‹ Œuvres complètes de Bordeu, précédées d'une notice sur sa vie et sur ses ouvrages. Tome premierChapitre 19 sur 75 · LXVII. Les Testicules · texte numérisé non relu

LXVII. Les Testicules

ÿous considérons ici ces parties simplement en tant qu’elles 6ont des organes sécrétoires; qu’elles soient composées de glandes ou de vaisseaux , que le corps de chaque testicule soit une glande ou non , peu importe à ce dont il est question.

Le mécanisme de l’excrétion du suc que les testicules séparent est semblable , à péu de chose près, à celui des autres glandes ; il est donc à propos que nous l’examinions avec attention , et il est nécessaire de faire d’abord quelques remarques au sujet de la , position des testicules.

r Us sont suspendus et flottans dans la plupart des animaux ; n’en cherchons pas la raison : ce qu’on a dit jusqu’ici à ce sujet n’est pas satisfaisant assurément, mais ces recherches nous écarteroient trop de l’objet principal.

Ne cherchons pas encore pourquoi des deux testicules l’un , est. constamment plus gros et plus bas que l’autre ; si et pourquoi c’e'st ordinairement le gauche qui a ces prérogatives au-dessus du droit ; ce qui lui en donnoit bien d’autres , suivant le sentiment d’Hippocrate , sur lequel des anatomistes anciens ont tablé , jusqu’à en faire le fondement de bien des explications : ce qui les a jetés sur ces matières dans des hypothèses des plus bizarres qu’ils admettoient ordinairement.

On pourroit peut-être trouver la raison de la grosseur d’un des testicules , et ce qui fait qu’il est plus bas que l’autre , en considérant l’origine des artères spermatiques 5 car le corps du testicule qui est suspendu comme une balle à une corde qu’elle tend, descend plus ou moins bas, suivant la position de l’artère, suivant qu’elle cède ou qu’elle résiste , etc. ; mais encore un coup cela ne fait rien à la question principale.

Les testicules sont suspendus et flottans dans les animaux , mais ils ne le sont pas dans toutes les circonstances; il est des états dans lesquels ils sont plus ou moins relevés ; les bourses qui les contiennent sont plus ou moins flasques , tendues et ridées.

Les membranes musculeuses connues sous le nom de dartos et de crémaster, sont sans doute la principale cause de ces changeons ; nous disons la principale cause , car la peau elle-même est sujette à une sorte de contraction.

Dira-t-on que ces membranes sont faites pour comprimer le corps du testicule, pour l’exprimer, pour y faire mieux couler les humeurs? Ce seroit suivre le système ordinaire des compressions, mais on seroit en même temps forcé d’avancer des choses flue chacun peut regarder comme impossibles , en réfléchissant seulement sur la prodigieuse fermeté du corps du testicule , par rapport à la délicatesse des membranes à peine musculeuses qui

1 entourent.

On ne peut pas nier que l’action de ces fibres ne concourre à

Ç^crétion des humeurs que le testicule contient; mais, il s agit

I2a RECHERCHES

de chercher comment elles peuvent avoir cet usage • ces te 1 cherches sont essentielles pour trouver la vraie cause des ex* crétions.

g LXVIII- Changèmens qui arrivent aux différentes partie qui composent le cordon lorsque le dartos et le crémaster Se contractent ou se relâchent.

Si le dartos et le crémaster sont relâchés , le testicule tombe , [e cordon s’allonge , l’artère et la veine s’étendent , elles sont dififéremment pliées , et comme en zig zag , pour prêter plus aisément à ces sortes d’extensions ou d’allongemens.

Le conduit déférent est aussi tiraillé et allongé ; l’angle qu’il fait en passant dans l’anneau dans lequel il glisse , pour ainsi dire, comme dans une poulie , est diminué ; ses côtés deviennent

S lus longs ; ils approchent chacun en particulier beaucoup plus e la ligne droite.

Si les membranes musculeuses sont en contraction , les testi- , «ules sont élevés et tapis vers le tronc ; le cordon n’est plus tiraillé; iVrtère et la veine sont raccourcies de beaucoup ; le canal déférent est aussi raccourci ; l’angle formé vers Panneau par. les deux côtés de ce canal s’agrandit, et le canal lui-même est dans sa totalité moins éloigné de faire une ligne droite.

§. LXIX. S’il ny a pas d’autres changemens. rM

Il s’agit de savoir ce qui résulte de rallongement ou du raccourcissement du cordon ; change-t-il les mouvemens des humeurs ? a-t-il quelque rapport avec ces mouvemens? Voilà ce qu’il est bon de connoître.

Il semble que l’allongement des vaisseaux sanguins favorise le cours des humeurs , pourvu qu’il ne soit pas porté trop loin ; en effet, il redresse les vaisseaux, il rend leur calibre plus libre, et les liqueurs peuvent y venir en plus grande quantité.

Mais en supposant qu’à proportion que l’artère et la veine sont raccourcies les fibres de leurs parois se rident , Comme cela arrive dans toute fibre élastique et pliante , on verra que le calibre des vaisseaux ne doit pas changer de beaucoup, et que les humeurs peuvent toujours aller à peu près du même train.

Il n’en est pas comme si les vaisseaux , en se relevant , venoient à être repliés ; cette élévation seroit contre nature, elle intercep* teroit sans doute le cours des humeurs : comme on a supposé que l’allongement n’étoit pas porté trop loin , il faut aussi supposer que le raccourcissement est correspondant.

Nous sommes donc portés à croire que , dans quelque état que se trouve le cordon spermatique , soit qu’il soit allongé ou raccourci , les humeurs coulent presque également dans ses vaisseaux ; nous ferons voir ailleurs que le changement des vaisseaux influe beaucoup sur le mécanisme de l’excrétion de certaines glandes.

Quant aux canaux défe'rens, ils sont d’une substance ligamen-

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teus® qui les met à portée de résister aux compressions , et qui fait que leur calibre est toujours le même à peu de chose près ; lorsque le testicule est relevé , leurs parois se rident aussi et se contractent comme celle des vaisseaux sanguins , et leur diamètre est toujours le même.

Mais ils sont raccourcis de beaucoup et deviennent même moins tortueux, comme nous le remarquions au §. précédent ; de sorte qu’on peut assurer que la liqueur séminale y coule plus librement lorsque le testicule est relevé que lorsqu’il est relâché ; le chemin de cette liqueur est moins oblique ; il est raccourci, parce que le conduit déférent se retire sur lui-même , peut-être même se redresse-t-il en se tendant, comme nous dirons ailleurs que le font bien des tuyaux et d’autres organes.

Concluons que le rehaussement du testicule peut contribuer à l’écoulement du suc qu’il contient , en changeant seulement la disposition du canal excrétoire qui se prépare pour laisser passer la liqueur, ce qu’on va prouver plus au long.

§. LXX. Changemens de l’Ur'etre.

Nous regardons ici l’urètre comme servant de canal excrétoire des testicules ; il l’est réellement , au moins dans quelques circonstances , et quoiqu’il en serve aussi à la vessie , il est assuré qu’il peut être pris pour un canal contigu aux canaux déférens.

En effet, on ne sauroit , si on nioit ce que nous avançons , donner une bonne raison de la communication de ces canaux avec l’urètre $ ils sont disposés de manière qué dans certains états ils vident leur humeur dans sa cavité ; ils la vident pour l’ordinaire dans la cavité des vésicules séminales , cela est vrai ; mais comme la bile du canal hépatique ne reflue pas toujours dans le cystique , de même les vésicules séminales ne reçoivent pas toujours la semence qui est contenue dans les canaux déférens.

Cette vérité a déjà été reconnue de bien des anatomistes ; elle semble assez prouvée par la seule inspection des parties ; or, en supposant que l’urètre peut être regardé comme une continuation du canal excrétoire du testicule , il est bon de faire attention aux changemens qu’il souifre , ce qui répandra bien du jour sur la question des excrétions.

L’urètre est flasque pour l’ordinaire ) il donne passage à l’urine , mais il n’agit pas alors ; il est passif, et il ne sert qu’à laisser passer le jet de la liqueur que la vessie lui envoie.

Lorsque la semence doit passer, il se tendj ses parois se remplissent ; sa cavité devient plus droite et plus ouverte , et certainement ce changement arrive autant pour que la semence passe aisément et sans trouver aucun obstacle qui l’arrête , que pour flue cette liqueur soit portée un peu loin .

Nous regardons cette disposition de l’urètre comme préjiara- ^0l)re pour l’écoulement de la semence , et on verra dans la suite qu il y a (Jans toutes les glandes , ou dans leurs conduits , une

isposition préparatoire à peu près semblable , comme le détail le prouvera évidemment.

124 recherches

§. LXXI. Remarques sur les Vésicules séminales.

Avant de parler du mécanisme de l’excrétion de la liqueur q^e le testicule sépare , il est bon de faire quelques remarques par rapport aux vésicules séminales.

Elles forment un réservoir dans lequel la semence va se rendre pour l’ordinaire ; elles conservent en dépôt cette liqueur pr£ cieuse qui vraisemblablement acquiert quelques propriétés dans ce réservoir , comme la bile en acquiert dans la vésicule du fiel.

On ne sait pas bien quels sont ces changemens qui peuvent arriver à la semence dans les vésicules ; n’y a-t-il que la chaleur et le séjour qui l’y changent , ou ne s’y sépare-t-il pas quelque humeur particulière , comme on l’a avancé de la vésicule du fiel ? Voilà une question qu’on pourvoit faire , et qui ne paroît pas facile à décider.

Nous avons souvent considéré une espèce de substance spongieuse qui se trouve entre les vésicules séminales , et qui est jointe à la vessie et au rectum ; elle paroît singulière , et peut avoir des usages auxquels on n’a pas pensé jusqu’ici.

Nous avons trouvé quelquefois un petit cordon transversal qui alloit d’une vésicule à l’autre dans leur base ; ce cordon , qui paroissoit cave , et qu’on auroit pris pour un canal de communication , étoit plus gros dans son milieu que dans ses extrémités ; il sembloit être un petit corps glanduleux ; nous l’avons trouvé comme une hydatide , et ensuite comme spongieux.

Il n’est pas inutile de dire , à l’occasion de ce petit corps , que M. Faget l’aîné , chirurgien de la Charité à Paris , nous fit voir une tumeur de la grosseur d’un pain d’un sou , qui étoit entre le' rectum et la vessie d’un cadavre. Cette tumeur, presque cartilagineuse , étoit remplie d’upe grande quantité de vésicules de différentes grosseurs. Il y a des observations semblables dans Fabrice Hildan , et dans quelque autre auteur.

Cette grosse hydatide n’auroit-elle pas été formée par l’accroissement du corps glanduleux dont nous venons de parler , ou ce corps , lorsqu’on l’a trouvé , n’étoit-il qu’un petit peloton d’hydatides qui commençoient à se former?

Quoi qu’il en soit, les vésicules séminales méritent attention par rapport à leur position. Prétendra-t-on qu’elles se vident par l’action de la vessie et par celle du rectum? N’ont-elles pas leur propre force -, n’est-il pas évident qu’elles se contractent et qu’elles entrent en convulsion pour se défaire de la semence qu’elles contiennent?

Comme elles peuvent être prises pour des glandes , à bien des égards , la manière dont elles se vident revient à ce que nous cherchons ; il est vrai qu’elles ont du rapport avec les réservoirs semblables à la vessie dont nous dirons quelque chose ailleurs ( §. cxv). 1 ",

Ceux qui croiroient qu’elles peuvent se vider par la compression , comme quand on fait des efforts pour aller à la selle , doivent remarquer qu’outre que ce cas est bien rare assurément, on ne sait point si la liqueur qui coule dans ces circonstances vient de la prostrate. Après tout , on ne sauroit recourir à la compression pour les évacuations convulsives de la semence.

ANATOMIQUES. i25

§. LXXII. L’Excrétion de la liqueur séminale.

Les convulsions et les secousses qui précèdent cette excrétion dans la plupart des animaux , sont connues de tout le monde : un philosophe anatomiste y découvre bien des sujets de méditation qui échappent au vulgaire.

Il peut demander, en effet , quel est l’usage de tous ces mouvemens si vifs pour l’excrétion d’une petite quantité de liqueur j quelle est l’utilité d’un appareil si compliqué pour une fonction si

prompte?

* Ce n’est point avoir répondu à ces questions avec la précision qu’il faut , que de recourir d’abord à la raison finale ou à la génération ) il s’agit de suivre la nature pas à pas , et de découvrir le mécanisme qu’elle emploie dans ses opérations.

L’érection n’est qu’une disposition préparatoire ; elle est aussi forte à proportion dans les parties intérieures que dans les extérieures ) les testicules , les canaux déférens , les vésicules séminales et l’urètre s’arrangent , comme nous le disions plus haut. Toutes ces parties entrent en convulsion , et en se reserrant quelquefois trop vivement , elles laissent échapper avant le temps la liqueur que d’autres forces font sortir pour l’ordinaire.

Le spasme de toutes ces parties est donc assez prouvé , et on peut facilement se convaincre qu’il est nécessaire j jamais une humeur lente par elle-même et peu mobile , ne fut sortie à propos , si tout n’avoit été ménagé pour la chasser avec violence.

Les secousses augmentent les frottemens , et les frottemens sont une des causes de l’excrétion ) mais comment? On ne sauroit s’empêcher d’avoir recours à la sensibilité et à la vibratilité des nerfs. Leurs extrémités terminées en houpes , sont' agacées et irritées j dès lors tout le nerf entre en convulsion lui-même , et les secousses allant de proche en proche , elles se terminent aux réservoirs des humeurs , qui , excités encore en reprenant des forces par des vibrations nouvelles , se serrent et se vident plus ou moins vite.

L’excrétion de la semence dépend donc d’une convulsion qui commence par préparer les voies , et qui , augmentée par de nouveaux agacemens , fait l’expulsion de l’humeur avec plus ou moins de force.

Toutes les parties ont été ménagées pour favoriser cette convulsion j elles sont extrêmement sensibles et très-nerveuses, et elles sont disposées de manière qu’en se communiquant l’une à l’autre leurs mouvemens , elles se soutiennent et se renforcent.

On peut avancer que les trémoussemens , les frottemens et les agacemens , ne sont , à proprement parler , faits que pour réveiller, pour ainsi dire , l’organe qui doit prendre , si on peut ainsi parler, 11,1 certain branle pour faire sa fonction.

Mais parmi tous ces mouvemens , y en a-t-il quelqu’un qui soit fait pour comprimer le réservoir qui contient la liqueur qui va sortir? Ce réservoir n’est-il pas toujours libre? Il paroît qu’il ne sc défait du dépôt qu’il conserve, que par sa propre force.

Plus les secousses sont générales, et plus elles augmentent le Spasme , en se concentrant , pour ainsi dire , toutes dans un meme

la6 recherches

endroit , et pour une même fin ; de façon qu’il semble qu’ail ] moment de l’excrétion, la nature a oublié tout autre fonctionelle n’est occupée qu’à ramasser ses forces , et a les diriger toutes vers un même endroit.

De là vient la convulsion générale au moment de l’excrétion et l’abbattement universel qui lui succède -, de là vient encore la suspension subite de tout autre sentiment , et le relâchement qui survient quand la scène est finie.

Nous aurons lieu de revenir dans la suite sur cette matière , c’en est assez pour le présent ; nous avons déjà de quoi fonder une théorie du mécanisme des excrétions , tout autre que celle des compressions qui n’ont point lieu , comme nous l’avons prouvé fort au long.

§. LXXIII. L’Excrétion du lait.

Tout le monde convient aujourd’hui que les conduits excrétoires de la mamelle viennent aboutir en assez bon nombre au mamelon , où ils sont repliés les uns sur les autres , et ridés de façon que , si on vient à les étendre ou à les redresser en tirant le mamelon , ils laissent passer le lait beaucoup plus facilement.

On sait aussi que l’enfant ne fait d’abord qu’allonger le mamelon en le tirant à lui , et dès lors le lait coule dans sa bouche j outre cela l’enfant peut en suçant attirer la liqueur de la mère qui l’allaite j mais c’est là une espèce d’excrétion particulière sur laquelle nous ne nous étendrons pas : elle a quelque rapport avec l’effet des ventouses , et elle n’est pas de notre sujet. D’ailleurs on trouve ce mécanisme fort bien expliqué dans les Mémoires de l’Académie.

Ce qu’il faut remarquer , c’est qu’outre que l’enfant qui tette étend le mamelon en le tirant , il l’irrite aussi ou l’agace , de façon que le mamelon entre lui-même en contraction ou dans une sorte à’ érection produite quelquefois par une simple attouchement.

Il n’est point de nourrice qui ne sente cette tensibn , et une espèce de chatouillement qui en est une suite. Elles disent , la plupart , sentir le lait monter. La mamelle s’arrondit , se roidit et se gonfle, et il y a des femmes qui souffrent des tiraillemens qui se font sentir jusqu’aux épaules et aux lombes , et même jusqu’aux bras. Ces tiraillemens sont douloureux dans quelques-unes ; elles sentent ordinairement un chatouillement plus ou moins voluptueux.

Ces irritations ont tant d’influence sur l’excrétion du lait , qu’il y a des mères qui ne sauroient.donner à téter à d’autres qu’à leur nourrisson.

L’enfant a quelquefois de la peine à se faire à toute sorte de mamelons, et les nourrices trouvent des enfans qui ne les excitent pas assez , qui ne font pas venir le lait, ou qui ne causent pas ces chatouillemens ou ces secousses dont nous parlions tout à l’heure ; mais il n’en est presque pas qui n’en trouve quelqu’un à son point , et auquel elle s’attache d’autant plus qu’il paye la mère en excitant chez elle une sensation à laquelle la tendresse succède.

On croiroit que lorsque l’enfant tette , et qu’il touche les ma-

nielles en lès maniant de différentes façons , il les comprime -, mais il les allonge un peu , et il les excite en les frottant.

11 y a des mères qui , lorsque l’enfant les touche , sont chatouillées au point qu’elles sentent dans leurs mamelles un resserrement qui empêche le lait de couler. Il y en a aussi de moins sensibles , qui avouent que les attouchemens de l’enfant les excitent en rappelant dans leur mamelle une impression ou une modification qu’elles sentent sans pouvoir l’exprimer , et qui ne diffère point àe cette espèce de retour de la mamelle sur elle -même , ou de cette érection dont nous parlions plus haut.

Il faut avouer qu’il y a des nourrices dans lesquelles le lait sort en leur comprimant les mamelles -, il fait un jet , mais ce jet ne dure pas long- temps , il ne vient que de l’évacuation des vaisseaux lactés les plus gros qui sdnt vers le mamelon j et si la mamelle n’entre point en convulsion , l’excrétion du lait ne dure point.

Il en est comme de quelques nourrices qui perdent leur lait à certaines heures après le repas -, leurs mamelles ont passé dans tous les états dont nous venons de parler , et les vaisseaux sont tellement pleins , que le lait en sort par regorgement , pour ainsi dire , et qu’il s’échappe jusqu’à un certain point -, mais de même qu’il ne s’échappe qu’en partie , il n’eu sort aussi que fort peu par la compression.

Il s’agit de faire l’expérience avec attention , et si on a soin de ne pas confondre l’extension du mamelon avec la compression , ou les changemens qui arrivent à la mamelle par les irritations , on se convaincra que la compression ne fait sortir qu’une partie du lait qui étoit contenu dans les plus gros conduits du mamelon , qui sont comme de petits réservoirs que l’on peut comprimer tout d’un coup , mais dans lesquels la compression n’exciteroit jamais l’écoulement continuel des liqueurs sans les causes qu’on vient de détailler.

Nous avons vu des nourrices qui tâchoient de faire sortir leur lait avant que l’enfant ne les eût tétées , et mis leurs mamelles en jeu , et cela leur étoit impossible -, au lieu que dès que les mamelles avoient été mises en contraction par quelques frottemens et quelques secousses du mamelon , le lait sortoit de lui-même pendant un certain temps , jusqu’à ne pouvoir être arrêté que lorsque le paroxysme étoit passé. Ceci éclaircit beaucoup ce que nous disions plus haut -, et il faut remarquer qu’il suffit quelquefois d’exciter une mamelle pour les mettre toutes les deux en jeu.

H y à des femmes qui ne paroissent. presque pas avoir du lait êans leurs mamelles , qui sont flasques et vides j mais dès que 1 enfant les excite , elles se bouffissent , et le lait vient de luimême.

L’histoire des changemens qui arrivent aux femmes en couche , et celle de leurs maladies , démontrent encore beaucoup mieux 1 espèce de contraction que nous croyons être nécessaire à la mamelle . p0Ur que le lait s’y sépare. WÎ1 n’y a qu’à faire attention à tous ces changemens, on se convaincra que le lait ne se porte aux mamelles que lorsque celles-ci entrent en jeu , et il sera aise d aper-

t2g RECHERCHES "

cevoir bien des phénomènes singuliers qu’il seroit trop long de dè, tailler.

De pareilles remarques , que chacun peut aisément confirmer et auxquelles on peut ajouter bien des particularités , font conl noître la véritable cause de l’excrétion du lait , qui dépend , comme | celle de la semence , d’une espèce de convulsion qui après avoir préparé les voies ou les canaux qui vont aboutir au mamelon quj : se tend lui-même , saisit tout le corps^de la mamelle et la dispose à donner le lait lorsqu’elle sera chatouillée par l’enfant, qui concourt de son côté à l’excrétion , en excitant les organes de la mère , et en les suçant.

§. LXXIY. Remarques sur ce qui se passe dans quelques animaux au sujet de l’excrétion du lait.

Ceux qui ont souvent vu traire des vaches, ou qui ont eu la curiosité de s’exercer eux-mêmes à le faire , ont dû s’apercevoir, comme les bergers le disent , que tout le monde n’a pas la main bonne pour cela.

Il ne s’agit point d’aller comprimer rudement le pis , mais il faut le châtouiller doucement et l’allonger j on voit la vache se raffermir dans sa position , écarter un peu les cuisses , et le lait vient à merveille. S’il ne falloit que comprimer le pis , tout le monde sauroit traire.

Il arrive souvent qu’une personne qui sait traire comme il faut, ne peut pourtant pas avoir du lait de certaines vaches. Il y en a de délicates et de quinteuses ; les unes ne peuvent donner leur lait qu’à certaines gens, et les autres ne veulent le donner qu’à ceux qui les excitent d’une certaine façon. Communément elles s’habituent toutes à ceux qui ont coutume de les traire , et il est souvent inutile que des étrangers veuillent entreprendre de le faire.

On voit quelquefois les bergers menacer et battre même leurs brebis , leurs vaches et leurs chèvres , jusqu’à ce qu’elles veuillent , comme ils disent , donner leur lait , dont elles sont quelquefois très-avares. Il y en a qui ne le donnent que lorsqu’on les amuse en les faisant manger ; d’autres ne le donneroient jamais, si on les distrayoit ainsi j enfin il y a là-dessus bien des variations.

Ce qui arrive par rapport aux nourrissons mérite aussi attention. On sait qu’ils saisissent le pis , et qu’ils l’allongent en le plaçant dans une espèce de canal qu’ils font avec leur langue ; ils sucent ainsi et travaillent quelque temps sans pouvoir avoir le lait , qui vient ensuite lorsque la mère se poste d’une certaine façon ; si elle avance, si elle s’amuse, le nourrisson n’attrape pas grand’chosej il faut que la mère soit occupée de ce qui regarde le petit.

Lorsque la mère ne donne pas le lait comme il faut, que fait le nourrisson ? On le voit se donner bien des mouvemens ; il secoue le pis, et le repousse avec force vers les parties supérieures } ccs secousses font venir le lait , non point parce qu’elles compriment la mamelle , mais parce qu’elles l’excitent et qu’elles la mettent

Un nourrisson qui déplaira à sa mère , corame il s’en trouve

ygjqüef'ois, bu un étranger que la mère connoîtra aux secousses ail donne, etaux irritations qu’il excite , aura beau faire, il n’aurà uas une goutte de lait j la mère le gardé pour son. nourrisson

ÿous avons ouï assurer à des bergers , qu’il y avoit eu des vaches vicieuses qui ne donnoiënt rien ni à leur nourrisson ni à fcéux qui vouloient les traire , et qui cependant paroissoient bien faités pour avoir du lait. On les observa pendant là nuit, et on s’aperçut que des serpens vénoient se pendré à leur pis et le sucer , ce que les vaches souffroient avec tant de plaisir , qu’ elles montroient leur passion par des mugissemëns. Il est reçu dans les Pyrénées que les serpens ont le talent de chatouiller les vaches au point , que lorsqu’elles ont, comme on dit, tâté de ces animaux, elles ne Sauroient souffrir ni leur nourrisson , ni que le bèrger vienne les traire : il peut y avoir là-dedans du plus ou du moins. .

Il y a des femmes qui prennent de l’affection pour certains fenfans ; il y a aussi parmi les animaux dés mères qui ne se plaisent qu’avec certains nourrissons : cofnmunément c’est le léur , comme on l’a déjà dit , oti celui auquel elles sont habituées.

Mais on en a Vu s’attacher à des petits qu’ elles auroient fuis ou dévorés, si elles n’avoient été retenues par l’appât du chatouillement. On a vu les chiennes les plus acharnées au gibier , nourrir des lapins , des écureuils , des sangliers , des loups , qui avoiçnt Certainement leur férocité naturelle , puisque des animaux dé l’espèce de' la mère qui leur servoit de nourrice, les fuyoient avec horreur , ou les poursuivoient avec rage.

