‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 121 sur 631 · Cor., XIV, 3S · texte numérisé non relu

Cor., XIV, 3S

l'an 1513, fol. 03.

HEFTJTATION DU flATKmiISME

0 Marie, mèro de gr.lce , mère de miséricorde, dé- » feiidcz-moi de l'ennemi , el à l'iieure de la mort » veuillez me recevoir : Amen'. » Tel est le petit mot que le caléchisle coule si doucement.

Paroles considérables du ministre, touchant l'invocation de la sainte Vierfje. — J'avoue certes qu'un ministre plus chagrin que lui s'écrierait incontinent au blasphème; mais le sieur Ferry ne va pas si vite; il s'est souvenu en ce lieu qu'il faisait un Catéchisme, non une invective. Il sait bien que nous recourons au Sauveur, comme à celui qui nous a réconciliés, qui a expié nos crimes en sa propre chair, par lequel seul nous avons accès au trône de grâce; que nous appelons la sainte Vierge à notre secours d'une manière inlinimeiit dilTérente, laquelle néanmoins est très-lructueuse; parce que la Irès-pure Marie ayant des entrailles cle mère pour tous les tidèles, à cause de son cher Fils Jésus-Christ dont nous avons l'honneur d'être membres , elle s'entremet pour nous par la charité, et nous obtient des grâces très-considérables par ses puissantes intercessions. Le ministre n'ignore pas que c'est en cet esprit que nous la prions, et il ne peut croire que cette prière ruine le fondement du salut. Peutêtre n'ose-t-il pas dire tout ce qu'il en pense; mais du moins il en a dit tout ce qu'il a pu, tout ce que lui permettait sa profession. « Ce que les livres «ajoutaient, dil-iP, de l'invocation à autre qu'à » Dieu pouvait être interprété en un sens toléra- » ble. » Merveilleuse conduite de la Providence! De toutes les prières ecclésiastiques par lesquelles nous implorons l'assistance de la très-heureuse Marie, aucune n'est conçue en termes plus forts que celle que nous avons rapportée. Et c'est toutefois celle-là que le ministre excuse lui-môme, pressé intérieurement en son àme par un secret mouvement de l'Esprit de Dieu. Il est contraint de céder à la vérité, et il corrige par son exemple l'ardeur indiscrète de ses confrères, qui nommeraient celle oraison une idolâtrie , et toutes ses paroles autant de blasphèmes.

Fuites du ministre , qui tâche d' embarrasser une chose claire. — Ce n'est pas qu'il ne biaise, qu'il ne dissimule; que ne fait-il pas pour persuader que nos ancêtres priaient les saints autrement que nous? Il assure que « ce qu'on faisait dire à la Vierge, » c'était plutôt pour y adresser le malade selon l'u- » sage du temps, que pour lui en imposer aucune » nécessité; que les litanies se disaient par le curé, I) et non par le malade; qu'aussi l'invocation des )> saints n'était pas chose (jui fut crue nécessaire à « salut'. » Mais tant s'en faut que ces réponses nous satisfassent, qu'au contraire nous sommes certains que le ministre lui-même n'en est pas content. Car il sait bien ipie nous enseignons la même doctrine que nos |)ères ont professée; si nous prions les esprits bienheureux qu'ils nous assistent par leurs oraisons, ce n'est pas que cette prière nous soit ordonnée comme nécessaire , mais elle nous est recommandée comme prolilable. Le sieur Ferry ne l'ignore pas; et c'est pourquoi il tâche d'échapper

1. Agenda de Motï, do l'an 154:1, fol. 03.— 2. P. 103.— :i. I'. 102.

par une antre voie. Sur la foi do Cassandre, qu'il rapporte en marge, et dont il sait bien que l'autorité n'est pas de grand poids parmi nous, il voudrait que l'on crût que « cette i)rière adressée à la » sainte Vierge cl aux saints, était plutôt un désir » du priant, qu'une interpellation directe du mort'. » Ne voyez-vous (las comme il se lourmenlc pour embrasser une chose claire? Mais qu'il s'imagine ce qu'il lui plaira, quelque artilicc dont il se serve pour déguiser une vérité manifeste, nous repartirons en un mot , que nous n'invoquons pas les saints d'une autre manière , ni en paroles plus expresses , ni plus formelles que sont celles que j'ai citées de ce Rituel de l'an 1543, que le ministre produit en son Catéchisme pour justifier la foi de nos pères.

Il est contraint d'avouer que ce n'est pas une erreur damnable de prier les saints. — Il a bien vu en sa conscience combien étaient vaines toutes ces réponses , il parle plus franchement dans la suite, et dit que « cette invocation en tout cas de- » vait être prise pour le foin, dont parle l'Apotre, » qu'ils édifiaient ou qu'ils entassaient sur le fon- » dément qui est Jésus-Christ , et combien qu'il ne » leur servit de rien et qu'ils en lissent perte, il » ne les empêchait pas d'être sauvés^. » 0 triomphe delà vérité catholique sur les calomnies de ses adversaires! Quel ministre assez téméraire osera nous objecter maintenant que c'est une idolâtrie de prier les saints; que c'est abandonner Jésus-Christ et ruiner sa médiation auprès de son Père ? Le sieur Ferry nous défend contre ces reproches. Car je demande quel salut pourrait espérer celui qui serait mort avec de tels crimes? Il faut donc nécessairement qu'il confesse que ses confrères qui nous en chargent sont de très-injustes accusateurs, puisqu'il enseigne dans son Catéchisme que cette prière, qui est le sujet de leurs invectives les plus sanglantes, laisse le fondement du salut entier, el ne nous sépare pas d'avec Jésus-Christ.

Il sera forcé de dire de même des autres articles controversés qui étaient reçus en ce même temps par toute l'Eglise. Et si quelque curieux l'interroge, d'où vient qu'il enseigne dans son Catéchisme que nos ancêtres se pouvaient sauver, bien qu'ils crussent tant de points importants contre la doctrine de ses Eglises , comme nous l'avons prouvé assez clairement; ne fandra-t-il pas qu'il réponde ce qu'il dit de l'invocation des saints , que ces erreurs « étaient le foin, dont parle l'Apôtre, qui était édifié » sur le fondeme^il , el qui n'empêchait pas le » salut? »

Conclusion, qu'aucunes erreurs ne nous damnent tant que les fondemeiits de la foi demeurent. — Concluons donc, selon ses maximes, que les erreurs , (pielles ([u'ellcs soient, ne nous damnent pas tant (|ue le fondement de la foi demeure. Reste maintenant que nous expliquions quel est ce fondement de la foi dans le sentiment de notre adversaire; et c'est la seconde proposition que nous avons à examiner.

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