‹ Œuvres complètes de Bordeu, précédées d'une notice sur sa vie et sur ses ouvrages. Tome premierChapitre 37 sur 75 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Du pouls des régies , ou du pouls simple de la matrice.

Les signes qui font distinguer ce pouls de celui du dévoiement critique ne paroissent pas d’abord bien aisés à saisir : l irrégularité dans les pulsations , et le sautillement de V artère , sont communs à ces deux espèces de pouls ; on ne sauroit par conséquent les différencier que par d’autres signes.

Voici la manière qui a paru la plus propre à les distinguer :

V intermittence ne se montre pas à beaucoup près aussi communément avec le pouls qui annonce les règles qu’avec celui du dé-* voiement critique. Il est mêmè rare qu’il y ait des intermittences dans le pouls des règles j ou, s’il s’y en trouve , c’est lorsqu’elles sont jointes au dévoiement , et alors le pouls est compliqué et non point simple.

Le pouls simple de la matrice est en général plus fort, plus plein que celui du dévoiement ; on pourroit même dire plus sanguin, puisqu’il est de fait que le pouls qui précède et accompagne les hémorrhagies critiques , est , surtout dans les commencemens, beaucoup plus fort, plus rènitent que celui des autres excrétions.

Une autre différence remarquable entre le pouls simple de la matrice et le pouls simple intestinal, c’est une tendance au ca- . ractère du pouls du saignement de nez , qu’on trouve ordinairement dans le pouls des règles, et jamais dans 1 ’ intestinal simple ; on peut même avancèr que ce caractère est commun aux pouls de toutes les espèces d’hemorrhagies.

Le pouls simple de la matrice est donc ordinairement plus élevé , plus développé que dans Vétat naturel , ses pulsations sont inégales } il y a des rebondissemens moins constans à la vérité ,

moins frêquens ou moins marqués que dans le pouls nasal, mais cependant assez sensibles.

• Ce pouls est beaucoup plus aisé à reconnoître dans les jeunes filles qui sont à la veille d’être réglées pour la première fois parce qu’il arrive souvent que la révolution qui détermine cette crise est accompagnée d’un mouvement de fièvre qui rend les modifications du pouls beaucoup plus sensibles , à moins que quelque »«tre cause, jointe à l’efï’ort qui produit cette fièvre, ne rende le pouls compliqué.

Les femmes qui approchent du temps de perdre leurs règles, ont aussi très-communément dans le temps que les règles doivent paroître une sorte de fièvre qui indique une plus forte résistance , «le la part de la matrice ; celles qui sont sujettes à des pertes sont Vlans le même cas lorsque l’hémorrhagie se prépare.

Il y a une attention importante à taire à l’égard du pouls simple de la matrice, c’est qu’il ne faut pas s’attendre aie trouver dans toutes les femmes tel qu’il vient d’être décrit ; il y en a dans lesquelles la révolution des règles est, pour ainsi dire, insensible,

, là crise se fait sans qu’il paroisse dans le pouls des cliangemens bien considérables (i).

Il y fi des femmes dans lesquelles le pouls , au lieu de se dilater et de se développer , se resserre au contraire à l’approche des règles; néanmoins les rebondissemens et l’irrégularité des pulsations s’y trouvent assez souvent malgré le resserrement ; c’est ce qu’on a lieu d’éprouver, surtout dans les femmes un peu grasses: tout cela regarde les pouls compliqués, y

Il y a encore une attention à avoir en examinant le pouls des personnes du sexe; c’est qu’il s’en trouve de si impressionnables, que la seule présence du médecin les affecte au point de changer brusquement leur pouls , et de lui donner un caractère opposé a la disposition réelle où elles se. trouvent; ce changement rend même quelquefois le pouls fort approchant de celui des règles; on comprend bien' qu’en ces cas-là, dont il n’est pas difficile de s’apercevoir , il faut avoir la précaution de tâter le pouls à plusieurs reprises.

Il faut observer aussi que le pouls simple de la matrice n’annonce que le temps des règles, c’est-à-dire, qu’il n’est pas toujours facile de décider par l’état du pouls si les règles sont à la veille de paroître , si' elles paroissent actuellement, ou si elles ont fini depuis peu;, ce n’est que par le grand usage qu’on peut parvenir à quelque précision là-dessus.'

Obs. LXJ. Je fus appelé pour une dame qui me dit qu’elle craignoit beaucoup pour sa poitrine , et qu’elle se croyoit d’autant plus disposée à cracher du pus, qu’elle avoit un point de côté et un rhume qui duroit depuis long-temps; je lui répondis, après avoir tâté son pouls , qu’on ne pouvoit point encore juger «lu temps où les crachats viendroient, principalement en ce moment-là que le pouls paroissoit indiquer les règles, (car il étoil irrégulier, dur, tendant ait nasal , fréquent et un peu saillant)-. (i) Voyez, le dernier chapitre.

« Votre remarque est bién juste , me dit cette dame , je suis sujette » depuis quelque temps à des pertes qui m’inquiètent bien autre- » ment que ma poitrine , et je suis actuellement dans cet e'tat-Ià »; elle me fit alors l’aveu de sa petite supercherie. ,*

On peut souvent en éprouver de pareilles de la part de plusieurs 'femmes , qui étant aux approches de leurs règles, qui les ayant, ou qui sortant de les avoir, demandent qu’on leur tâte le pouls sous prétexte de quelque incommodité.

