CHAPITRE XI
Du pouls qui annonce les évacuations critiques du ventre, ou intestinal simple.
Le pouls intestinal simple est celui qui annonce et qui accompagne ordinairement les évacuations critiques qui se font par le canal intestinal; ce pouls subsiste aussi quelquefois , ainsi que les autres pouls critiques , après que les évacuations sont faites ; ce qui n’arrive que parce que la crise n’a pas été complète pendant les premiers jours.
Les raisons de cette définition ne peuvent être bien entendues que par la comparaison de tout ce qu’il reste à éclaircir dans" les suites de cet ouvrage ; il s’agit simplement ici de constater l’espèce de pouls qui précède les excrétions critiques intestinales qui terminent les incommodités et les maladies. On examinera ailleurs ce qui a rapport aux excrétions symptomatiques.
Voici en quoi consiste la nature ou l’état du pouls intestinal critique : il est beaucoup plus développé que le pouls du vomissement; ses dix pulsations sont assez fortes , comme arrondies , et surtout inégales , tant dans leur force que dans leurs intervalles, ce qui est tr'es-aisé à distinguer, puisqu il arrive presque toujours qu après deux ou trois pulsations assez égales et assez élevées , ' il en paroit deux . ou trois qui sont moins développées , plus promptes , plus rapprochées , et comme subintrantes j de là résulte une sorte de sautillement ou d’ explosion de l’artère plus ou moins régulier ; aux irrégularités de ce pouls , se joignent souvent des intermittences très-remarquables . Il n’est jamais aussi plein, aussi développé que le pouls supérieur : il n’a point nécessairement d’ordre marqué dans ses intermittences ; c’est au contraire par son désordre qu’il se rend reconnoissable .
Solano a avancé que le pouls qui annonce le dévoiement est l.e pouls intermittent ; cet auteur n’a fait attention qu’aux intermittences , et c’est avec d’autant moins de raison , qu’il n’est pas rare d’observer des dévoiemens critiques bien décidés, qui ne sont précédés et accompagnés que du pouls intestinal tel qu’il vient d’être décrit, sans qu’il y ait presque à’ intermittences.
Il est vrai que l’ intermittence du pouls est souvent suivie du dévoiement, mais eèla n’arrive' pas toujours} et V intermittence jointe aux irrégularités , annonce plus eertainemeiÿt cette crise; c’est donc à ces irrégularités qu’il faut d’abord faire attention lorsqu’il s’agit de juger du pouls du dévoiement criïique. Au reste ,
, °n fera voir en son lieu combien il est important de distinguer ces irrégularités d’avec celles qui se trouvent dans les pouls compliqués avec le pouls d’ irritation , car celles-ci ne sont pas toujours bien critiques (i). Il ne faut jamais perdre de vue que les pouls excréteurs critiques , dont il est actuellement question , sont toujours précédés d’un pouls bien développé.
(r) Voyez chap. X.XIII et les suivons.
Obs. XLVIII. Un jeune homme d’une forte constitution , quj se trouvoit un peu incommodé , me demanda de lui tâter le poùls . je le trouvai fréquent , fort , très-inégal , sautillant à peu près à chaque troisième pulsation ; il y avoit de temps en temps queU que pulsation à peine sensible , et tout près de former une vraie intermittence , ce qui me fit dire qu’il se passoit quelque révolution extraordinaire dans les entrailles ; il se trouva en effet qu’il avoit depuis la veille un léger dévoiement accompagné de quelques douleurs de colique ; ce dévoiement dura près de trois jours et se termina naturellement.
Un jeune homme d’une constitution délicate m’ayant demandé de lui tâter lé pouls, je le trouvai fort irrégulier, inégal, sautillant , intermittent , tantôt de quatre en quatre , tantôt de sept en sept pulsations : je parlai d’une disposition prochaine au dévoiement et d’un embarras d’entrailles 3 à quoi le jeune homme me, répondit qu’il étoit vrai qu’il avoit eu le dévoiement , mais qu’il ne l’avoit plus depuis deux jours , étant dans l’usage de la rhubarbe prise à petites doses 3 je répondis que le dévoiement reviendroit , ce qui arriva en effet dès le lendemain j cette évacuation , qui fut fort abondante, et. qui dura plusieurs jouis, ne pouvoit être attribuée à la rhubarbe , puisqu’on en avoit pris très-peu : quoi qu’il en soit , le pouls annonçoit l’évacuation du ventre.
