CHAPITRE XV
Du pouls simple de l’excrétion critique des urines. '
La sécrétion ordinaire de l’urine rénale peut être regardée comme une sorte de filtration qui se fait' presque sans aucun effort marqué de la part des reins (i). La modification particulière que le pouls reçoit par l’action critique d’un organe , n’est vraisemblablement due qu’à l’effort que cet organe fait pour l’excrétion. Cette modification ne peut donc pas avoir des signes évidens dans l’excrétion des reins, si leur action excrétoire n’est pas susceptible d’un changement propre à se faire sentir dans le pouls.
Hippocrate dit que ceux « qui ont les hypocondres élevés avec » bruit , s’ils viennent à sentir de la douleur aux reins , le ur ventre » se relâche et devient libre , à moins que les vents ne s’échappent » par bas , ou qu’il ne leur survienne un grand flux d’urines (2) » .
Cette observation fait voir qu’il y a un grand rapport entre l’excrétion par la voie des intestins et celle qui se fait par la vessie. Elle peut appuyer l’opinion de ceux qui pensent que la matière des urines est formée en partie de la rosée qui abonde dans la capacité du bas-ventre , et que la vessie ne cesse d’absorber. L’ob-
(1) Voyez Recherches sur le» glandes, etc.
. (2) Aphor. 73, sect. 4.
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servation d’Hippocrate prouve aussi que les signes antécédens de l’excrétion des intestins peuvent être confondus avec ceux de l’excrétion de l’urine.
« Solanq n’a point observé de crise simple par les urines sans » la complication de la diarrhée , plus ou moins considérable. ]] » n’a conriu aucun signe nouveau de cette crise; il avance seu- » lement.quela mollesse de l’artère, jointe à l’intermission, est ùn » signe certain d’une crise par les urines , compliquée avec la » diarrhée ». Le pouls de l’excrétion des urines seroit donc suivant les observations de Solano , toujours compliqué ou composé et jamais simple.
Ce pouls , lorsqu’il est bien critique , se trouve avoir beaucoup de rapport avec le pouls intestinal, en ce que ses pulsations sont inégales ; mais il paroît que dans cette inégalité même , il y a une sorte de régularité qui manque au pouls intestinal : le pouls des urines a plusieurs pulsations moindres les unes que les autres , et qui vont en diminuant juscju à se perdre , pour ainsi dire , sous le doigt ; c’est dans ce meme ordre quelles reviennent de temps en temps : les pulsations qui se font dans ces intervalles sont plus développées , assez égales et un peu sautillantes.
Enfin il semble , et celle-là est très-remarquable , que ce pouls soit V inverse de celui de la sueur dont il sera parlé au chapitre suivant. C’est ce qui paroît indiqué par le petit nombre d’observations qu’on a pu faire sur les signes propres de l’excrétion des urines.
Obs. LXXXIJJ. Un homme de moyen âge ,- très-bien constitué , tomba dans un abattement et un état de mélancolie qui lui fit ardemment désirer de faire des remèdes. Il en avoit déjà fait beaucoup lorsque je fus appelé. Il me demanda de le voir pendant trois jours , de lux tâter le pouls, sans qu’il voulût enti-er dans aucun détail sur son état. Ayant examiné son pouls avec beaucoup d’attention , pendant le temps convenu, je trouvài qu’il étoit irrégulier, sans intermittences , tantôt fort, tantôt foible. Il y avoit. de temps en temps cinq ou six pulsations qui alloienl en diminuant , et puis les pulsations fortes reparoissoient avec des inégalités remarquables.
Le malade m’apprit alors qu’il étoit tourmenté de beaucoup de vents , qu’il avoit des maux de reins continuels , et qu’il sentoit presque toujours une pesanteur fort importune sur l’estomac.
Je commençai par le mettre dans l’usage de quelques apozèmes nitreux. Il fut plus agité qu’à l’ordinaire pendant deux ou trois nuits consecutives ; il y eut ensuite des évacuations bilieuses assez abondantes : le malade fut purgé avec un purgatif ordinaire , et je le mis dans l’usage journalier de quelques verres d’une décoction de rhubarbe et de raisins secs.