Il y a des petits qui , ne sachant pas tétër , dégoûtent les mères que les bergers sont obligés d’amadouer èn accoutumant lëur pis au sentiment qu’y excite le nourrisson mal habitué , ou qui n’a pas les talens qu’il faut pour flatter la mère , qui ne lè veut nourrir qu’aux conditions qu’elle y trouvera son plaisir.

A toutes ces remarques il faut ajouter que , par rapport aux femmes , tout comme par rapport aux Vaches et aux chèvres * etc. ^ Celles qui ont les mamelles lès plus grossës ne sont pas celles qui. ont le plus de lait. Lès mamelles doivent être Sensibles à proportion qu’elles sont grosses , sans quoi elles viennent à se flétrir j ou elles sont trop graissèuses : en un mot , elles doivent pouvoir ontrër en contraction , ët prendre cette tournùre qui attire le lait et qui le fait sortir. .

H ne faut pas Oublier que si une mèré vient à n’être plus excitée d’un certain temps par le nourrisson , les mamelles oublient leur fonction - elles s'affaissent ët deviennent oisives èt satis action . |f y en a pourtant qui peuvent la recouvrer par la simple succion } leurs mamelles se réveillent de leur engourdissement.

On a vu des filles précoces qui s’étant habituées à se laisser teter , ont eu du lait ; mais on Sait communément que les mamelles îf disposent à leurs fonctions en conséquence de la grossesses s d est jamais arrivé à des hommes d’avoir du lait , comme on l’a avancé , et qué ce lait fût différent d’une espèce de sérosité dont es lamelles des jeunes gens se remplissent plus ou moins vers

l’âge de puberté , nous sommes dispensés de chercher la raison de ce phénomène rare.

Enfin ces réflexions , qu’il seroit aisé de pousser plus loin , comme il seroit difficile d’expliquer tous ces phénomènes , ne suffise^, elles pas pour avancer que l’excrétion du lait dépend , comme nous l’avons dit , de V érection particulière de la mamelle , au moins en partie.

On pourroit dire qu’il semble que nous confondions la sécrétion avec Y excrétion : nous avons déjà dit plus loin (§. lxii) que nous le faisions en effet, et qu’il faudrait prouver dans la suite qu’il n’v a pas ordinairement grande différence d’une de ces fonctions à l’autre. {Vojez §. gxyii )

§. LXXV. L’ excrétion de la semence et celle du lait éclaircissent le mécanisme des autres excrétions.

Nous avons déjà insinué (§. lxx) que les excrétions de toutes les glandes se font à peu près comme celle de la semence, et comme celle du lait : il faut démontrer cette vérité j mais avant d’aller plus loin , il est bon de déterminer plus exactement quelles sont en effet les causes des excrétions de la semence et du lait.

En premier lieu , il est évident que Y érection de l’organe n’a été faite que pour faciliter l’excrétion. On peut la regarder comme une condition nécessaire , et sans laquelle les réservoirs ne se seraient jamais vidés.

En second lieu , les frottemens et les secousses de l’organe l’animent, le réveillent, et augmentent de beaucoup l’érection. Elles ajoutent de nouvelles forces , et elles excitent des convulsions nouvelles , sans lesquelles l’érection ou le spasme simple n’auroit pas fait la fonction comme il faut. Les frottemens de l’organe sont nécessaires pour exciter l’érection , et pour l’augmenter. On peut comprendre les irritations sous le nom de secousses. ' ,

Troisièmement , il est aisé de voir que Y arrangement des excrétoires, leur extension qui dépend de l’érection, ou de quelque autre cause , favorise beaucoup l’excrétion parfaite : cette condition, si elle n’est pas nécessaire , est du moins très-utile.

Il y a une quatrième condition que nous n’avon® fait qu’entrevoir en parlant du testicule , c’est la disposition particulière des vaisseaux sanguins. Ce n’est pas ici le lieu d’examiner si , comme quelques-uns l’ont pensé , les veines sont comprimées, afin que les excrétions se fassent , ou si les humeurs viennent à l’organe en plus grande quantité par les vaisseaux artériels. Il suffit d’assurer que les vaisseaux sanguins entrent pour quelque chose dans le mécanisme de l’excrétion : il faudra tâcher de découvrir ailleurs quels sont les changemens qui leur arrivent.

Reste que la disposition des vaisseaux sanguins, T arrangement des excrétoires , les secousses ou les irritations de l’organe et son spasme , sont les quatre conditions qui font l’excrétion de la semence, et celle du lait ; elles concourent pour une même fin.

Il est même bon de remarquer que ces conditions sont plus ou

ANATOMIQUES. «3i

jnoins évidentes l’une que l’autre dans l’organe qui sépare la semence , et dans celui qui sépare le lait.

L ’ érection et les secousses sont évidentes dans l’action du premier j elles le sont moins dans le second. Les conduits excrétoires 3es mamelles sont évidemment redressés, tiraillés et allongés, au lieu que ceux de l’autre organe le sont moins.

On pôurroit encore trouver d’autres différences qui viennent de ce. qu’une des conditions paroît plus évidemment que l’autre , et il n’est pas douteux qu’en combinant ces quatre causes , et faisant que l’une prédominât sur l’autre , pour ainsi dire , l’excrétion pourroit toujours se faire.

Tantôt la disposition des vaisseaux répareroit le défaut de spasme , et ainsi de suite -, de pareilles combinaisons sont possibles jusqu’à un certain point : on ne sauroit, le nier , et on aura lieu d’apercevoir dans le détail , que l’on trouve des cas où une des conditions l’emporte sur l’autre plus ou moins ; mais il faudra prouver que les quatre se trouvent dans tout l’organe.

§. LXXVI. Remarques sur V excrétion de la salive.

Appliquons la mécanique dont on vient de parler , aux glandes salivaires } mais faisons d’abord quelques observations sur l’excrétion de ces glandes : 'il s’agira de prouver que la salive se sépare toujours par la même cause générale.

Il est constant que la salive vient en grande quantité à la bouche, tandis que nous parlons7, et surtout lorsque nous mâchons , plus ou moins , suivant le goût et la propriété des alimens.

D’ailleurs bien des gens sentent que lorsque l’heure du repas s’approche , et lorsqu’on sent quelque bon mets , la salive vient , comme on dit, à la bouche. Il y en a même qui sentent dans ce temps-là , vers la parotide, un resserrement ou une démangeaison singulière , et la salive sort quelquefois à petits jets , comme si elle étoit poussée à coups de piston.

On sent quelquefois un trémoussement particulier de tout le corps dans certains cas , comme lorsque la salive est à même de couler : esurienti tempore ante mensam brevi, titillantur leniter, usque ad dolorem quandoque , infîma genarum posteriora buccce -et labia madejiunt , ut aiunt, individuumque totum , nescio qua captatur occulta lætitia , hœc magis huic, alteri minus. Chilific. Hist. ■§. VI.

L’écoulement de la salive augmente ou diminue suivant la différente disposition du corps. Il coule moins de salive à la bouche pendant la nuit que durant le jour. La salive se sépare en quantité dans les mélancoliques, dans l’esquinancie, lorsque la mâchoire est, luxée , dans les petites-véroles confluentes , par l’usage de certains purgatifs, celui du mercure, et à la suite de quelque irritation. La ligature des jugulaires produit aussi une grande salivation , comme le contact de l’air froid sur les joues.

, ^a toux, les ris , les pleurs , les bâillemens et des efforts pareils a ceux qu’on fait dans l’excrétion des matières fécales font même flue la salive abonde dans la bouche , comme les mouvemens con-

ï3a RECHERCHÉS

vulsifo des muscles des joues, etc. Quid salivarn largo, copia excernit, in effrenœ cupidinis ictu ? Quellé est la cause qui Ja fait couler , dans l’admiration et dans d’autres passions ? Il s’agit de donner la cause de tous ces phénomènes.

§. LXXVII. U excrétion de la salive que les parotides séparent.

Voyons si les quatre conditions que nous avons dit (§. lxxiii) être nécessaires pour l’excrétion , se trouvent dans celle de la salive.

En premier lieu, les chatouillemens , les trémoussemens et la douleur même que tout le monde sent plus ou moins vers les joues aux approches d’un repas , prouvent qu’il se passe alors quelque chose dans la parotide. Ses nerfs entrent en convulsion, et l’organe s’apprête et s'érige. En un mot , cette érection paroît démontrée (x) ) il n’est personne qui ne l’ajt sentie dans quelque circonstance. La glande se réveille donc , pour ainsi dire : c’est la première condition pour une parfaite excrétion.

En second lieu , les mouvemens de la mâchoire sont les vraies causes du frottement de la glande , et des irritations qu’ils procurent. Ces mouvémens ne sont pas suffisahs pour comprimer la glande , comme on l’a déxnontré ailleurs , mais ils l’agitent , ils la secouent , ils la tiraillent plus oü moins.

, En un mot , ils font ce que les attouchemens et les frottemens font dans i’exerétion de la semence et celle du lait ; la glande prend de nouvelles forces par les secousses nouvelles, et ses nerfs, d’autant plus agacés, agissent davantage : les frottemens qui, dans l’excrétion de la semence et celle du lait , sont faits à l’extérieur , sont ici faits à l’intérieur j voilà la seule différence.

Tout le monde sent aussi que l’irritation des alimens est une cause de l’action des nerfs de la parotide ; elle les agace , et ceux-ci sont d’autant plus mis en convulsion : cela est évident.

Troisièmement , le masseter , en se contractant , agit de façon à préparer le conduit excrétoire de la glande ; il se jette vers le del xors , et le conduit , qui est lâche , comrîie nous l’observions (§. iv et xi ) d’après Morgagni, se redresse ) la salive qui vient de la glande , déjà en convulsion , et irritée à chaque moment par de nouvelles secousses, par les mouvemens que la mâchoire lui cause, et par les picotemens réitérés de la part des alimens et de l’air que nous respirons, passe plus aisément dans le conduit, qui devient plus droit et plus tendu dans le moment de l’excrétion , tout comme celui de la mamelle.

(i) Je préviens que j’emploie le terme d 'érection, n’en ayant pas trouvé de plus expressif pour faire sentir ce que j’entends par la disposition d’nn organe qui s’apprête à faire l’excrétion; c’est une sorte de bpursoufïlement singulier, ott un surcroît de force qui arrive a l’organe ; je serai obligé d’employei* bien d’autres termes métaphoriques . sans lesquels il m’auroit été impossible de rendre clairement mes idées; ainsi je dirai que les organes se réveillent et se reposent , etc. Ce sont des expressions figurées qu’on doit excuser ; enfin, il est encore nécessaire que je prévienne le lecteur par rapport à ce que j’appelle l 'excrétion fa l’organe; j’en fais une fonction particulière; on dit communément l’excrétion de la salive , ou de tout autre liqueur; mais on ne dit point l'excrétion (les glandes salivaires; j’entends par là Y action de ces glandes, ou du moins uns partie de leur action propre.

Quatrièmement , les mouvemens des muscles donnent évidemment du mouvement aux humeurs j ils font que les vaisseaux sanguins sont plus disposés à la séparation de la salive , soit que les muscles se contractent , leurs vaisseaux recevant moins de sang , }es collatéraux qui vont aux glandes en reçoivent beaucoup plus 3 soit que le sang vienne en plus grande quantité à toute l’artère qui va aux muscles et aux glandes 3 soit enfin que , forçant quelques veinules et les resserrant , les muscles soient caiise qu’une plus grande quantité d’humeurs aille à la glande. Ce n’est pas ici le fieu d’expliquer la façon dont les muscles agissent par rapport à ces vaisseaux sanguins 3 il suffit qu’il paroisse que ceux-ci, reçoivent une modification par laquelle ils concourrent à l’excrétion.

Voilà les quatre conditions que nous cherchions pour X excrétion : Y action spasmodique de la glande , ses secousses ou soit irritation , la disposition de V excrétoire et les changemens des vaisseaux.

Ne cherchons point comment ces quatre conditions arrivent à la glande et quel est le changement que souffrent ses nerfs , c’est une Chose que l’on ne connoitra peut-être jamais : il suffit que l’expérience convainque qu’elles existent en effet,

On doit remarquer que des quatre , celle qui paroît ici le plus évidemment, c’est le changement qui survient à la suite des irritations ou des secousses. L’ érection n’est pas aussi sensible que dans les excrétions de la semence et du lait , mais la disposition des vaisseaux , quelle qu’elle soit , est plus remarquable dans la parotide ; ainsi il se fait toujours une espèce de compensation.

Il faut encore observer que l’écoulement de la salive dure beaucoup plus long-temps que celui de là semence , et même plus que celui du lait 3 est-ce parce que les irritations de l’air que nous respirons , celles des alimens , et les secousses de la glande sont presque continuelles ? ( §. cxiv. )

N’est-ce pas lâ une des raisons pour lesquelles l’érection de la parotide n’est pas aussi évidente que celle des testicules et de leurs appartenances ? Une pareille convulsion ne se fait qu’aux dépens de toute l’économie animale , plus ou moins 5 si elle avoit été nécessaire pour la séparation de la salive , l’animal n’auroit pas pu exercer ses fonctions* Le Créateur a mieux aimé bien partager les glandes saliv.aires du côté des irritations , de celui de's secousses , et du côté des vaisseaux sanguins., que de les exposer à des orgasmes qui auroient infailliblement suspendu les autres fonctions. Il faudra fjans la suite faire quelques réflexions sur les différences des organes secrétoires.

§• LXXVIÏI. Applicatiqn de cette mécanique aux cas particuliers

de l’excrétion de la salive , dont il est question au §. lxxvi.

Les jets que fait la salive dans quelques personnes qui ont bon appétit , lorsqu’elles sont à même de se mettre à table , et les démangeaisons qu’elles sentent vers les oreilles, sont évidemment le produit de la convulsion qui arrive à la glande.

Ceux qui parlen t font mouvoir la glande^ ils la seeouent , et la

mettent à son aise ; ils changent aussi les mouvemens des humeurs I dans les vaisseaux : il n’est donc pas surprenant que la salive coule en quantité dans ces temps-là. I

Lorsqu’on mâche quelque aliment , outre que la glande est ! secouée et agitée , elle est encore irritée par les alimens qui , sui» vant qu’ils sont plus ou moins savoureux , ou qu’ils ont un certain degré de vivacité , font aussi couler plus ou moins de salive. De là on comprend comment les différens alimens font séparer plus ou moins de salive dans les différens sujets ; il y en a qui sont excités par une saveur qui ne fera aucune impression sur bien d’autres, etc.

La ligature des jugulaires agit en changeant la direction des humeurs dans leurs vaisseaux ; elles ne peuvent pas revenir aisément ; elles forment pour ainsi dire un torrent , qui est dirigé vers la glande. ( Voyez à ce sujet le §. c.)

Ainsi , lorsque l’on bâille , lorsqu’on fait quelque effort , qu’on tousse ou qu’on respire lentement , comme les mélancoliques , il n’est pas surprenant que les humeurs , gên.ées dans la poitrine , s’arrêtent vers les glandes salivaires.

Il faut aussi remarquer que dans quelques-uns de ces cas , il semble que la salive coule en grande quantité , parce qu’on ne l’avale pas ; ainsi lorsque la mâchoire est luxée de l’un ou.des deux côtés, le malade salive continuellement; mais il a le fond du gosier sec ; la salive coule à l’ordinaire , mais elle s’accumule dans la bouche.

Le cas de la luxation de la mâchoire prouve invinciblement, j pour le dire en passant , que la mâchoire ne comprime pas la parotide en s’abaissant; car avanceroit-on que la parotide est continuellement comprimée dans la luxation de la mâchoire? Comment la sécrétion se feroit-elle ? Du reste , ce cas de la luxation revient à celui de la paralysie ou du relâchement des muscles qui servent à la déglutition.

L’écoulement de la salive par les purgatifs revient aux cas des irritations , et celui qui vient par l’usàge du mercure ne peut être expliqué que lorsqu’on connaîtra bien l’action des médicamens ; nous tâcherons d’en dire quelque chose ailleurs , §. cxiv.

Il est aisé de déterminer pourquoi la salive ne coule presque pas pendant la nuit ; toutes les causés de l’excrétion , excepté les irritations de î’air , sont suspendues ; la glande se repos $ , et elle est, pour ainsi dire, sans sensibilité ; le sommeil lui en a ôté la meilleure partie ; elle est pourtant de toutes les glandes celle qui est le plus constamment irritée. ( Voyez §. cx\.)

Enfin , l’écoulement de la salive augmente ou diminue suivant la différente disposition du corps ; ceci s’éclaircira dans la suite ; remarquons ici seulement que les excrétoires salivaires suppléent quelquefois à d’autres organes qui sont dans l’inaction ; et ce sera par cette raison qu’il faudra expliquer le ptialisme dans la petitevérole.

Nous serions aussi portés à croire qu’outre ce qui résulte de la différence des tempéramens , il y a des temps et des heures , pour ainsi dire, marqués, où la salive coule périodiquement, au moins

ANATOMIQUES. i35

dans la plupart des sujets , comme nous aurons occasion de le dire ailleurs.

c LXXIX. L’ excrétion des maxillaires , des sublinguales , des molaires , et de la couche glanduleuse de la bouche.

L’excrétion de toutes ces glandes se fait à peu près comme celle des parotides , et dans les mêmes circonstances.

La salive coule des maxillaires , et fait des petits jets en sortant; des conduits qui , selon le traducteur de Boerhaave, lancent au loin une eau fine et claire, et très-sensible lorsqu’on la reçoit sur une glace ou sur du papier ; il n’y a, continue-t-il , qu’à en approcher quelque corps sapide ; l’eau dont je parle semble attirée , pour ainsi dire , comme l’aiguille par l’aimant ; elle ne demande, ajoute-t-il vivement, qu’à servir à la mastication .

et étant broyée avec les alimens , elle en écume d’action.

Tout ceci de'pend de l’action de la glande , qui est si évidemment la cause de ces jets , qu’ils se forment quelquefois sans que les muscles soient en mouvement ; ils concourent pourtant à l’excrétion de la manière que nous l’avons dit.

La comparaison de l’aimant et du fer n’est qu’une métaphore : Je fait est que la glande seringue la liqueur qu’elle sépare , dans certaines circonstances.

Son conduit, dont nous avons parlé ailleurs (§. xxi) , et qui est lâche et flasque , pour l’ordinaire , peut être étendu et redressé par l’action de la langue et de quelques muscles de l’os hyoïde; il s’érige aussi lui-même ; il a sa propre action qui paroît bien dans quelques cas, oit l’on voit les deux conduits de la maxillaire s’avancer et s’élancer, pour ainsi dire , dans la bouche , si vivement qu’ils en paroissent quelquefois enflammés.

Les glandes sublinguales agissent comme les maxillaires ; leurs conduits (§. xxiïi) sont aussi plus ou moins lâches, mais ils se redressent , et la salive coule toujours par la même mécanique.

Ces glandes sont balottées, secouées et irritées sans cesse par les mouvemens de la langue, et par ceux des muscles de l’os hyoïde : ces secousses sont même plus fortes que dans la parotide , dans laquelle il semble que ce que nous appelons la disposition des vaisseaux soit la disposition dominante; au lieu que dans les maxillaires et les sublinguales , les secousses et les trémoussement sont beaucoup plus évidens. Ces glandes étant flottantes ne devoient:clles pas être plus exposées à l’action de ces causes que les parotides ?

Les molaires sont placées de manière qu’elles ne peuvent pas être extrêmement secouées , et comme elles sont entourées d’une substance graisseuse et qu’elles sont mollasses elles-mêmes, il paroît qu’elles ne sont pas fort sensibles.

Mais leurs conduits excrétoires suivent , comme nous le disions ailleurs (§. xvin) , la disposition des fibres du buccinateur ; de sorte que toutes les fois que ce muscle entre en contraction , et qu il se relâche ensuite , il arrive des relâçhemens et des resserremens alternatifs aux conduits des molaires. Ils sont continuellement en mouvement , raccourcis , ridés ou allongés. Ces mou-

vemens sont la principale cause de l’excrétion , parce qu’ils rendent les conduits plus libres dans certains temps que dans d’autres , et parce qu’en les secouant ils doivent animer le corps de la glande qui ne laisse pas que d’être agitée dans les mouvemens de là mâchoire.

Cheselden a cru que le conduit de la parotide passoit par-dessus le masseter , afin qu’il ne fût pas comprimé. N’auroit-ril pas pu être disposé comme le conduit des molaires et celui des maxillaires?

Les couches glanduleuses de la bouche et de l’arrière-bouche ne fourniraient pas grand’ chose si elles n’étoient pas irritées , ni exci, tées autrement que par des irritations qui suffisent sans doutç pour réveiller des glandes assez délicates.

On peut donc dire que , Quoique les conditions de l’excrétion pe trouvent, absolument parlant, dans toutes les glandes salivaires, il s’en trouve certaines dans lesquelles une des quatre prévaut sur les autres ) ce qui , dans le fond , revient à peu près au même pouf l’excrétion,

§. LXXX. L’excrétion de l’humeur des glandes lacrymales.

Quoique ces glandes ne puissent pas être comprimées , comme nous l’avons prouvé (§. xx) , il est certain que le globe de l’oeil et quelques parties de ses muscles la frottent légèrement dans leurs mouvemens, et dès lors le corps glanduleux doit être agacé et séparer d’autant plus de sucs , que ses vaisseaux sont plus disposés à recevoir beaucoup de sang, par les çhangemens fréquens qui arrivent à ceux des musdes.

Les çhangemens des vaisseaux excrétoires paroissent être , au moins dans l’état ordinaire , la principale cause de l’excrétion de cette glande ; en effet, ces excrétoires, qu’on ne trouve pas tou-? jours aussi aisément qu’on pourroit se l’imaginer, sont très-délicats et très-fins -, ils descendent parallèlement , et peu obliquement , du corps glanduleux vers la paupière supérieure , qu’ils percent dans son intérieur plus ou moins près de son bord cartilagineux.

Cette disposition des excrétoires fait nécessairement que , lorsque . la paupière se relève , ils sont pliés et ridés , au lieu que , lorsqu’elle s’abaisse , ils sont plus droits et plus libres ; ces petites secousses , et les çhangemens des vaisseaux sanguins , suffisent pour faire couler une rosée insensible , qui doit humecter le devant de l’œil j cette mécanique a du rapport avec celle de l’excrétion du lait.

Il ne faut pas oublier que le contact de l’air , et celui des corpuscules qui y voltigent, les inflammations et autres causes irritent l’œil , et les bords des paupières qui communiquent leurs agace-? mens à la glande , qui-est par là avertie , réveillée et déterminée à l’excrétion.

Telle est l’excrétion ordinaire de l’humeur qui forme les larmes $ elle a encore quelque autre cause : par exemple , il est constant que lorsqu’on rit ou qu’on tousse , ou lorsqu’on fait quelque effort en suspendant l’action du diaphragme , l’humeur des larmes coule plqs abondamment , et cela dépend , comme dans la parotide ?

ANATOMIQUES. i37

changeinen9 T1* arrivent aux vaisseaux sanguins , surtout aux veines dans lesquelles la suspension de la respiration gêne le cours des humeurs. .

Il peut se faire aussi que les conduits faits pour absorber le reste ae l’humeur qui lave le devant de l’œil , venant à être serrés plus ou moins , laissent accumuler les sucs sur le globe de l’œil et soient cause qu’ils se répandent sur les joues; ce qui pourroit faire croire que l’excrétion est plus abondante.

4 Les larmes doivent être regardées comme une excrétion extraor-, êinaire des sucs de la glande lacrymale : elles se séparent abondamment dans quelques passions , et l’ excrétion dépend alors du resserrement des conduits absorbans , de la suspension de la respiration et des autres causes ordinaires , mais surtout de l’action particulière de la glande , qui a plus lieu dans cette circonstance que dans toute autre,

Ceux qui sont à même de pleurer sentent un étranglement plus ou moins vif vers les yeux et vers les paupières ; cet étranglement suppose une convulsion dans la glande et dans son voisinage , et à cette convulsion succèdent les. larmes, qui coulent suivant la force de la passion , et suivant la disposition du sujet. Quelle est la cause de l’écoulement des larmes dans certaines maladies ? Ne peut-on pas la connoître par ce que nous venons de dire , et n’en tireroiton pas de quoi éclaircir ce qui regarde le pronostic de l’écoulement des larmes dans les maladies ?

Nous n’avions pas parlé jusqu’ici de l’effet des passions pour l’excrétion des sucs séparés par des glandes; il revient à ce que nous avons appelé le spasme de l’organe, et nous en dirons quelque chose ailleurs.

Ainsi les larmes coulent par bien des raisons ; tantôt l’irritation est la cause principale , par exemple, lorsqu’il y a quelque corps étranger dans l’œil ; tantôt c’est la disposition spasmodique de l’organe, comme lorsqu’on pleure ; pour l’ordinaire , ce sont les secousses des .canaux excrétoires.

De sorte que les circonstances peuvent varier la cause de l’excrétion dans un même organe; et ceci pouvant être appliqué aux excrétoires des intestins , par exemple , peut devenir intéressant pour la pratique de la médecine.

Seroit-il possible d’expliquer , suivant ce plan , les dévoiemens qu’on nomme par relâchement, et ceux qu’on appelle par expression? Toutes les dénominations que les praticiens emploient tous les jours ne sont -elles pas au moins fort indéterminées et fort vagues?

