‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 123 sur 631 · Pag · texte numérisé non relu

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1. Magdebury . Hist. ecctes. , Cent. \ui , inpnesat. — i 9S. — 3. Pay. lÛS.

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REFUTATION DU CATROIIISME

consolant les malades , après leur avoir adininistrô les saints sncrciuents, la pieuse tradition do l'Eglise ordonne ((u'on leur nielle la croix à la main comme leur sauvegarde assurée. Cette sainte cérémonie leur enseigne à se mettre à couvert sous la croix contre les terribles jugements de Dieu justement irrité contre nous. Là, une conscience ellrayée par la multitude de ses péchés respire en la passion du Sauveur. Comme on voit un honmie à demi-noyé qui se prend de toute sa force à une branche qu'on lui tend dessus le rivage : ainsi on avertit le vrai chrétien qu'il tienne fortement ce bois salutaire, de peur que ses iniquités ne l'abinient. Donc, en embrassant la croix du Sauveur, que voulons-nous dire autre chose, sinon que battus des flots et tle la tempête, menacés d'un naufrage certain par le débris inévitable de notre vaisseau , nous nuus jetons avec Jésus-Christ sur cette planche mystérieuse, sur laquelle nous croyons arriver au port de la bienheureuse immortalité. C'est ce que signifie cette croix que nous présentons à nos frères agonisants : et aliu de leur relever le courage, nous animons la cérémonie par cette pieuse exhortation : « Mon » ami , après que Dieu vous a fait la grâce de rece- » voir tous vos sacrements , qui est tout ce que » peut désirer le vrai chrétien prêt à partir de ce » monde, il ne reste plus qu'à vous résigner du » tout entre les bras de sa bonté et miséricorde , » sans plus penser à autre chose qu'à la mort et » passion de notre sauveur et rédempteur Jésus- » Christ, de laquelle je vous présente la figure et » remembrance , suivant la sainte et louable cou- » tume de notre mère l'Eglise, afin qu'en voyant ce » vénérable signal, il vous souvienne de ce qu'il a » soulTert en l'arbre de la croix pour vous, et de la » charité immense qu'il vous a portée jusqu'à l'elïu- » sion de la dernière goutte de son très-précieux » sang. Elevez donc les yeux de l'esprit, et méditez » ici votre Sauveur, ayant le chef abaissé pour vous » baiser, les bras tendus pour vous embrasser, le » corps et les membres du tout ensanglantés pour » vous racheter et sauver; priez-le en toute humi- » lité et d'ardente alfection que son sang ne soit en » vain épandu pour vous , et qu'il lui plaise, par le » mérite de sa douloureuse mort et passion, vous » octroyer pardon de toutes vos fautes, et finale- » ment recevoir votre àme entre ses mains, quand » il lui plaira la retirer de ce monde. Ainsi soit-il '. »

C'est ainsi qu'en la dernière agonie, l'Eglise par sa charité maternelle excite les enfants de Dieu et les siens. Elle veut qu'ils appliquent toute leur pensée à Jésus-Christ, à sa mort, et à ses soulfrances. Pour rassurer leur àmc étonnée, elle leur représente ce Jésus-Christ se donnant à eux, se sacrifiant, s'épuisant pour eux : c'est de là qu'elle leur ordonne de tout espérer et en cette vie et en l'autre. Et on lui ose reprocher qu'elle ne laisse pas mourir ses enfants en cette confiance chrétienne en Jésus- Christ seul; quelle injustice! quelle calomnie!

Que l'Krjlistt catholique exige des fidcles muio'anls cette salutaire confession , qu'ils n'espèrent rien qu'en Jésus-Christ. — Elle ne se contente pas de les exhorter, elle leur fait professer cette foi; et l'Agende dont nous usons ordonne aux curés d'exiger

1. Agende de Metz, par feu mor.stiignc-ur l'évèque do M;idauro , en l'an 1031, ])ii</. i*l.

des agonisants cette même confession , qui selon le Catéchisme a sauvé nos pères en l'an 1543 : « Ne » croyez-vous pas fermement que Notre Seigneur » Jésus-Christ a voulu mourir [xjur vous, et qu'au- » trement que par sa mort et passion vous ne pou- » vez être sauvé'? » Un leur fait la même interrogation en leur donnant le saint sacrement de rEucharistic. « Voici, leur dit-on^, le vrai Agneau » de Dieu , qui cfl'ace les péchés du monde. Voici » votre Sauveur, vrai Dieu et vrai homme, au nom » duquel il faut que nous soyons tous sauvés, et » sans lequel il ne faut espérer aucun salut , ni en » ce monde ni en l'autre. Le croyez-vous ainsi? » En quoi doncdilVérons-nous de nos pères? Et quelle est l'obstination de nos adversaires, quelle aigreur, quelle aniniosilé les aveugle et les irrite injustement contre nous? Nous leur prêchons, nous leur crions de toutes nos forces, que nous n'espérons rien que par Jésus-Christ, que nous espérons tout par Jésus-Christ : et ils s'opiniâtrent à publier que nous sommes capitalement opposés à cette créance.

C'est ici que le catéchiste répond « qu'il semble » que cette demande ne soit ajoutée que par ma- » nière d'acquit, ou comme par mégarde'. » 0 faiblesse extrême de notre adversaire I Car la charité chrétienne m'empêche d'user d'une censure plus rigoureuse. Recourir à des réponses si vaines, n'estce pas se sentir vaincu et ne l'oser dire? Mais demandons-lui pourquoi il lui semble que ceci est ajouté par mégarde. « C'est, dit-il , parce que cette » demande est omise en celles que l'on fait aux Al- » lemands. » Et pourquoi ne dites-vous pas bien plutôt que c'est par mégarde qu'elle y est omise? Quelle personne de sens rassis ne jugera pas que l'on omet par inadvertance, et que l'on ajoute par jugement? Toutefois il vous plait de dire, que ce qu'on ajoute c'est par mégarde, et que ce qu'on oublie c'est par choix. Mais venons à une réponse plus décisive. Il est faux que l'Eglise catholique n'exige pas des Allemands la même créance qu'elle fait professer aux Français. Elle sait que l'Evangile ne reconnaît point la différence des nations , si ce n'est pour les assembler en Notre Seigneur, et pour en faire un même peuple béni, par la grâce de la nouvelle alliance. Ecoutez comme le pasteur catholique parle aux Allemands en l'Agende dont nous usons, et en laquelle vous nous reprochez que cette pieuse interrogation a été omise. Voici ce que leur dit le curé en leur administrant le saint Viatique.

Exhortation aux Allemands , dans l'Amende de M. de Madaure. — « 11 faut croire fermement que » vous devez être sauvé i)ar la croix et par le sang » précieux de Notre Seigneur Jésus-Christ , et non » point par vos propres mérites, qui sont trop petits » pourcela^ » Et après : « Regardez votre Rédemp- » leur vrai Dieu et vrai homme, au nom duquel » seulement nous serons sauvés, et sans le(]uel il » n'y a point de salut à espérer, ni en ce monde ni » en l'autre. » Que reste-t-il à dire pour vous satifaire? Est-ce encore par mégarde que nos évêques mettent cette belle exhortation en la bouche des curés d'Allemagne? C'est bien se défier de sa cause que de vouloir la fortitier par des observations si peu digérées, et par des faussetés si visibles.

1. Agende do Metz, de l'an l(i31, pag. 70. — 2. Pag. 59. — 3. Paij. 113, —4. Par/. 61.

DU SIEUR PAUL FERRY

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