; cependant éette vélocité des humeurs vers un viscère n’indique- 1- elle pas qu’il doit agir continuellement ?

§. LX. Le Pancréas de quelques animaux.

Quelques réflexions sur le pancréas de certains animaux pourront éclaircir ce que nous avons avancé sur celui de l’homme. On sait que les chiens en ont deux, dont l’un est placé vers la partie supérieure du ventricule , dans la position naturelle de l’animal , et l’autre s’adosse au duodénum , qui est moins recourbé que celui de l’homme.

On trouve la même disposition dans le chat, et il est aisé d’apercevoir que , quelque plein que soit le ventricule de ces animaux , il n’agit point sur le pancréas; il se recourbe à peu près comme celui de l’homme, et au, lieu de se porter vers l’épiné, Comme il devroit le faire pour agir sur une portion du pancréas , if se jette en bas.

L’autre portion du pancréas, qui n’est pas la moindre , puisqu’elle suffit seule pour la parfaite santé du chien , comme on dit l’avoir observé en emportant la première partie , ne peut jamais être comprimée par l’estomac , ni par le duodénum , qui , n étant rempli que de matières liquides , n’est pas assez solide’pour agir efficacement sur une glande.

^ La volaille, les poules d’Inde, etc. ont aussi deux pancréas; |è gésier de ces animaux n’est pas souple comme l’estomac de ceux oont nous venons de parler ; il ne change presque pas de volume ; 11 est toujours à peu près de la même grosseur ; il ne peut donc pas agir contre le pancréas en se remplissant ; d’ailleurs on n’a pas ici la ressource du diaphragme , ni celle des muscles abdomi-

naux , puisque ces parties ne sont que des membranes fort mince, dans les animaux dont il est question.

Il y a des poissons qui ont le pancréas extrêmement gros, et autant que le foie , qui l’est beaucoup lui-même dans les anim’aUx aquatiques ; cette observation prouve que le suc pancréatique doit être très-abondant dans les poissons. Si les compressions eussent nu suffire pour faire une abondante sécrétion , n’est-il pas naturel de penser que l’auteur de la nature auroit mis le pancréas des pois. sons en position d’être fortement exprimé ? au contraire , fl pa placé si librement, qu’il en grossit prodigieusement , et il y a apparence, vu cette grosseur, qu’il seroitbien plus à même de coin, primer la masse intestinale que d’en être comprimé.

§. LXI. Les Reins.

Les reins paraissent être de tous les corps glanduleux les plus en liberté ; ils sont souvent plus élevés l’un que l’autre j ils s’appuient sur les deux dernières côtes ou sur la portion du diaphragme qui enferme ces deux parties osseuses ; ils ne touchent presque point au carré des lombes , ni au psoas ; les gros intestins les touchent en passant, aussi -bien que quelque portion des grêles; le rein droit touche au foie , et on voit dans ce viscère une cavité ou un creux dans lequel le rein peut s’enchâsser en partie ; enfin , tout le monde sait combien les reins sont entourés de graisse.

Us sont en liberté , on l’a déjà dit , les intestins les touchent, et les praticiens ont souvent besoin de se rappeler les liaisons de ces viscères ; mais elles ne prouvent pas que l’intestin comprime le rein dans l’état de santé : que feroit un viscère membraneux et nlince sur le rein qui est si compacte ?

Les muscles du voisinage sont disposés de manière à ne jamais agir contre le rein. Si le diaphragme peut les faire un peu descendre dans l’inspiration , si le carré des lombes et le psoas peuvent les repousser un peu de côté et d’autre dans leur action , cela ne prouve point que les reins soient comprimés par ces légers mouvemens , qui , après tout , ne parviennent jamais au corps du rein; ils doivent se perdre dans le corps graisseux qui est ici très-abondant , et qui sert de coussin pour céder et résister à propos , et préserver par là le rein de toute impression qui pourroit lui être nuisible.

La fossette du foie dans laquelle le rein se loge , en partie , pendant le temps de l’inspiration , mérite quelque attention ; elle prouve que ces deux corps glanduleux, le rein et le foie, se touchent; on pôurroit dire que l’impression ne se fait vraisemblablement, dans le foie , qu’à force qu’il est porté contre le rein et qu’il va le heurter; il faut que le plus mollasse cède.

