‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 1 sur 631 · PROTESTANTISME · texte numérisé non relu

PROTESTANTISME

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XI. Sixième Avertissement aux Protestants. — L'Antiquité Maircie sur i immortalité de l'Etre divin et sur l'égalité des trois Personnes. L'état présent des controverses et de la religion protestante.

Ce sixième Avertissement est le dernier; il ne parut qu'en 1691. Bossuet lui-même le donne comme le plus important de tous. Le titre et le sous-titre indiquent les questions principales qui s'y trouvent largement traitées. Jurieu avait terminé les séries de Lettres soi-disant pastorales, dans lesquelles il essayait de répondre aux accusations du grand polémiste et prenait contre lui une otïensive aussi furibonde qu'impuissante et illégitime. Il intitula cette collection : Tableau du Socinianisme. Bossuet en avait pris connaissance, et dans cet Avertissement, il annonce que son but est de répondre en particulier à la sixième et à la septième Lettre. Non-seulement la saine doctrine de l'Antiquité sera vengée sur un point où Jurieu, pour justifier les incontestables variations du Protestantisme, l'avait mise en cause, mais il sera démontré, dans les trois divisions progressives de ce bel ouvrage : 1° que le ministre renverse ses propres principes et le fondement de la foi par les variations qu'il introduit dans l'ancienne Eglise; 2" qu'il ne peut se défendre des conséquences que les Tolérants tireront de son aveu pour la Tolérance universelle; .3" que cette situation n'est pas personnelle à Jurieu , mais que c'est l'état de la religion protestante. Il est question ici de la tolérance doctrinale ou de l'indiflerentisme, qui n'est rien autre chose que le scepticisme en matière de religion. Bossuet va donc porter à l'hérésie le plus rude coup qui puisse l'atteindre.

On remarquera dès le début avec quelle grandeur d'âme et quel noble dédain le grand évèque parle des injures et des calomnies auxquelles Jurieu ne craignait pas de descendre. L'abbé Pérau , dans le tome 4« de l'édition de Paris, 1747, nous apprend la source, bien connue de Bossuet, où le défenseur du Protestantisme allait puiser ses prétendus renseignements. « C'était le P. Froté, chanoine régulier et curé de Souilly, près de Clayes, que M. de Jleaux interdit de sa cure , à cause de ses scandales : obligé, par cet état, de rentrer ensuite dans sa communauté, il aima mieux apostasier. Il se sauva à Bollerdam, où il embrassa le

Calvinisme. Ce misérable lit une lin digne de la vie qu'il avait menée : comme il était d'un caractère extrêmement violent, il eut querelle avec des gardes d'un temple, qui le tuèrent à coups de hallebar des. »

Le cardinal de Bausset donne l'analyse du sixième Avertissement dans son livre IX , parag. 17.

Bossuet ajoute des Extraits de quelques lettres de M. Burnet , pour montrer que ce ministre voyait très- bien le principe de l'indilïérence doctrinale dans celui du protestantisme. Ces lettres avaient été écrites à Isaac Papin , ancien ministre, qui fit son abjuration avec sa femme, à Paris, entre les mains de Bossuet, le 15 janvier 1690 , à ce que disent les Mémoires de Ledieu. Isaac Papin avait composé, comme on le verra, un ouvrage sur la thèse qui est soutenue dans le sixième Avertissement. Il était neveu du célèbre ministre Claude Pajon, et cousin du P. Pajon, de l'Oratoire, qui, en 1723, publia trois volumes in-12 contenant les œuvres catholiques du néophyte de l'évèque de Meaux. Il était aussi cousin-germain du fameux Denis Papin, connu par ses expériences sur la vapeur, et neveu du médecin Nicolas Papin, célèbre par plusieurs ouvrages estimés. Né à Clois en 1657, il mourut à Paris en 1709.

Après ces citations de Burnet, on verra avec plaisir le dénombrement de quelques hérésies, d'une si remarquable précision.

Ledieu , dans ses Mémoires , dit qu'on remarquera à la fin de la troisième partie du sixième Avertissement une Revue sur quelques ouvrages précédents, et il nous apprend qu'il s'agit seulement de « quelques fautes d'inadvertance dans les citations de quelques auteurs dont les passages n'auraient pas été ou rapportés ou traduits avec assez d'exactitude. » Nous avons déjà parlé de ces corrections dans l'Avertissement préliminaire du tome précédent sur VHistoire des Variations.

