‹ Œuvres complètes de Bordeu, précédées d'une notice sur sa vie et sur ses ouvrages. Tome premierChapitre 35 sur 75 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Du pouls qui annonce le vomissement , ou stomacal simple.

De tous les pouls inférieurs simples , celui qui est le moins développé , et qui approche par conséquent le plus du pouls â’irritation, c’est le pouls qui annonce ou qui accompagne le vomissement; aussi ne doit-on pas toujours regarder le vomissement > comme une véritable crise.

En effet , le vomissement naturel et critique qui termine une maladie , est très-rare , surtout dans l’usage où l’on est d’employer des vomitifs aux commencemens de la plupart des maladies. L’effort naturel qui détermine cette évacuation , a toujours dans le fond quelque chose de symptomatique, lors meme qu’on peut juger, par la diminution des accidens , qu’elle a pris sur la cause de là maladie.

Solano remarque qu’il n a jamais observé une simple crise par

■ le vomissement , sans une diarrhée : cependant on ne sauroit nier qu’il n’y ait quelquefois des vomissemens naturels , ou excités par quelque remède , qui soulagent au point de paroître emporter une maladie.

Le pouls stomacal est , comme nous l’avons déjà dit , le moins développé de tous leS pouls critiques ; il est moins inégal que > toutes les autres especes de pouls inférieurs . L’artère semble se roidir et frêxdir sous le doigt ; elle est souvent assez' saillante les pulsations sont fréquentes, et avec des intervalles assez égaux-

La tension de l’artère , jointe à l’ intermission , étoit pour Solano un signe certain du vomissement : mais V intermission annonce , en ce cas-là , un pouls qui n’est pas simple ; c’est ce qui sera suffisamment éclairci dans son lieu.

Il est neanmoins à propos de remarquer ici que le pouls stomacal décrit par Solano , est réellement un pouls critiqua coin-

■ pliqué avec le pouls convulsif ; et on peut avancer que le pouls critique de l’estomac ou vraiment stomacal , est celui qui se ren* contreroit , s’il étoit possible de le saisir , lorsque l’action de l’estomac se trouve déterminée vers les voies inférieures , c’est-à-dire vers le pilore.

S^l est vrai que chaque viscère emploie à peu près un temps fixe et déterminé à s’acquitter de ses fonctions , et que le temps que l’estomac met à faire la digestion , puisse être aperçu et mesuré par les signes qui accompagnent les divers temps de la digestion j si les signes de ces differens temps peuvent être distingués , peut-être trouvera-t-on le moyen de fixer ou de peindre les variations que l’action naturelle de l’estomac opère vraisemblablement sur le pouls. L’effet des émétiques , celui des purgatifs et des ppisons , pourroit servir à constater exactement les signes qui rendroient ces variations reconnoissables.

Tout ceci s’éclaircira par l’examen des mouvemens critiques désignés par les autres espèces de pouls inférieurs critiques : on n’examine ici que le pouls du vomissement.

Obs. XL1V. Une fille âgée de vingt ans , et mal réglée , vomit depuis trois mois ‘tout ce qu’elle prend, excepté le café, excepté encore les eaux minérales savonneuses appelées eaux bonnes : on a essayé inutilement toutes sortes d’alimens et de boissons. L’intervalle qui précède le vomissement est accompagné d’angoisses, de pâleur au visage , d’une sorte de tremblement général. Le pouls , qui esQnaturellement assez souple et assez égal, devient dur et fréquent ; l’artère paraît en quelque manière s’arrondir, elle devient plus saillante: les pulsations sont presque égales, on sent les parois de V artère s’ agiter par une espèce de tremblement. Alors le vomissement ne tarde point à se déterminer , et lorsque l’estomac est débarrassé , le pouls revient dans son état ordinaire ) il est même plus plein quelquefois et plus développé pendant quelques heures.

