CHAPITRE IV
Que le ministre, voulant mettre de la différence entre nos ancêtres et nous, établit encore plus solidement la sûreté de notre salut dans l'Eglise romaine.
Le ministre s'est bien aperçu que ceux qui considéraient attentivoincnt celle conformité de créance, jugeraient sans dilliculté qu'il a prononcé en notre faveur, quand il a justifié nos ancolres. C'est pourquoi il n'épargne aucun artifice pour mettre quelque différence enire nous et eux. Il dit donc que les anciens Rituels dont les catholiques usaient en ces temps , font bien voir que le mérite du Fils de Dieu était leur unique espérance; au lieu que la doctrine que nous professons, ruinant cotte cunliance au Libérateur en laquelle tout le clirisliani«me consiste, elle renverse par conséquent l'Evangile, et détruit
1. Pag. 57. — 2. A Wittemberg, dès l'an 1521. Sleidan., W,. m. 3. A Genève, à Berne , 4 Constance, il Bâlo , à Strasbourir, en 1528 et 1529. Idem, lib. vi, p. 103.
toute la iiiété chrétienne. C'est là le sujet principal des invectives de son Caléchisme.
Pour faire paraître la fausseté de celte accusation mal fondée, je n'aurais qu'à proposer en peu de paroles une simi)le explication de notre créance. Mais il y a quelque chose de plus remarquable que je veux représenter aux lecteurs ; il faut que toutes les personnes sensées reconnaissent la force secrète de la main de Dieu , qui conduit si puissamment l'esprit du ministre, que pendant qu'il s'élève le plus contre nous, et qu'il défigure notre doctrine par des calomnies plus visibles, il établit lui-même les fondements qui assurent notre salut dans l'Eglise romaine selon la conséquence de ses principes. Pour mettre celte vérité en son jour, je pose ces trois propositions.
Preuve de cette vfrité par trois propositions importantes. — 1° Tant que l'on conserve immuable le fondement essentiel de la foi , quelque erreur où l'on soit d'ailleurs, le ministre estime qu'on se peut sauver. 2° Ce fondement essentiel de la foi , lequel étant mis et demeurant ferme, les erreurs sur les autres points ne nous damnent pas, selon les maximes du catéchiste, c'est la confiance en Jésus-Christ seul. 3" Nier que nous ayons celte confiance, c'est s'aveugler volontairement. Quand ces trois propositions seront bien prouvées, il n'y a personne si opiniâtre qui ne nous accorde cette conséquence, que le ministre démentira sa propre doctrine, s'il n'avoue que nous pouvons nous sauver en la communion de l'Eglise romaine. Montrons par des raisonnements invincibles ces trois importantes propositions.
Pour cela, il faut comprendre avant toutes choses, quelques principes de nos adversaires, qui ayant été examinés très -solidement par des personnes d'une réputation éndnente , nous en loucherons seulement ce qui sera nécessaire à notre sujet.
Première proposition. Que les erreurs qui ne renversent pas les fondements essentiels de la foi, ne préjudicient pas au salut , selon le seiUiment du ministre et de ses confrères. — C'est une maxime constamment reçue parmi les ministres, qu'il y a deux sortes d'erreurs en la foi. « Les unes, dit un 1) ministre célèbre', sont pernicieuses et incompa- » tibles avec la vraie piété; les autres sont moins » nuisibles, et ne mènent pas nécessairement les » hommes à perdition. » De ces erreurs du second rang, ce ministre enseigne, que « si nous ne pou- » vous en délivrer nos prochains, il ne faudra pas » pour cela rompre avec eux; mais y supporter » doucement ce qui ne s'y peut changer, et qui au » fond ne préjudicie pas à leur salut, et moins en- » core au nôtre. » C'est ce que le catéchiste explique en d'autres paroles, lorsqu'il dit^ que « toute » erreur, qui est hors des matières nécessaires, ne » doit pas être prise pour la révolte de la foi dont » parle l'Apôtre, ni estimée cause de séparation. » Mais la suite de ce discours éclaircira mieux quel est son sentiment sur cette matière.
Cette doctrine est le fondement de l'union des calrinistes avec les luthériens sur le point de l'Eucharistie. — Cependant nous remaniuerons que
1. Jjaillé, Apol.fCh 7, imprimée avec approbation de Mestrezat , Drelincourt et Aubertin,