Mais le foie est-il en effet plus mou que le rein? Il y a apparence que ces deux viscères ont crû en même temps, et que le rein , ou, pour mieux dire , la glande sürrénale s’est pour ainsi dire engagée dans le foie en croissant. Le foie est fort gros dans le fœtus , et n conserve , dans l’adulte, l’impression qu’il a reçue; cette impreS'

ANATOMIQUES. u7

«ion fait que le rein et le foie ne sont pas exposés à se comprimer

mutuellement.

Cette fossette est donc faite exprès pour que le foie laisse le rein d’autant plus libre -, il falloit qu’il fût porté en haut et en bas , et qu’il eût de l’espace pour ses mouvemens; si à chaque inspiration il eût heurté contre le rein , cette compression eût été nuisible à l’un et à l’autre , comme on pourroit le prouver par des observations de pratique , si cela n’étoit pas évident.

Du reste , on peut dire du rein gauche et de la rate , ce qu’on vient de remarquer au sujet du rein droit et du foiej il peut y avoir quelque différence dans certains sujets , mais cela revient souvent au même , à peu près.

§. LXII. Il est remarquable que les reins font une abondante sécrétion sans être jamais comprimés.

Voici des corps glanduleux qui font une sécrétion très-abondante, surtout si tqinte l’urine qui sort de la vessie passe par les reins j il semble qu’en suivant le système ordinaire , il y auroit lien de s’étonner qu’ils ne soient pas exposés à des compressions , qu’on croit si nécessaires pour la séparation des liqueurs.

Mais si on réfléchit bien sur tout ce que nous avons dit jusqu’ici , on verra qu’il vaudroit mieux soutenir que , comme la sécrétion des reûfc devoit être continue , il a fallu qu’ils fussent placés de manière à n’être point exposés à des arrêts que pourroient Causer dané une glande les efforts des causes extérieures.

Dira-t-on qu’il n’en est pas du rein comme de tout autre glande ; il ne fait que la sécrétion de l’humeur qu’il ne conserve pas en dépôt , et qu’il envoie tout de suite à la vessie , au lieu que les autres glandes se remplissent peu à peu , et conservent les sucs qui s’accurôttfeït dans leur intérieur pour en être exprimés dans des occasioûtf convenables ?

Nous remarquerons ailleurs que les reins sont semblables à presque toutes les autres glandes , précisément sur ce point , qu’on prétend excepter j il semble qu’on ait cru que toutes les glandes conservoient et contenoient toute l’humeur qui se sépare dans quelques circonstances , et cependant il n’est rien de plus faux que ce système.

On a prétendu trouver une grande différence entre l’excrétion et la sécrétion , et il n’y en a presque point, pour l’ordinaire, comme nous le prouverons plus bas; c’est ce qui fait qu’on ne doit pas etre surpris que nous prenions quelquefois l’une de ces fonctions pour l’autre. \

Reste toujours qu’on ne peut pas nier qu’il ne se fasse dans les rems une séparation d’humeur fort abondante j et si elle se fait sans aucune compression, pourquoi tout autre ne se fera-t-elle pas de même ? c

Cependant les reins sont légèrement secoués par les parties du voisinage , comme on l’a déjà insinué ; mais ils le sont beaucoup moins que d’autres glandes } pourquoi?

Il8 RECHERCHES

§. LXIII- Les Glandes surrénales ou les Reins succenturiaux;

On n’est pas beaucoup plus avancé sur les glandes dont il est question , que le fameux Eustache , qui en a parlé le premier. Tous les anatomistes s’accordent à dire qu’elles sont situées vers l'extrémité supérieure du rein; entourées de graisse, très -irrégulières dans ïer.’’ volutne , leur figure et leur couleur ; elles ont une petite cavité remplie d’une substance spongieuse , imbibée elle -même d’un peu de suc plus ou moins noir et âcre.

On sait aussi qu’elles sont dans le fœtus beaucoup plus grosses que dans les adultes ; on les a trouvées plus grosses que les reins euxmêmes ; elles diminuent à proportion qu’on avance en âge ; elles se flétrissent et perdent souvent leur figure , qui est ordinairement triangulaire dans les jeunes sujets : leurs vaisseaux viennent de l’aorte et de la veine -cave , et leurs nerfs, des plexus voisins du grand intercostal.

