‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 106 sur 631 · ENTRÉE AU DISCOURS ET PROPOSITION DU SUJET · texte numérisé non relu

ENTRÉE AU DISCOURS ET PROPOSITION DU SUJET

De toutes les vertus chrétiennes, celle que Jésus- Christ a recommandée aux fidèles avec des paroles plus efficaces, c'est la paix et la charité fraternelle. C'est pourquoi étant près de sortir du monde, et disant à ses disciples le dernier adieu : C'est ici, leur dit-il', mon commandement, que vous tous aimiez les U7is les autres, comme je vous ai aimés. Tout l'Evangile de notre Sauveur est plein d'enseignements salutaires, que la sagesse éternelle du Père nous a bien voulu apporter du ciel pour la sanclilication de nos âmes. Toutefois celte même Sagesse incrée , dont toutes les paroles sont esprit et vie , nous donnant le précepte de la charité : C'est ici, dit-elle^, mo7i commandement. En cela on reconnaîtra que vous êtes vraiment mes disciples , si vous avez une charité sincère les uns pour les autres. Et pour nous exciter davantage , Jésus-Christ nous propose l'exemple admirable de cet amour infini qu'il a eu pour nous. Je veux, dit-il, que vous vous aimiez mutuellement , comme je vous ai aimés. Où il nous prescrit dans les mêmes mots le principe et l'étendue tout ensemble de notre affection réciproque. Carde môme qu'il nous a aimés en son Père, il veut que chacun aime son prochain en Dieu ; et de même qu'il nous a aimés jusqu'à donner volontairement tout son sang pour nous , il veut que notre charité soit si forte , que nous en craignions pas môme d'exposer nos vies pour le bien et pour le salut de nos frères.

Cette vérité étant reçue par tous les fidèles, de quels supplices ne sont pas dignes ceux qui sèment la division dans l'Eglise, qui rompent ce divin nœud de la charité, par lequel nous sommes unis en Notre Seigneur, et qui cherchent de faux prétextes pour animer les amis contre les amis, et les frères contre les frères? Néanmoins il est aisé de justifier que c'a été principalement jiar ce moyen là que les sectes de ces derniers siècles ont séduit les âmes, et que leur maxime la plus commune a été de n'oublier aucun artifice qui pût rendre notre doctrine odieuse aux peuples.

Je me suis étonné plusieurs fois de cette prière que Lulher fil publier contre les Turcs en l'an 1 .54?. « Nous avons, dit-il', ô mon Dieu, péché contre » vous. Mais vous savez , ô Père céleslo, que le dia- » ble, le Pape et le Turc n'ont aucun droit ni aucune » raison de nous tourmenter : car nous n'avons rien » commis contre eux; mais parce que nous profes- » sons hautement que vous, ô Père, et votre Fils » Jésus-Christ Notre Seigneur, et le Saint-Esprit » êtes un seul Dieu éternel; c'est là notre péché, » c'est tout notre crime , c'est pour cela qu'ils nous » haïssent et nous persécutent; et si nous rejetions » celte foi, nous n'aurions pas à craindre qu'ils » nous affligeassent. »

Un esprit plus contentieux se rirait ici de la folle déférence de ce grand prophète, qui, ce semble, ne dédaigne pas d'excuser les siens mêmes auprès du diable, et de prendre Dieu à témoin que son capital ennemi n'a aucun sujet d'être offensé contre

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