Il ne faut jamais oublier en pareil cas qu’il y a des femmes dans lesquelles les règles ne produisent pas dans le pouls les change-' mens ordinaires ; et si on cherche la raison de ces exceptions ,. on trouvera que les femmes qui sont dans ces cas-là , ont les unes des dispositions habituelles, et les autres d’accidentelles, qui empêchent que l’effort Critique des règles n’influe sur le pouls , comme ii le fait ordinairement ; ce qui a déjà été remarqué ci-dessus.

Obs. LXÏI. Une fille âgée de treize ans , qui n’avoit pas encore eu ses règles, avoit le pouls fiévreux , plein, dur, un peu rebondissant : les pulsations etoient très-inégales , et quelquefois presque subintratites ; je jugeai que les règles étoient au point de paroître, qu’il n’y avoit rien à faire qu’à prendre de temps en temps quelque tasse d’infusion de Safran , et laver les jambes dans l’eau chaude une fois par jour; les règles parurent en effet le quatrième jour; et après les règles le pouls fut, comme à l’ordinaire , souple , égal et bien conditionné.

Obs. LXJIJ. Plusieurs filles ayant les pâles-couleurs, n’étant point encore réglées , ou l’étant mal , avoient le pouls , les unes convulsif, les autres très -irrégulier , et d’autres fort compliqué • elles n’ont été soulàgées de leurs infirmités que. lorsque, par les secours de Part ou par celui de la nature , leur pouls est devenu développé, vif, inégal, disposé au rebondissement , et qu’il s’est soutenu pendant un temps assez considérable dans cet état,; les règles ont paru après ces révolutions du pouls ,' plus ou moins proniptement, selon les dispositions plus ou moins favorables de ces jeunes personnes.

Obs. LXIV. Une femme âgée de quarante-un ans n’a point eu ses règles depuis trois mois; elle a été dans un accablement singulier pendant tout ce temps-là ; son pouls a été constamment petit , vif, convulsif, et dans urt état bien marqué d’ irritation ; tl vient à se développer et à se dilater ; it est rebondissant presque à chaque pulsation , ensuite il se durcit un peu , il devient très-irrégulier, fort inégal , et il reste dans cet état pendant trois ou quatre jours ; cêt te femme rend chaque jour quelques gouttes de sang par le nez; je lui annonçai néanmoins qu’elle auroit ses règles incessamment; elles parurent vers le quatrième jour si abondamment, qu’on pouvoit dire que c’ëtoit une perte; elle dura sept ou huit jours presque avec la même abondance; et peu de temps avant la fin de la perte , le pouls redevint souple , *'ssez égal , et presque point convulsif

Obs. LXJS, Une femme sujette à des pertes considérables a

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ordinairement le pouls concentré , mince , fréquent, et les extrémités froides ; elle juge elle-même du retour prochain de la perte par la chaleur qui lui vient aux extrémités , et qu’elle attribue à un mouvement de fièvre ; en effet , le pouls s’élève sensiblement, ses pulsations sont fort inégales , irrégulières , il y a des rebon dissemens légers , assez frèquens ; la perte paroît environ vingtquatre heures après.

Obs. LXVI. Un frisson survenu le deuxième jour d’une couche qui paroissoit heureuse , suspend toutes les évacuations ; le pouls devient très -convulsif , les mamelles s’affaissent , la peau devient sèche et rude ; je fis faire une saignée du pied , le pouls se releva après cette saignée, le ventre fut gonflé et tendu sans être trop sensible; le pouls continue à se développer, il est plein , un peu dur , irrégulier , légèrement rebondissant ; il y avoit entre les pulsations des intervalles fort inégaux : j’annonçai le retour de la perte; elle parut du six au sept , dura peu , et tout se remit dans l’ordre naturel.

Obs. LXVJL Deux jeunes femmes dont les règles sont naturellement fort abondantes, deviennent grosses; la première se trouve incommodée le deuxième mois de sa grossesse ; elle garde le lit : le pouls , qui étoit lent et plein , devient un peu fréquent; il est irrégulier, il y a quelques rebondissemens ou plutôt une sorte de sautillement de l’artère qui donne , pour ainsi parler, un coup aigu j la malade fut saignée du bras sans aucun effet favorable. Je jugeai qu’on devoit s’attendre à une fausse couche; elle arriva en effet la nuit suivante. Il faut remarquer que cette femme étoit alors dans le deuxième période de ses règles.

L’autre femme , grosse de trois rnois , croit avoir fait un effort ; elle sent des lassitudes dans tout le cbrps ; après deux saignées du bras , le pouls se roidit et se durcit , il est, très-inégal , et il y a des rebondissemens assez marqués ; elle dît une fausse couche six jours après l’effort prétendu. Celle-ci étoit aussi dans le temps qui répondoit à celui où elle avoit ordinairement ses règles.

On trouvera dans le chapitre vingt-unième et dans quelques autres , beaucoup de choses qui ont du rapport au chapitre présent.

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