CHAPITRE XIV
Du pouls simple des hémorrhoïdes. ♦
Cettk espèce de pouls tient un peu du pouls supérieur , surtout' du nasal ; et quoiqu’il soit examiné ici comme simple, il est pourtant très-communément compliqué avec le pouls d’irritation , peut-être même l’est-il toujours.
Ce n’est que par une suite d’observations faites avec la plus grande attention, qu’on a pu parvenir à constater exactement le caractère de cette espèce de pouls ; souvent même il y a beaucoup de difficulté à le distinguer du pouls des règles.
Stahl a remarqué qu’il y a beaucoup de ressemblance entre la disposition des vaisseaux hémorrhoïdaux et celle des vaisseaux de l’intérieur des narines , ainsi qu’entre plusieurs des affections auxquelles ces parties sont sujettes; il a remarqué aussi. qu’il y avoit un rapport particulier entre elles ; en effet , il n’est pas rare de voir l’hémorrhagie d’une de ces parties succéder et suppléer à celle de l’autre. Cette observation , bien approfondie, seroit propre à jeter des doutes sur plusieurs idées reçues au sujet des conséquences tirées des lois de la circulation. {Voyez chapitre XXI.)
L’état à’ irritation , qui paroît presque inséparable du pouls des hémorrhoïdes, est cause qu’on a souvent de la peine à juger si un flux hémorrhoïdal est critique ou symptomatique. Les remarques que Stahl et ses disciples ont faites sur le flux hémorrhoïdal , quelque utiles qu’elles soient, n’ont pourtant pas déterminé ce qui peut servir à faire cette importante distinction. Venons aux remarques qui caractérisent le pouls hémorrhoïdal.
Ce pouls est inégal , comme toutes les autres especes de pouls inférieur; mais c’est d’une inégalité qui lui est particulière ;
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ses pulsations se ressemblent peu entre elles par la force, et encore moins pour les intervalles ; ces pulsations , lorsqu'elles sont moins inégales , paraissent presque toujours tenir de l’état d'irritation : il y en te néanmoins de temps en temps quelques, unes de plus dilatées , et ou le resserrement est moins sensible • ces pulsations , plus dilatées , sont bientôt suivies de pulsations où il y a du rebondissement. Voici l’ordre à peu près que ces changemens ont accoutumé de suivre.
A trois ou quatre pulsations un peu concentrées , vives , roides presque égales , succèdent deux ou trois pulsations un peu dilatées , comme arrondies et moins égales ; les trois ou quatre pulsations suivantes se font avec du rebondissement ; mais ces diverses pulsations ont ceci de commun, crest qu' on y trouve une sorte de tremblotement assez constant, plus de fréquence et de fondée resserrement, que dans les autres especes de pouls inférieur.
On sent, pour ainsi dire , une sorte de profondeur du pouls ; et cette profondeur, jointe au tremblotement des pulsations , semble être le caractère le plus distinctif entre le pouls des réglés et celui des hémorrhoïdes : celui-ci est moins dilaté que le premier ; celui des hémorrhoïdes n’est jamais intermittent, non plus que celui des réglés ; ou s’il l’est, le dévoiement se joint aux hémorrhoïdes.
Au reste , ce n’est qu’avec beaucoup d’attention , et en combinant la disposition , l’état habituel , l’âge et le tempérament du sujet qu’on examine , qu’il faut se flatter de distinguer , par l’état du pouls, l’engorgement des vaisseaux hémorrhoïdaux, le ténesme,
, ou le flux hémorrhoïdal rouge ou muqueux ; car ce sont là les incommodités que suit et qu’annonce le pouls des hémorrhoïdes , dont les différèns degrés ne peuvent être bien reconnoissables qu’avec le sécours de cette comparaison.
Obs. LXXIJ. Une femme âgée de près de soixante ans , bien constituée naturellement , eut une affection convulsive dans la région épigastrique ) le principal accident étoit une espèce de hoquet presque continuel , suivi dans ses intervalles , de fréquentes nausées ; la malade disoit sentir sur la région de la poitrine et de l’estomac un resserrement fort incommode. Je ne fus appelé que le vingtième jour de la maladie, pour laquelle on avoit déjà mis en usage plusieurs sortes de remèdes ; je fis faire une saignée du bras , et j’ordonnai pour le lendemain de l’ipécacuanha , qui eut lé succès qu’on en pouvoit attendre ; les accidens disparurent , mais ils revinrent vers le trente-cinquième jour , sans qu’on pût s’en prendre à aucun défaut notable de régime ) ils se calmèrent naturellement peu de temps après.
