‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 118 sur 631 · Pag. U · texte numérisé non relu

Pag. U

DU SIEUR PAUL FERRY

c'est sur ce seul fondement que nos adversaires bâtissent celle union si mal assortie avec leurs nouveaux frères les kilhériens. C'est une affaire qui s'est traitée entre les ministres, et on n'en a pas divulgué le secret aux peuples. De tous les articles de notre créance, celui qui les choque le plus, c'est la réalité du corps du Sauveur dans le sacrement de l'Eucharistie; et toutefois les ministres se sont accordés avec les luthériens , qui la tiennent non moins fortement que les catholiques. Mais parce que je serais suspect à nos adversaires, si je leur rapportais de moi-même une chose qui leur est désavantageuse, je les veux instruire de la vérité par le témoignage d'un de leurs pasteurs. C'est Daillé, ministre de Charenton , qui parle ainsi des luthériens en l'Apologie qu'il a faite des Eglises prétendues réformées. « J'avoue, dit-il', qu'il ne » nous est non plus possible de croire que de con- » cevoir ce qu'ils posent, que le corps du Seigneur » est réellement présent sous le pain de l'Eucha- » ristie. Mais bien nous est-il possible , et comme » j'estime , nécessaire, selon les lois de la charité, » de supporter en leur doctrine, cela môme que » nous ne croyons pas. Car cette opinion qu'ils ont, » demeurant en ces termes, n'a aucun venin. » Et ua peu après continuant le même sujet, « cette » hypothèse, dit-il, ne nous engage en rien qui » soit contraire ou à la piété, ou à la charité , ou à » l'honneur de Dieu , ou au bien des hommes. » Cette vérité étant reconnue par nos adversaires en termes si forts et si énergiques , il n'y a personne qui ne confesse que notre doctrine sur ce point est très-innocente. Et afin qu'on ne pense pas que ce soit une opinion i>arliculière, pour autoriser sa pensée, Daillé rapporte le résultat d'un synode national tenu à Charenton en l'an 1031 , où les Eglises prétendues réformées « reçoivent expressément les lu- » thériens à leur communion et à leur table , no- » nobslant celte opinion et quelque peu d'autres » de moindre importance encore^. » Tel est le sentiment de nos adversaires touchant la réalilé du corps et du sang dans l'auguste sacrement de l'Eucharistie.

Nous avons toujours bien prévu que cette déclalion authentique aurait des conséquences très-considérables : que les ministres s'élant relâchés sur ce point qui parait le plus incroyable, et qui est sans doute celui sur lequel les contentions ont été de tout temps le plus échauffées , ils auraient fort mauvaise grâce de se raidir si fort sur les autres : et qu'enfin ils se trouveraient Jprt embarrassés à nous expliquer quels sont les articles qui renversent la piété chrétienne, puisque celui-ci dans leur sentiment n'y est pas contraire. Nous ne nous sommes pas trompés dans cette pensée, et nous en voyons i'elTet tout visible dans le Catéchisme du sieur l'erry. Car encore qu'il ait remarqué lui-même que la transsubstantiation, dont le nom seul fait horreur à ses frères , a été passée en article de foi des l'an 1215, encore qu'il sache très-bien que la messe, et la communion des laïques sous la seule espèce du pain, était reçue en l'Eglise du temps de nos pères, et qu'il n'ait pas pu ignorer, ni ces fameuses déci-

Page 1