CHAPITRE PREMIER
Idée générale du pouls et de ses différentes espèces.
U ne faut pas s’attendre à trouver ici les définitions élémentaires sur la nature du pouls et sur ses différences : ces questions , qui n’ont été que trop multipliées, sont de pure spéculation , et n’appartiennent point à cet ouvrage uniquement fondé sur la pratique.
Le pouls ne peut se connoître que par le tact $ il n’y a qu’à le tâter pour en avoir une idée , et pour s’en former une image : c’est ainsi qu’on acquiert par l’expérience , et non par le raisonnement , l’idée des couleurs , celle du mouvement , celle du son et de la chaleur.
Il est pourtant vrai que l’anatomie des parties dont les oscillations constituent le pouls , peut, ainsi que le remarquent des médecins théoriciens sur l’usage de toutes ses parties , devenir utile pour avoir des notions claires de la nature du pouls : mais ces connoissances sont supposées dans cet ouvrage.
Lorsqu’on tâte un pouls, on le trouve dur ou mou, faible ou vigoureux , lent ou fréquent, ] grand ou petit, etc. j mais les difficultés arrêtent au premier pas. Comment faut-il qu’un pouls se trouve pour être appelé dur ou mou , faible ou vigoureux , lent ou fréquent, grand ou petit ? Par quels signes connoît-on qu’il est tel qu’on l’annonce ? La durëté , la mollesse, la grandeur, la fréquence, etc. ne sont que des états , des modes relatifs qui ne peuvent être évalués que par une mesure commune et fixe , à laquelle on puisse rapporter toutes ces variations.
Cette mesure manque (i) ; et de là naît la difficulté qu’il y a de bien connoître le pouls. C’est à ce défaut de mesure fixe qu’il faut attribuer une bonne partie des jugemens divers apportés quelquefois sur le même pouls. On verra dans le chapitre suivant , qu’un des avantages de la méthode proposée dans cet ouvrage , est de se trouver moins assujettie que- les méthodes ordinaires à la nécessité ou au besoin de cette mesure.
D’ailleurs l’usage, les épreuves réitérées, l’expérience , suppléent ici au défaut des règles et des mesures exactes. Il n’y a qu’à tâter souvent le pouls à des personnes de tbut âge, de tout sexe , de toute constitution , à des malades, à des gens qui se portent bien : cette opération réitérée à plusieurs reprises , forme insensiblement la finesse du tact , qui distingue le praticien de l’homme peu expérimenté.
On acquiert , par ce moyen , l’habitude de juger de l’etat d’un pouls , pour ainsi dire, sans y penser , et quelquefois sans pouvoir
(i) La fréquence et la lenteur font une exception dont 41 sera parlé dans le elinpitre suivant.
a63 RECHERCHES
bien exprimer les différences qu’on aperçoit. Cette difficulté caractérise même , en quelque manière , le tact exquis du praticien ; il ne consiste que dans la faculté de juger plus sainement et plUs sûrement qu’on ne le fait ordinairement.
La disposition naturelle des organes , leur finesse , leur aptitude contribuent infiniment à faire bien saisir les nuances qui diffeZ rencient les pouls ; mais il n’est' pas impossible d’apercevoir ces nuances sans cette finesse du tact. Ainsi les connoissances particulières que les médecins peuvent acquérir sur le pouls , doivent moins être attribuées à une délicatesse particulière de leur tact qu’à leur expérience.
On n’est pas long-temps à apercevoir des différences bien marquées entre le pouls naturel des enfans et celui des vieillards. Ce sont là les deux premiers points fixes auxquels on peut rapporter toutes les espèces de pouls dont il est bon de se former dans la mémoire $ une liste; pour ainsi dire, graduée.
Le pouls naturel des vieillards est beaucoup plus fort, beaucoup plus dilaté. , beaucoup plus dur que celui des enfans. Celui-ci est beaucoup plus fréquent que celui des vieillards : c’est un fait connu, et même susceptible de calcul; c’est-à-dire qu’on peut mesurer , au moins à peu de chose près , l’excès de la fréquence du pouls des enfans sur celui des vieillards ; on ne sauroit enfin confondre ces deux espèces de pouls.
Le pouls naturel des adultes bien constitués , et qui jouissent d’une très-bonne santé, fait une autre sorte de point fixe, qui sert à juger toutes les autres espèces. On y sent une souplesse , -une plénitude médiocre ; les pulsations sont faciles , libres , bien distinctes , bien égales ; elles sont fortes sans être brusques , sen* bibles sans trop de plénitude et sans trop de mollesse.
Ce pouls paroît composé de celui des enfans et de celui des vièillards. Il a Y aisance et la souplesse du premier , sans en avoir la précipitation ; il a la force et la plénitude du pouls des vieillards, sans en avoir la lenteur , la rpideur , la sécheresse : c’est l’état parfait du pouls : celui des enfans ne demande qu’à s’étendre; il est vif , il est pressé ; celui des vieillards se durcit et se resserre , il s’ embarrasse , il s’éteint,
Les pouls naturels des âges qui se trouvent entre ces trois points fixes , se ressemblent plus ou moins , à proportion qu’ils s’éloignent ou qu’ils s’approchent des deux termes entre lesquels ils se trouvent. On monte par degrés du pouls des enfans à celui des adultes , en passant par tous les âges intermédiaires. Le pouls des enfans se dilate , se ralentit, acquiert du corps et de Y aisance , jusqu’à ce qu’il soit parvenu à l’état dé maturité ou de consistance du pouls de l’âge adulte ; celui-ci perd de sa souplesse, de sa vigueur * de sa liberté , il se durcit, à proportion qu’on approche de la vieillesse.
Le pouls naturel des femmes est , en général , plus vif et plu9 approchant de celui des enfans et de la jeunesse , que le pouls des hommes ; il a ses degrés particuliers , sa jeunesse, son âge moyen*
vieillesse ,
En parlant donc de quelques points fixes aisés à vérifier , sur ]a nature et les différences du pouls , on étend et on arrange ses connoissances ) on apprend à mettre toutes les espèces de pouls sous un point de vue où l’on peut les considérer , les classer , suivant l’ordre de la nature , dans la table ou la liste générale que l’esprit en fait pour son usage.
Les médecins les plusclairvoyans et les plus assurés sur ce genre de connoissances , sont ceux dont la tête est la mieux fournie de toutes les images des différentes espèces de pouls. Ceux dans lesquels ces images sont si bien placées , si bien arrangées , qu’il ne puisse presque pas y avoir de confusion , et que la mémoire leur présente distinctement l’idée de l’espèce de pouls ressemblant à celui qu’ils tâtent.
C’est au moyen de cette provision de faits, que les médecins s’entendent enti'e eux , et que lorsqu’ils avancent qu’un pouls est dur, mou, fréquent, faible , etc., ils sous-entendent toujours l’état auquel ces dénominations doivent être comparées , sans quoi elles n’auroient aucune signification.
C’est aussi pour la même raison , et par l’effet- de la netteté de cos idées, que les médecins dont le tact est bien exercé , se décident quelquefois sur l’état du pouls, par une première sensation presque machinale et souvent précieuse-; heureuse sorte d’enthousiasme dont les génies froids et paresseux ne sont pas capables , et dont les connoisseurs sentent seuls le prix.