Obs. XLV. Un vieux soldat qui est dans le marasme , vomit tout ce qu’il prend depuis cinq mois. Il a la fièvre lente ) le pouls est, comme il se trouve ordinairement dans ces cas-là, plus ne* le matin que pendant le reste de la journée j il est fréquent et petit ; il devient très -convulsif dans des accès irréguliers de douleur dont le siège est dans la région épigastrique. Quelques heures après que le malade a pris de la nourriture , son pouls s’élève sensiblement , l’artère est tremblotante , dure , brusque et comme arrondie ; les pulsations sont inégales , à peu près dans cet ordre : à trois ou quatre pulsations égales , il en succède deux: ou trois un peu moins fortes , et puis les pulsations plus fortes feparoissent ; le vomissement survient, et ensuite le pouls reprend son état à’ irritation et de fièvre : le malade meurt dans le dernier degré de maigreur j on trouve le pilore ossifié , et les environs de cette ossification en suppuration.

Obs. XLVI. Un malade qui depuis quelque temps se sent fort accablé , éprouve constamment vers la région épigastrique une pesanteur singulière. Il vomit tout ce qu’il prend. Le pouls et la disposition au vomissement demeurent toujours dans le même «tat , malgré plusieurs saignées , et l’usage des émétiques et des purgatifs. Le pouls est concentré , petit , fréquent ; deux Ou trois heures après que le malade a pris quelque boisson un peu abon-

a8Éj RECHERCHES

«Jante, le pouls 5e développe, il se durcit, l’artère est très-tendue et elle semble se mouvoir comme en serpentant sous le doi*t * les pulsations sont très-fréquentes et peu inégales ; alors le malade vomit ce qu’il a pris , et le pouls se rétablit dans son état ordinaire. Vers le dix-huitième jour , le pouls se développe , il devient plein , vigoureux , sensiblement illégal ; il y a quelques intermittences , il est assez sduple ‘ le dévoiement survient , et de légers purgatifs , suivis d’abondantes évacuations , terminent la maladie vers le vingt-cinquième jour depuis la première saignée.

Obs. XL VII. Fièvre continue avec des redoublemens ; le malade n’appelle du secours que vers le sixième jour. La poitrine est prise , les crachats sont sanguinôlens èt un peu cuits au septième ; trois saignées et des purgations douces ne dérangent pas l’excrétion établie des crachats jusque vers lé onzième. Dans ce temps-là , le pouls , au lieu de se développer dé plus en plus , se' resserre ; on y sent Y ondulation et le redoublement instantané qui caractérise le pouls pectoral ; mais il y a de temps en temps des pulsations vives , avec un tremblement et une raideur considérables de l’artère : on en compte à différentes Reprises jusqu’à dix ou douze de cette espèce. Du quatorzième au seizième, lé malade Vomit naturellement et en plusieurs fois une grande quantité de matières glaireuses et bilieuses.

Le pouls est, depuis cette évacuation , exactement pectoral; on n’y sent plus rien de brusque ni de gêné vers le dix-huitième y et' la maladie se termine par l’expectoration. Il paroîtque le serrement , la petitesse et la roideur du pouls , étoient produits par la plénitude de l’estomac , et n’étoient que les avant-coureurs dü vomissement.

Il n’est pas rare de trouver dans les maladies , tant aiguës que chroniques , un serrement particulier du pouls , avec une roideur considérable de l’artère, de la fréquence et de V irrégularité. Le pouls se développe ensuite , et c’est ordinairement d’un bon augure. Ce serrement est très-souvent accompagné , sinon d’un vomissement, du moins de nausées, d’anxiétés, d’une sorte d’oppression incommode vers la région épigastrique : oppression qui' n’échappe jamais à l’attention dos malades , dont les plaintes expriment à merveille au médecin ce que le pouls lui indique déjà , c’est-à-dire , l’embarras de l’estomac , les efforts de ce viscère et l’état violent dans lequel il se trouve , sous le poids des matières glaireuses , bilieuses indigestes .

Ce développement du pouls que les médecins souhaitent tant , se montre souvent après les saignées, et après l’action des émétiques et des purgatifs $ ce qui ne prouve pas moins que le pouls dur, serré , irrégulier, fréquent, indique un degré considérable d’embarras de l’estomac, et doit être jiris pour le pouls stomacal avant-coureur du vomissement.

Mais les observations rapportées dans ce chapitre prouvent évidemment que le pouls stomacal est presque toujours compliqué- Ce qu’il y a à dire pour finir l’histoire de ce pouls, regarde donc

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telle des pouls compliqués qu’il faut consulter , ainsi que celle ,jes pouls qui succèdent à l’usage des remèdes.

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