§. LXIY. De l’usage de ces Glandes.

On avoit d’abord cru qu’elles contenoient Yatrabile , d’où elles avoient été appelées capsules atrabilaires , dénomination qu’uu anatomiste des plus modernes est d’avis qu’on leur donne encore , parce , dit-il , qu’il lui paroît que ce nom convient mieux à leur structure et à leur usage ; c’est avoir bien de la complaisance pour les anciens !

Mais comme il paroît qu’ils n’ avoient pas des idées assez claires, non-seulement de l’endroit où se tro avoit l’atrabile , mais encore de la liqueur qu’il falloit nommer ainsi , il est évident que les modernes ont bien fait d’abandonner même des termes qui , pour être ' plus anciens, n’en sont pas moins vides de sens.

Kerkringius, grand sectateur de Silvius Deleboé , comme

tous ceux de cette secte , à chercher un recoin au fermeté ;que Silvius faisoit allumer dans le cœur ; il trouva Ig, cavité des capsules atrabilaires propre à y loger ce ferment ; il y rencontra une teinture pour rougir le sang , et dès lors il soutint que l’usage de ces glandes étoit de préparer un suc propre à colorer le sang et à l’animer : cette opinion ne s’est pas soutenue.

Ceux qui cherchent dans les glandes , que Duvernoy dit avoir vues , et dont on a parlé §. lvi , la teinture du sang, auroient pu suivre simplement l’idée de Kerkringius; ils auroient eu de quoi tirer parti de l’observation de M. Winslow, qui a trouvé les capsules pleines d’une liqueur très -rouge, ou de vrai sang : les capsules étoient sans doute rougeâtres dans ce cas ; mais des observations réitérées auroient prouvé qu’elles ne le sont pas toujours , et qu’elles le deviennent par accident , ce qui arrive peut-être aux glandes du cœur , si elles existent.

On a parlé d’un engagement que Valsalva avoit pris avec les savans au sujet de ces glandes; il disoit vouloir démontrer qu’elles ont des conduits qui vont aboutir au testicule ; mais on a été prive de cette découverte , et il n’y a rien à conclure en sa faveur de ce qu’en a dit Morgagni , lui qui paroît avoir conçu le généreux des-

seîn de faire valoir son maître , beaucoup plus qu’il ne valoit en

Il faut mettre l’opinion de Yalsalva avec celle de Kerkringius ct celle du fameux Yan Helmont. Cet enthousiaste, comme il en faudroit un chaque siècle , pour tenir les scolastiques en haleine , vouloit que les glandes dont nous parlons séparassent un suc lithontriptique que l’archée savoit ménager pour s’opposer à la. formation des pierres dans les reins.

M. Lieutaud prétend que la nature a fait les. capsules atrabi-, laires, pour la séparation d’une liqueur âcre et pénétrante , et très-propre à empêcher les, concrétions dans la -veine-cave. . .. dont la grosseur semble là soustraire à la pression des parties

vpisines.

N’insistons pas sur la façon dont cet auteur fait éviter la pression à la veine-cave -, peut-être a-t-il voulu dire le contraire de ce qu’il a exprimé.

Son opinion sur l’usage des capsules a beaucoup de rapport avec celle de Boerhaave , qui a dit que les glandes surrénales avoient été placées auprès des reins , pour réparer dans le sang qui revient de ces organes, la fluidité que lui donnoit la grande quantité des sucs qu’il a perdus pour la sécrétion de l’urine. Boerhaave a pris cette opinion dans Silvius Deleboé son maître ,.comrhe il en a pris tant d’autres dans les différens auteurs. Dit reste Duvernoy a examiné le dérnier les capsules atrabilaires y il a parlé d’une artériole que Yalsalva auroit pü prendre pour un conduit excrétoire, et d’ailleurs il n’a dit presque rien de nouveau.

§. LXV. Remarque générale qui semble- détruire toutes ces opinions.

Heister a déjà remarqué que les opinions semblables à celles dont on vient de parler, sur l’usage des glandes surrénales , parassent être détruites , en faisant seulement attention à la prodigieuse grosseur de ces parties dans le fœtus, et à leur petitesse dans les adultes. En effet , cette différence n’indique-t-elle pas que le principal usage de ces organes est dans les jeunes sujçts et que peut-être ils ne servent de rien dans les adultes ?

