‹ Œuvres complètes de Bordeu, précédées d'une notice sur sa vie et sur ses ouvrages. Tome premierChapitre 28 sur 75 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

De la maniéré particulière dont les différentes espèces de pouls seront distinguées dans cet ouvrage..

De tous les moyens propres à bien caractériser les différentes espèces de pouls , le moins sujet à tromper est celui par lequel on peut peindre chaque pouls, de manière qu’un observateur n’ait pas besoin de se rappeler un pouls qu’il a tâté autrefois , pour mettre celui qu’il tâte actuellement dans la classe qui lui appartient.

Un exemple va servir à éclaircir cette proposition. Il est dit dans le chapitre précédent, que les dénominations du pouls grand, foible , mou, dur , plein, vide, n’ayant qu’un sens vague et indéterminé , il faut que celui qui veut juger le pouls connorése une mesure commune à laquelle il puisse comparer la grandeur , la foiblesse , la dureté. Il doit donc avoir dans l’esprit la pièce ou le pouls de comparaison , auquel il puisse rapporter celui qu’il veut juger,

Il est aisé de comprendre que l’attention se partage entre ces deux objets , et que l’opération par laquelle l’aine met en parallèle le pouls présent avec un pouls absent, suppose un effort considérable. Il peut arriver que la mémoire représentera foiblement l’image du pouls tâté autrefois , ou bien que le tact sera distrait de son objet actuel j de là doit naître aisément une trèsgrande confusion.

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Au lieu que si les espèces de pouls sont déterminées de façon que pour en juger , un observateur puisse ne s’occuper que du pouls qu’il tâte actuellement , et qu’il soit assuré d’en découvrir les caractères distinctifs , sans être obligé de se rappeler les espèces de pouls auxquelles il faille les comparer , le tact et le jugement du pouls deviennent bien plus aisés et plus certains.

Or, quelques-uns des principaux caractères donnés au pouls dans cet ouvrage , sont précisément de nature à pouvoir être aperçus sans s’occuper d’aucun autre pouls que de celui qu’on tâte.

En effet , Y égalité et Y inégalité des pulsations sont deux prin~ cipales sources d’où l’on tirera les différences des pouls : Y égalité des pulsations est une chose fort aisée à vérifier, ainsi que leur inégalité : les pulsations qu’il faut comparer se suivent immédiatement ; à peine a-t-on senti l’une qu’on sent Pautre ; l’impression de la première est à peine détruite dans le doigt, qu’il sent la seconde , qui produit un même effet, ou un effet différent; d’où résultent Yégalité et Y inégalité.

Elles doivent être encore considérées d’une autre manière; car les distances mu les intervalles qui sont entre les pulsations peuvent être égaux ou inégaux , ce qu’il n’est pas difficile de sentir , a peu de chose près ; ces distances , ou ces intervalles , fournissent un nouveau moyen de juger de l’état du pouls, et ce moyen est aussi simple que le précédent.

On peut déjà juger de l’avantage de cette méthode particulière sur la méthode générale , dont il est parlé dans le chapitre précédent , à laquelle il sera nécessaire d’avoir quelquefois recours.

Il y a , par exemple , des pouls qui seront appelés petits , serrés , durs , pleins , dilatés , développés ; c’est comme si on disoit qu’ils sont plus petits , plus pleins , plus mous , plus développés , que dans l’état ordinaire ou naturel au sujet qu’on examine : il faudra donc être muni d’observations antérieures , qui donnent une idée de ces qualités naturelles du pouls ; c’est-à-dire , qu’on doit s’être exercé à tâter beaucoup de pouls , et surtout avoir été conduit dans ses essais par un bon praticien.

La fréquence du pouls , sa célérité, sa vitesse , peuvent être prises pour la même modification , pour ne pas entrer dans bien des disputes qui ont partagé quelques auteurs sur la différence qu’il faut mettre entre la célérité , la fréquence et la vitesse.

Quoi qu’il en soit , la fréquence du pouls peut être mesurée exactement ; et il est fort aise4 de comparer \& fréquence ùaturelle avec la fréquence contre nature , comme quelques médecins l’ont déjà entrepris.

Le nombre des pulsations s’estime par le temps qu’on peut mesurer en tâtant le pouls : on voit exactement combien de fois un pouls bat pendant une minute , pendant un quart d’heure , au moyen d’une montre ou d’une sorte de pendule. Ce pendule n’est qu’une balle de plomb suspendue à un. fil qu’on met en mouvement , et dont les oscillations bu les vibrations sont plus ou moins lentes, suivant la longueur du fil , ou suivant la distance de la balle au point où le fil est arrêté.

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Chaque sujet , dit peut-être trop scrupuleusement un auteur moderne , pourroit , dans un besoin , avoir son pendule à pouls , apprendre au médecin combien de fois son pouls bat ordinairement dans une minute : le médecin auroit donc le moyen de juger bien exactement de la fréquence du pouls contre nature j mais cette méthode a des inconvéniens qui ne sont pas médiocres ; le principal est de ne pouvoir indiquer Yégalité et Yinégalité des pulsations et de leurs intervalles.

D’ailleurs il sera souvent question , dans cet ouvrage , de la fréquence ) sans qu’elle soit prise pour un caractère distinctif des différentes espèces de pouls : elle sera jugée et évaluée à la manière des praticiens ordinaires ) c’est-à-dire, en comparant la fréquence naturelle avec la fréquence contre nature , d’après les observations précédentes , et les notions acquises par l’expérience , sans montre , sans pendule à pouls.

Il est à propos de remarquer que V égalité et Yinégalité des pulsations sont dès phénomènes auxquels presque tous les médecins ont toujours fait attention depuis Galien ; mais ces deux modifications du pouls n’ont pas été considérées comme elles le seront dans cet ouvrage.

Au reste , quel que soit l’usage qu’on peut faire du pouls pour juger de la nature et des événemens des maladies , il ne faut pas penser qu’on doive s’en tenir uniquement au pouls pour porter ces jugemens ; il faut , à l’exemple de tous les médecins , rassembler , lorsqu’on juge de l’état d’une maladie , tous les symptômes , et peser toutes les circonstances : dans combien d’écueils ne tomberoit-on pas sans cette précaution ?

On peut trouver , par exemple , des personnes qui se portent bien , et dont le pouls paroît fort mauvais en soi ; et il y . a des malades prêts à entrer dans l’agonie , dans lesquels le pouls paroît ôl en soi : ces cas , qui sont assez rares , seront détaillés et mis à leur place.

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