‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 109 sur 631 · Pag. 73. — 2. Pag · texte numérisé non relu

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Hotn., c. 9.

Bellarm., lib. i de Pont.

DU SIEUR PAUL FERRY

soit avec elle par son Saint-Esprit, il ne l'honore pas de sa vue. Il dit donc que l'Eglise doit avoir un chef, même en considérant Jésus-Christ comme séparé d'avec elle (c'est ce que signifient ces mots secluso Christo), c'esl-à-dire , qu'elle doit avoir un chef en la terre , outre Jésus-Christ qu'elle a dans le ciel. Qu'y a-t-il de si criminel dans ce sentiment? Si le ministre ne veut pas comprendre quelle différence il y a entre établir un chef outre Jésus- Christ, et en établir un sans égard à lui , il faut nécessairement qu'il soit possédé d'un désir étrange de contredire. Je puis assurer sans difficulté, qu'outre le roi , qui est le chef souverain, il y a un autre chef en l'armée; mais je me rendrais criminel, si je reconnaissais un chef sans égard au roi : et afin de prendre un exemple dans la matière dont nous parlons , si quelqu'un osait soutenir que l'Eglise chrétienne n'a point de pasteur, excepté Jésus-Chrisl, souverain pontife, nous nous garderions bien de répondre que l'Eglise a des pasteurs sans égard à lui : mais nous répartirions d'un commun accord qu'elle a des pasteurs subalternes, outre le Fils de Dieu , prince des pasteurs. Il y aurait beaucoup de malice à confondre ces deux façons de parler : celle-là donne l'exclusion; celle-ci explique la subordination. C'est en ce dernier sens que le cardinal Rellarmin enseigne que le Pape est chef de l'Eglise. Il n'exclut donc pas Jésus-Christ, il ne met pas Jésus-Christ à part pour établir un chef sans égard à lui. Car l'autorité déléguée ne détruit pas l'autorité souveraine : au contraire, elle la suppose comme le fondement unique de sa dignité. Ainsi l'interprétation du ministre a fait un blasphème très-exécrable d'une parole très-innocente.

Sans doute, il n'a pas encore assez entendu avec quelle simplicité la doctrine chrétienne doit être traitée. Le théologien sincère ne cherche point , dans les écrits qu'il combat , des paroles qu'il puisse détourner à un mauvais sens. Où il y va du salut des âmes, le moindre artifice lui parait un crime. Bien loin de condamner les expressions innocentes, il est près môme d'excuser celles, qui, pesées dans l'extrême rigueur, pourraient quelquefois sembler rudes : il adoucit les choses autant qu'il le peut : il aime mieux être indulgent qu'injuste : il estime une pareille infidélité de dissimuler sa propre créance, et de déguiser celle de son adversaire; parce que, si par la première on trahit sa religion et sa conscience , par l'aulre on se déclare ennemi juré de la charité fraternelle, on aliène et on aigrit les esprits; on rend les dissensions irréconciliables.

Plût à Dieu que le catéchiste eut toujours eu devant les yeux cette vérité. Si nous n'eussions goûté sa doctrine , du moins nous eussions loué sa candeur; et nous ne serions pas contraint de lui dire que dans la plus grande partie de ses citations, et dans les conclusions qu'il en tire, il semble qu'il ait plutôt tâché d'éblouir les simples, que de satisfaire les doctes. Par exemple , voici un trait d'une merveilleuse subtilité. En la page 40 de son Catéchisme, voulant repousser contre nous le reproche que nous faisons à ses Eglises de leur nouveauté : « Quand nous nous disons , dit-il , de la «religion réformée, ce n'est pas pour introduire » une nouvelle religion, encore qu'il s'en introduit

» presque d'an en an quelqu'une en l'Eglise ro- » maine. » La suite du discours demandait qu'il rapportât ici quelque nouveau dogme; mais ce n'est pas là son dessein. « Il s'introduit, dit-il, » presque d'an en an quelque nouvelle religion » dans l'Eglise romaine , puisqu'autant d'ordres y » sont autant de nouvelles religions, et de nouveaux » religieux. » Ridicule imagination! Toutefois le ministre appréhende qu'on ne la prenne pour une raillerie; et il la fait valoir sérieusement par l'autorilé du pape Innocent III , et du concile général de Latran, dont il allègue le douzième chapitre. Qui ne croirait que la chose est très-importante? Mais considérons , je vous prie, ce que dit ce sacré concile. Il appelle les nouveaux ordres monastiques de nouvelles religions : et de là, quelle conséquence? Ces nouvelles sociétés ne font point des Eglises nouvelles : ce n'est pas la singularité de créance, mais la profession d'une piété plus particulière, et un détachement plus entier du monde, qui leur donne le titre de religion : et ainsi leur institution n'a rien de commun avec cette nouveauté de religion , dont il s'agit entre nous et nos adversaires, qui emporte un changement dans la foi. Cependant le sieur Ferry ne craint pas de confondre hardiment ces deux choses : et le pauvre peuple déçu applaudit à ces savantes observations. Je ne puis certes que je ne l'avertisse en ce lieu, que ces remarques, peu dignes de lui , ne répondent pas à l'opinion de science qu'il s'est acquise parmi les siens, ni à l'estime de modération qu'il avait même parmi les nôtres.