Peut-être aussi les glandes surrénales servent-elles beaucoup dans le fœtus, et ne sont-elles pas inutiles dans les adultes. Reste à savoir si elles auroient le même usage dans tous les âges. Un irritant des solides ou délayant des humeurs seroit-il plus nécessaire au fœtus qu’à l’adulte ? on pourroit faire cette demande en s’attachant à quelqu’une des opinions dont on a parlé plus haut.

On pourroit avancer encore que les glandes surrénales, qui n’on.t qu’un usage dans les adultes , en ont deux dans le fœtus : le prenhfcr est de séparer une humeur , comme dans les adultes j le se- C?n<*’ ,^e tenir en quelque façon lieu de rein , ou d’empêcher la secrétion de l’urine , non-seulement en contenant une certaine quantité de sang qui doit aller au rein , mais encore en séparant une liqueur propre à empêcher que les humeurs du fœtus ne deviennent urineuses , ou excrémentitielles et nuisibles.

j 20 RECHERCHES

La suspension de la sécrétion de l’urine cause dans l’adulte des symptômes affreux , parce que les humeurs se pervertissent de plUs en plus , et le foetus, qui ne fait presque point de sécrétion d’urine (s’il est bien vrai qu’il en fasse en effet) , n’est sujet à aucun des inconvéniens de la rétention d’urine. Seroit-ce, encore un coup, parce que les glandes surrénales séparent , dans le fœtus , une hu, meur propre à invisquer les sucs urineux , ou à les empêcher d’irriter les solides?

Un homme d’esprit saisit un jour cette idée , et il la porta si loin, qu’il osa avancer, en manière de conversation , que le virus de la petite-vérole n’est autre chose que ces sucs urineux plus ou moins invisqués , et qui se développent dans les différens âges, en portant surtout à la peau , oh les couloirs sont analogues à ceux des reins , et plus déterminés à recevoir des sucs urineux extrêmement divisés , que les reins eux-mêmes.

Il n’est pas nécessaire de s’arrêter à une pareille opinion ; il suffit de demander en passant, qu’on la compare à toutes celles qu’on a soutenues jusqu’ici sur le virus de la petite-vérole , qu’on prétend que nous portons tous en naissant : on n’excepte pas même le système de M. Hoffmann, qui s’est efforcé de prouver, dans une dissertation aussi étendue que tant d’autres qu’il a faites , que le virus de la petite-vérole étoit dans la moelle épinière et les nerfs.

§. LXVI. Les Glandes surrénales méritent quelque attention par rapport aux prétendues compressions des Glandes.

Quel que soit l’usage des glandes surrénales , elles méritent quelque attention par rapport à la principale matière que nous examinons.

En effet , ces glandes sont très-grosses dans le fœtus , et elles diminuent à proportion qu’on avance en âge. Comment se fait cette diminution ? est-ce par la compression des parties voisines ?

Ce seroit là ce qu’on devroit penser, si on s’en rapportait axe qu’on a dit sur la diminution du thymus (§. m). Au lieu des compressions de la part du poumon, on auroit ici celles du foie et de la rate , que le diaphragme pousse avec force contre les glandes surrénales , qui appuient sur les reins , de manière que ces glandes seroient dans une espèce de pressoir.

Ceux qui embrasseroient ce sentiment devroient prendre garde à l’effet des compressions dont on a déjà parlé ailleurs ( §. xin et lu) •, les glandes surrénales n’y résistent point, elles s’affaissent , elles sont déprimées ; toutes lès autres glandes n’auroientelles pas à craindre le même accident , si elles n’étoient pas aussi à l’abri des compressions que nous le prétendons?

Les glandes surrénales n’ont-elles pas autant de force que Jes reins et que le foie? Supposé que ces parties fissent effort les unes contre les autres , pourquoi les reins succenturiaux céderoient-ils?

Il vaut mieux penser que les glandes surrénales viennent à se flétrir , parce que , comme nous le disions du thymus ,, elles ne VP^oivent plus de sang -, ce liquide est porté en très*grande quan-

ANATOMIQUES. ï2l

^ vers les reins , et les glandes surrénales diminuent par leur

ressort.

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