§• LXXXI. Remarques sur le passage des larmes dans la bouche.

On croit communément que les larmes absorbées par le- conduit lacrymal sont portées dans le nez , et de là au gosier , en Passant par-dessus le voile du palais ; nous avons eu lieu de douter de cette opinion , et nous avons cru entrevoir que les larmes fèuvent passer du nez dans la bouche sans aller faire le tour par-

dessus le voile du palais , et que cela arrive au moins dans cer* tains cas.

Tout le monde connoît le trou incisif; nous l’avons vu si graiî(} dans un sujet , sans qu’il y eut la moindre carie , qu’il auroit contenu une grosse fève ; on trouve dans les sujets frais une espèce de conduit qui passe dans ce trou; les méthodes décrites par bien des anatomistes suffisent pour le trouver , quoi qu’en disent que], ques auteurs ; ce conduit paroît surtout évidemment dans lej oiseaux : il y a apparence que les larmes passent quelquefois dans ce trou , et voici les raisons qui nous le font penser.

Nous avons observé qu’en injectant doucement le sac nasal par son extrémité , qui est au grand angle de l’œil , et tenant la tête horizontalement , la liqueur venoit s’accumuler vers le bord antérieur des maxillaires , vis-à-vis le trou incisif; elle étoit dirigée et conduite vers ce trou par une espèce de rigole , qui paroissoit creusée dans la menfbrane pituitaire , depuis l’extrémité interne du sac nasal jusque vers l’endroit Ou se trouve le trou incisif.

D’ailleurs , il y a dans bien des sujets et dans l’endroit qui ré- j pond à ce trou , un fond ou un creux qui forme une espèce d’entonnoir où les larmes viennent se rendre lorsque le sujet conservé sa position horizontale ; la portion postérieure de la paroi inférieure des narines semble plus élevée que l’antérieure.

Enfin , chacun peut apercevoir que , lorsque les enfans pleurent, il sort de la partie antérieure du palais une humeur qui coule goutte à goutte, qui est limpide comme les larmes , et qu’on ne Yerroit pas couler si elle n’étoit très-abondante. : *

Cette route paroît pdus courte et plus propre pour les larmes, qui, si elles couloient par-dessus le voile du palais, pourroient tomber vers le larynx et ses appartenances; elles avancent en suintant ou en glissant lentement sur la membrane pituitaire ; ce qui arrive lorsqu’elles ne sont pas trop abondantes ; elles peuvent passer partout, s’insinuer comme dans une éponge, et humecter l’arrière-narine avec les sucs muqueux qui Vy séparent.

§. LXXXII. V excrétion des sucs de la thyroïde , ceux du

thymus et des autres glandes de la poitrine. : 1 ,

Les conduits de la thyroïde qui vont aboutir à la trachée (§. xliv), sont en grand nombre apparemment , et très-menus , afin que la liqueur , qui doit lubréfier la trachée , ne tombe point à grosses gouttes , ce qui Pauroit peut-être irritée trop vivement , mais pour qu’elle suinte comme une rosée très-fine et imperceptible, qui s’étend en couche très-fine dans tout l’intérieur du canal.

On voit surtout dans certaines femmes , qui parlent avec vivacité , la thyroïde s’arrondir et former une tumeur comme si elle se rouloit sur elle -même , ce qui vient apparemment de son érection , que l’on ne sent pas ici aussi évidemment que dans les autres glandes dont nous avons parle.

Les conduits thyroïdo-trachéaux ne peuyent pas changer de direction; ils sont collés contre le cartilage, mais ils sont sans doute susceptibles de quelque irritation; et ici la cause irritante}

ANATOMIQUES. i39

nui est l’air, est toujours présente ; il faut que la glande fasse une excrétion continuelle j elle abonde beaucoup en vaisseaux sanguins , qui favorisent sans doute l’excrétion pendant les mou* veroens du larynx.

La légère action de cette glande étant presque continuelle , on pe s’en aperçoit pas comme dans les glandes , qui dégorgent plus d’humeur dans un temps que dans un autre ; on voit seulement que la thyroïde est extrêmement agitée et secouée , ce qui doit favoriser l’excrétion , comme nous l’avons déjà souvent dit.

Le thymus et les autres glandes qui sont vers les bronches , sont perpétuellement en mouvement ; de sorte que si elles ont quelque humeur à jeter dans quelque cavité , elles ont les conditions qu’il faut pour cela, et la principale condition est l’agitation.

La glande œsophagienne est tiraillée et irritée par les alimens qui passent dans l’œsophage , et par les mouvemens propres de ce canal. ^

§. LXXXIII. U excrétion de l’humeur pancréatique.

La position du pancréas sur l’artère splénique , et vers les parties qui l’entourent (§. lvii), fait qu’il est continuellement en mouvement ; les artères le secouent à chaque pulsation ; il est comme en l’air y il ne résiste point à ces secousses, bien différent en ceci des parotides ; il ressemble plus aux maxillaires.

Toutes ces secousses tiennent les nerfs , qui sont très-nombreux dans cet organe , perpétuellement en haleine , pour ainsi dire j ils sont tirailles et irrités } ils doivent donc être presque continuellement en jeu.

Mais ils reçoivent de nouveaux agacemens par le moyen de ceux du duodénum , avec lesquels ils communiquent , et ces nouvelles irritations augmentent sans doute l’excrétion dans le temps de la digestion du duodénum.

Le conduit pancréatique est aussi disposé de manière que le duodénum ne sauroit se mouvoir qu’il ne soit tiraillé et redresse 5 nous observions plus haut qu’il est naturellement tortueux et comme en zigzag ; le tiraillement qui le redresse et qui 1 agace doit le rendre plus disposé à laisser passer le suc pancréatique , et sans doute il a sa propre force , comme tous les autres j il se redresse et il se tend , pour dégorger les sucs qu’elle contient.

Les artères sont assez nombreuses dans eette glande ; elles reçoivent plus de sang précisément dans le temps de la digestion , par cela même que l’artère de la rate e.n reçoit moins dans ce même temps , comme nous le dirons ailleurs.

Il n’y a point ici , comme dans les autres glandes , des muscles dont l’action puisse favoriser le mouvement du sang ; mais la rate souffre des modifications qui font que les choses reviennent au meme , par rapport aux artères pancréatiques ) elles reçoivent, en un mot , plus d’humeurs.

On pourroit peut-être avancer qu’une certaine langueur , que

,4o RECHERCHES

Lien clés gens sentent vis-à-vis le pancréas lorsqu’ils digèrent • ' vient en partie de la convulsion ou de la disposition spasmodiq^ de cet organe.

Mais pour ne rien avancer au hasard , il suffit de dire que ]Çj nerfs du pancréas sont évidemment irrités lorsqu’il doit faire son excrétion, et que ses vaisseaux reçoivent plus de liqueur dans ce même temps-là ; ces deux dispositions sont évidentes.

Il paroît d’ailleurs que le pancréas est continuellement agité par les parties que les mouvemensde la respiration font remuer ceci est particulier à cet organe ; nous n’en avons point vu qu| lui ressemble par cet endroit ; ils ont tous un temps de repos , et celui-ci n’est jamais livré à lui-même ; il doit apparemment toujours faire plus ou moins d’excrétion; la liqueur qu’il sépare est nécessaire en tout temps ; il y a des momens où elle doit couler en plus grande abondance, mais elle coule toujours; faut- il compter à cet égard sur toutes les expériences qu’on a faites au sujet de l’écoulement du sac pancréatique , et en général sur ce qui regarde cet organe ?

Plaçons ici ce que Boerhaave a remarqué sur la proximité du cœur, par rapport à cet organe; il à pu se tromper en indiquant que le pancréas est plus près du cœur que les parotides ; mais il a eu raison d’avancer que cette proximité favorise une copieuse séparation ; les humeurs abordent en quantité , et elles ont beau-, coup de mouvement.

Il est vrai que la disposition de l’organe peut tout changer ; s’il est serré il recevra beaucoup moins de liqueur que s’il est lâche ; le cœur lui-même ou ses artères coronaires ne reçoivent pas plus de sang que les vaisseau^ des autres parties , qui sont de même calibre ; reste à savoir si la circulation ne s’y fait pas plus vite. C’est une autre question qui nous écarteroit de notre sujet.

Enfin , il est évident que le pancréas est irrité pour faire son excrétion , et que la disposition de son conduit change tout comme celle de ses vaisseaux sanguins ; nous trouvons donc ici quelquesunes des conditions pour l’excrétion ; voyons si l’érection du pancréas ne peut pas être prouvée.

§• LXXXIV. Observation qui a peut-être du rapport avec V action du pancréas.

Il y avoit en 1746, à l’hôpital de Montpellier , un malade âge d’environ trente ans , qui paroissoit fort, bien constitué et qui étoit d’un tempérament sanguin ; il avoit la fièvre continue, avec des redoublemens et un vomissement qui veùoit par paroxysmes, sans qu’il nous fût jamais possible d’observer un ordre bien exact dans ces attaques de vomissement.

M. Serane fils mit en œuvre tout ce qu’il trouva convenable ; le vomissement persistoit toujours , et le malade se plaignoit d’une douleur vers l’épine du dos , entre le cartilage xypoide et le nombril.

Après de mûrs examens on soupçonna un embarras au duode-* num ; les vomissemens diminuèrent ; le malade ne sentit plus sa

ANATOMIQUÈS. ï^t

Couleur ; il eut quelques frissons irréguliers ; il vécut quelques jours allant toujours en affoiblissant , et il mourut.

Le cadavre étant ouvert , on trouva la vésicule du fiel pleine d’une liqueur épaisse et noirâtre , et le pancréas squirrheux et fort gros ; les autres parties étoient dans leur élat naturel : on trouve dans les auteurs bien des observations sur les squirrhes au pancréas ; nous en avons trouvé plusieurs. Rivière dit avoir guéri uni malade dans lequel le pancréas étoit squirrheux * etc.

Quoi qu’il en soit , il paroît que le pancréas étoit la cause dû vomissement de notre malade; mais comment? Il ne paroît pas que la question soit aussi aisée à décider que bien des gens le pensent.

Si l’on dit que le pancréas Squirrheux gênoit le duodénum et l’estomac, nous ferons remarquer qu’il y a bien des sujets dans lesquels le pancréas se trouve squirrheux sans qu’ils aient été sujets au vomissement immédiatement avant leur mort , et que d’ailleurs le vomissement cessa dans notre malade vers la fin de la maladie , lorsque le pancréas étoit plus près d’être squirrheux.

Si l’on dit que le pancréas ne séparant point le suc qu’il sépare ordinairement, la bile qui séjournoit elle-même dans la vésicule faisoit une impression trop forte sur le duodénum ét le mettait en convulsion , nous pouvons répondre qu’outre que le malade buvoit abondamment des liqueurs propres à émousser l’activité qu’on veut que la bile ait eue, le vomissement a cessé précisément vers la fin de la maladie , ou lorsque cette glande étoit squirrheuse ; enfin , il ne faut pas oublier qu’il y a des gens qui vivent avec le pancréas squirrheux, sans que leur bile irrite trop le duodénum , etc.

N’étoit-ce pas , dans le cas dont il s’agit , une fièvre compliquée avec une disposition inflammatoire du pancréas , comme il y en a qui le sont avec l’inflammation de la parotide ? Le pancréas enflammé , et par conséquent fort sensible , étoit le siège du mal que le malade sentoit , et lorsque le pancréas lui-même entroit en action, les douleurs augmentoient et les convulsions aussi , etc.

Ainsi il arrive quelquefois que , lorsque les parotides étant gonflées , ou le dedans de la bouche étant enflammé dans ce qu’on appelle des fluxions, on veut manger, les douleurs augmentent prodigieusement , et l’on n’est tranquille que lorsqu’on s’est défait Ae ce qu’on mâehoit.

Le duodénum où l’estomac irritoient dans notre malade le pancréas déjà enflammé , et ses irritations excitoient des convulsions , qui vinrent à se calmer lorsque l’inflammation ayant parcouru scs temps , le pancréas fut devenu squirrheux. Il étoit insensible alors , il ne sèntoit plus les irritations , ét ce qui étoit le symptôme de son agacement , les douleurs , le vomissement ou les convulsiQns de l’estomac et du duodénum cessèrent. La fièvre alla son ra’n 5 et elle porta sur le principe de la vie , etc.

Nous avons vu une fille fort sujette à des convulsions extraormaires des viscères , jusqu’à ce que sa matrice fût devenue, squirrheuse , ce qui revient au cas dont il est question , et à d’autres

pareils que nous pourrions rapporter. Contentons-nous de con. dure que le pancréas a dans certains temps une espèce d’érection comme les mamelles et les autres glandes.

Ajoutons que le pancréas est impair , ainsi que la glande pituj, taire. Le corps de la thyroïde et le thymus lui-même peuvent être regardés comme composés de deux lobes qui font deux glandes Le pancréas est unique , aussi-bien que la glande pituitaire. Il es't situé à la partie moyenne du corps , c’est-à-dire vers son axe M. Winslow l’ appellerait glande symétrique: cette observation

Î>ourroit avoir son usage s’il falloit examiner ce qu’on peut appeler c raphé général, qui divise le corps en deux parties égales , à droite et à gauche , ce dont il n’est pas question dans les auteurs.

§. LXXXV. Excrétion des reins .

In est évident que les gros vaisseaux que le rein reçoit lui por. tent continuellement une grande quantité d’humeurs, et apparemment c’est pour que l’excrétion de l’urine ou son transport vers la vessie , qui doit passer pour la véritable excrétion , se fasse continuellement.

L’arrangement que nous appelions la disposition des vaisseaux, est donc la disposition dominante dans cet organe. Nous ne trouvons pas aussi aisément dans les reins les signes de l’irritation , ni ceux des efforts spasmodiques. Les maladies nous font pourtant voir que les reins sont quelquefois irrités et qu’ils sont quelquefois en convulsion.

On serait tout d’un coup porté à croire que le rein est une glande différente de toutes celles dont nous avons parlé. Sa structure, sa position , la sécrétion qu’il fait continuellement paraissent indiquer qu’il -n’est qu’une espèce de crible sans beaucoup d’activité , et qui ne sert qu’à filtrer les humeurs qui y viennent en grande quantité , sans qu’il y ait des causes évidentes qui les y dirigent plus dans un temps que dans l’autre , comme dans les autres glandes.

Le rein agit toujours , et l’urine qu’il sépare sort dans tous les temps presque également. Il ne paraît pas au moins que cette liqueur doive sortir en plus grande quantité dans un temps que dans un autre , si on excepte celui oh les vaisseaux sont pleins de sucs.

L’urine est une humeur excrémentitielle : elle est rejetée } elle n’a aucun usage. Au lieu que toutes les humeurs quùse séparent dans les glandes dont nous avons parlé jusqu’ici , ont des usages essentiels à des temps marqués.

Comme cette humeur excrémentitielle se sépare assez également en tout temps , il n’est pas possible de distinguer dans le rein le temps oh il agit, d’avec celui oh il n’agit point. C’est peut-être à cause de la continuité de son action , que celle-ci est devenue insensible , et qu’il a été nécessaire qu’çlle se fil sans des secousses qui n’auroient pas pu se continuer sans relâche.

Il faut appliquer au rein , par rapport aux aütres glandes , ce que nous disions de la parotide par rapport au testicule (§• tXJ&fy*

ANATOMIQUES. i43

Peut-être même l’action du rein n’est-elle si difficile à désigner que parce que nous manquons d’observations à ce sujet.

c LXXXVI. Digression au sujet de la grosseur des artères et des veines des reins.

0v pourroit faire une objection sur ce que nous avons avancé , que les vaisseaux, du rein étant fort gros , ils lui apportent une grande quantité d’humeurs , afin que la sécrétion soit abondante y et voici cette objection.

Les veines du rein sont aussi grosses à proportion que les artères. Il faut donc qu’elles charient autant de sang , si elles en laissent passer autant : il ne doit pas s’en perdre beaucoup par

l’excrétion.

Ceci nous meneroit à examiner si les veines ont le même rapport avec les artères, tant dans les parties glanduleuses où ils font une sécrétion abondante , que dans celles qui ne le sont point , et si ce qu’on a dit là-dessus est vrai. On raisonne communément à cet égard comme Boerhaave , qui a insisté pour prouver l’existence du fluide nerveux, sur ce que les artères qui vont au cerveau sont très-grosses y mais si les veines le sont davantage et dans des rapports égaux à ceux des artères des muscles, qu’a-t-on à répondre ?

On peut dire que la différence du mouvement dans les vaisseaux artériels et veineux doit donner la solution des difficultés qu’on propose. En effet, le sang coule dans l’artère rénale avec beaucoup de vitesse , il coule beaucoup plus lentement dans la veine. De là vient que quoique la veine soit plus grosse que l’artère , il n’y passe point dans le même temps autant de liqueur que dans l’artère , et que celle-ci peut en fournir une bonne quantité qui est employée à la sécrétion.

Si l’on presse l’objection , et qu’on dise que les veines et les artères sont dans le même rapport, tant dans les parties dans lesquelles il se fait une sécrétion abondante , que dans celles où il ne s’en fait presque point y si on dit , par exemple , que la veine f anale est aussi grosse respectivement à son artère , que la veine iliaque par rapport à la sienne y or cela ne devroit,pas être encore un coup , à moins qu’on ne prouve que la vitesse des humeur^ est plus grande dans la veine iliaque que dans la rénale , etc.

Avouons que si les faits sur lesquels on établit cette objection sont constatés , si dés mesures prises avec exactitude les démontrent, et que s’il est possible de prendre ces mesures comme il faut , il n’est pas aisé de répondre à l’objection dont il s’agit. On ne peut pas le faire au moins d’une manière satisfaisante , puisqu on pourroit encore demander pourquoi le mouvement du sang est moins rapide dans les veines que dans les artères ; pourquoi il a fallu que cela fût ainsi , etc.

On pourroit même ajouter que la grosseur des veines ne parois- *ant avoir été faite que pour qu’elles fussent des espèces de réservoirs qui pussent contenir plus ou moins de liqueur dans les différons temps , il semble que ces humeurs peuvent non-seulement ajourner dans les veines, mais même y être tellement pressées,

!44 RECÎïÈitCliËS

qu’elles peuvent y prendre un mouvement de reflux , ou èontràir,, ' aux lois qu’on prescrit ordinairement à la circulation.

Il n’est pas douteux qu’allant ainsi d’une question à l’autre , 0n ne puisse augmenter les difficultés y et on çe voit pas comment i\ faudroit répondre à un homme qui voudroit savoir d’une façon bien déterminée , si le mouvement de circulation est égal dans tous les organes $ s’il n’y en a point dans lequel lë‘ mouvement du sang veineux est beaucoup plus fort que dans d’autres ) si ]e sang ne peut pas refluer dans les veines , et jusqu’à quel point les valvules , quand il y eu a , peuvent empêcher ce reflux.

Il ne paroit pas bien enfin j qu’en suivant les idées qu’on a de la circulation dans les écoles , où l’on n’examine ce mouvement et tout ce qui y a quelque rapport , pour ainsi dire , qu’en gros ■ et surtout sans faire mention des observations qu’on peut faire sur les malades, on eût sitôt répondu à bien des questions qui ne sont pas de notre sujet*

§. LXXXYII. Exposition résumée de ta mécanique de î excrétion des glandes.

Concluons , en résumant tout ce quë nous avons détaillé jusqu’ici , que l’excrétion des glandes dont il a été question jusqu’à présent , ne se fait pas , comme on l’avoit avancé ,. par la compression du corps glanduleux, mais par Y action propre de V organe y action que certaines circonstances augmentent , comme lès irritations , les secousses et les dispositions des vaisseaux du même organe*

Ces circonstances Ou des changemens paroissent les uns mieux que les autres dans certains organes ; mais ils sont nécessaires pour l’excrétion , qui dépend principalement d’une espèce de convulsion ou d’état spasmodique de l’organe , que nous avons appelée érection.

Ajoutons que chaque glande ayant besoin , pour agir Ou pour travailler à l’excrétion , de se replier, ou dè se rouler sur ellemême, de se gonfler et- de Se durcir , il a fallu que la nature ménageât les parties qui environnent les glandes de façon qu’elles ne les gênassent point : aussi le détail a-t-il fait voir que chaque glande a , pour ainsi dire , sa niche particulière , où elle peut contourner librement.

Ce qu’il y a de particulier , c’est qu’il fàljoit accorder cette liberté avec une position convenable pour que la glande fût secouée et agitée , ou excitée par les parties du voisinage sans eu être comprimée j on a vu comment tout a été admirablement proportionné pour la même fin.

Yoilà bien des propositions qui paroîtroient tout d’un coup pa" radoxes , en suivant l’opinion commune ; mais nous croyons avoir' démontré qu’elles sont évidentes , et que le système ordinaire ne sauroit subsister tel qu’on l’a donné jusqu’ici, à moins qu’on nff lui donne quelque modification particulière.

ANATOMIQUES. t45

c aXXVIII. Première objection tirée de ce que nous avons * avancé que les glandes avoient besoin dé être réveillées ou excitées pour agir.

On peut demander pourquoi lés irritations , les secousses, ou quelque autre changement des organes glanduleux sont nécessaires pour qu’ils entrent en action; ce que nous avançons en disant qu’ils ont besoin d’être réveillés , a-t-il quelque fondement

raisonnable?

Il paroît que la machine a été disposée de manière qu’une fonction est la cause d’une autre , au point qu’il y a un enchaînement d’actions qui se succèdent , et qui sont en quelque façon les unes les causes des autres.

D’ailleurs , ne pourroit-on pas dire que les nerfs sont dans un corps glanduleux relâché , comme engourdis et hors d’état d’agir à moins qu’une force nouvelle ne les excite ? Il est vrai que nous ne savons pas d’où cela vient; mais le fait n’en est pas moins réel , et si on y prend garde , on aura lieu d’apercevoir que les parties qui ne sont pas des glaijdes sont pourtant sujettes aux mêmes variations.

Ainsi un homme qui sort d’un profond sommeil a les yeux ouverts pendant un certain temps , et ne voit pas les objets distinctement , à moins que les rayons de lumière n’aient excité , pour ainsi dire , et réveillé sa rétine. On peut aisément appliquer à l’oreille ce que nous disons de l’œil.

On sent même que, dans ce qui regarde le tact, l’organe est d’abord excité par la solidité en général , avant qu’il puisse distinguer tel ou tel objet.

Il y a dans chaque sensation particulière une espèce de sensation générale qui est , pour ainsi parler , une base sur laquelle les autres sensations s’établissent ; il n’est pas aisé d’expliquer ce qu’on sent sur ces matières; mais il semble qu’il est évident qu’il faut distinguer dans chaque organe l’impression générale que fait' un obje^i d’avec les impressions particulières qui caractérisent la sensation.

Ainsi l’action de l’air sur l’organe de l’ouïe le dispose de manière? qu’il est propre à recevoir les différens tons; la lumière en général ou en gros excite aussi la rétine, et la rend propre à apercevoir ou à recevoir l’impression des différens rayons , et celle de leurs modifications.

L’impression que font les rayons de l’air et ceux de la lumière tombans en foule sur l’organe , n’est-elle pas bien différente de celle que font les rayons particuliers différemment modifiés? La première ne peut-elle pas être regardée comme une secousse qui avertit, pour ainsi dire, les nerfs? C’est une espèce de tact; mais l’autre suppose la disposition que la première impression a excitée.

Ceci paroît mieux dans les sensations des saveurs ; un corps sapide est d’abord appliqué sur la langue; il cause la sensation “u tact avant de causer celle du goût , et on s’est aperçu que la

langue étant, irritée et excitée par le corps Sapide agissant d’abord par la simple impression mécanique, les papilles s’avancent et viennent au-devant des corpuscules qui doivent exciter la saven-. la langue a ses papilles lorsqu’elle ne goûte pas , comme l0rsi. ' qu’elle goûte ; mais dans le prenlier cas ces papilles sont affaissées' au lieu qu’elles agissent en s’élançant en dehors dans le second ' Nous pensons qu’il en est de même dans les organes glanduleux ; ils doivent être excités pour agir; nous ne trouvons point d’autre usage des secousses , des irritations , des frottemens et des autres changemens auxquels les glandes sont exposées avant le temps de l’excrétion , et même pendant qu’elle se fait , ce qui fait bien voir la nécessité de ces sortes de secousses : les nerfs ne se soutiendroient pas long-temps dans leur action s’ils n’étoient irrités *à chaque instant.

Qu’on fasse aussi attention à ce qui se passe dans les organes musculeux : un homme qui va faire un effort essaie ses membres ■ on le voit se préparer à l’action ; il s’étend , il se tiraille ; que font tous ses mouvçmens , qui paroissent bien évidemment dans un animal en colère , et qu’on retient? Ne doit-on pas les regarder comme des secousses préparatoires qui disposent les organes et qui les remontent?

Enfin , ce qui arrive aux membres engourdis est encore une preuve de ce que nous prétendons; comment les remet-on* à leur ton? C’est en les tiraillant et en les agitant. Il est des gens qui sentent une espèce d’engourdissement aux parotides lorsqu’ils sont à même de manger ; c’est un trémoussement qui se dissipe à proportion que la salive coule ; il est évident que les nerfs de ces glandes ont passé de l’état de l’inaction à celui de l’action; et la nature , pour les préparer , a ménagé des irritations et des secousses légères qui. favorisent extrêmement ces changemens.

