DISCOURS PRÉLIMINAIRE
(jet ouvrage n’est qu’un enchaînement d’observations faites avec la plus scrupuleuse attention ; la matière en est nouvelle, et n’est pas moins intéressante pour la théorie que pour la pratique de la médecine.
Pour bien juger de ces Recherches , il est essentiel de mettre absolument à part les préjugés contraires ; et si on entreprend de les vérifier , il faut souvent réitérer les épreuves, et ne croire aucun article décidé, qu’autant qu’on sera fondé sur des résultats confirmés par plusieurs examens.
En attendant que de bons observateurs se soient ainsi assurés de la vérité de tous ces faits, n’en doit-on pas au moins présumer favorablement par les observations rapportées dans ce Traité ? Ce sera une opinion d’autant moins hasardée, que plusieurs de ces observations ont été faites sur des personnes dont le témoignage ne sauroit souffrir de contradiction, et qu’il seroit difficile de faire intervenir des soupçons assez vraisemblables d’illusion , ou de prévention , pour affoiblir un pareil témoignage.
Il faut pourtant convenir que ces raisons, quoique trèsplausibles, ne peuvent d’abord donner que bien peu de sécurité sur les obstacles que les vérités naissantes ne manquent jamais de trouver.
M. Fagon soutint le premier à Paris l 'existence de la circulation du sang : ce fut avec toute la force des preuves qu’on s it qu’il y a à alléguer pour l’appui de cette vérité : K Les vieux docteurs donnèrent des éloges au récipiendaire, “et convinrent que, pour un aussi étrange paradoxe, il ne » s’en étoit pas mal tiré (1) ». Or, cormoissons-nous quelque vérité en médecine qui puisse se produire avec des preuves aussi invincibles?
Ce seul exemple nous eût peut-être fait renoncer à notre entreprise, si nous n’avions pensé que, grâce à l’esprit philosophique qui depuis quelque temps paroît se répandre de plus en plus , on est à présent plus adroit à saisir le vrai, qu’ou ne l’étoit dans les siècles précédens.
(1) M. Fontenelle , éloge de M. Fagon.