Il resta à la place de ces accidens un malaise général , une inquiétude singulière dans l’esprit de la malade , un abattement extraordinaire , sans fièvre bien décidée ; on employa toutes sortes de remèdes , les adoueissans , les toniques , les amers , toutes le$ espèces de sels , la saignée du pied , etc. ; tout fut inutile j les remèdes ne faisoient même qu’aigrir le mal , et ils cxcitoient des
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bouffées de chaleur qui semhloient partir des entrailles et remonter à la tête ; les pieds étoient légèrement enflés , les urines tantôt briquetées , tantôt claires , le ventre toujours mollet et point
'douloureux.
Le pouls, qui avoit été jusque là sec , vif, concentré , un peu fréquent et égal , devint inégal, mais serré dans bien des pulsations ; il J en avoit qui étoient dilatées ; on sentoit' dans d’autres du rebondissement , avec un tremblotement de l’art'ere. Plusieurs jours se passèrent sans qu’il arrivât rien de nouveau. Déterminé par la persévérance de cette espèce de pouls , je soupçonnai une disposition au flux hémorrhoïdal , et je l’annonçai; quelques jours après , et le soixantième à peu près de la première attaque , la malade rendit trois, ou quatre palettes de sang par le fondement. Depuis cet instant , elle fut délivrée de toutes ses incommodités, et reprit sâ gaîté naturelle.
Obs. LXXHJ. Fièvre putride maligne j la tête légèrement prise , cinq saignées , dont deux du pied , faites au cinquième jour 5 le visage fort pâle , les extrémités froides, le pouls irrégulier, comme vide , et néanmoins avec une roideur considérable, un tremblotement des parois de l’artère, et quelques légers rebondissemens.
Quoique le ventre ne fût ni tendu , ni gonflé , ni douloureux, je présumai néanmoins qu’il y avoit de l’embarras et quelque tension singulière dans les viscères du bas-ventre ; je trouvai qu’on avoit donné ce jour-là une décoction de tamarins avec deux grains de tartre stibié : le malade mourut la nuit suivante , c’est-à-dire à l’entrée du sixième jour , rendant une grande quantité de sâng par le fondement.
Obs. LXXIV. Un homme âgé d’environ soixante ans , fort adonhé au vin , avoit eu long-temps la fièvre quarte ; il tomba dans un abattement extraordinaire , perte d’appétit , gêne dans toute l’étendue du bas-ventre : le pouls est vif, dur , profond pendant près de trois semaines ; il se développe un peu/r après un long usage d’apozèmes et de bols apéritifs ; il devient plein , dur , inégal , avec quelques rebondissemens peu sensibles j il reste plusieurs jours dans cet état ; le malade rendit naturellement par nas , dans l’espace de vingt-quatre heures , plus de six pintes d’une matière noire avec beaucoup de petits caillots de sang mêlés de glaires : quelque tenrps après il devint hydropique.
Obs. LXXV. Un mélancolique sujet au flux hémorrhoïdal , a ordinairement le pouls tendu , vif , assez plein , irrégulier ; pendant les cinq ou six jours qui précèdent l’évacuation , le pouls se dilate sensiblement , il est très - inégal , tremblotant, avec des rebondissemens inégaux entre eux et assez fréquens ; le flux hémorrhoïdal survient ; il est quelquefois très-abondant , et dès qu’il est fini , le pouls reprend son état ordinaire. Cette personne a très-bien appris à juger par son pouls des approches du flux hémorrhoïdal.
Obs. LXXVI. Colique assez vive dans un autre sujet mélan-
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colique. Le pouls est obscur, serré ; ensuite il se développe un peu ', mais il reste une roideur considérable dans V artère • SCs
battemens sont inégaux ; il y a quelques foibles rebondissemens
et des intermittences peu fréquentes. On avoit saigné le malade une fois, et on lui avoit donné beaucoup d’huile d’amandes doùces. Il y eut des évacuations bilieuses et assez considérables le sixième jour; le pouls devint un peu plus mou, et cessa d’être intermittent ; il y eut deux jours après un prodigieux engorgement des vaisseaux hémorrhoïdaux. On employa inutilement des saignées et des demi-bains pour dissiper cet engorgement : le pouls étoit toujours dans le même état , mais encore plus vif et plus convulsif vers le soir , et toutes les fois que les douleurs augmentoient.
