DISCOURS
Les pyrrhoniens de toutes les espèces sont âujourd’W renfermés dans de justes botnes ; on ne les écoute p0inJl dès qu’on les en voit sortir : le défaut d’autorités , un bon mot ne peuvent plus ternir une vérité au point de l’empê. cher de se montrer : les jugemens prématurés sont donc d’aj tant moins à craindre , que ces changemens se sont réelle" ment faits dans la disposition des esprits.
Mais il est, dit-on , démontré , par ce qu’il y a de plus clair dans les principes de l’art , qu’il est impossible de déterminer et de classer assez distinctement les différentes modifications du pouls , pour établir sur ces différences les signes propres à chaque évacuation critique : on ajoute qu’à peine la vie d’un homme suffiroit à s’instruire et s’exercer comme il faut l'être pour faire usage de ces règles.
Nous pouvons d’abord avancer , après un critique célèbre (1), que « la raison est un instrument vague, volti- » géant , qu’on tourne de toutes manières comme une gi- » rouette ». Montagne dit aussi que « la raison est une règle » de plomb et de cire, allongeable , ployable et accommo- » dable à tous biais et à toutes mesures ». D’ailleurs, le seul raisonnement peut- il être de quelque poids dans une matière qui est principalement du ressort de l’observation? à plus forte raison , s’il n’est fondé que sur des principes contredits pîar des faits.
Or , de cette contradiction , ainsi que de la facilité de , concevoir et d’appliquer les règles dont il l’agit ici, nous en pouvons alléguer une preuve sans réplique; c’est qu’eu moins de quatre mois , on est parvenu dans un hôpital à former si bien à l’usage de ces règles un jeune médecin qui n’en avoit aucune connoissance, que depuis ce temps-là il ne s’y méprenoit que rarement (2).
Au surplus , qui est-ce qui ignore qu’il est une maniéré propre à tout peintre , à tout écrivain , qui les décèle bientôt aux yeux des connoisseurs ? Qui est-ce qui ne sait que dans tous les arts il y a un coup d’œil qui fait d’abord apercevoir aux maîtres ce qu’à peine les apprentis peuvent remarquer avec le secours de la plus grande attention ? Il en est de même des différentes modifications critiques du pouls; à peine sensibles pour ceux qui ne sont pas habitués à cet examen, elles deviennent frappantes pour ceux qui y son* exercés.
Solano de Luques, médecin espagnol, qui vivoit à Ante' quera au commencement de ce siècle , et dont il sera souvent question dans la suite de ces Recherches , a fait des
(1) Bayle.
(2) M. Michel , docteur de la faculté de Montpellier.