Obs. XLIX. Une fille âgée de dix-neuf à vingt ans , qui se trouve incommodée , a le pouls plein, inégal, vif, avec quelques intermittences fréquentes qui viennent irrégulièrement : j’annonçai un dévoiement' prochain 3 cette fille assura que cela ne sauroit être, parce qu’elle étoit naturellement très-constipée 5 le ventre s’ouvrit pourtant la nuit suivante , et il y eut onze évacuations.
Obs. L. Un malade attaqué d’une fièvre continue avoit eu pendant les neuf premiers jours le pouls très-serré , et de temps en temps un peu variable , surtout à la suite des remèdes ordinaires; vers le onzième, le pouls devint plus développé, plus élevé, inégal, sautillant avec quelques intermittences qui parois soient tantôt après six , tantôt après neuf, tantôt après dix pulsations ; il fat suivi , vers le quatorzième de la maladie , d’abondantes évacuations bilieuses , qui jusque-là n’avoient point été de cette qualité dans l’effet des émetiques et des purgatifs qui avoient précédé.
Cette crise dura trois ou quatre jours : je tâtai souvent le pouls dans cet espace de temps; il gardoit à peu près le. même ordre; mais de temps en temps il s’ élevoit promptement , il sautilloit plus qu’à l’ordinaire 3 cette élévation ou ce sautillement étoit constamment suivi d’une évacuation 3 ce qui dura jusque vers le vingtième , qui fut le terme de la maladie.
Cette observation sur le sautillement extraordinaire du pouls* qui annonce une évacuation très-prochaine , dans l’état du dévoiement critique , a été souvent répétée.
Obs. LI. Un jeune homme très-vigoureux fut attaqué d’une
f èvre sans redoublemens bien marqués , et avec un violent mal à la tête ; le pouls fut serré et non critique , jusque vers le quatrième jour j alors il devint inégal , les pulsations étoient tantôt dures, tantôt molles ; on auroit dit qu’il y avoit dans l’artère une sorte de nœud qui la rendait plus saillante dans de certaines pulsations que dans d’ autres ; il y avoit surtout quelques intervalles très-considérables . Je jugeai qu’il y auroit des évacuations bilieuses; elles arrivèrent en effet du sixième au neuvième, et elles dégagèrent la tête , ce que deux saignées du pied et l’émétique n’avoient point opéré ; le pouls redevint souple et à peu près égal vers le dixième jour; le malade entra en convalescence vers le quatorzième, après avoir pris un léger- purgatif placé dans un temps où le pouls étoit redevenu intestinal.
Obs. LIJ. Un malade au cinquième jour d’une fièvre putride , pour laquelle on a fait trois saignées et donné l’émétique , a le pouls intestinal : il y a deux ou trois pulsations fortes et assez égales , l’artère s’élève ensuite comme en sursaut, et paroit, dans cet instant , rouler pour ainsi dire sous le doigt .••■le malade prit au septième jour deux onces de manne et deux gros de sel d’Epsom, qui produisirent vingt-trois évacuations très-bilieuses , et fa maladie se termina bientôt après.
Un vieillard qui se sentoit depuis deux ou trois jours très-abattu , fut attaqué d’une fièvre qui commença par un violent frisson'; le pouls , qui étoit très -concentré les premiers jours , se développa vers le sixième; le lendemain il devint inégal, comme tremblotant avec quelques intermittences irrégulières ; le ventre grouilloit beaucoup , le malade avoit d’inutiles et fréquentes envies d’aller : pour déterminer les évacuations que le pouls annonçoit , on donna deux onces de manne qui purgèrènt abondamment; le pouls se releva ensuite , il devint pectoral vers le onzième , et la crise s’acheva par l’expectoration.
Obs. LUI. Le pouls devient intestinal , c’est-à-dire , irrégulier, arrondi , intermittent à peu près à chaque quatrième pulsation , vers le sixième jour d’une fièvre continue ; le malade , qui étoit jeune et bien constitué , eut un dévoiement critique qui dura pendant trois jours; cette crise vint à la suite d’un trèsléger purgatif qu’il avoit pris le septième. Il est bon de remarquer que le malade rendit près de trois aunes de ver solitaire ; le pouls ayant repris son égalité vers le douzième , la maladie fut bientôt terminée.
Obs. LJV. Fièvre assez forte dans un homme vigoureux ; le pouls fut depuis le deuxième jour intermittent à chaqué huitième pulsation, irrégulier et sautillant ; il se développa et devint plus fréquent vers le neuvième; le malade eut ce jour-là un dévoiement abondant , et dès le douzième jour de la maladie le pouls fut presque rétabli dans son état naturel.