Il sortit enfin par le fondement une grande quantité de matières séreuses , muqueuses et sanguinolentes ; les vaisseaux hémorrhoïdaux se dégagèrent ensuite peu à peu, et le pouls revint, par degrés , dans son état ordinaire.
Obs. LXXVI1. Un mélancolique adonné à ses plaisirs, qui avoit fait pendant près de trois mois de violens exercices , prétendoit être fort incommodé , e,t prit, de lui-même pendant plusieurs . jours, des eaux de Bagnères chaudes et salées, et regardées comme très-purgatives. Il lui en resta un flux hémorrhoïdal assez considérable ; c’est alors que je fus appelé. Je trouvai le pouls irrégulier , un peu rebondissant , tantôt plein et tantôt resserré. Ou employa inutilement les remèdes accoutumés ; l’hémorrhagie subsista toujours , et le malade mourut dans le marasme. Le pouls , qui s’ étoit toujours soutenu dans le même état , quoique fortaffoibli , devint trois ou quatre joui-, s avant la mort plus serré , plus égal , plus convulsif.
Obs. LXXF1JI. Le pouls est fréquent et serré les trois premiers jours après l’opération d’une fistule considérable au fondement, faite à un homme âgé de quarante-cinq ans. Vers le quatrième jour le pouls se dilate, il est légèrement rebondissant , très -tremblotant, fort irrégulier. . Il survient une hémorrhagie d’un pansement à l’autre y. Je sang perce tout l’appareil ; le rectum se remplit de gros caillots ; le malade. est très-foible : le pouls redevient petit, serré , tendu ; il reprend ensuite des forces , la suppuration s’établit ; elle dura un temps' considérable , et le malade guérit.
Obs. LXXIX. Pâles couleurs dans une fille âgée de vingt-cinq ans, inquiète, vaporeuse, de complexion sèche. Le pouls paroît chaque mois annoncer l’approche des règles ; il est inégal , légèrement rebondissant , dur, serré, convulsif, tremblotant. Au beu des règles , il paroît quelques jours après un flux hémorrhoïdab
Obs. L, XXX. Une fille âgée dé quarante-sept ans , qui a cesse d’être réglée à quarante-quatre , a souvent le pouls assez semblable au pouls des règles ; il s’élève , se durcit , est inégal, fort serré , un peu rebondissant. Les vaisseaux hémorrhoïdaux s’engorgent)
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cet engorgement est quelquefois suivi d’un flux liémorrhoïdal , et jamais les règles ne paroissent.
Obs. LXXXI. Le pouls est fiévreux , fréquent et petit à la suite d’une ancienne dyssenlerie, dans un vieux homme infirme.; il s’élève de temps en temps , il est un peu rebondissant , très-tremblotant ; si profond quelquefois, qu’il paroit se dérober au doigt, les pulsations sont fort irrégulières j tantôt une. pulsation ri attend pas Vautre , tantôt il se. trouve des intervalles considérables.
Il y a un ténesme qui résisté à tous les remèdes appropriés ; il né sort que des matières muqueuses et ensanglantées, et le malade meurt enfin dans le marasme , ayant les extrémités œdémateuses.
Le cadavre étant ouvert , on trouva dans le rectum et dans la plus grande partie du colon , une grande quantité de tubercules noirâtres à peu pr£s comme des mures , ou comme des espèces de crêtes spongieuses, d’où il sortait du sang lorsqu’on les exprimoit.
Obs, LXXXII. J’ai observé plusieurs fois le pouls dur , irrégulier , légèrement rebondissant , inégal, deux et trois mois avant que le flux hémorrhoïdal se déterminât , et c’étoit dans des personnes qui n’y étaient point encore sujettes. On aura souvent lieu de faire la même observation pour le pouls des règles dans des filles qui n’étant pas encore réglées , sont arrivées à peu près au temps de l’être.
Il semble que plus les périodes d’une évacuation critique sont étendus, et plus les signes de cette évacuation se font sentir de loin , surtout avant la première détermination critique. Ceci tient aux révolutions des maladies chroniques. ( Voj, les chapitres XXVI, etc.)