Encore un coup on ne sait pas comment cela se fait , et il seroit bien à souhaiter que des gens éclairés voulussent examiner cette question , et tâcher de déterminer ce qu’il y a de passif et ce qu’il y a d’actif dans une sensation , dans une excrétion ou dans quelque autre fonction.

§. LXXXIX. Seconde objection tirée de la différence des corps glanduleux , qui ne paroissoient pas tous faire leur excrétion par la même mécanique.

Comme nous sommes convenus dans plus d’un endroit qu’il y a quelque différence dans la façon dont les différentes glandes font leur excrétion , on peut dire que cette différence même prouve que la cause que nous avons assignée n’est pas la véritable , puisqu’elle ne convient point à toutes sortes d’organes.

Il est vrai que les organes sont différens à certains égards ; nous l’avons déjà dit; mais nous avons fait remarquer que l’excrétion dépend de plusieurs causes diversement combinées. Pourquoi répéter ici ce qui a été dit ailleurs à ce sujet? On trouvera dans les §• ixx et lxxxiii de quoi résoudre l’objection dont il est question. Mais avant d’aller plus loin , il est bon de faire quelques remar-

ANATOMIQUES. ï47

ques sur les différences qu’on peut trouver dans les organes par rapport à la manière dont ils font leur excrétion.

Le s testicules , par exemple , lorsqu’ils se vident avec les vésicules séminales, ne le font ordinairement qu’au moyen des convulsions ou des secousses qui se font elles -memes aux dépens de toute la machine ; on diroit que tout est suspendu pendant cette excrétion , et par cette secousse qu’on appelle épileptique ; on peut donc avancèr que toute la machine est du ressort ou du département du testicule en quelque façon.

L’action des mamelles n’est pas à beaucoup près aussi vive ni aussi étendue j elle se borne au corps de la mamelle , à quelques parties de la poitrine et à la matrice ; les mamelles , s’il est permis de parler ainsi , ont donc un département beaucoup moindre que les testicules.

L’action de la parotide ne se fait sentir qu’aux, pues et aux parties du voisinage ; elle est' encore beaucoup plus bornée que les précédentes ; il faut se souvenir à ce sujet de l’histoire qu’on trouve dans les Mémoires de V Académie , année 1740 ; on y parle d’un homme dans lequel tout un côté des joues suoit à grosses gouttes lorsqu’il mettait un peu de sel sur une portion de la langue de ce côté , qui étoit comme excorié ; le changement qui survenoit à la joue dépendoit sans doute de l’impression que faisoit le sel siir les nerfs de la langue ; les nerfs étaient irrités , et ceux du voisinage s’en ressentaient : on peut dire que la langue étant irritée , ce qui étoit de son département s’en ressentait.

Nous ne pouvons pas savoir jusqu’où s’étend l’action du pancréas ; nous n’avons au moins rien de bien évident là-dessus ; on ne pourroit avancer que des présomptions ; il y a pourtant bien des choses à éclaircir là-dessus; il seroit à souhaiter qu’on pût avancer dans des connoissances de cette nature ; elles auroient leurs applications dans ce qui concerne les maladies , comme nous le dirons ailleurs.

Ajoutons qu’il paroît , par tout ce qui a été détaillé , que les organes dont les sécrétions sont le moins fréquentes, sont aussi ceux qui ont un département plus étendu , et qui se font avec plus d’effort ; au lieu que ceux dont l’action doit être souvent réitérée,, ne font presque point d’impression sur les parties voisines. Si l’excrétion de la salive avoit autant coûté au corps que celle de la semence , il n’auroit pas résisté à des convulsions si souvent réitérées, comme nous l’avons déjà dit ailleurs : tout ceci s’éclaircira dans la suite. ( Voyez §. cxvn et suivons.)

§. XC. Troisième objection tirée de' ce qu’il ne paroit pas quel

est le changement que l’action des ner/s doit faire sur l’organe

glanduleux.

On ne voit pas assez , dira-t-on , quel est l’effet que l’action des nerfs doit faire sur le corps glanduleux ; ainsi il est très-inutile de les remarquer si scrupuleusement. :

Ne nous arrêtons point au faux raisonnement contenu dans cette objection ; qu’importe , après tout , que nous sachions l’usage

l4g RECHERCHÉS

de l’action des nerfs , pourvu que cette action soit constatée?

Savons-nous bien la façon dont les nerfs changent les liqueurs que les glandes séparent? Les observations n’apprennent -elles pas que ces liqueurs sont d’autant plus actives et plus précieuses que l’organe qui les contenoit â été plus agité?

Il en est de tous les organes comme de ceux dans lesquels la vipère conserve son poison ; on sait qu’il est d’autant plus vif qUe l’animal a été plus mis en colère et plus agité ; la salive et les autres liqueurs ne sont-elles pas d’autant plus animées I, pour ainsi dire , que l’organe d’où elles sortent a été plus en convulsion? Tout paroît nous porter à croire que la chose est ainsi.

Il y a eu des physiologistes qui ont pensé que les nerfs allaient dégorger leur suc dans les glandes ; plus ils seront secoués et mis en action , et plus ils enrichiront les liqueurs de leurs esprits.

On peut toujours assurer qu’un organe qui est en érection sépare une liqueur beaucoup plus précieuse que s’il étoit relâché, soit que les nerfs agissent en fournissant du fluide nerveux , soit que la sécrétion se fasse d’autant mieux que les nerfs sont plus en action.

Cet usage qu’ont les nerfs pourroit suffire sans doute ; mais nous dirons ailleurs que leur action augmente et fait même la sécrétion proprement dite. {Voyez §. xcvm et les suivons.)

§. XCI. Remarques sur les conduits excrétoires des glandes.

Nous avons insinué , dans plus d’un endroit , que les conduits excrétoires des glandes reçoivent quelque modification particulière pendant l’excrétion ; de lâches et affaissés qu’ils sont , ils deviennent tendus et redressés ; ces changemens favorisent sans doute l'excrétion. {Voyez §. lxxVi, lxxviii, lxxxii.)

Il y a quelque chose à ajouter sur ces excrétoires; comparonsles tous à ceux des mamelles ; ceux-ci sont redressés et tendus dans le temps de l’excrétion; mais outre cela l’enfant , en tétant, les vide et attire ce qu’ils contiennent.

Cette attraction ou cette succion dépend de la modification que l’enfant qui tête donne à l’air contenu dans sa bouche, et de la façon dont il le dirige ; il fait en quelque manière ce que font les ventouses ; il diminue la résistance de l’air contenu dans sa bouche, et l’extérieur presse la mamelle d’autant plus efficacement. ,

Ne pôurroit-on pas avancer qu’il arrive quelque chose de semblable dans la plupart des autres excrétions, par exemple dans celle des parotides, leurs conduits répondent à la cavité de la bouche ? Ne semble-t-il pas que si la résistance de l’air diminue dans la bouche , les conduits salivaires doivent nécessairement se vider comme ceux du lait?

L’enfant paroît vider les conduits de toutes les glandes qui aboutissent à la bouche , à proportion qu’il vide les conduits de la mamelle de sa mère ; il se suce , il se tête lui-même , pour ainsi dire ; cela paroît au moins ainsi , et il semble que dans certaines altitudes nous vidons par cette mécanique les conduits des sali-

vaires , comme lorsque nous suçons et que nous attirons à nous quelque chose , etc.

Ce changement arrive-t il dans les autres excrétoires comme dans ceux des parotides et des autres glandes salivaires? Voilàce que nous ne déciderons point ; mais ne peut-on pas supposer qu’il arrive quelquefois que la portion du duodénum supérieure à l’orifice du conduit pancréatique vient à se contracter et à pousser ou à faire avance*- les matières qu’elle contient , l’air , comme les liqueurs et les autres matières j le mouvement de. cette portion du duodénum n’est-il pas une espèce de succion par rapport au conduit pancréatique , qui dégorgera son humeur dès que la résistance vers l’intérieur sera diminuée? Pourroit-on dire qu’ellp l’est en effet, puisque l’qir et les matières fuient et passent assez vite?

Num a vagina et utero , exprimi aliquandp dici posset semen , et ope rtioluum spasmodicprum attràhi et veluti spgi ?

Ainsi , outre tout ce que nous avons dit jusqu’ici , on pourroi ; peut-être avancer qu’il y a des parties combinées et disposées de façon qu’il y a quelques-uns de leurs mouvemens qui sont faits pour $uçer les co’nduits excrétoires.

Plaçons ici une remarque que nous aurions dû faire en parlant du rein ; il s’agit de son conduit excrétoire ou de l’uretère ) on connolt la route qu’il tient pour arriver à la vessie , et on sajt qu’il est sujet à des douleurs dans certaines maladies ; ces douleurs viennent périodiquement , et leurs paroxysmes sont plus ou moins marqués j ces douleurs ne supposent-elles point dans l’uretère une sorte de mouvement spasmodique qui indique lui -même qu’il y en a un à peu près semblable dans l’état naturel , et qu’on ne sent pas par les effets de l’habitude?

§. XCII. De quelques glandes dont il ri a pas été question jusqu’ici.

On nous accuseroit d’oublier bien des glandes si nous ne parlions pas des amigdales , des prostrates et des autres glandes de l’urètre , de celles de la peau, de celles des. intestins , des lymphatiques et des synoviales.

Ce que nous avons à dire sur toutes ces glandes , se réduit à fort peu de choses ) il faudra faire quelques remarques sur les lymphatiques et les synoviales.

Il suffit d’observer , par rapport à toutes les autres , qu’il paroît qu’elles font une classe à part , et qu’elles sont bien différentes de celles dont nous avons parlé ailleurs. Elles peuvent être regardées çomme des réservoirs dans lesquels les sucs croupissent , et où ils s’épaississent plus ou moins , et elles se défont de leur suc par une mécanique qui a quelque rapport avec l’action des autres glandes.

Il faut pourtant avouer qu’elles ont besoin d’être comprimées, au lieu que la compression nuiroit aux autres 5 les unes sont ac~ tives, et les autres peuvent être regardées comme passives à certains égards.

Par exemple , les amigdales sont situées entre les piliers du voile

du palais ; elles sont divisées en plusieurs sinuosités ou sillons qui se remplissent d’une espèce d’oing plus ou moins épais. Il n’est pasdouteux que , comme on l’assure communément , l’excrétion de cette matière grasse et onctueuse ne se fasse par la compression des piliers du voile , par les mouvemens de la langue , et par les frottemens des alimens. Ce sont des glandes qui se vident par la compression dans le vivant comme dans le mort j elle n’ont point d’action bien déterminée. Ce n’est pas que nous ne croyions qu’il est à présumer qu’elles ont une espèce de vie ou d’action particulière , ou qu’elles ne soient sujettes à des efforts spasmodiques ; mais certainement la compression peut les vider , et les vide en effet.

Il en est de même de la prostrate si on la comprime un peu dans le cadavre, elle se vide et il sort un suc épais et gluant ) la compression le fera sortir de même dans le vivant , au lieu qu’elle ne faisoit rien sur les glandes d’une autre espèce.

D’ailleurs la prostrate paroît avoir une action propre dans certaines circonstances ; elle est d’une substance intermédiaire à’celle qui forme les glandes actives et celles qui ne le sont pas. On a remarqué qu’elle a des muscles qui lui sont particuliers , et quoiqu’ils ne se trouvent pas toujours tels qu’on les a décrits , dépendant la glande est entourée de quelques fibres charnues qui peuvent la resserrer plus ou moins , et vider les criptes ou les petits réservoirs qui entrent dans sa composition.

On peut aisément appliquer tout ce que nous venons de dire aux follicules de la membrane pituitaire , à ceux de la bouche et à ceux des intestins , aux glandes céruniineuses et sébacées de la peau et de ses parties , telles que les yeux , les oreilles , la tête , le nez , les parties génitales de l’un et de l’autre sexe , les glandes de l’intérieur de la vessie , celles de la matrice , qu’on a prises pour l’ovaire , et celles qu’on a trouvées dans le rectum et à son bord , observant toujours que l’existence de ces glandes n’est pas aussi bien constatée que bien des gens le pensent. Devons-nous excepter celles qu’on a appelées de Cowper et de Litre ? Ne ressemblent-elles pas aux glandes actives ? Elles sont fort irrégulières et on ne les trouve pas toujours comme on les décrit. Elles ont beaucoup de rapport avec celles des intestins , qu’on connoît sous le nom des glandes de Peyer et de Brunner, et qui , lorsqu’on les rencontre , ne paroissent être qu’un amas de criptes.

Toutes ces glandes ne sont que des réservoirs qui ont sans doute quelque activité , mais qui n’en ont pas assez pour se vider par leur propre ressort ; elles ont besoin d’une force extérieure qui les exprime , et une fois vidées, elles emploient quelque temps à se remplir. Elles contiennent véritablement l’humeur qu’elles rendent pajr la compression , bien différentes en ceci des glandes actives.

Telles sont à peu près les glandes qui se trouvent sur la tête des poissons , et que les efforts de l’eau , dans laquelle le poisson nage , expriment pour que l’huile qu’elles séparent s’étende sur tout le corps écailleux de l’animal , qui concourt ainsi lui-même à s’enduire d’un vernis qui le préserve des mauvaises impressions de l’eau, et qui le rend plus mobile.

ANATOMIQUES. i5i

Telles sont aussi celles que les oiseaux, et surtout les aquatiques, comme les oies et les canards , portent sur l’extrémité de leur crouion • elles contiennent une humeur cérumineuse , que l’animal a soin d’aller chercher et d’exprimer avec son bec , pour en oindre

«lûmes et les rendre par là plus lissées , et moins sujettes à être pénétrées par l’eau-

§. XCIII. Les glandes lymphatiques.

Nous n’ajouterons rien à ce qu’on a dit jusqu’ici sur ces glandes-; nous dirons seulement que leur structuré et leurs usages ne paroissent pas assez bien développés. Mais faisons une remarque qui a quelque rapport à ce dont il est principalement question , c’est-àdire , à la compression prétendue de certaines glandes.

Il est aisé d’apercevoir que les lymphatiques ont toutes été placées précisément dans les endroits où elles sont le plus à l’abri de la compression. Celles du col , celles des aisselles , celles des aines , et celles du bas-ventre et de la poitrine , sont toutes beaucoup plus libres dans le lieu où elles 5e trouvent , que si elles avoient été'partout ailleurs.

Nous ne demandons qu’une attention fort légère de la part d’un homme qui connoîtra les parties , et il verra sans doute combien ce que nous avançons au sujet des lymphatiques est vrai ; c’est ici une affaire de simple inspection.

Or on dit ordinairement que les glandes lymphatiques séparent une liqueur particulière qu’elles renvoient dans les vaisseaux sanguins ; on en a fait autant de petits cœurs. Elles font une espèce de sécrétion et d’excrétion , et elles ont été placées de manière qu’elles sont comprimées le moins qu’il est possible.

Il est bon de faire usage de cette remarque par rapport à toutes les autres glandes. Si la compression avoit été nécessaire comme on l’a cru , les glandes lymphatiques seroient très-mal placées pour ■y être sujettes.

§< XCIY, Les glandes synoyiales au mucilagineuses des articulations .

Tous les anatomistes , depuis Have/s , ont regardé ces pelotons mollasses et irréguliers qu’on trouve dans les articulations , comme des glandes faites pour séparer un mucilage épais qu’on appelle synovie , dont l’usage est d’oindre les os et de les rendre plus polis.

Il est vrai que la façon dontHeister s’est expliqué sur cette maùere , paroît indiquer qu’il avoit quelque doute là-dessus. On diroit qu’il regarde ces corps mollasses des articulations , comme des corps graisseux tels qu’on en trouve dans les interstices de certains muscles.

M. Winslow dit qu’il y a dans les articulations des masses graisseuses par lesquelles les glandes mucilagineuses sont plus oit moins augmentées , et il croit que la synovie est formée en partie par les sucs que les frottemens expriment de ces muscles graisseux.

M. Lieutaud a avancé qu’on prétenjloit communément que la liqueur qui est dans les articulations , est séparée par des glandes »

mais/que les recherches inutiles qu’il a faites de ces organes , luj font penser que ce suc s’exprime au travers des ligamens , comme M. Winslow l’a aussi avancé avec bien d’autres.

M. Lieutaud ne paroît donc pas croire que les glandes mucila. gineuses existent. Ce que M. Winslow et M. Heisteront dit de ces glandes lui a-t-il fourni quelque soupçon ? Qu’est-ce qui l’a porté à aller plus loin que les deux autres anatomistes? Pourquoi ne donne-t-il pas des raisons de ce qu’il avance ? Suffit-il d’avoir prévenu le lecteur au commencement de son ouvrage , que ses principes sont- peu d’accord avec ceux des anatomistes ordinaires ? Voici ce que l’inspection et quelques expériences nous ont appris.

Il y a évidemment de la graisse dans les paquets qu’on trouve dans les articulations, on ne sauroit en douter ; il y a même des endroits où cette graisse paroît semblable à celle qu’on trouve partout ailleurs ; il y en a aussi qui ressemble beaucoup à celle qu’on rencontre dans certains endroits exposés aux compressions externes, comme la paume de la main et la plante du pied; elle est fort compacte , serrée , et comme grenue.

Il y a outre cela des parties qui paroissent glanduleuses au premier abord , elles sont rougeâtres et comme de petites franges flottantes , selon l’expression de M. Vinslow ; mais il faut avouer qu’elles ressemblent autant aux franges flottantes du colon qu’à des parties vraiment glanduleuses ; la rougeur ne décide pas que ce soit des glandes plutôt qu’une sorte de graisse compacte.

Trouve-t-on dans les articulations des parties grenues folliculeuses , vésiculaires qui ressemblent aux glandes conglobées ou conglomérées par leur solidité , par leur couleur et par le;ur poids? Trouve-t-on beaucoup de nerfs dans ces parties comme dans les glandes ordinaires? Voilà ce qu’il n’est pas aisé de décider; d’ailleurs comment trouver les différences de certaines parties graisseuses et de certains corps glanduleux?

Nous avons examiné ces parties de toutes les façons; ce que> nous voyions dans un sujet ne ressembloit pas à ce que nous apercevions dans l’autre; le poids respectif de la graisse, Celui des glandes et de cette substance inter-articulaire n’apprend rien, non plus que le soin que nous nous sommes donné d’exposer des portions de graisse , des glandes et des lambeaux de cette substance inter-articulaire à la pourriture , pour voir si elles souffriroient les mêmes changemens.

En un mot, sans nous déterminer à croire que les masses dont il est question ne sont pas des glandes , nous avouons que nous ne sommes pas convaincus qu’elles le soient , nous pencherions même assez volontiers pour l’opinion de M. Lieutaud ; nous attendrons de plus mûrs examens et des recherches multipliées ; mais quel est l’anatomiste qui peut espérer d’en faire à ce sujet autant qu’il en faudroit , puisque M. Lieutaud ne termine pas cette question ,■ quoiqu’il ait disséqué douze cents cadavres , comme il le dit luimême? peiÿ-être n’a-t-il pas cherché ces corps inter-articulaires dans tous ces sujets : quel nombre prodigieux d’observations n’auroit-il pas fait , s’il avoit examiné tant d’articulations I

ANATOMIQUES. x53

Railleurs il est fâcheux que cette question , si on veut l’examiner, puisse conduire les anatomistes à de nouvelles disputes sur les glandes » sur ^eur définition , sur leur nature , sur leur

port extérieur, etc.

r ïl en est comme de ce que quelques modernes avancent au suiet des corps solides qu’on trouve dans quelques articulations , qu’on a mis jusqu’ici dans la classe des cartilages , et qu’on veut aujourd’hui mettre dans celle des ligamens ; faudra-t-il revenir aux définitions des cartilages et à celle des ligamens , et rétablir sur ces matières bien des disputes préliminaires qu’on trouve dans les anciens , ët qui arrêtent le lecteur sans l’instruire ni l’amuser?

Quoi qu’il en soit , ces corps inter-articulaires qu’on regarde comme glanduleux , et qu’on fait exprimer par les frottemens , sont fort à l’abri des compressions y ils sont placés dans des cavités ménagées pour qu’ils aient leur liberté ; il y en a quelques-uns qui sont à peine secoués et qui suivent les mouvemens des articulations, sans qu’on sache encore bien évidemment quel est leur usage.

Quant au mucilage qu’on fait séparer par ces glandes , il y a apparence qu’il vient en partie des corps graisseux , comme l’a dit M. Winslow, et en partie des os y et apparemment les ligamens ont dans leur cavité quelques orifices d’où il suinte continuellement une rosée fine comme il en sort de tout autre cavité, etc.

§. XCV. Des sécrétions.

Nous disions au commencement (§. n) qu’après avoir parlé de^ l’excrétion des glandes, il ne seroit pas difficile d’en venir à ce qui regarde les sécrétions , dont il s’agit de chercher le mécanisme.

Il seroit fort inutile de répéter sur cet article tout ce qu’on en a dit y le.s physiologistes , comme on le sait , sont très-partagés sur cette matière y il suffit de dire que les deux opinions principales sont aujourd’hui celle de l’humeur analogue et celle de la disposition mécanique des organes , des circonvolutions , et des différens diamètres des vaisseaux.

On peut faire bien des objections contre chacune de ces opimonsj il paroît qu’on n’avanCe rien de troj) , en disant que les partisans des deux systèïnes ne sauraient résoudre d’une manière satisfaisante les objections qu’on leur a proposées jusqu’ici.

Ceux qui soutiennent l’humeur analogue ont-ils répondu comme il faut , et sans embarras , à ce qu’on leur oppose sur l’origine de leur humeur placée dans chaque glande? Ont-ils expliqué d’où vient que lorsqu’une glande a été imprégnée d’une humeur trèsdifférente de celle qui s’y sépare ordinairement , la sécrétion naturelle s’y rétablit?

D’ailleurs les humeurs changent beaucoup à proportion qu’on avance en âge y elles sont beaucoup plus doucas dans le fœtus que dans les adultes y d’où vient que celle qui fait son séjour dans les glandes ne tient pas de la nature de celles qui sont dans la masse

j54 recherches

des humeurs? Et si elle en tient , comment est-elle propre à faire la séparation des humeurs du fœtus et de l’adulte?

Il paroît aussi que la bile peut fort bien se mêler à burine et aux humeurs; par quelle mécanique s’en sépare-t-elle dans les filtres , au moins pour l’ordinaire , et pourquoi passe-t-elle par, tout quelquefois ?

Ceux qu’on nomme mécaniciens n’oseroient soutenir que Jes glandes qui séparent des humeurs de même nature soient disposées également ; on sait ce qu’on leur a opposé sur les positions du pancréas et de la glande parotide , et ce que Ruisch a dit des dispositions de tous les différens organes.

On sait aussi que les positions des vaisseaux qui vont aux glandes varient j ceux qui pour expliquer la sécrétion de l’urine dans le reincomptent sur l’angle droit que l’artère rénale fait avec l’aorte ne sauroient répondre aux observations qui démontrent que cette artère remonte quelquefois des iliaques , en faisant un angle bien différent d’un droit.

Telles sont à peu près les objections qu’on fait contre les deux sentimens ordinaires sur les sécrétions ; chacun de ceux qui soutiennent un système compte que celui de ses adversaires est renversé par les argumens qu’il propose , et tout le monde convient que ces deux sentimens n’éclaircissent pas beaucoup la cause et le mécanisme des sécrétions.

§• XCY1. Autres objections contre les deux sentimens ordinaires sur les sécrétions.

On petit réduire à ce que nous venons de remarquer tout ce qu’on a dit sur les sécrétions; nous n’aurions pas même parlé de cette question si nous n’avions eu quelque chose, à ajouter qui servira peut-être à l’éclaircir.

Remarquons d’abord qu’on semble négliger dans les systèmes dont nous avons parlé ci-dessus deux choses essentielles , et qui ont un grand rapport avec la principale question ; en effet , on ne parle point de la prodigieuse quantité des nerfs contenus dans chaque glande; on convient bien qu’ils y sont, mais on ne leur donne aucun usage ; à peine quelques physiologistes ont-ils dit qu’ils étoient faits pour porter du suc nerveux à la glande , et l’y mêler aux humeurs qu’elle contient.

Mais outre qu’on doit douter des fondemens de cette opinion , on peut avancer qu’il n’est pas vraisemblable que l’Auteur de la nature ait voulu perdre tant d’esprits animaux qui n’auroient aucun usage dans les humeurs excrémentitielles , ou qui y seroient portés en pure perte , puisque ces humeurs ne sont faites que pour être rejetées;

Il se peut que les humeurs qui doivent avoir quelque usage , soient vivifiées par des esprits ; mais on ne convient point que celles qui sont rejetées dès qu’elles sont séparées , comme la transpiration , l’urine , et les autres' excrémens , emportent, avec elles une grande quantité d’un suc si précieux , et dont la fabrique coûte tant.

ANATOMIQUES. i55

Ainsi nous sommes en droit d’avancer que la quantité des nerfs oui vient aboutir à chaque glande, mérite une attention particulière.

" £11 second lieu , on n’a pas parlé du mécanisme qui fait que les humeurs viennent en grande quantité dans un organe pendant que l’excrétion et la sécrétion se font. On s’est aperçu de la quantité de salive que les parotides séparent dans un repas , mais on n’a pas parlé de la cause qui dirige ainsi les humeurs vers un organe.