Le désordre des entrailles , la douleur des reins et la pesanteur de l’estomac subsistèrent , ainsi que l’état du pouls , pendant plusieurs jours ; enfin les urines devinrent épaisses , et avec cela trèsabondantes , durant trois nuits consécutives ; le pouls reprit son
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^tat naturel , et le malade fut délivré de ses accidens et de ses
inquiétudes.
Obs. LXXXIV . Une femme , âgée de vingt-six ans , soupçonnée d’avoir des embarras considérables au foie et à la matrice , est devenue hydropique ; le pouls a été constamment serré , concentré , convulsif; enfin il a changé sans cause manifeste } il s’est élevé , il est devenu nasal bien décidé ; ce qu’il n’est pas rare d’observer dans les hydropisies un peu avancées ; la malade a eu un saignement de nez. On adonné un vomitif, suivant des indications bien marquées ; ce vomitif a eu le succès qu’on en pouvoit attendre ; le pouls est resté à peu près dans le même état. On a donné ensuite six gros de nitre purifié dans deux verres d’eau commune , à une heure d’intervalle l’un de l’autre ; remède éprouvé en pareil cas. Ce remède n’a opéré ici que par les urines ; elles ont coulé trèsabondamment pendant trois jours ; le volume du ventre a sensiblement diminué , ainsi que l’enflure des extrémités inférieures.
Le pouls , précédemment supérieur et un peu convulsif, a été pendant l’opération du nitre , inférieur, irrégulier, inégal ; il y avait des pulsations assez fortes , suivies de cinq ou six qui diminuaient à proportion qu’elles s’éloignaient de la première. Le pouls a changé le quatrième jour , il est redevenu supérieur et nasal; le saignement de nez a reparu ; les urines sont rouges , et en très-petite quantité ; l’enflure augmente et revient à son premier point.
Obs. LXXXV. Une fille, âgée de quatorze ans, et qui n’est pas encore réglée , a toutes les nuits , depuis les premiers temps de son enfance , une incontinence d’urine ; elle., n’en rend point dans la journée , et c’est pendant le sommeil qu’elle- perd son urine abondamment; on a essayé inutilement toutes sortes de remèdes.
Cette fille a habituellement la peau sèche et froide , le pouls très-petit, serré , et assez égal ; elle a chaque soir une sorte de frisson en entrant dans son lit ; elle s’endort ; son pouls se développe pendant le sommeil , il devient inégal, quelques pulsations vont en diminuant à proportion quelles s’ éloignent de la première ; l’excrétion de l’urine se fait vers minuit , sans que la fille -®’en aperçoive ; son pouls est le lendemain , comme la veille , petit, serré , convulsif.
Il est certain que les évacuations critiques du ventre sont assez souvent accompagnées d’une excrétion critique d’urines ; mais il n’est pas démontré , comme Solano paroît le croire , que cette dernière excrétion soit toujours jointe avec la diarrhée ; il est au Hîoins douteux que les caractères du pouls qui précède l’excrétion critique des urines , compliquée avec la diarrhée , se réduisent à la mollesse et à Y intermittence : c’est ce qu’on peut conclure des observations rapportées. M. Nihell ne paroît pas être entièrement de l’avis de Solano à l’égard du pouls des urines.
Au reste , les praticiens savent que les excrétions abondantes d’urines crues , toujours précédées et accompagnées d’un pouls un P*u inégal , serré , convulsif, ne sont presque jamais que sym-
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ptomatiques : d’ailleurs l’observation fait voir que les crises complètes, par des urines abondantes ,' sont extrêmement rares - le flux critique d’urine , nommé par les anciens perirrhie , étoit même contesté parmi eux.
L’excrétion abondante d’urines, nommée diabètes, a été comparée fort à propos au dévoiement j il faut ajouter, poun rendre la comparaison plus parfaite , que ce dévoiement auquelTe diabètes est comparable , est symptomatique , colliquatif, non critique ; on ne doit donc pas s’attendre à un pouls bien critique dans le diabètes.