Obs. LV. Douleurs de coliques, avec le pouls fort irrégulier et intermittent à chaque dix ou douzième pulsation ; ces douleurs
se terminent par des évacuations très-abondantes du quatrième au septième , et du septième au onzième jour de la maladie.
Obs. LVl ■ Fluxion de poitrine avec crachement de sang dans un vieillard; le pouls reste convulsif et indécis jusque vers le douzième de la maladie , et dans cet intervalle il n’y eut presque point d’évacuations, malgré l’usage de quelques légers purgatifs; le pouls se développe alors, il devient dur, inégal, irrégulier \ sautillant , les évacuations bilieuses sont annoncées , et elles sont fort abondantes vers le quatorze ; le pouls change ensuite , il devient pectoral, les évacuations du ventre cessent , les crachats sont abondans et comme purulens; ils terminent la maladie.
Obs. L VIL Un jeune homme robuste est attaqué d’une fièvre continue avec une bouffissure de tout le corps , et un gonflement si considérable de la langue , qu’elle sortoit hors de la bouche ; le pouls est dur, plein, égal , rebondissant presque à chaque pulsation ; il y a du saignement de nez du six au dix de la maladie; le ventre, pendant ce temps-là, demeure resserré, malgré un usage journalier d’apozèmes purgatifs ; vers le onzième le pouls change presque subitement : il se développe médiocrement , ses pulsations sont inégales , et surtout à des distances très-différentes; il j a meme quelques légères intermittences ; vers le quatorzième jour il survient un dévoiement considérable , qui cependant ne termine pas la maladie.
Obs. LVJJI. Fièvre continue, qui avoit pour principal accident une douleur vive du côté droit depuis l’aine jusqu’aux fausses côtes; malgré plusieurs saignées et l’usage des potions huileuses, le pouls demeura concentré, vif, convulsif, et le ventre trèsresserré pendant les cinq premiers jours de la maladie : vers le sixième , le pouls devint plus plein , moins égal , quelquefois intermittent , et il y avoit des pulsations qui paroissoient subin tr antes; du dix au onze, il survint des évacuations bilieuses fort abondantes , entretenues par de légers purgatifs , et la maladie fut ainsi terminée en peu de jours.
Obs. LIX. Une femme , après des couches dont toutes les suites paroissoient se bien passer, mangea un potage le quatrième jour; dès le soir même elle eut un - frisson ; le pouls étoit vif et serré pendant le frisson ; il se développa un peu pendant la chaleur, et le lendemain il devint dur, irrégulier, intermittent; le ventre se bouffit ; la malade rendit naturellement le sixième jour une quantité prodigieuse de matières bilieuses et laiteuses; le pouls se remit peu à peu vers le neuvième , et le lendemain le cours des vidanges fut rétabli.
Obs. LX. Un homme de complexion délicate, qui cependant paroît jouir d’une bonne santé , a depuis trois ou quatre ans une excessive liberté de ventre , au point d’aller ordinairement trois ou quatre fois par jour ; il s’est aperçu lui-même que toutes les fois qu’une évacuation se prépare , son pouls s’élève , sa chaleur augmente ; il sent une révolution générale dans toute la machine; le pouls est habituellement serré et un peu intestinal, il se déve-
SUR LE POULS. agt
loppe «le temps en temps, il devient inégal, sautillant, il j a des pulsations qui sont fort éloignées les unes des autres , d’autres sont si près' que l’une n’attend pas Vautre, et cette révolution du pouls est constamment suivie d’une évacuation , après quoi le pouls se remet dans son état ordinaire.
On trouvera à peu près les mêmes phénomènes dans presque tous les dévoiemens critiques , comme on l’a déjà vu dans l’observation L. 0
Mais il y a des maladies accompagnées de dévoiement oh le pouls est si convulsif, qu’il ne peut presque point obéir aux déterminations propres à le rendre intestinal ; ces évacuations sont presque toujours symptomatiques. ( Voj. chapitre XXIII et les suivans.)
Au reste , les occasions de faire des observations pareilles à celles qu’on vient de rapporter sont si communes , que tout praticien peut aisément les vérifier en peu de temps ; la proposition qui tait le sujet de ce chapitre peut être établie d’une manière à laisser peu de doutes. M. Nihell a laissé d’excellentes remarques sur le pouls intermittent.