En troisième lieu , on n’a pas examiné aussi exactement qu’il le falloit d’où vient que la plupart des sécrétions sont suspendues, pendant le sommeil , par l’action de l’opium , ou par quelque irritation un peu forte , etc.

Il paroît que faute d’y avoir regardé d’assez près , on a négligé bien des circonstances qui éclaircissent le mécanisme des sécrétions , comme nous tâcherons de le faire voir.

§. XCVII. Remarques essentielles pour ne pas confondre les termes dont nous devons nous servir.

Il est reçu que la masse du sang contient , comme on dit , formellement toutes les humeurs qui en sortent. Cette proposition bien entendue , peut être admise comme un principe sur lequel j on peut tabler. *

' On évitera bien des disputes , si l’on distingue comme il faut ce qu’on peut appeler séparation des humeurs , d’avec ce qu’il I faut nommer leur sécrétion. Tous les viscères , toutes les parties , toutes les fibres , sont continuellement humectés par une espèce de vapeur , qui sort sans doute du sang et de ses vaisseaux. Elle s’évapore partout , elle perce tout , et peut-être fait-elle la matière de la transpiration proprement dite ; mais elle ne doit pas être regardée comme une véritable sécrétion.

Il en est de même d’une humeur aqueuse qui fait , pour ainsi . dire , la base de toutes les humeurs , quelles qu’elles soient. Cette espèce de sérosité ou de liqueur aqueuse passe partout , elle pénètre les plus petits vaisseaux , et cependant on ne peut pas dire quelle fasse une vraie sécrétion.

Si le sang ne contenoit que des parties purement aqueuses , s’il n étoit que de l’eau , tous les couloirs , toutes les glandes , tous les vaisseaux seroient remplis ni plus ni moins , tous les excrétoires laisseraient échapper la même liqueur , elle passerait partout ; friais formerait-elle ce qu’on doit appeler une sécrétion ? non sans doute.

Cette dernière remarque paroît essentielle : les mécaniciens s’en s°nt peut-être laissé imposer, pour ne l’avoir pas bien pesée. Ils °nt bien vu qu’à proportion que les vaisseaux diminuent, ils n’adfriettent que des liqueurs plus déliées ; mais est-ce là une sécrétion ?

H faut y prendre garde , il y a là-dedans une sorte de sophisme : a question de savoir pourquoi de deux liqueurs contenues^ dans e tronc d’un vaisseau, l’une passe dans une branche et l’autre ans une ramification différente j non-seulement pourquoi la pins grossière ne pénètre point la branche la plus menue , ce qu’il est iefr aisé d’expliquer j mais pourquoi la portion des humeurs la

plus fine n’enfile pas le vaisseau le plus gros : voilà ce qu’ü * examiner , comme nous le dirons encore plus bas. 1

§. XCVIII. Les sécrétions dépendent de V action des nerfs des glandes.

Nous pensons que les sécrétions dépendent surtout de l’action des nerfs qui se trouvent dans la glande , et que la sécrétion est tout comme l’excrétion , de la part de l’organe , une action parti» çulière qui fait qu’il s’arrange , popr ainsi dire , lui-même et qu’il se dispose à séparer une humeur.

En un mot , nous croyons que pour faire une sécrétion proprement dite , il faut , outre les mouvemens ordinaires des humeurs outre leur circulation , un autre mouvement particulier de U part de l’organe glanduleux.

Donnons les raisons de cette assertion, pour venir ensuite à ce que nous pensons sur la façon dont les nerfs agissent pour faire la sécrétion d’une liqueur particulière.

Stenon âvoit dit que les mamelles ont bien des nerfs , pour que l’excrétion du lait soit volontaire. Bergerus croit que les nerfs contribuent à la sécrétion en étranglant un peu les petites veines, afin qu’elles reçoivent moins d’humeur.

On trouve ainsi dans les auteurs quelques passages épars, qui prouvent , si on veut , qu’on a senti la vérité de ce que nous proposons ; mais il est évident que , comme je l’ai dit , on a négligé l’action des nerfs dans la sécrétion ; on n’en parle pYesque pas communément.

D’ailleurs , il s’agit de voir quelle est la façon dont nous croyons que les, nerfs agissent , et quelles sont les preuves que nous employons : on connoîtra aisément la différence de ce qu’on a dit jusqu’ici , et de ce que nous avançqns.

§. XCIX. Première preuve de Faction des nerfs dans les sécrétions. ' ,,

Les nerfs qui vont à une glande étant coupés , la sécrétion de cette glande est suspendue. Cette expérience n’est pas aisée à faire ; nous avons voulu la tenter , et nous avouons qu’elle n’a pas réussi aussi bien qu’on pourroit le penser; elle est pourtant reçue de tout le monde , et nous ne l’employons qu’ après bien des auteurs.

Elle prouve sans doute que les nerfs sont nécessaires à la secrétion ; mais on pourroit dire que ce n’est que comme ils le sont à tout autre partie, pour la faire vivre simplement) elle n’indique pas que les nerfs aient une action particulière ; et c’est là ce que nous voulons prouver.

On pourroit, en entrant dans certaines discussions, soutenir que cette expérience prouve en effet ce que nous avons avancé; mais nous l’abandonnons, si l’on veut; qu’on en conclue seulement que les nerfs sont nécessaires pour la vie de l’organe glanduleux , cela ne nous regarde point pour le présent , et nous passons à d’autres preuves.

f ANATOMIQUES. i5y

r C Seconde preuve de Faction particulière des nerfs dans là sécrétion.

La quantité des nerfs qui vont se rendre à tous les corps glanduleux , a surpris tous les anatomistes et les physiologistes ; on avoue généralement qu’elle est beaucoup plus grande , sans comparaison , que celle qui va aboutir à tout autre partie , excepté peut-être les yeux et quelque autre organe des sens.

” Dire que tous les nerfs d’une glandé servent simplement à sa vie , qu’ils ne sont faits que pour que la circulation se fasse comme il faut , c’est avancer une chose sans preuve , et s’exposer à être réfuté par l’inspection seule de tant d’autres parties, qui vivent tout comme les glandes , et qui n’ont pas autant de nerfs.

On sait aussi que , de toutes les parties du corps , les glandes sont les moins sujettes aux mouvemens auxquels on fait attention communément ; ces organes ont aussi , de l’aveu de tout le inonde , très-peu de sentiment.

A quoi donc seront bons tant de nerfs qui vont aux glandes? Il y en a pour la vie et pour le sentiment de l’organe; ce sera , si l’on veut, l’usage de la bonne moitié; mais il reste aussi des nerfs pour quelque chose de plus particulier.

Cette seconde partie des nerfs n’est-elle pas employée à faire la se'crétion et l’excrétion de la glande? Cette fonction est quelque chose de très-particulier , outre la vie générale , s’il est permis de parler ainsi, outre le mouvement et le sentiment.

Pourquoi ne pourroit-on pas comparer une glande à l’œil , par exemple? Il vit, il a du sentiment en général, et, outre cela, il a aussi la faculté de rassembler les rayons de lumière ; on peut dire qu’il a la faculté de voir ; il existe , quoiqu’il n’exerce pas actuellement cette faculté , etc.

De même une glande vit et existe sans qu’elle fasse actuellement sa sécrétion ; l’œil a reçu des nerfs pour vivre et pour voir , c’est ce qui fait qu’il en a beaucoup. La glande a de même reçu des nerfs pour vivre et pour faire une fonction particulière qu’elle exerce au moyen d’une partie dé ses nerfs; c’est la sécrétion.

§. CI. Troisième preuve de l’action particulière des nerfs dans les sécrétions.

On convient ordinairement que les sécrétions proprement dites sont suspendues pendant le sommeil ; or il est reçu que le sommeil vient de l’inaction des nerfs : il faut donc convenir aussi que le sommeil ne suspend les sécrétions qu’en diminuant l’action des nerfs. .

En effet , les vaisseaux sanguins vont toujours leur train pendant le sommeil ; la circulation se fait également quelquefois mieux et plus vite, malgré l’inaction de la plupart des nerfs; mais les secrétions ne se font pas : il est aisé de conclure que, pour qu’elles Se fassent, il faut une nouvelle action nerveuse , tout autre que

. ® de la vie simple ; car , encore un coup , les glandes vivent ni plus ni moins pendant le sommeil , mais elles- n’agissent point,

ou elles n’exercent pas la faculté qui leur est propre , et qui leur vient des nerfs.

Si l’on trouvoit à répondre à ce que nous avançons sur le sommeil au sujet de la suspension des sécrétions , on n’a qu’à se rappeler l’action du laudanum ; il suspend toutes les sécrétions , comme il •suspend bien d’autres fonctions , et on convient qu’il agit surtout en émoussant la sensibilité des nerfs ; il arrête l’action d’une glande , comme il arrête celle des organes des sens : n’est-ce pas en fixant l’action de certains nerfs , qu’il rend pour ainsi dire immobiles et sans sentiment ?

§. CIL Quatrième preuve de V action particulière des nerfs dans les > sécrétions.

La cause des sécrétions n’est-elle pas la même que celle qui les augmente? Une augmentation de sécrétion n’est, pour ainsi dire, qu’unè nouvelle sécrétion jointe à la première ; or il est évident que l’action des nerfs augmente la sécrétion. En effet , on n’a qu’à irriter une glande , Comme la parotide , on n’a qu’à augmenter l’action des nerfs , la sécrétion augmente jusqu’à un certain point ; elle dépend donc originairement de l’action des nerfs.

On pourroit peut-être opposer à cette preuve l’expérience de Lower, qui, après avoir lié les jugulaires d’un chien vivant, vit augmenter de beaucoup la salive ; nous accordons l’expérience (§. lxxvi) , elle ne conclut rien contre nous.

Il est évident que les veines étant gênées, la sécrétion doit être plus abondante , et peut-être les nerfs agissent-ils un peu en res- ' serrant les veines; mais il faut bien remarquer que tout ce qui se sépare dans une glande dont la veine est liée , ne s’j sépare pas, à proprement parler , par une sécrétion proprement dite , comme nous le disions plus haut (§. xcv); les vaisseaux sanguins apportent la matière de la sécrétion , mais les nerfs la font venir , ils la retiennent et ils la choisissent , comme nous le dirons dans la suite.

§. CIII. Cinquième preuve de l’action particulière des nerfs dans les sécrétions.

Tout le monde sait que l’imagination augmente certaines sécrétions , et on convient qu’elle agit sur les organes à la faveur des nerfs ; il est aisé de conclure que , puisque la tension que l’imagination cause aux nerfs augmente les sécrétions , ils doivent être regardés eux- mêmes comme les principaux instrumens de cette fonction.

On ne peut pas dire que l’imagination augmente les sécrétions en donnant seulement du mouvement aux humeurs , en faisant contracter le cœur plus souvent et plus vigoureusement; car si cela étoit, d’où vient que les sécrétions se font si difficilement dans le chaud de la fievre , quoique le mouvement du sang soit fort rapide alors ? cela dépend sans doute de la disposition des sécrétoires que la fièvre resserre trop, et que l’imagination met ordinairement à leur point; car il faut convenir qu’elle peut

ANATOMIQUES. ,5 c,

aussi arrêter Tes secrétions ; ce .qui prouve toujours ce que nous avons avancé.

Il seroit fort ennuyeux de rappeler ce qu’on sait que les passions produisent sur les secrétions de la salive , celle des larmes , de la semence , de l’urine et de l’estomac , etc. Il suffit de faire remarquer que tous ces phénomènes dépendent évidemment des changemens qui arrivent aux nerfs des organes.

§. CIV. Sixième preuve de V action particulière des nerfs dans les sécrétions.

La durée des sécrétions et leur suspension , après un certain temps , est encore une preuve de l’action dont il est question. En effet , les sécrétions se font à merveille dans une glande pendant quelque temps , et ensuite elles cessent. On a souvent beau exciter et solliciter l’organe . il ne donnera aucun signe de vie.

Une mamelle qui a fourni une certaine quantité de lait , ne fournira rien ensuite , à moins qu’en la suçant très-violemment, on ne fasse sortir le sang par quelque déchirure ; il faut la laisser reposer et se refaire. D’où vieiit ce repos ou cette suspension ? Les humeurs manquent-elles ? La circulation ne se fait-elle pas. à l’ordinaire ? N’en est-il point d’un organe glanduleux comme de tout , autre partie , qui , lorsqu’elle a été en action pendant quelque temps , vient à se fatiguer j ses nerfs ne sont plus disposés à l’action ; il faut qu’ils prennent de nouvelles forces par le repos : y a-t-il quelque différence entre ces phénomènes et ceux qui se passent dans les glandes ?

Dira-t-on que la glande ne rend plus rien lorsqu’ ellene contient plus d’humeur ; qu’il faut un certain temps pour qu’elle se remplisse? Cette objection est fondée sur ce qu’on paroît croire que tout cê qu’une glande rend pendant un certain temps , çst contenu et ramassé dans ses yaisseaux ; il n’est pourtant rien de plus faux , nous l’avons déjà remarqué ailleurs ( §. xiv ) et nous le dirons plus au long dans la suite. ( Voye% §. cvn. )

On qmurroit àussi objecter que nous avouons actuellement que l’irritation ne sauroit être la cause des sécrétions , quoique nous ayons dit plus haut (§. ci) qù’elle pouvoit l’être. Il n’y a point de contradiction dans ces deux propositions bien entendues -, tout dépend du plus et du moins , et du temps qu’on choisit pour irriter une glande.

Prétendroit-on que puisque les convulsions des nerfs dérangent et suppriment même quelquefois l’action des muscles, l’action modérée de ces mêmes nérfs ne fait pas le mouvement musculaire ? Il s’agit de mettre les choses à leur vrai point de vue , et fin évite par là bien des disputes.

§. CV. Autres preuves de la même action.

Il seroit facile d’insister , s’il le falloit , sur la comparaison d’une glande avec tout autre partie , et on pourroit prouver que comme - les nerfs ont deux usages dans un muscle , le premier de faire la

l6o RECHERCHES

vie proprement , et le second de faire le mouvement musculaire • de même ceux d’une glande ont aussi deux usages.

L’argument qu’on pourroit tirer en notre faveur de l’habitude que prennent les glandes qui acquièrent , comme tous les autres organes , certaines dispositions , ou qui les perdent suivant qu’on les néglige ou qu’on les fait agir , prouverait aussi beaucoup ; les mamelles , par exemple , viennent à perdre leur action si on ne l’entretient point. Il y a d’autres glandes qui acquièrent la facilité d’agir par l’habitude. Toutes ces vicissitudes ne paraissent dépendre que des nerfs.

Les rapports de certaines sécrétions les unes avec les autres pourroient-ils s’expliquer autrement? Ne faut-il pas avoir recours à l’action dès nerfs pour expliquer comment la matrice cesse d’agir, ou de recevoir des humeurs dans certaines circonstances ? Les mamelles entrent en action à leur tour , et séparent alors beaucoup plus de lait qu’elles n’en avoient séparé jusque-là.

Y a-t-il quelque chose de satisfaisant là-dessus , dans ce qu’on dit ordinairement du transport des humeurs par les anastomoses des artères? transport, après tout, qui ne pourroit se faire que par une action particulière des nerfs de la partie ôù les humeurs viennent en foule.

Les médecins suspendent tous les jours certaines sécrétions en agissant sur les nerfs des parties éloignées de celles dont ils veulent diminuer l’action. Ces dérivations et ces révulsions ne sont souvent que des secousses nerveuses dirigées de telle oa telle façon .

Enfin l'action nerveuse des glandes , ou leuÆffort pour la sécrétion , n’est-il pas évidemment prouvé par tource que nous avons dit de l’excrétion? Et comme nous nous proposons de faire voir que l’excrétion et la sécrétion sont souvent la même chose , nous pouvons conclure que l’action particulière des nerfs de la glande , est aussi nécessaire pour la sécrétion que pour l’excrétion.

§. CVI. Découvrir la façon dont les nerfs font la sécrétion dans une glande.

Il s’agit de découvrir actuellement comment les nerfs agissent pour faire les sécrétions -, nous avqps prouvé fort au long qu’ils agissent en effet.

On doit se rappeler que nous avons avancé que les humeurs abordent en grande quantité à une glande qui travaille actuellement à la sécrétion (§. xciv). Avant d’aller plus loin , démontrons cette proposition.

Ne nous arrêtons qu’à ce qui se passe dans les parotides pendant lin repas. Elles séparent , comme tout le monde le sait , une trèsgrande quantité de salive j on ne saurait dire qu’elle étoit toute contenue dans la parotide , puisque nous avons prouvé ailleurs qu’elle est extrêmement gonflée lorsqu’elle contient un peu d’eau ( §. xii ) -, elle n’est jamais aussi tuméfiée avant un repas ; elle ne contient donc pas alors autant de salive qu’il en faut pour mouiller deux ou trois serviettes , ce qu’on a fait avec la salive qui coule pendant un repas.

ANATOMIQUES. ,g£

Le sang vient à la parotide à proportion ,que la salive se vide , cela est évident ; il vient donc plus d’humeur à la glande dans le temps de la sécrétion que dans tout autre ; ou , si l’on veut , la même quantité de liqueur y est portée plus souvent , ce qui revient au même ; car enfin le repas étant fini , la parotide emploie presque tout le temps qu’il y a jusqu’au repas suivant , à séparer seulement la salive qu’il faut pour humecter la bouche ; cette quantité n’estelle pas moindre que celle qui se sépare pendant un repas?

Il est facile d’appliquer à tout autre glande ce que nous venons de dire de la parotide. Ce phénomène est évident , et pour expliquer comme il faut les sécrétions , il est nécessaire de commencer par en donner des raisons convenables ; il ne faut pas au moins le négliger comme on le fait ordinairement. {Voyez §. xciv. )

§. CVII. La cause de l’abord des humeurs vers une glande qui fait actuellement la sécrétion.

Cette direction des humeurs vers une glande , ne sauroit dépendre de la simple action du cœur , ou des lois générales de la circulation qui se fait de la même façon dans le temps de la sécrétion de la salive que dans tout autre. ■ „

On ne peut pas dire que la glande soit relâchée pendant le temps de la sécrétion , puisque , par ce que nous avons démontré , il paroît au contraire qu’elle se durcit , et devient plus solide ; ce qui supposer oit un resserrement plutôt qu’un relâchement. D’ailleurs n’avons-nous pas souvent remarqué que les nerfs agissent plus dans le temps de la sécrétion que dans tout autre ?

Comment donc expliquer ce phénomène? On diroit que les glandes agissent comme des ventouses; elles attirent, pour ainsi dire , les humeurs ; ce phénomène est certainement bien important même pour la théorie de bien des maladies , où l’on voit évidemment des transports d’humeurs très-indépendans des causes ordinaires de la circulation.

On sent bien que , suivant ce qui a été dit jusqu’ici , nous pensons qu’il faut attribuer le phénomène dont il s’agit à l’action des nerfs; et voici comment nous croyons qu’ils agissent.

Ils font venir le sang dans une glande en dirigeant et en augmentant la circulation dans cet organe , qui , si on peut le dire , fait lorsqu’il agit corps à part en quelque façon ; il emploie beaucoup plus de sang qu’il ne lui en falloit pendant son relâchement ; mais comment les nerfs agissent-ils donc? :

11 ne faut pas s’attendre à des démonstrations sur cette matière ; après tout , le fait n’est pas njoins vrai , quoiqu’on n’en sache pas bien la raison. Voici ce qu’on peut avancer là-dessus.

D’anatomie apprend que les nerfs accompagnent toutes les artères , et même on voit certains gros vaisseaux , comme ceux du bas-ventre , èngaînés dans des membranes comme nerveuses ; les nerfs serpentent autour des artères en les accompagnant; ils paroissent se saisir d’un tronc et le poursuivre jusqu’à ses dernières ramifications.

Eu supposant que les artères qui vont à chaque glande reçoivent

iga RECHERCHES

un surcroît de force par les nerfs qui s’attachent à leurs parois, on concevra que si ces nerfs viennent à agir un peu vivement , les humeurs seront portées d’autant plus vite du tronc du vaisseau vers ses ramifications, et le tronc venant à se relâcher et opposant moins de résistance à la colonne du sang de l’artère d’où il part, il recevra plus de sang à son tour, et ainsi de suite.

En un mot , la sistole des vaisseaux d’une glande qui est en action est peut-être beaucoup- plus forte que lorsqu'elle est relâchée ; la diastole est de même aussi forte à proportion , c’est pourquoi les humeurs viennent en quantité ; et ceci dépend de l’action des nerfs, qui partant d’un ganglion comme d’un centre, agissent vivement sur les vaisseaux qu’ils accompagnent , en les faisant battre beaucoup plus fort; nous ne disons pas qu’ils battent plus souvent : tout ceci pourra s’éclaircir dans la suite. {Voyez §. cxxviii.)

Il faut avouer que si les nerfs agissent en resserrant les petites veines d’une glande, ce resserrement pourra augmenter la matière de la sécrétion ; mais il s’en faut beaucoup que cette cause soit suffisante , d’autant mieux qu’il est aisé d’apercevoir que les veines d’un organe qui est en action reçoivent plus de sang que lorsqu’il est relâché , comme on le voit dans les muscles , et comme nous l’avons observé dans un homme qu’on saignoit de la jugulaire , qui , en remuant sa mâchoire, faisoit jaillir le sang de la veine et tomber la salive dans sa bouche.

On voit aussi que les veines jugulaires de plusieurs de ceux qui sont dans la salivation sont tout aussi pleines au moins que les , veines de ceux qui ne salivent point; ce dernier phénomène peut venir, il est vrai , de ce que le sang ne circule pas aussi aisément dans les veines , ce qui arrive dans Ceux qui ont ce qu’on appelle des transports d’humèurs vers la tête; on ne sait point si les veines n’ont pas alors une tendance au mouvement antipéristaltique : ce mouvement , enfin , que nous ne pouvons pas examiner ici , ne viendrait que de l’action des nerfs.

Les muscles qui sont dans le voisinage des glandes favorisent aussi le transport des liqueurs vers les organes sécrétoires ; il y a apparence que les musclés reçoivent moins de sang pendant leur contraction ; ils en reçoivent plus si on veut ; ces deux hypothèses ne nous regardent pas pour le présent; c’est assez qu’il paroisse que les mouvemens des muscles occasionnent celui des humeurs; nous avons déjà parlé ailleurs de cette action des muscles à l’égard des glandes. ( Voyez §. lxxv.)

§. CVIII. Comment se fait le choix des humeurs , ou la sécrétion , proprement dite.

Voici la principale question ; elle se réduit comme on l’a remarqué (§. xcv), à savoir pourquoi les parties les plus déliées des liqueurs ne passent point dans un vaisseau où les plus grôssières passent , et pourquoi cela arrive constamment , de manière que la même glande sépare ordinairement la même humeur, etc.

Les nerfs agissent dans une glande; ils préparent l’organe et

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dirigent les humeurs dans ses vaisseaux; ils font venir du sang qui contient toute sorte de liqueurs ; quelle est la force qffi choisit et qui sépare les différentes parties l’une de l’autre ?

Les nerfs eux-mêmes ne sont-ils pas la principale cause de cette séparation? Voici comment on peut concevoir qu’elle se fait : les humeurs portées dans les vaisseaux , ou si l’on veut dans les follécules des glandes , n’ont que deux routes à prendre , celle du vaisseau sécrétoire ou celle de la veine , ou peut-être celle des lymphatiques veineux ; les humeurs encore mêlées vont heurter aux orifices des petites veines et du vaisseau sécrétoire; mais ces orifices sont munis chacun de leur espèce de petit sphincter et de quelques fibrilles nerveuses; ils pourront donc se serrer ou se dilater selon le besoin , et cela arrivera suivant l’irritation faite aux nerfs ; une secousse trop forte fera fermer l’orifice du sécrétoire; une trop foible ne l’agacera pas assez pour qu’il s’ouvre; il faut un certain rapport entre la partie qui fait effort pour ouvrir les sphincters et les nerfs qui dirigent ses orifices.

La sécrétion se réduit donc à une espèce de sensation (i) , si on peut s’exprimer ainsi; les parties propres à exciter telle sensation passeront , et les autres seront rejetées ; chaque glande, chaque orifice aura , pour ainsi dire , son goût particulier ; tout ce qu’il y aura d’étranger sera rejeté pour l’ordinaire.

La tension que les chatouillemens et les petites irritations proportionnées au ton du nerf procureront fera la 'sécrétion ; le sphincter dirigé par des nerfs, pour ainsi parler, attentifs et insensibles à tout ce qui ne les regarde point , ne laissera passe?

(i) C’est encore ici une de ces métaphores qu’on doit nous permettre ; ceux qui examinent ces questions de près savent combien il est difficile de s’expliquer lorsqu’il s’agit de parler de la force qui dirige avec tant de justesse mille mouvemens singuliers du corps de l’homme et de ses parties ; on ne sait pas même de quels termes on doit se servir pour exprimer , par exemple , certains mouvemens des végétaux et même certaines propriétés des minéraux ; il y a eu des physiciens qui, frappés de c^s mouvemens , ont eu recours à des causes particulières ; nous parlerons ailleur’s de l’hypothèse de Stahl , qui prétendoit que l’âme dirigeoit tout dans le corps animal. Quoi qu'il en soit , on peut dire que toutes les parties qui vivent sont dirigées par une force conservatrice qui veille sans cesse ; seroit-elle , à certains égards, de l’essence d’une portion de la matière, ou' un attribut nécessaire de ses combinaisons ? Encore un coup , nous ne prétendons donner ici qu’une manière de concevoir les choses, des expressions métaphoriques , des comparaisons ; c’est en suivant ce plan que nous avions divisé les fonctions de l’homme comme il suit, en 1742, Thés, de sensu ih généré , consid , Monspel.