Mais écoutons encore un reproche, lequel, s'il se trouvait véritable, nous serions justement réputés indignes de nous glorifier du nom chrétien. Le ministre rapporte que parmi nous , lorsque l'on console les agonisants, on leur demande s'ils ne croient pas que Notre Seigneur Je'sus-Christ a voulu mourir pour eux , et qu'autrement que par sa mort el passion, ils 7ie peuccnt être sauvés. El parce qu'il ne peut rien trouver à reprendre dans cette salutaire interrogation, il tâche du moins de persuader que nous ne le faisons pas de bon cœur; tant il est véritable qu'une haine aveugle lui fait interpréter en un mauvais sens les pratiques les plus pieuses de la sainte Eglise. « Il semble, dit-il, que ceci ne » soit ajouté que par manière d'acquit, ou comme » par mégarde. » Je demande ici à nos adversaires, qui sont si tendres et si délicats, et qui ne cessent presque jamais de se plaindre, que pouvait-on inventer contre nous, ni de plus faible, ni de plus faux, ni de plus injurieux à des chrétiens? Car après avoir prêché en pleine audience, qu6ssi nous rendons grâces de notre salut à la passion de notre Sauveur, c'est par manière d'acquit, ou bien par mégarde : que reste-t-il enfin à nous dire, sinon que nous ne sommes pas chrétiens, et que Jésus- Christ ne nous est plus rien? Mais laissons à part nos ressentiments, et sacrifions-les à notre grand Dieu. Avec quelles larmes déplorerons-nous la misère de tant de pauvres âmes séduites , qui sont aliénées, par cet artilice, de l'Eglise où leurs pères ont servi Dieu , et du vrai chemin de la vie? C'est ce qui me touche le cœur jusqu'au vif; c'est ce qui me fait oublier ma propre faiblesse , pour exposer en toute simplicité à nos frères malheureusement

RÉFUTATION DU CATÉCHISME

abusés la véritable doctrine de la sainte Eglise, que leurs ministres tâchent de leur rendre horrible.

Ainsi ce n'est pas mon dessein de réfuter ici page à page , toutes les faussetés manifestes du Galéchisnie du sii'ur Ferry : premièrement, parce que je vois qu'il avance beaucoup de choses sans preuves : il parcourt toute la controverse; il n'y a aucun point qu'il ne touche, et n'allègue aucune raison que de deux ou trois : encore sont-elles si peu pressantes, que je ne juge pas nécessaire de les examiner si fort en détail. Et enfin, j'ai considéré que cette manière d'écrire contentieuse ne laisse pas toujours beaucoup d'édification aux pieux lecteurs, ni beaucoup d'éclaircissement à ceux qui recherchent la vérité. C'est pourquoi j'ai choisi seulement les deux propositions principales auxquelles tout ce Catéchisme aboutit; et avec l'assistance divine, je ferai connaître combien elles sont éloignées de la vérité.

Ces deux propositions sont : Que la réformation a été nécexsaire, et , Qu'encore qu'avant la réformation, on se pût sauver en la communion de l'Eglise romaine , maintenant après la réformation on ne le peut plus. J'opposerai deux vérités catholiques à ces deux propositions du ministre, et je montrerai manifestement : Que la réformation, comme nos adversaires l'ont entreprise, est pernicieuse; et, que si l'on s'est pu sauver en la communion de l'Eglise romaine avant leur réformation prétendue, il s'ensuit qu'on y peut encore faire son salut.

La première de ces vérités renverse leur religion par les fondements : la seconde nous met à couvert contre leurs attaques. Nous les éclaircirons l'une et l'autre par les principes du ministre même : mais l'ordre et la suite du discours demande que je commence par la dernière , et que j'établisse la sûreté de notre salut, avant que de faire voir à nos adversaires, le péril certain dans lequel ils sont. Prouvons donc, par des raisons évidentes, que le Catéchisme nous a enseigné que nous pouvons obtenir la vie éternelle en la communion de l'Eglise romaine.

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