XII. Instruction sur les promesses de l'Eglise , pour montrer aux Réunis, par l'expresse parole de Dieu, que le même principe qui ?ioMS fait chrétiens, nous doit aussi faire catholiques.

XIII. Seconde Instruction sur les promesses de Jésus-Christ a son Eglise , ou Réponse aux objections d'un ministre contre la première Instruction.

D'après les indications contenues, soit dans les Mémoires de Ledieu, soit dans son journal, le premier de ces ouvrages parut in-12, en 1700, chez

AVERTISSEMENT DE L'ÉDITEUR

Amiisson. L'impressimi en fui achevée In dernier jour du mois d'avril. Des paquets de plusieurs centaines d'exemplaires arrivèrent ;\ Meaux le l'^"' et le ? mai. Le 7 du même mois, qui était un vendredi, Bossuet présidant la conférence des curés à l'évèclié, leur donna celle Inslruclion ; et le mercredi li', ayant diné à Clayes, il la donna aussi aux nouveaux catholiques , après leur avoir parlé. Il en expliqua le dessein dans la conférence des curés : « C'est, dit-il, pour réveiller les nouveaux catholiques par l'endroit le plus sensible de toute la controverse, ijui est l'universalité de l'Eglise dans les temps et dans les lieux; et aussi pour apprendre aux anciens catholiques comment ils doivent converser avec les nouveaux , et les attirer à l'Eglise par douceur et plus encore par leurs prières. » Ledieu ajoute que le grand évèque partit de là pour faire de belles applications des sermons de saint Augustin, sur la paix et sur la manière de gagner les hérétiques. « Tel est, conclut-il, le fruit de son étude de l'été dernier à (jermigny. » Détail précieux et louchant qui nous montre Bossuet , âgé et célèbre par ses triomphes dans la controverse, ne se lassant pas de se préparer avec sollicitude à la conquête des âmes égarées. Dans le même temps , plusieurs évêques français firent aussi des Instructions pastorales pour exciter les nouveaux convertis à demeurer fermes dans la foi et à bien remplir leurs devoirs. L'attention s'était tournée particulièrement de ce côté, à la suite de la paix de Riswick, et d'une déclaration royale du 5 décembre 1(598, qui prescrivait des mesures pour faire exécuter la révocation de l'édit de Nantes et assurer l'instruction des nouveaux catholiques.

La seconde Instruction eut pour objet spécial, comme l'auteur lui-même le dit en commençant, de répondre au Traité des préjugea que Basnage opposait à l'enseignement de plusieurs prélats, et notamment de Bossuet. L'évêque de Meaux ne désigne son adversaire que sous le nom de ministre , Mrt habile ministre. Il devait ignorer que c'était Basnage. Ledieu déclare, pour son compte, ne l'avoir appris que par un sieur Lecos, libraire et imprimeur à Rotterdam, au moment même où la seconde Instruction se répandait dans le public. Comme la première, elle parut dans le format in- 1-2, chez Annisson. C'était dans les derniers mois de 1701. En parcourant le journal de Ledieu à cette date, nous voyons d'abord le zélé secrétaire occupé à faire relier le nouvel ouvrage, puis Bossuet en faire la distribution à ses amis, et le porter à Versailles et à Paris , au nonce du Saint-Siège.

Quoique l'édition de Paris (tome V, publié en 1748), donne intégralement les deux Instructions, D. Déforis omit une partie assez considérable de la seconde, du n° 4 au n" 13. L'édition de Versailles revint à l'intégrité du texte.

Nous ne ferons pas ici l'analyse de ces œuvres si remarquables. Il y en a une très-claire et trcs-substanlielle dans l'Avertissement du tome V de l'édition de Paris. Le lecteur en trouvera une plus récente et aussi plus intéressante dans l'histoire de Buusset.liv. XI, %\; et liv. XII, 20.

XIV. Réfutation du Catéchisme du sieur Paui, Ferry, .ministre de la religion prétendue réformée.

C'est le premier ouvrage que Bossuet ait destiné à l'impression. Il y prouve, contre Paul Ferry, que ce n'est pas dans l'Eglise romaine, mais dans le sein de la prétendue Réforme qu'on trouve des altérations de la vérité et des renversements qui rendent le salut impossible. Il faut lire sur cet écrit le cardinal de Bausset, liv. I, n. 33-35. Ajoutons seulement quelques détails bibliographiques.