SECTIO I. De functionibus individui generalibus.

Caput I. De sensu in genere.

Caput II. De motu in genere.

SECTIO II. De functionibus individui cum evidenti motu et oçculto sensu. CAr. I. De circulatione.

Cap. II. De respiratione.

SECTIO III. De functionibus individui cum evidenti sensu et occulto motu, Chap. I. De sensibus vulgô externis.

Chap. II. De sensibus vulgô internis.

SECTIO IV. De functionibus individui peculiaribus,

Cap. I. De generatione.

Cap. II. De foetus functionibus .

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que ce qui aura donné de bonnes preuves; tout sera arrêté; ]e bon sera pris , et le mauvais sera renvoyé ailleurs.

Les nerfs de chaque glande ont leur ton particulier comme ceux de tous les autres organes. On a dit qu’on verroit par le pied si l’organe et ses nerfs étoient disposés comme il faut ; on peut dire de même que la séparation de la bile se feroit par la bouche , si les nerfs de la parotide avoient une autre sensibilité , ou , si nous osons l’avancer , un autre goût.

§. CIX. Remarques qui servent de preuves à ce que nous avançons.

Pourquoi ne pas comparer ce qui se passe dans les glandes à ce qui se passe dans le gosier , au sujet de l’air , des alimens et de la boisson? La glotte qui est extrêmement sensible , et trop vivement irritée par tout ce qui n’est pas de l’air assez pur , ne laisse passer en effet que cet air ; elle rejette le reste , et on peut dire qu’elle doit continuellement se tenir sur ses gardes ; on ne la surprend, guères ; n’a-t-il pas fallu qu’elle ait reçu du Créateur , outre l’épiglotte qui la couvre , une disposition particulière ? Ses nerfs ne sont-ils pas les dépositaires de cette vertu? Pourquoi n’en diroit-on pas autant de la moindre ‘glande ?

L’oesophage lui-même et l’estomac ont leur sentiment propre ; ils retiennent certaines choses , et ils rejettent ce qui ne leur convient pas. Nous dirons plus bas quelque chose de la comparaison des glandes avec l’estomac.

N’a-t-on pas admis dans les orifices des veines lactées de petits sphincters capables de dilatation et de resserrëment pour s’opposer au passage des matières âcres ? Le passage du cliile dans les vaisseaux lactés ne fàit-il pas une véritable sécrétion? ne l’âvoue-t-on pas. ordinairement ? Pourquoi ne pas raisonner sur une glande, sur ses nerfs et sur ses Vaisseaux, comme sur les intestins et sur ce qui les regarde ?

N’a-t-on pas dit, suivant un système qui a encore bien des partisans , que dans certaines circonstances , les trompes de Fallope s'érigent , se replient , et empoignent l’œuf préparé au passage ? Pourquoi chaque petit vaisseau des glandes n’auroit-il pas un mouvement et une action à peü près pareils? Le transport de l’œuf dans la matrice a bien des rapports avec les sécrétions : il faut choisir l’œuf, le saisir , le retenir , ne pas le laisser échapper , et le transporter à l’endroit de sa destination : si des nerfs, si de petits muscles font une fonction aussi importante , pourquoi ne pas leur confier ce qui concerne les sécrétions ?

Enfin chaque partie n’a-t-elle pas son tact ou sa disposition particulière ? L’œil ne sauroit souffrir l’huile que l’estomac retient à merveille , et celui-ci rejette l’émétique qui ne fait presque point d’impression sur l’œil. Pourquoi les glandes n’auroient-elles pas leur tact , ou leur goût particulier ? Elles ont des nerfs en abondance ; elles ont des ouvrages essentiels à faire ; il faut qu’elles s acquittent de leur dévoir à la miriute : pourquoi ne seroient- «Ues pas dirigées par l’action nerveuse qui suppose , pour agir ,,

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une espèce 5e sensation , ou d’action singulière de la part du corps qui excite les nerfs ?

§• CX. Autres remarques qui servent aussi de preuves *

Faisons un peu d’attention à ce qui se passe communément dans, les sens. L’œil se prépare à recevoir la lumière ) il se serre ou se dilate selon que les rayons lumineux sont plus ou moins forts : voufe diriez que la pupille et son sphincter ne laissent passer que les rayons qu’ils choisissent , en quelque façon j enfin l’œil sait se raccourcir, s’allonger, se porter deçà et delà, pour chercher et recevoir la lumière : ces actions ne sont dues qu’à ses nerfs.

L’oreille se tend , s’ouvre , se dispose enfin à recevoir les rayons sonores. Le sentiment du son ne sera jamais parfait qu’autant que l’organe se sera disposé comme il faut , etc.

Nous pourrions ajouter bien des choses sur les autres sens, on n’a qu’à consulter le §. xcvm et quelques autres : nous en avons dit autant qu’il en faut pour pouvoir avancer qu’on doit raisonner sur les glandes , à peu près comme sur les organes du sentiment. La comparaison nous paroîtra juste à bien des égards, jusqu’à ce qu’on ait bien fait voir la différence ou la disparité.

On pourroit encore en appeler à ce qui se passe dans les plantes , dont certaines parties / souvent aussi grêles que peuvent l’être les nerfs d’une glande, se plient, se contournent, et se disposent de mille manières pour travailler au développement du fruit , et à tout ce qui regarde là génération et les différentes distributions de la sève.

Ces mouvemens ne sont pas moins étonnans , et doivent être aussi prompts , aussi délicats et aussi bien dirigés que tous ceux que nous avons avancé que pouvoient faire les nerfs dans les glandes. Si tous les jîhysiciens admettent aujourd’hui les premiers , il paraît qu’on doit de même admettre ceux qui regardent les corps glanduleux.

Arrêtons-nous aussi à examiner quelque chose de ce qui se passe dans certains animaux , surtout dans quelques polypes dont on a découvert , il n’y a pas long-temps , des propriétés si admirables. Ces. végétaux animalisês , s’il est permis de slexprimer ainsi , sont munis , entre autres parties , d’une certaine quantité de petits prolongemens qui leur servent à chercher leur nourriture un peu loin , comme les racines servent aux arbres. Ces prolongemens sont étendus dans l’eau ; ils sont lâches dans certains temps j mais ils s’étendent ou ils se redressent lorsqu’il faut arrêter quelque insecte , ou quelque autre corps qui leur convient: ils font enfin ce qu’on ppurroit dire que font les racines des vaisseaux sécrétoires qui flottent , pour ainsi dire , dans les follécules des glandes , comme nous le dirons plus bas.

Les phénomènes qui se passent dans de petits animaux , ressemblent sans doute à ceux qui se passent dans les plus grands $ mais la petitesse et la structure particulière des organes des insectes et des autres petits animaux ont quelque chose déplus sur-

prenant , parce qu’on est moins habitué à les apercevoir , et à le* examiner.

D’ailleurs on croit aujourd’hui avec quelque fondement , que ces petits animaux , surtout les polypes , sont pour ainsi dire des êtres intermédiaires entre les végétaux et les animaux. Ils tiennent des deux règnes, et ils font mieux sentir les différentes nuances qui les distinguent l’un de l’autre , et ce qui leur reste de commun.

Ne doit-on pas avouer qu’il y a dans les animaux même les plus parfaits, des parties qui approchent plus du règne végétal que bien d’autres ? N’en trouveroit-on pas encore qui seroient intermédiaires entre les deux règnes? Ainsi un animal est composé xde différentes parties qui appartiennent chacune à différens “règnes de la nature.

Tout ceci éclaircit ce que nous avons supposé sur la vertu que nous avons attribuée aux glandes , vertu qui suppose , en suivant toujours notre façon de parler métaphorique , quelques nuances de sentiment, qu’il ne faut pas sans doute confondre avec le sentiment proprement dit.

Du reste l’opinion que nous avons exposée sur l’action des glandes , ou sur le mécanisme des sécrétions , a été soutenue avec éclat ', aux écoles de Montpellier en 1746» par M. Parade , docteur en médecine de la Faculté. (Voyez aussi Thés, de sensu in genere , Monspel. 1742.) -

§. CXI. L’ explication de certains phénomènes des sécrétions.

Nous n’avons rien à ajouter à ce que nous avons dit sur la cause des sécrétions : nous dirons plus bas quelque chose sur leurs retours périodiques. Il s’agit actuellement d’expliquer certains phénomènes dont on se propose de rendre raison , quelque système qu’on embrasse.

On demande d’abord pourquoi le sang passe quelquefois par certains excrétoires , comme dans ceux des reins , etc. On dit communément que cela vient de ce que les vaisseaux sont forcés , et qu’ils laissent par là échapper la partie rouge j mais , outre que ces cas sont fort rares pour cé qui concerne d’autres excrétoires cjue les reins , et qu’il n’est pas toujours aisé de décider si le sang contenu dans les urines vient de la vessie , de l’urètre , ou du rein , il semble qu’on puisse supposer que dans tous les cas , il n’y a pas précisément une dilatation de vaissèaux, mais de petites déchirures , de manière que le sang ne sort pas jirécisément par les sécrétoires.

Pourquoi l’urine ne pouvant pas se séparer dans les reins , passe-t-elle dans les autres organes , comme les glandes de l’estomac? Il semble que cette liqueur doit être regardée comme étant assez fine pour passer partout ; elle n’est que de l’eau chargée de quelques autres parties : nous avons dit que la portion aqueuse du sang pouvoit passer par tous les couloirs. D’ailleurs il n’y a qu’à dire de l’urine à peu près ce que nous allons dire de la bile. Cette liqueur s’épanche partout ; elle jaunit tous les sucs et toutes les parties , lorsque le foie ne la sépare point comme il

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faut ; il y a même apparence qu’elle reflue dans la masse des humeurs.

On pourroit dire que la bile est quelquefois si déliée et si affinée , qu’elle pénètre les moindres pores , et que , quoiqu’elle soit en- très-petite quantité, elle suffit toujours pour teindre les liqueurs. Elle teint dans les ictériques non-seulement l’ urine , mais la lymphe , et même l’humeur aqueuse de l’œil qui se sépare peutêtre par des pores. Il faut doue que la bile ait pénétré toutes ces liqueurs. On s’aperçoit aisément qu’elle traverse les pores de la vésicule du fiel , où elle séjourne ; en effet elle teint le colon et les autres parties du voisinage : ces parties si affinées ne pourroient-elles pas passer par les plus petits vaisseaux , et teindre toutes les liqueurs blanches ?

Rappelons ici ce qu’on voit dans les malades qui ont long-temps souffert la suppression de quelque excrétion : ils rendent sur la fin de leur maladie, par l’organe qui étoit affecté , beaucoup d’humeurs qu’on prendroit pour ce qui a été arrêté pendant toute la maladie.-

Un malade dont l’action du foie a été suspendue rend beaucoup de bile ; celui dont l’écoulement de l’urine a été suspendu rend beaucoup d’urine; celui dont la transpiration a été supprimée vient à suer copieusement , et ainsi de suite : ces cas ne sont pas rares. Si l’urine , si la bile et la transpiration retenues alloient inonder les autres excrétoires et se séparoient par leur moyen , comme il semble qu’on veuille le dire communément , il seroit étonnant qu’il arrivât ensuite des évacuations copieuses : car enfin d’où viendroient-elles ? Quelle seroit la liqueur qui les formeroit, si ce n’est celle qui a été retenue par la maladie dé l’organe ?

Ne pourroit-on.pas croire que dans toute liqueur séparée par des glandes , il faut d’abord distinguer la partie aqueuse ? Celle-ci , comme nous l’avons déjà dit , peut passer partout. Il y a aussi une partie extrêmement déliée , qui a les caractères de la liqueur qu’elle abandonne, et qui passe de même aisément par toutes sortes de couloirs. Enfin il y a dans toute sorte de liqueurs une portion qui forme , à proprement parler, l’humeur à séparer; celle-là séjournera peut-être dans la masse du sang ou dans l’organe ; mais elle ne se séparera point.

L’explication du dévoiement des humeurs dans un autre organe que celui pour lequel elles sont naturellement destinées , embarrasse , il faut l’avouer , quelque système que l’on prenne. On voit, par ce que nous venons de dire , à quoi il doit se réduire. On diroit presque que nous sommes portés à ne pas croire ce qu’on a avance sur ce dévoiement ; mais qu’en a-t-on dit ? Quel est l’auteur qui en a parlé comme il faut ? Les théoriciens qui ne voient pas de malades sont-ils en état de parler de ces matières ? Quoi qu’il en soit , voici ce qu’il semble qu’on peut avancer en suivant le système que nous avons exposé.

i°. Si le choix de J’humeur qui doit passer dans une glande se fait au moyen des nerfs , ce qui suppose une espèce de sensation particulière dans le corps glanduleux , il semble que les sensations

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des glandes ne sont pas si differentes qu’elles ne puissent suppléer l’une à l’autre dans certains cas. Quelle est après tout la différence de la bile et de la salive par rapport à l’impression qu’elles doivent faire sur l’organe ? elle se réduit au plus et au moins. Pourquoi le foie ne pourroit-il pas séparer , dans certaines circonstances , ce que la parotide sépare ordinairement, et réciproquement ? Il ne s’agit que d’un peu plus ou d’un peu moins d’aisance dans les vaisseaux de la glande , et d« mutabilité dans les irritations nerveuses , c’est-à-dire que les nerfs peuvent être tous propres à des sensations qui ne diffèrent pas essentiellement. Les nerfs de la langue sentent le doux et l’amer -, ils sont sujets à plus d’une modification : pourquoi ceux des glandes ne le seroient-ils pas ?

J1 faut avouer que de pareilles propriétés dans les nerfs pourroient aisément déranger l’ordre des sécrétions -, mais il y a de la différence de l’état sain à l’état malade dans lequel les humeurs sont fort mal mêlées , au lieu que dans l’état de santé elles se préparent pour ainsi dire de loin aux sécrétions (i).

Nous avons dit dans la préface que nous ne parlerions point de la manièrç dont les humeurs concourent aux sécrétions : c’est ici qu’il faut faire usage de cette remarque.

2°.. Ne pourroit-on pas dire qu’une humeur retenue dans le sang le gâte , et dérange par là tous les organes ? La bile jaunit tout dans certains ictériques ; elle leur fait porter de faux jugemens sur les couleurs des objets qui leur paroissent tout jaunes , et on a observé ce phénomène dans des malades dont l’humeur aqueuse ne paroissoit pas changée , de façon qu’il y a apparence que la rétine étoit enduite de matière bilieuse. De même 1$ bile change la sensation du goût ; tout paroît quelquefois amer à un ictérique : pourquoi les nerfs des glandes ne seroient-ils pas aussi gâtés , et pour ainsi dire corrompus , au point de se laisser tromper , si on peut s’exprimer ainsi , et d’agir à faux?

3°. Nous pourrions aussi donner l’explication de ce phénomène telle qu’on la donne communément , en faisant atten tion que le sang a plus ou moins de force dans certains cas , d’où il résulte Lien des changemens j mais la question seroit-elle éclaircie par là ?

Quoi qu’il en soit, on ne peut s’empêcher d’avouer que , quelque indifférentes que paroissent ces matières au premier abord , elles peuvent pourtant devenir très-intéressantes.

Peut-être , pour le dire en passant , bien des praticiens n’ontils jamais fait attention que leur pratique est fondée , dans la plupart des maladies , sur la décision de ce problème : savoir , si

(1) Les physiologistes ont commencé d’examiner ce qui arrive au sang de la veine-porte , et les changemens qui le préparent à la sécrétion de la bile ; pourquoi n’a-t-on pas -appliqué les mêmes réflexions ou à peu près semblables aux autres organes ? N’est-il pas étonnant de voir des auteurs qui font, dans leurs pathologies , tant d’attention aux mauvaises dispositions qu’acquièrent les humeurs , passer si légèrement sur celles qui font leur état parfait ? Les élaborations du sang et de ses différentes parties doivent sans doute entrer pour beaucoup dans ce qui regarde les sécrétions ; il seroit bon de connoître les mélanges , les unions, les rapports et les combinaisons de ces parties-; mais comment s’y prendre ?

ANATOMIQUES. 16g

les excrétions d’une certaine espèce peuvent suppléer a celles d’une autre 5 si lorsque la transpiration est retenue , les intestins peuvent séparer toute la matière de la transpiration j s’il faut les exciter à cela , et ainsi de suite?

On voit aisément combien le parti qu’on prend dans cette question peut influer sur la pratique ; combien, par conséquent, il seroit essentiel de la mieux examiner , si l’on veut pratiquer la médecine avec quelque méthode. Car enfin si les excrétions violçntes des intestins ne peuvent pas suppléer à celles de la peau , par exemple , en vain les excitera-t-on ; les irritations , les secousses et les changemens de direction dans les humeurs seront en pure perte, et pourront devenir préjudiciables. Au* contraire , si elles sont de nature à y suppléer en effet , pourquoi ne pas les exciter pour vider la matière de la transpiration comme provisionnellement , en attendant que ses organes soient rétablis dans leur jeu ? Cette question mérite donc bien de l’attention, il faut en convenir.

§. CXII. Première objection contre ce que nous avons dit des petits sphincters dans les glandes .

On nous a dit que la supposition que nous faisions étoit bien étrange , et on a opposé ce que des observations non suspectes ont démontré, par rapport à la structure interne des glandes. On a trouvé qu’elles étoient remplies d’une substance filamenteuse , lanugineuse et comme du coton. Il ne paroît pas que les petits sphincters que nous avons supposés puissent se rencontrer dans une substance aussi pulpeuse.

Les observations ont en effet démontré cette substance qu’on appelle cotonneuse. Les partisans de l’humeur analogue l’ont saisie avec plaisir , et l’ont trouvée très-propre à loger leur ferment. Mais il est certain que quand même on confirmeroit tousjes jours ce qu’on a observé , il n’en résulteroit rien ni contre notre opinion , ni en faveur de l’humeur analogue.

Qu’a-t-on vu en effet ? une substance filamenteuse. Mais estelle cellulaire , spongieuse ou vasculeuse ? N’est-elle pas formée par les extrémités des petits vaisseaux ? Ne forme-t-elle pas des espèces de houpes nerveuses , ou des faisceaux de vaisseaux capillaires? voilà ce qui n’est pas bien éclairci.

N’emploje-t-on pas enfin une expression qui peut en imposer? Dire que la substance dont il s’agit est cotonneuse comme du duvet, c’est insinuer qu’elle n’est qu’un tissu.de filameny lanugineux , placés de manière qu’ils peuvent attirer l’humeur à décerner , comme un morceau d’étoffe, à la faveur de l’humeur analogue dont ils sont imbibés. Si on appelle ces filamens houpes nerveuses , ou faisceaux vasculaires , la même idée ne se présentera pas aussi aisément.

Pourquoi ne ponrroit-on pas croire que ces filamens sont de petits vaisseaux , des artérioles .avec des nerfs et des vaisseaux sécrétoires ? Peut-être ces houpes sont-elles en effet l’organe principal de la sécrétion. Qu’on conçoive qu’elles nagent ou qu’elles trempent dans les follécules pleins d’humeurs , si elles*sont relâ-

i7o RECHERCHES

chëes , les vaisseaux sont entortillés , leurs cavités sont affaissées « mais lorsqu’elles viendront à s’étendre , comme font les houpes nerveuses du tact , alors les vaisseaux artériels regorgeront plus de liqueurs , les sécrétoires s’ouvriront, leur extrémité pendante exercera ce que nous avons appelé sa sensibilité , et la sécrétion ou le choix de l’humeur se fera comme il faut.

§. CXIII. Seconde objection tirée de ce que nous ri avons pas parlé de quelques autres opinions sur les sécrétions.

Ox pourroit trouver mauvais que nous ayons négligé de parler de l’opinion de ceux qui regardoient les glandes comme des cribles dont les trpus étoient de différentes, figures , ni de celle des chimistes qui ont placé un ferment particulier dans chaque glande. Il y a aussi des physiologistes qui ont prétendu expliquer les sécrétions par l’électricité , et d’autres par l’attraction des couloirs : pourquoi ne pas parler de ces opinions pour, les comparer à celle que nous avons proposée ?

i°. Quant à ce qu’on a dit de là différentë figure des couloirs , cette opinion , toute ingénieuse qu’elle est , ne sauroit subsister , parce que , quand même les orifices des vaisseaux seroient de différentes figures, les sécrétions ne se feroient pas bien, puisque les particules rondes passent par toute sorte d’orifices , et que celles qui ont une autre figure peuvent s’accommoder pour passer dans bien des espèces de trous.

En un mot on ne sauroit , à moins d’entasser supposition sur supposition , soutenir cette opinion : c’est la raison que nous avons eue pour la négligée. Nous ne nous servons point de celle qu’on lui oppose communément comme invincible , et qui est fondée sur ce qu’on a démontré géométriquement que tous les orifices des vaisseaux dévoient être ronds. Cette démonstration a été admise par tout le monde , et on l’a prise pour un principe duquel on est parti. Mais elle ne paroît frappante que dans l’opinion de ceux qui croient que tout est vhsculeux ; car s’il y a des parties spongieuses , où en sera-t-on avec la prétendue démonstration ? Si les humeurs circulent dans certains endroits , par exemple , dans les parties glanduleuses, comme dans une éponge, ne peut-il pas y avoir des trous de toutes les figures possibles ? Si ces organes sont celluleux , n’y a-t-il pas des cellules qui peuvent en comprimer d’autres , et sont-elles toutes rofldés ? ne peut-il s’en trouver qui soient aplaties de plusieurs côtés * comme on le voit dans les cellules des ruches des abeilles ? Ne peut-on pas même dire à peu près la même chose des vaisseaux ?

2°. L’opinion des fermens paroît semblable à cëlle de l’humeur analogue , à laquelle la première a donné naissance ; il n’y a de la différence que dans le nom , et un peu dans la façon d’agir de ce corps particulier placé dans la glande. Il est vrai qu’il y a eu des fermentans qui ont dit que le ferment a été placé , non point pour séparer l’humeur , mais pour la former : nous parlerons de ceci plus bas.

3°. Il esfvrai que certains physiologistes ont cru , même depuis

ANATOMIQUES. i7

peu, expliquer les se'cre'tions en disant, les uns, qu’elles se font par l’électricité , et les autres par l’attraction. Mais ne sait-on pas quel fonds on doit faire sur les idées de ces théoriciens , sur les connoissances des physiciens et des géomètres modernes ? Ils établissent leurs systèmes , qui sont au moins précoces , sur des généralités et des connoissances vagues , que les grands maîtres n’ont pas encore bien déterminées. C’est à ces grands maîtres , c’est-àdire aux vrais physiciens et aux vrais géomètres , à donner des fondemens solides à tant de connoissances , que les plus sensés regardent aujourd’hui comme des vérités éparses , et dont on ne connoît pas encore l’enchaînement.

§. CXIV. Si les glandes nont pas la vertu de donner certaine nature aux humeurs.

Nous avons supposé jusqu’ici que les humeurs étoient contenues formellement dans le , sang : cette opinion jsemble plus vraisemblable que celle des auteurs qui assurent le contraire. Il ne faut pourtant pas déguiser qu’il n’y ait bien des objections à faire • et comme il paroît que cette question , toute indifférente qu’elle semble d’abord , peut pourtant influer même sur la pratique médicinale , il ne faut pas la négliger.

Voyons d’abord si elle peut réellement influer sur la pratique médicinale. Un praticien qui croira que les différentes Liqueurs sont contenues formellement dans les humeurs , ne sauroit se dispenser , dès qu’il trouvera quelque couloir en défaut , d’accuser une sorte de mauvais mélange des liqueurs , ou de cacochimie , à la suite de la surabondance de l’humeur retenue , 'et il dirigera ses vues en conséquence. Celui , au contraire, qui prétendra que les couloirs sont faits pour former l’humeur qu’ils vident en certains temps , ne craindra , dans toute sécrétion retenue , que la pléthore qui peut résulter de la suspension d’une excrétion ; celuici pourra ne point avoir les mêmes vues que le précédent , et leur dispute roulera sur la question dont no'us parlons , et qui n’est point à négliger. comme on voit.

Bien des raisons se présentent en faveur de ceux qui ne croient point que les humeurs soient formellement dans le sang : ils diront que si cela étoit , les humeurs mêlées ensemble devroient faire du sang 5 qu’on déeouvriroit dans cette liqueur le goût de quelque une des humeurs qu’on prétend qu’elle Contient , etc.

D’ailleurs la vésicule du fiel , les vésicules séminales , les testicules eux-mêmes et 'tant d’autres réservoirs dont on pourrait par- *er > ne font-ils pas des changemens évidens dans les humeurs qu’ils contiennent? La bile qui n’étoit presque pas amère le devient , et ehe acquiert ses propriétés principales j la semence devient plus propre à la nourriture et peut-être à la propagation , etc. Tous ces argumens bien pesés ne laissent pas que de prouver beaucoup plus qu on ne le croit ordinairement.

Les partisans^de l’opinion que nous avons regardée comme la P. ,us * probable , çnt pour eux l’expérience de M. Chirac , qui ayant l’artère rénale dans un chien vivant , s’aperçut que le chien

i7a RECHERCHES

vomissoit des matières qui avoient une odeur urineuse. Il n’y a aussi qu’à jeter les yeux sur Ce qui se passe dans les ictériques : dès que le foie ne fait pas sa fonction , là bile inonde toutes les humeurs tout paroît se changer en bile , tout est teint de cette liqueur • comme tout le corps de l’animal sent l’urine dans l’expérience de M. Chirac.

Ces expériences prouvent beaucoup au premier abord , mais l’humeur qui jaunit les parties dans un ictérique est-elle bien de la bile? D’ailleurs si lorsque- l’action du foie est suspendue , toutes les humeurs deviennent bilieuses ou se changent en bile , n’en peut-ori pas conclure qu’elles étoient propres à prendre toute sorte de modifications. Le foie n’agissant point , il doit rester dans le sang cette quantité de bile qui se seroit séparée , mais pourquoi s’en formeroit-il de nouvelle , supposé , comme il arrive , que les digestions fussent suspendues ?

Quant à l’action du rein , outre que l’expérience n’est pas aussi aisée à réitérer qu’on pourroit bien le croire , il paroît qu’on ne sait pas bien ce qui est arrivé aux veines du rein , lorsqu’on a lié leurs artères , et on ignore si leurs vaisseaux lymphatiques n’ont pas reporté quelque portion d’urine dans le sang. M. Fizés s’est servi de ces doutes ou d’à peu près semblables , contre l’expérience de M. Chirac ; mais sont-ils suffisans pour l’infirmer ?

On ne sait pas encore s’il n’y a point deux espèces d’urine, comme des auteurs respectables le prétendent ; une stomacale et une rénale , pour ainsi dire. On ne connoît pas bien encore les rapports de l’estomac et du rein , ceux de la vessie et de l’estomac ; et cette ignorance suffiroit seule à bien des gens pour avancer que le rein n’ayant point d’action , l’estomac fait la fonction de cette glande et fabrique l’urine.

Sur le tout la formation des humeurs paroît ne pouvoir se faire (eu égard aux parties solides ) que par certains battemens des vaisseaux. On ne sait pas si le foie et les reins étant obstrués , les vaisseaux généraux ne peuvent ’pas suppléer à ces organes jusqu’à un certain point.

Les chimistes qui admettoient un ferment particulier fabricateur de l’humeur à séparer pouvoient être mal fondés , mais ils avoient quelque raison pour eux. Après tout il seroit bien utile qu’on décidât ces questions une fois pour toutes , et qu’on les approfondit un peu. On décideroit en même temps si les médicamens peuvent altérer, sur le sujet vivant, la masse des humeurs, et changer ou suspendre les mouvemens qu’on appelle spontanés ; s’il y a à compter , et jusqu’à quel point , sur cette sorte de remède ; s’il y en a qui soient bilieux , ou qui fassent de la bile , et ainsi des autres humeurs.

Nous n’avançons rien de nous-mêmes en proposant ces questions ; nous rappelons seulement ce que nous avons ouï dire à de grands maîtres , qui ne déguisoient pas leur embarras auprès des malades; ils savoient pourtant bien toutes les promesses et tons les systèmes qu’on trouve dans certains livres sur ces matières ; ds 8 en tenoient à dire qu’ après des expériences réitérées , et une

ANATOMIQUES. i73

longue pratique , il ne pouvoient que souhaiter qu’on eût là-dessua des connoissances fixes.

Comment oublierions-nous de pareilles leçons ? elles nous ont été faites au lit des malades. Combien de fois n’est-on pas obligé , en pareille position , de renoncer aux leçons qu’on a reçues dans l’école , et à tant de choses que les livres les plus recommandés apprennent sur les humeurs , et sur ce qu’on appelle leurs maladies !

Mais faut-il hésiter de se déterminer sur ces matières , lorsqu’un des plus grands praticiens que la médecine ait eu , lorsque le plus grand des chimistes , lorsque Stalil enfin , n’hésite pas à avancer qu’un médicament altérant est rara avis in terris ? Qui opposerat-on aux décisions de ce réformateur de la médecine? Trouverat-on quelque antagoniste digne de lui?

§. CXY. U action des médicamens Sur les glandes.

S’il est bien assuré qu’il y ait des médicamens qui n’agissent que sur tel ou tel organe , il faudra expliquer leur façon d’agir, en disant qu’il y a un rapport entre les parties de la glande et celles du médicament. Qn a déjà fait cette remarque , et-il n’est pas possible d’aller plus loin.

Trouvera-t-on mauvais que noqs semblions douter qu’il y ait des médicamens qui aient des vertus bien déterminées et bien marquées , sur tel ou tel organe glanduleux , et qui .soient, comme on dit , spécifiques ? Il faut avouer que bien des choses semblent prouver qu’il existe en effet de pareils corps dans la nature , et il - seroit à souhaiter qu’on les connût comme il faut } mais ne conviendra-t-on pas aussi que ceux qui soutiendroient l’opinion contraire , ne manqueroient pas de bonnçs raisons.

On sait qu’il y a bien des médicamens qui , donnés à différentes doses , ont différens effets ; la pratique confirme tous les jours cette vérité } on éprouve aussi , dans l’occasion , combien il y a peu à compter sur l’effet de certains remèdes prétendus appropriés pour agir sur tel ou tel organe ; les dispositions particulières des différens sujets changent tout quelquefois ; un purgatif devient diurétique ou sudorifique , etc. Enfin tout le mondé avoue que le nombre des spécifiques , proprement dits , est très-borné.

D’ailleurs sait-on bien encore comment il faut déterminer l’action d’un médicament? Est-il bien aisé de déterminer , si et quand d agit sur les liqueurs ou sur les solides , où sur l’une et l’autre de ces deux parties ?

Il y a peut-être des médicamens qui évacuent une humeur en , la rendant plus abondante dans la masse du sang , en rendant les humeurs plus ou moins mobiles , ou plus ou moins épaisses. D’autres, font des évacuations en agissant sur l’organe glanduleux simplement. En un mot , il y a là-dedans bien des choses à examiner -} elles sont essentielles , et doivent être les fondemens de la vraie matière médicale.

Il est nécessaire de remarquer , au Sujet de l’action des médicamens sur les glandes , qu’il paroît que peu de médecins ont fait attention jusqù’ici qu’il n’est peut-être pas toujours nécessaire qu’un

ynédicament aille rouler avec la masse des humeurs, et soit ainsi porté à l’organe sur lequel il doit agir.

Les observations que les seuls praticiens sont en position de faire et les lois de l’économie animale, bien considérées et bien entendues * font naître ces doutes. Qui croiroit , au premier coup d’œil , qUç de vives douleurs à la tête et aux differens membres , des crampes des érysipèles et tant d’autres infirmités qui affligent les différentes,

parties du corps, dépendent quelquefois d’une disposition particulière de l’estomac , ou de certaines parties qui sont dans son. voisinage? Les praticiens doivent être les juges dans cette occasion comme dans tant d’autres. Combien ne doivent-ils pas être surpris de voir les théoriciens courir après des explications singulières pour trouver comment le corps qu’on suppose nuire aux organes qui sont affectés , peut avoijr passé dans la masse des humeurs , tandis que mille et mille observations leur indiquent que cette cause est vers l’estomac , et que les symptômes disparoissent dès qu’on remet ce viscère dans son état naturel !

Ne peut-on pas enfin trouver quelques raisons pour avancer qu’il y a vers l’estomac un organe , pour ainsi dire , général , qui influe à certains égards sur tous les autres , et qui les modifie jusqu’à un certain point, suivant qu’il est diversement modifié lui-même?

Cela posé , on ne seroit pas en droit de dire qu’un médicament qui ne peut pas passer dans la masse des humeurs , et s’unir comme il faut avec elles , ne peut pas agir , par exemple , sur la tête , etc.

Il ne s’agit pas de savoir comment il pourrait se faire que les monvemens se communiquassent ainsi du centre à la circonférence , il n’est question que d’examiner si les faits qu’on avance sont bien constatés. C’en est assez pour le présent. V an Helmont de ArcJi. et de Duumvirat. Hoffman de Duo deno , et tant d’autres praticiens qui ont examiné les choses comme il faut , c’est-à-dire sur les malades , en apprendront plus que ce que nous pourrions en dire -, mais qui se donnera la peine de lire des auteurs qui s’écartent des systèmes communément reçus ?

§. CXVI. Remarques sur la salivation causée -par le mercure.

Nous pourrions , en suivant la route où cette matière nous a conduit , nous étendre sur bien des questions qui ont un rapport immédiat avec l’action des glandes. Contentons-nous de faire quelques remarques sur l’action du mercure , et pour ne pas entrer dans un detail qui seroit très-mal placé , nous prendrons d’abord la liberté de renvoyer le lecteur à ce qu’il trouvera sur la façon d’agir de ce minéral , dans le savant traité de M. Astruc.

Le mercure fait saliver , a-t-on dit , parce que les couloirs de la salive résistent moins que tous les autres , parce qu’ijs sont garnis de nerfs que ce minéral irrite ; on a même fait attention à la disposition des artères carotides , dans lesquelles on a dit que le mercure devoit être porté en plus grande quantité que dans tout autre ; examinons seulement si ce qu’on a avancé du peu de résistance des organes salivaires est bien fondé.

Les glandes salivaires sont aussi solides que toutes les autres;

ANATOMIQUES. i75

elles le sont même quelquefois plus que le pancréas ; elles sont plus dures que le foie et que le cerveau. Des expériences faciles à faire peuvent démontrer cette vérité.

r D’ailleurs la résistance que les couloirs de l’estomac , ceux du rein et ceux du poumon opposent au mercure , est-elle aussi forte que celle que lui opposent les glandes salivaires dans lesquelles les vaisseaux sont si entortillés?

Il semble qu’il n’y ait point de couloir , sans excepter même ceux de la peau , qui n’oppose moins de résistance aux humeurs que ceux de la bouche qui sont si serrés et si rétrécis; ne déguisons pas enfin qu’une explication établie sur un pareil fondement , ne paroit pas devoir être admise sans aucun doute.

Voyons si tout ce que nous avons dit jusqu’ici ne peut pas servir pour expliquer l’action du mercure. Ge minéral porte sur les glandes salivaires dans la plupart des sujets , cela. est vrai; il y a pourtant quelques restrictions à donner à cette règle. i°. Combien de gens ne voit-on pas qui ne. salivent jamais par l’usage des frictions les plus fortes ! combien en voit-on qu’il est pour ainsi dire impossible de faire saliver ! 2°. Le mercure ménagé ne porte point à la bouche ; les médecins de Montpellier seroient bien fâchés. de ne pas pouvoir l’empêcher d’agir, sur les. glandes salivaires. 3’. On est ordinairement maître de faire , par certaines préparations , que le mercure porte sur le pancréas et sur les intestins , et comme nous. devons insister sur cette troisième réflexion, il faut se rappeler qu’on fraye les voies du mercure par des purgatifs répétés, et en attirant , comme on dit, les humeurs, vers le bas-ventre.

Quel est le changement qui arrive au pancréas et aux glandes intestinales lorsqu’on emploie des purgatifs réitérés? Les humeurs, se portent vers ces parties , et pourquoi? parce quelles sont . mises en jeu ; cette raison est évidente par tout ce que nous avons. dit ; cette action ce jeu du pancréas , suppose-t-il un relâchement de cette glande ? Non sans doute ; il suppose au contraire, une tension, une érection, enfin une augmentation de résistance , à certains égards; les humeurs vont bien en plus grande quantité vers le bas-ventre , mais ce n’est poin t par le relâchement de ces parties.

Le mercure se porte donc , dans un sujet préparé par des purgatifs , vers une partie qui est en action : c’est en quelque façon cette partie qui l’attire. N’est-il pas attiré de même par un ulcère interne , par les reins , lorsqu’ils ont une action bien forte , par la peau , dans les sujets dont cet organe a ce qui est nécessaire pour agir plus que de coutume? Toutes ces dispositions supposentelles un relâchement ?

Il y a sans doute des cas de dévoiement Mes glandes, qui sont une suite de leur peu de force ; mais sont-ils aussi communs qu’on pourroit le croire ? Et ne peut-on pas demander s’il est bien constaté que des sujets qui auroient de ces sortes d’incommodités , fussent moins sujets à la salivation mercurielle que tous les autres ?

Après tout cela peut-on assurer : j°. que les glandes salivaires résistent moins que les autres parties ; i°. que l’action du mercure sur les glandes dépend de leur relâchement ?

1?g RECHERCHES

On ne peut pas nier que les glandes salivaires n’aient une d£s. position particulière qui fait que le mercure s’y porte ; mais quelle est cette disposition? ne doit-elle pas ressembler à celle qu’acquiert le pancréas par l’usage des purgatifs , c’est-à-dire qu’elle ne sera que Y action des parotides ?

Or , nous croyons pouvoir avancer que ees glandes sont plus en action que toutes les autres , au moins pour l’ordinaire. Il n’y a qu’à se rappeler ce que nous avons déjà dit : combien les vaisseaux de la parotide sont en plus grand nombre que ceux du pancréas ccimbien sa sécrétion est abondante. On parle souvent, on mâche * on irrite les glandes salivaires ; l’air qu’on respire , et qui est toujours plus ou moins froid , les tient continuellement en baleine : elles ont donc les dispositions nécessaires pour attirer, pour ainsi dire, le mercure. Ce minéral prend le parti d’aller se rendre à l’organe qui fait des évacuations continuelles. Les parotides sont naturellement ce que les intestins deviennent par l’usage des purgatifs j il n’est donc pas surprenant que le mercure porte à la bouche dans la plupart des sujets.

Concluons qu’il semble que ce minéral n’ait pas plus de pente par lui-même pour se rendre aux glandes salivaires , que pour" aller à tout autre. Il se laisse , pour ainsi dire , mener et diriger par l’action des organes. Il est vrai que lorsqu’il est une fois parvenu à la bouche , il augmente cette action par les irritations nouvelles qu’il cause , et c’est ici que doit revenir la sensibilité des nerfs dont on a parlé fort à propos : on sait qu’ils sont en trèsgrand nombre dans les glandes salivaires., etc. '

Il se peut qu’il en soit de bien des remèdes, et de ce qu’on appelle Içs matières morbifiques , comme du mercure. Ils suivent la route que la machine leur prescrit, au moins pendant un certain temps, ils sont passifs, ils se laissent conduire, et deviennent actifs ensuite.

Les eaux minérales , par exemple , que certaines gens croient contenir du mercure parce qu’elles font saliver , ne sont-elles pas de ce nombre ? N’à-t-on pas vu l’ipécacuanha et bien d’autres purgatifs , causer la salivation ?

C’est ici que doit revenir le fameux quo natura vergit : cette tendance de la nature ou de la machine est une disposition active de la part de certains organes, qui appellent à eux toutes les humeurs.

Il est vrai d’ailleurs que le moins de résistance 'qu’oppose une partie , doit entrer pour beaucoup dans l’action de certains médicamens. Il semble qu’il y a encore bien des choses à dire sur ces matières.

§• CX VII. Il j a différentes sortes d’excrétions.

Ajoutez aux deux §. précédens qu’il y a différentes sortes d’excrétions , ce qu’on peut aisément conclure de tout ce que nous avons dit ailleurs. Il y en a d ’ actives qui se font par la propre force de l’organe , et de passives qui se font par les compressions des parties du voisinage. I

Il paroît aussi qu’il y en a de mixtes. L’excrétion de la vessie , le vomissement et quelques autres , comme peut-être celle de la

vésicule du fiel , doivent être regardés sur ce pied-là : Tes réservoirs ont leur propre force , et Tes parties du voisinage les expriment eux-mêmes. Autre sera un médicament qui excitera une excrétion active , autre celui qui en excitera upe passive. Le premier agit sur l’organe qui doit faire l’excrétion \ il le réveille , il l’irrite et le fait entrer en jeu. Le second exciteV.a des secousses et des convulsions dans ks parties voisines : certainement cela est bien différent.

Vous exciterez l’excrétion de l’urine , ou en faisant contracter violemment les muscles de l’abdomen et le diaphragme * ou bien en réveillant l’action de la vessie elle-même : l’excrétion sera faite comme il faut lorsque les deux causes s’aideront mutuellement. Une de ces causes pourra-t-elle suppléer à l’autre ? supposé , par exèmple , que l’excrétion de la vésicule du fiel puisse se faire par les compressions des parties du voisinage , et qu’elle ait été faite en effet ainsi > la vésicule sera-t-elle dispensée d’entrer en contraction ? Cette question s’éclaircira par ce que nous avons à dire dans la suite.

Les intestins , la peau , le poumon , et presque toutes les autres parties, la vessie , la matrice, etc. sont des organes pour deux sortes de sécrétions. Ils contiennent des glandes passives qui séparent un, vernis glaireux que les secousses expriment • mais outre cela, U s font une autre- sécrétion , surtout les intestins , et cette sécrétion dépend de la couche des glandes salivaikea qui tapissent tout le canal. Cette sorte de transpiration ou de fumée aqueuse qui se dissipe partout., doit aussi entrer ici pour quelque chose.

Un médicament pourroit-il exprimer toutes 'les giaires des intestins , et ne pas favoriser beaucoup l’excrétion active , proprement dite, et réciproquement ira .médicament excitera-t-il le jeu des glandes actives sans .faire presque aucune impression sur les passives ? "

Ceci peut revenir pour l’application de certains remèdes ., iet si on l’examinoit comme il faut , on pou rr oit peut-être entrevoir jusqu’à quel point on doit compter suredes unédicamens violens qui agissent et qui évacuent par des secousses , et d’autres qui ne font que solliciter doucement les organes ,. iet enfin quels sont les cas où il faut les placer. >

.N’oublions point qu’il y a des gl andos qui sont quelquefois dans on état tel que les relâchans qui calmeront la trop forte action <îes nerfs remettront la sécrétion , et seront de vrais évaeuans. Un reste , la division des excrétion: ! en àciives , eien. passives est admise dans l’école de Stahl.

-§• CXVIII. La différence de l’arcrétion et de ta spcrélion.

Nous avons confondu dans bien dles endroits l’tine ;<kiO^S fonctions avec l’autre 5 elles sont poui tant différentes quelquefois; oiais il est des cas oh l’on ne saurait h es distinguer l’une de 1 autre ; la même action les fait; c’est tonj,o urstde l’érection de ;1 organe quelles viennent ; par exemple,' davis les glandes -salivaires ; il est sàr qu’il n’est pas possible de disting uer dans ces glandes la sécré-

j78 RECHERCHES

tion de l’excrétion ; la salive sort par les conduits excrétoires à

proportion que les sécrétoires la séparent du sang.

Ces deux fonctions sont bien différentes dans les glandes pas-* sives qui ont des réservoirs , la sécrétion se fait peu à peu dans ces organes , et l’excrétion a ensuite son temps ; au lieu que les glandes actives rejettent autant d’humeur qu’elles en reçoivent • elles ne sauroient en conserver une certaine quantité ; cette ré-flexion ne laisse pas que d’avoir ses usages, ne fût-ce que pour distinguer les glandes les unes des autres.

Arrêtons-nous encore un peu à considérer ce qu’on dit communément sur la façon d’agir de certains médicamens ; si on demande , par exemple , comment les purgatifs , les spiritueux , les stomachiques , les astringens et les absorbans agissent , on répondra , pour ce qui concerne leur action sur les solides , qu’ils les irritent , ‘qu’ils les tendent , qu’ils augmentent leur action ou leur ton , et cette augmentation de force ouvre les couloirs ou les resserre.

Mais cette théorie est-elle bien cêrtaiue , et n’est-il pas possible d’éclaircir cëtté importante matière par tout ce que nous avons exposé ? Peut-on décider , par exemple , pourquoi les purgatifs mêlés avec des astringens agissent quelquefois beaucoup mieux que lorsqu’ils sont seuls , et pour quelle raison les anciens àvoient coutume de mêler très-souvent les absorbans et les toniques avec les purgatifs ? Il faut avouer que ces questions , et bien d’autre* qu’on pourroit faire r sont très-intéressantes.

§. CXIX. Le département et l’action périodique des glandes.

Nous appellerons le département d’une glande tout ce qui entre dans une sorte d’action lorsque la glande agit; comme elle se dispose à sa fonction en se repliant , pour ainsi' dire , sur ellemême , il est sûr qu’elle tiraille plus ou moins les parties du Voisinage.

Il y a aussi des glandes qui lorsqu’elles agissent suspendent d’autres fonctions , de manière qu’on pourroit dire qu’à certains égards la suppression de ces fonctions est du département de la glande qui les suspend.

On trouve même des corps glanduleux qui augmentent , lorsqu’ils sont en action d’une certaine façon , le mouvement du cœur, èt qui causent des secousses plus ou moins régulières à tout le système nerveux.

Il s’agiroit d’éclaircir toutes ces vérités , que nous n’apercevons qu’en gros ; il faudroit déterminer le département de chaque glande , savoir quelles sont celles qui peuvent agir en même temps , et qui sont congénères ; savoir, enfin, combien de temps elles 6ont à agir ; il faudra voir si ce que nous avons à dire ne répandra pas quelque jour sur cette matière.

Les glandes agissent pour faire leur excrétion ; il est des temps où elles n’agissent point ; leur, action est comme périodique ; ce* vérités sont assez prouvées par ce que nous avons rapporté ju*qu’ici.

ANATOMIQUES. i79

Cés périodes ne sont-ils pas mfrqués et fixés? Et quelles sont les variations qu’il peut y avoir? Ce problème et bien d’autres qu’on pourroit proposer sur cette matière ne sont pas aisés k résoudre ; nous n’avons pas encore les matériaux nécessaires ; voyons cependant s’il n’est pas possible de dire quelque chose de plus déterminé sur les départemens des glandes et sur leurs actions périodiques.

§. CXX. Êxamen de ce qui se passe dans le foie.

Parlons d’abord de la vésicule du fiel , et sans nous arrêter à ce qu’il y auroit à dire pour bien déterminer sa véritable position dans tous les sujets , n’examinons que ce que les auteurs ont dit de la façon dont elle se vide.

On en trouve qui l’ont fait comprimer par l’estomac y les plus modernes la rendent sujette à l’action du duodénum; mais nous ne craindrons pas d’avancer que si elle n’avoit que ces prétendus moyens pour être évacuée , elle ne le seroit jamais.

i°. L’estomac ne la touche dans presque aucun sujet; 20, le duodénum ne la touche que dans quelques-uns; 3°. chacun peut éprouver qu’en la comprimant sur le cadavre , et même avec force , elle ne se vide point ; il faut qu’elle soit bien pleine pour que la compression en fasse sortir la bile ; 4°. le colon touche constamment la vésicule du fiel; dira-t-on que c’est pour la comprimer ? Elle ne se videfoitc donc que lorsque le colon seroit plein , ce qui est absurde. Concluons de toutes ces preuves, sans entrer dans de longues discussions, qu’il faut que la vésicule du fiel se vide par tout autre force que celle de la compression des parties voisines.

Il 11e faut pas penser que la compression n’y fasse quelque chose ; mais il est nécessaire que la vésicule agisse par elle-même , et qu’elle fasse un effort qui la rende comme si elle étoit absolument pleine ; il en est , enfin , comme de la vessie urinaire , comme du rectum, de l’estomac et des intestins; ces réservoirs se vident par leur propre force et par l’effort des parties du voisinage. ( Voyez §. cviii.).

La vésicule du fiel est irritée sans doute par les matières qui sont dans le duodénüm , et qui tiraillent à propos le conduit biliaire et les nerfs de toutes ces partie^; peut-être même, la vésicule du fiel entre-t-elle en action sans être irritée. {Voy. §. cxxxi.)

Le foie doit sans doute être regardé comme une glandé^ de celles que nous avons appelées actives, ou qui ont un mouvement particulier pour la sécrétion et pour l’excrétion.

Ce viscère glanduleux est continuellement agacé et secoué légèrement par le diaphragme; il est à monter et à descendre en t°ut temps , aussi y a-t-il apparencç qu’il s’y fait continuellement un peu de sécrétion ; mâis cette sécrétion est-elle aussi continue que celle de la salive?

H y a des temps dans lesquels la sécrétion augmente beau- *jouP ? et vraisemblablement c’est dans l’état naturel , lorsque la «•gestion se fait dans le duodénum.

l8o RECHERCHES

L’habitude fait apparemmenllfuç nous ne sentons pas sur nousmêmes les mouvemens du foie; l’inspection des animaux vivaus n’apprend rien de positif ; nous avons pourtant des preuves convaincantes de l’action du foie ; l’état contre nature ou les états de maladie nous les fournissent.

En effet, il y a certaines gens qui une ou deux heures après avoir mangé deviennent extrêmement jaunes; ils remarquent que cela arrive constamment pendant le temps qu’ils appellent le temps de la digestion , ou lorsque les alimens qui ont séjourné dans l’estomac passent dans le duodénum.

D’où vient cette bile qui se montre dans le sang? N’est-il pas évident qu’elle reflue du foie , et qu’elle est poussée par l’action de ce viscère; cette action est trop. forte, et les vibrations sont mal dirigées; mais enfin , ces retours périodiques ne prouvent-ils pas deux choses? l’une, que le foie a, tout comme les autres glandes actives , une action particulière pour se décharger des humeurs qu’il sépare ou pour les séparer ; et l’autre , que cette action se renouvelle ou augmente , ou vient précisément dans le temps du repas.