Le livre combattu par Bossuet était intitulé : Catéchisme général de la réformation de la religion , prêché dans i\Ictz, par Paul Ferry, ministre de la parole de Dieu. Seda)i, 1054. La réfutation est ainsi indiquée au commencement du catalogue de Ledieu : Réfutation du Catéchisme de Paul Ferry, ministre de la li. P. R., à Metz, 1G55, in-it" (?je se trouve plus) , par M. l'abbé Bossuet, alors chanoine et grand archidiacre de Mets. Les éditeurs de Paris, dans l'Avertissement de leur tome V% font observer qu'il y eut une nouvelle édition en 1729.

XV. Conférence avec M. Claude, ministre de Charenton, sur la matière de l'Eglise.

Outre la relation de celte Conférence , Bossuet nous donne ici un Avertissement préliminaire, et des Réflexions sur un écrit de M. Claude. C'est en lisant ces trois ouvrages qu'on apprendra le mieux les circonstances qui s'y rapportent. On peut consulter aussi .l'ouvrage du cardinal de Bausset, liv. V, parag. 3 et 4.

Nous lisons dans le catalogue de Ledieu : Conférence avec M. Claude, à Paris, 11)82, m-12, chez Cramoisy, et se trouve à présent chez Remy, libraire à Paris. El plus bas : 2° éditioii , t?i-12, à Paris, 1687, Cramoisy. L'écrit du ministre de Charenton avait pour titre : Réponse au livre de M. de Meaux, intitulé : Conférence arec M. Claude, ministre de Charenton, in-12, à La Haye, 1683.

Ni Bossuet ni le cardinal de Bausset ne font connaître les personnes qui assistaient à la conférence. M. Floquet nous en donne la liste, d'après la relation de Claude : 1° Marie de Duras; — 2" une sœur (son ainée de quatorze ans), Isabelle de Duras, comtesse de Roye; 3" Isabelle de Roye, fille de la précédente, bien jeune encore alors, morte, en 1744, abbesse de Saint-Pierre de Reims; — 4» le marquis de Miremont, parent des Duras; — 5° M. Cotton, alors religionnaire , ami intime des Duras , qui devait abjurer en 1685; — 6" la maréchale de Lorge, née Frémont, catholique, mariée au maréchal, le 19 mars 1676, et, ainsi, belle-sœur de Marie de Duras et de la comtesse de Roye {Bossuet précepteur, etc.). Le môme critique nous apprend la cause du contre-ordre qui fut donné la veille de la conférence et ensuite levé.

Trois ministres de Charenton, Adrien Daillé, Pierre Allix, Samuel de Langle, et les anciens du Consistoire , avaient obtenu contre Claude la défense d'entrer en dispute, parce que, disaient-ils, M"« de Duras étant déjà gagnée au catholicisme, dans le secret, l'entretien ne pouvait tourner qu'à la honte de la Réforme, par son résullat i)ralique. M. Floquet pense que ce n'était là qu'un prétexte. Il cherche la vraie raison de la défense dans l'opposition notoire et scandaleuse , que les calvinistes indépendants , au nom même du libre examen , faisaient alors aux chefs de leur communion , et en

AVERTISSEMENT DE L'EDITEUR

pai-ticuliei à M. Claude. Coïncidence étrange ! observe avec raison l'éminent critique.

Si la Conférence amena la conversion de M'i" de Duras , la lecture de la Relation en produisit beaucoup d'autres. C'est « l'ouvrage le plus célèbre-que Bossuet ait composé dans sa vie tout entière; » dit Fénelon, dans son Instruction pastorale sur le cas de conscience, 20 avril 17 15. Le I*!"" janvier 1683, Antoine Arnauld écrit à du Vaucel, que ce livre « parfaitement beau devait contribuer extrêmement à la conversion des huguenots. » Bayie , dans les Nouvelles lettres critiques sur l'histoire du Calvi- 7iisme, déclare que « cet ouvrage demeurera et se soutiendra, après même qu'auront été mises en oubli les circonstances qui l'ont fait naître. »

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