Ceux qui sont sujets à certaines coliques qui ont un grand rapport avec le foie , et qui sont souvent la suite des calculs contenus dans la vésicule du fiel , n’ont-ils pas des redoublemens de ces coliques pendant le travail de -la digestion ? Ne sentent-ils pas des resserremens ou des étranglemens et des tiraillemens dans les hypocondres ?

Nous pourrions encore rapporter ce qui se passe dans des mélancoliques , dans lesquels il est aisé d’apercevoir que les étrangîemens , les tremblemens et les douleurs sourdes dont ils se plaignent du côté droit ont leur séjour dans le foie ; parlons seulement de . ceux ' qui sont sujets' à des hémorrhoïdes fluentes; lorsque l’écoulement est à même de paraître , les malades sentent des étranglemens douloureux et des secousses très-vives, qui commencent vers l’hypocondre droit , et qui s’étendent en dèscendant du côté gauche. Est-ril possible de douter que le foie ét fsés appartenances ne soient en jeu dans ces cas-là?

Enfin , ceux qui ont des squlrres et des suppurations sourdes dans le foie , ont des douleurs comme périodiques dans l’hypocondre ; ces douleurs son£ plus: ou; moins fixes , et elles se font sentir plus dans certains temps que dans d’autres, et ' ordinairement elles redoublent pendant le temps de la digestion.

Les malades dont il est, question sont aussi sujets à des tiraillèmens dans tout le côté droit vers le col et la face , et. à des. engourdissemens du bras et de là jambe de ce même côté ; ces tiraillemens ayant duré pendant quelque temps , les enflures surviennent dans font le côté droit, à la face , à la jambe , au bras, à l’hypocondre , etc .

Il est vrai qu’il y a de .ces symptômes qui arrivent à la suite de certaines maladies de poitrine et de quelques-unes des reins; ce n’est pas ici le lieu de parler des différences qu’un praticien doit apercevoir.

Toutes ces observations , qu’une expérience journalière confirme , démontrent , ce semble , que le foie a une action particulière , .et qu’il l’exerce surtout dans le temps de la digestion.

Elles nous font aussi connoître qu’il y a des parties dépendantes , en quelque façon , du foie , puisque dès qu’il va mal elles s’en ressentent; ces parties sont dans le département du foie; après cela on peut assurer que ce gros viscère a en effet un département , et que nous en connoissons quelque chose.

§• CXXI. Examen de ce qui se passe dans la ratç.

Qüel que soit le principal usage de la rate , nous allons démontrer qu’elle a une action particulière , et qu’elle l’exerce à des temps marqués , et qu’enfin elle a un département fort étendu.

Employons les remarques de M. Duvernoy, et celles de M. Lieutaud que nous avons confirmées en partie : la rate est de différente couleur et de différente grosseur dans* les chiens , quand on les ouvre lorsque la digestion se fait ou lorsqu’elle est faite ; si l’estomac est plein , la rate est rapetissée , blanche et plus dure ; au contraire, elle est beaucoup plus mollasse, plus rougeâtre et plus grosse lorsque l’estomac n’est pas plein ; on ne sauroit nier ces observations.

Nous ne çroyons pourtant pas , comme on l’a crrç , que la diminution de volume dans la rate vienne de la compression faite par le ventricule ; il paroît qu’il n’est point d’état, dans lequel la rate ne soit plus dure que le ventricule ; quand il n’y auroit pas bien des raisons que nous ne détaillerons pas ici , cette seule remarque suffit pour prouver que la rate n’est jamais resserrée par l’effort du ventricule.

Qu’arrive-t-il donc? Le voîci comme on le trouve dans Chili fie. hisl. Dissert. (§. vu); l’estomac reçoit du sang beaucoup plus aisément lorsqu’il esf plein que lorsqu’il est vide ; la circulation se fait mieux dans ce visc.ère lorsqu’il est distendu que lorsqu’il est vide; or comme la rate et le ventricule ont des arfères d’un même tronc , il s’ensuit que le sang allant plus aisément à l’estomac , la rate en recevra moins.

Il faut ajouter encore que la rate se serre ou se contracte par elle-même , car le défaut de sang ne la durciroit point; elle a son action particulière , et cette action qui diminue le volume de ce viscère fait que le sang va. en plus grande quantité à l’estomac , au pancréas, comme nous le disions ailleurs (§. lxxx), et apparemment au foie lui-même ; et c’est précisément lorsque la sécrétion doit augmenter dans tous ces viscères.

La rate pourroit donc être regardée comme un organe qui , lorsqu’il se remplit, diminue la quantité des liqueurs dans les autres viscères, et qui , lorsqu’il se resserre ou qu’il se vide, augmente cette quantité; et on pourroit dans ce sens-là regarder la rate à certains égards comme une sorte de réservoir , ce qu’on a déjà remarqué ; ce n’est pourtant pas à dire que ce soit là l’unique et le principal usage de ce viscère.

Quoi qu’il en soit , l’action de la rate se démontre encoi'e mieux

ï82 RECHERCHES

par ce qu’on aperçoit sur les malades ; ceux qui ont des tumeurs et des suppurations dans ce viscère ont au côté gauche les mêmes incommodités qui se trouvent du côté droit lorsque le foie est malade des secousses , des trémoussemens , des enflures , etc.

Nous avons vu un homme qui avoit une tumeur squirrheuse à la rate , et qui ordinairement vers les huit ou neuf heures du •matin avoit le pied gauche presque absolument engourdi , et la joue du même côté froide comme du marbre , tandis que la droite étoit fort chaude.

On ne finiroit point s’il falloit parler des douleurs de tête , des fluxions à l’œil gauche , des douleurs à l’oreille de ce côté , des crampes , et de tant d’autres phénomènes qu’on observe sur le côté gauche de ceux qui ont la rate prise.

Voilà donc encore un viscère comme glanduleux qui a son action et son département , et qui fait sa fonction de temps en temps.

Ce n’est pas ici le lieu d’examiner d’où viennent ces communications ou ces rapports d’une partie à l’autre , et comment les secousses et les trémoussemens s’étendent en partant du viscère affecté comme d’un centre.

Il suffit que ce que nous avançons soit fondé sur des observations incontestables , et que ceux qui voient des malades avec quelque attention , ne sauroient nier ; l’examen d’un malade seul en ap-

Îmendra autant que toutes les descriptions que les anciens nous ont aissées sur ces sortes de phénomènes qu’ils ont aperçus et peints, ou détaillés à leur ordinaire.

Remarquons aussi que nous ne sommes pas obligés d’expliquer les variations qui peuvent survenir dans ces cas-là. Un praticien pourroit faire bien des objections qui mèneroient fort loin ; il suffit encore un coup , pour l’usage que nous prétendons faire des observations dont je parle , qu’elles soient bien constatées en général.

§. CXXII. Examen de ce qui se passe dans l’ estomac et dans quelques autres viscères.

La faim et ses symptômes , les tiraillemens qu’on sent vers l’estomac , des défaillances et des sensations qu’on ne peut point exprimer , et qu’on sent évidemment vers la région du ventricule , tout cela ne vient-il point de l’action de ce viscère ? N’agit-il pas , ne se roule-t-il pas , pour ainsi dire , sur la masse alimentaire , dans le temps de la digestion ?

Ceux qui sont à même de vomir , ne sentent-ils pas cette action? Tout le monde en conviendra aisément j il y a long-temps qu’on a fait attention à ces mouvemens. Les praticiens trouvent chaque jour des occasions de se convaincre combien les secousses de l’estomac s’étendent jusqu’aux autres parties. On observe des points de côté violens , des difficultés de respirer , des convulsions , et tant d’autres symptômes qui proviennent évidemment de l’action plus ou moins violente de l’estomac. Toutes les parties sont , pour ainsi dire , du département de ce viscère.

N’est-ce pas un malheur pour l’art que l’on soit encore à so-u-

ANATOMIQUES. i83

haiter un traité fait exprès pour discuter une infinité de cas qui reviennent chaque jour : Les théoriciens scholastiques seroient bien étonnés si quelque bon médecin clinique vouloit se donner les peines nécessaires pour traiter ces matières !

Le duodénum fait sentir certaines douleurs qu’on appelle douleurs des reins, pendant les frissons de la fièvre , et lorsque ces parties sont en convulsion. Hoffmann l’a bien observé , et il ne faut pas douter que les irritations de cet intestin ne se communiquent au foie , à la rate et au pafacréas y ces corps glanduleux soht du département du duodénum.

Les observateurs avoueront aussi sans peine que le reste du canal intestinal a son action particulière ; on sait combien les secousses irrégulières de ce canal ont d’empire sur les différentes parties du corps ÿ il paroit qu’elles agissent ordinairement beaucoup plus sur les parties inférieures que sur les supérieures.

Les reins, qu’on ne sent pas ordinairement, se font bien sentir dans ceux qui sont sujets à des coliques néphrétiques y on sent des tiraillemens à la cuisse voisine , et jusques à l’épaule du même côté , deé douleurs aux lombes , et les convulsions s’étendent quelquefois jusqu’au diaphragme.

Il est bon de remarquer à ce sujet qu’il y a des gens qui ont un calcul au rein , et qui ne souffrent que par paroxysmes y ces paroxysmes, quoiqu’ils soient quelquefois irréguliers, prouvent que l’action du rein ne laisse pas d’avoir certaines périodes y cela se prouve aussi par l’autorité de ces observateurs , qui ont prétendu que les hommes ont un flux d’urine extraordinaire environ chaque mois.

Les médecins qui voient tous les jours sur les malades les symptômes dont nous parlons , conviendront de la vérité de ce que nous avançons. Du reste , répétons-le encore , nous n’entrerons pas làdessus dans un certain détail , nous ne suivrons point un ordre* fixe pour examiner les dépendances des parties , et nous ne parlerons point du mécanisme de ces dépendances y tout cela seroit hors de notre sujet.

Il faut avouer que cette partie a été fort négligée , de sorte qu’on ne peut pas encore travailler bien utilement sur cette matière j nous en avons dit autant qu’il en faut pour ce qui nous concerne.

CXXIII. Autres remarques sur le département des glandes et sur leur action périodique.

Il s’agit d’appliquer aux glandes tout ce que nous venons de dire des viscères dont nous avons parlé ; le parallèle entre la raté , le foie et les glandes , est bien aisé à établir, puisque ces organes ne sont eux-mêmes , à proprement parler , que des glandes. Il n’y a point de raison qui puisse empêcher de fonder aussi notre opinion sur ce qui se passe dans l’estomac et les intestins y ce sont toujours des réservoirs en jeu , et qui ont une action particulière pour se vider ou pour faire une excrétion à peu près comme les glandes.

Or'en faisant voir ce que nous entendons par le département d’ une glande , pourquoi répéter si souvent bien des choses que

nous avons exposées ailleurs ? le lecteur peut se les rappeler , et faire quelque attention à ce que nous avons nommé l’action des parotides , celle des testicules , etc. Chacun peut faire les réflexions ■nécessaires là-dessus.

Nous n’avancerons point que nous croyons connoître l’étendue du département de chaque glande , quoique nous concevions qu’elle en a un en effet; mais il faut espérer que si l’on fait des observations sur cette matière , on viendra enfin à avoir quelque chose de fixe ét de déterminé.

L’action périodique des glandes paroît assez prouvée , au moins en gros , par ce que nous avons détaillé jusqu’ici ; mais il reste bien des points à éclaircir sur cette matière. Il faudroit savoir : i°. combien de temps chaque glande est en action ; 2°. à quelle heure , à peu près , elle commence à agir pendant le jour naturel ; 3°. quelles sont les glandes congénères ou qui peuvent agir, et agissent en effet en même temps ; 4°: quelles sont au contraire celles qui ne peuvent pas agir ensemble , soit qu’elles se suspendent mutuellement , soit qu’elles ne doivent jamais agir en même temps ; 5°. quelles sont celles qui peuvent réparer l’action de quelqu’une qui n’agit point, s’il y en a qui soient faites pour suppléer en quelque façon à d’autres , etc.

,11 n’est pas douteux que toutes ces questions , et bien d’autres qu’on pourroit faire , n’éclaircissent beaucoup les connoissances de l’ économie animale , s’il étoit possible de les approfondir comme il faut.

Nous avouerons qu’il nous est impossible de bien expliquer tout cela ; voici seulement ce que nous pouvons dire à ce sujet : supposons qu’après une diète de deux jours ou environ , un sujet le mieux constitué et le plus réglé qu’il se pourra , ait dormi pendant huit à dix heures ; le sommeil tranquille et parfait a suspendu toule excrétion, toute action des glandes; faisons aussi abstraction des changemens qui arrivent par les passions. Le sujet dont il s’agit est un de ces paysans sobres et réglés qui ne sont occupés que du travail présent , ou si l’on veut c’est un enfant.

Ce sujet se lève le matin ; il s’étend , et réveille , pour ainsi dire , tous ses membres ; après quelques mouvemens , son appétit commence à se faire sentir, et, comme nous l’observions ( §. lxxiii), ses parotides entrent en action; elles font leur fonction jusqu’à ce que l’estomac soit assez plein ; elles, se reposent alors, ou elles ne font qu’autant de sécrétion qu’il faut pour humecter la bouche et li gosier.

Mais l’estomac commence à redoubler son action à son tour; il est occupé à broyer les alimens , et bientôt après , les sucs qu’il envoie au duodénum irritant cet intestin , le pancréas ( §. lxxxi ) , le foie ( §. cxx) et la rate (§. cxxi) entrent en jeu; ces trois viscères agissent avec l’estomac ét le duodénum ; ils ont leurs nerfs et leurs vaisseaux des mêmes troncs , et apparemment ils sont en action jusqu’à ce que l’estomac et le duodénum soient vides.

C’est actuellement aux intestins grêles à agir ; ils exciteront les gros et le jeu des vaisseaux lactés , qui en se remplissant mettront

le mésentère en action , jusqu’à ce que tout le chyle soit absorbé , et qu’il ait passé par le réservoir de pecquet et le canal torachique , qui ont aussi , sans doute , leur action particulière. S’il y a quelque portion du chyle qui soit absorbée par les racines de la veine-porte, le foie ne sera-t-il pas irrité de nouveau ? n’aura-t-il pas une action particulière différente de celle qui fait la sécrétion de ce viscère ?

L’abord du chyle dans le coeur et les poumons doit exciter les vaisseaux et les forces de la circulation } après un certain temps les reins et la peau viendront à évacuer les excrémens des digestions , etc.

Ce que la vessie , le rectum et les autres réservoirs reçoivent en dépôt , sortira lorsque ces réservoirs seront excités par certaines causes , etc. Dans quelle classe mettrons-nous l’action des mamelles , celle de la matrice, et celle des parties génitales?

Tel paroît être à. peu près l’arrangement et le rapport de ces actions , autant au moins qu’on peut l’apercevoir dans l’état de santé parfaite. Toutes ces digestions, qui peuvent se réduire à des sécrétions et à des excrétions , semblent se faire à peu près en six ou huit heures , dont la plus grande partie est employée à la digestion dans l’estomac et le duodénum , et aux élaborations du chyle dans les vaisseaux sanguins.

11 n’est pas douteux que les passions , les mouvemens qu’on se donne , ou le défaut de mouvement , les habitudes qu’on a prises , les incommodités qu’on peut avoir , les repas qu’on réitère trop fréquemment, le sommeil qu’on néglige ou auquel on s’abandonne, les différens alimens dont on se nourrit ,* enfin la différence des tempéramens , celle des saisons , et les cliapgemens de l’air n’occasionnent bien des variations dans l’ordre dont nous venons de parler.

Il y a beaucoup de combinaisons qui sont possibles , et qui exis- . tent en effet dans les différens sujets. Il n’y a point de ces tempéramens ad libellant ou parfaitement uniformes et qui aillent toujours du même train , comme disoient les anciens.

Il n’est pourtant pas inutile de saisir ainsi les choses dépouillées de tous les accidens particuliers , et en suivant le cours ordinaire et la règle la plus naturelle : cela peut avoir bien des usages en médecine. -

Il faut d’ailleurs tâcher de faire là-dessus de nouvelles découvertes. Ce qui suit indiquera qu’on peut avoir quelque chose de certain , et que tous ces mouvemens de sécrétion et de digestion , ces rapports , etc. ne sont pas aussi irréguliers qu’on pourroit bien le croire.

S- CXXIV. Observations qui font présumer- qu’on peut trouver

les différens rapports des actions des glandes et des autres

parties.

Lf.s monastères, les campagnes, et les villes même, nous fournissent des exemples de ces sortes de gens réglés , dont toutes les fonctions sont arrangées de la manière la plus régulière. Ils mangent tous les jours à la même heure} ils se lèvent, ils se couchent à dçs heures

marquées j l’appétit leur vient à des temps fixes j ils se réveillent et ils s’endorment à des heures précises : et ce qu’il y a de p]us remarquable , c’est que s’ils viennent à laisser passer le moment marqué pour quelqu’une de leurs fonctions , ils se trouvent dérangés jusqu’à ce qu’ils soient remis à leur train ordinaire.

Tout le monde éprouve que l’heure du repas approchant l’ap-

Sétit augmente , et que si on la laisse passer sans manger , l’appétit isparoit de lui-meme , pour ne revenir que quelques heures après. Ce n’est pas ici le lieu de chercher la raison de ce phénomène , ni d’examiner si ce qu’on en a dit est fondé. Il suffit qu’il soit lui-même une preuve de ce que nous avançons sur le temps marqué pour l’action de certaines parties.

Combien de gens ne trouve-t-on pas qui suent tous les matins à la même heure ? Il y en a qui s’éveillent constamment et à des heures marquées , pour certaines excrétions que d’autres font chaque jour au moment marqué pour cela. Nous avons un ami qui n’a d’autre horloge pour la nuit que sa poitrine. Il crache chaque matin vers les quatre heures , après avoir toussé pendant deux ou trois minutes : cela ne manque que lorsqu’il se dérange dans sa façon de vivre. On voit des gens qui vomissent des glaires tous les matins à peu près à la même heure, etc.

Nous pourrions parler de bien des hémorrhagies périodiques par le nez, par le fondement, et par d’autres parties. Hildan a vu un malade qui rendoit chaque matin , vers les neuf ou dix heures, une assez grande quantité de sang par le nombril. On trouve souvent des jeunes gens qui ont des hémorrhagies du nez tous les matins pendant un certain temps. On sait comment les choses se passent dans les hémorrhoïdes , et dans les règles des femmes , etc.

Comme nous n’avons pas résolu de nous étendre sur cette matière , nous passerons sous silence bien d’autres observations qu’on trouve dans les auteurs , et qu’on peut faire sur les malades et sur les personnes en santé.

Il semble que nous en avons dit autant qu’il en faut pour prouver au moins qu’il est vraisemblable que chaque glande , et même chaque partie , a son département’ et une action particulière qu’elle exerce à des temps marqués. Nous ne prétendons pas pénétrer plus avant pour le présent.

§• CXXV. Façon de concevoir l'action de toutes les parties , leurs dèpartemens , et leurs mouvemens périodiques.

La plupart dès physiologistes ne traitent la circulation, qu’en gros j ils ne remarquent pas qu’elle peut être fort différente dans les gros vaisseaux et dans les plus petits. Chaque partie ne peutelle pas même avoir sa circulation particulière , qui peut augmenter ou diminuer, sans que la circulation générale s’en j-essente?

Il y a apparence que les circulations sont plus ou moins promptes, suivant les différens ordres des vaisseaux, et suivant l’action et l’usage des parties. Toutes ces vérités peuvent être regardées comm® des corollaires de ce que nous ayons avancé jusqu’ici.

11 y a donc une circulation générale , et bien des circulations particulières. Ce sont, si nous osons le dire, comme de petits cercles qui viennent aboutir à un plus grand. Nous avons accoutumé de nous servir de cette dénomination de cercle , pour exprimer qu’une partie , quoiqu’elle reçoive le sang au moyen de la circulation générale , ou qui se fait dans les plus gros vaisseaux , a pourtant une circulation particulière, suivant qu’elle est en action ou qu’elle n’y est point : les autres parties qui se ressentent de cette action , sont du département de son cercle , etc.

Ainsi la moindre partie peut être regardée comme faisant , pour ainsi dire , corps à part. Elle agit , il est vrai , au moyen de la circulation générale , mais elle est aussi distincte que le système des vaisseaux sanguins l’est du système des vaisseaux chileux, et que la circulation du poumon et celle du foie le sont de celle qui se fait dans les gros vaisseaux ordinaires.

Pourrions-nous nous servir d’une comparaison qui , toute grossière qu’elle est, peut avoir ses usages? Nous comparons le corps vivant , pour bien sentir l’action particulière de chaque partie , à un essaim d’abeilles qui se ramassent en pelotons , et qui se suspendent à un arbre en manière de grappe ; on n’a pas trouvé mauvais qu’un célèbre ancien ait dit d’un des viscères du bas-ventre, qu’il étoit animal in animalij chaque partie est , pour ainsi dire , non pas sans doute un animal , mais une espèce de machine à part qui concourt ; à sa façon , à la vie générale du corps.

Ainsi , pour suivre la comparaison de la grappe d’abeilles , elle est un tout collé à une branche d’arbre , par l’action de bien des abeilles qui doivent agir ensemble pour se bien tenir ; il y en a qui sont attachées aux premières, et ainsi de suite; toutes concourront à former un corps assez solide , et chacune cependant a son action particulière à part ; une seule qui viendra à céder ou à agir trop vigoureusement , dérangera toute la masse d’un côté : lorsqu’elles conspireront toutes à se serrer , à s’embrasser mutuellement, et dans l’ordre et les proportions requises , elles composeront un tout qui subsistera jusqu’à ce qu’elles se dérangent.

L’application est aisée ; les organes du corps sont liés les uns avec les autres ; ils ont chacun leur district et leur action ; les rapports de ces actions , l’harmonie qui en résulte , font la santé. Si cette harmonie se dérange , soit qu’une partie se relâche , soit qu’une autre l’emporte sur celle qui lui sert d’antagoniste , si les actions sont renversées , si elles ne suivent pas l’ordre naturel , ces changemens constitueront des maladies plus ou moins graves.

§. CXXYI. Comparaison des glandes avec l’estomac.

Les Malpighiens ont déjà fait cette comparaison , mais c’étoit surtout pour expliquer la structure de la glande ; nous l’avons faite ci-dessus ( §. ex ) , dans un autre sens , et il paroît qu’il est à propos de suivre un peu ce aue cette comparaison peut faire penser sur les glandes.

En premier lieu , comme l’estomac a sa fonction et sa sensation particulière , chaque glande a aussi ces deux propriétés et elles

xaB RECHERCHES

s’exercent â peu près de la même façon dans les deux organes • chacun travaille ce qu’il contient à sa façon j chacun s’en défait7 et le reçoit à des heures marquées ) et enfin chacun a son mouvement particulier * bien distinct de celui qui le fait simplement vivre. Toutes ces vérités sont des suites de ce que nous avons déjà souvent répété.

Mais 2°. si une glande ressemble si bien à l’estomac dans l’état naturel , ne lui ressembler oit-elle pas aussi dans l’état contre nature? En un mot , les maladies ne sont-elles pas dans les glandes ce quelles sont dans l’estomac j trop ou trop peu d’action , un resserrement , ou un relâchement , un renversement de mouvement, ou trop de précipitation dans le mouvement ordinaire?

Le docteur Harris a dit que le diabètes étoit un dévoiement des reins -, pourquoi ne pas en dire autant de toute sorte de glandes? et après tout quel ridicule y auroit-il à dire qu’il arrive à certains vaisseaux du foie dans quelques ictères , ce qui arrive aux parois de l’estomac dans des évacuations forcées par la bouche? N’est-ce pas , dans l’un et dans l’autre cas , un renversement du mouvement péristaltique, un vrai vomissement ? Et n’y a-t-ilpas aussi des cas qu’on peut regarder comme une espèce de relâchement ou de dévoiement de certaines glandes , comme dans certaines sueurs longues, etc.?

Si on peut appliquer à tous les réservoirs du corps ce qui arrive à la vessie , pourquoi ne pas leur appliquer ce qui arrive à l’estomac ? Cela revient au menle ; et en poussant la comparaison , il s’agiroit de savoir si les remèdes n’agissent pas dans les glandes tout comme dans l’estomac , en les remettant à leur ton , en les excitant ou en leur donnant des secousses contre nature \ bien des médicamens de ceux qu’on appelle altérons , seroient remis par-là dans la classe des évacuans.

Chacun pourra faire beaucoup de remarques qui se présentent aisément , lorsqu’on considère les choses de cette façon ; et il semble que tout cela , bien eutendu , pourra éclaircir des matières très-obscures pour bien des gens , et auxquelles bien d’autres n’ont n’ont jamais pensé.

Du reste, nous pourrions , s’il le falloit, appuyer ce que nous avançons par bien des autorités j les anciens , surtout, nous fourniroient mille endroits , mille passages par lesquels il seroit aisé d’embellir ce que nous proposons, et où ils se sont expliqués en attribuant à chaque partie une action particulière, un mouvement, et même une vie ; ils disoient que les organes attiroient, retenaient , goûloient , rejetaient , etc. différentes matières ; il n’y a qu’à ouvrir quelqu’un de leurs livrés, on se convaincra de la vérité de ce que nous disons, et on nous pérmettra de ne plus en parler jusqu’à ce qu’on ait établi quel est le fond qu’il y a à faire sur l’autorité ou le témoignage des anciens sur cette matière.

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